Démystifier le Compostage : L'Application Compost Challenge et la Vérité derrière les Idées Reçues

Le tri des déchets et le compostage sont devenus des pratiques essentielles pour la préservation de l'environnement, mais ils sont souvent entourés d'idées reçues qui peuvent décourager les bonnes volontés. Pour éclaircir ces zones d'ombre et encourager l'adoption de gestes écologiques, l'application Compost Challenge se présente comme un outil ludique et informatif. Ce serious game vise à sensibiliser le grand public et à optimiser les campagnes de communication des collectivités locales auprès des habitants en rendant l'apprentissage du compostage accessible et engageant.

illustration d'une personne jouant à Compost Challenge sur smartphone avec un composteur en arrière-plan

Compost Challenge : Apprendre en S'amusant

Vous hésitez encore dans le tri de vos emballages ou vous souhaitez vous lancer dans le compostage sans savoir comment ? L'appli Compost Challenge est conçue pour vous y aider. Ce jeu permet de (re)découvrir les règles de tri et d’apprendre les bons gestes pour composter les déchets de cuisine et de jardin de manière ludique sur votre smartphone. Le principe est simple : vous entrez dans la peau d'un petit personnage propriétaire d'une petite maison et d'un espace vert. Sur ce terrain, vous disposez de contenants pour trier vos déchets, incluant une déchetterie, un bac à verre, des réceptacles pour les recyclables et les ordures ménagères.

Le but est de placer les déchets dans le bon réceptacle. Chacune de vos réussites est récompensée par des points vous permettant d'acquérir de nouveaux outils pour faciliter la gestion des déchets. Au fil des saisons, en triant et en produisant du compost, vous gagnez des points pour acquérir les bons outils, planter des fleurs et semer votre potager. L'application propose de tester vos connaissances grâce à 5 niveaux de jeu, offrant 12 outils pour améliorer son jardin, 13 types de plantes pour agrémenter son environnement et 3 goodies à découvrir.

La gestion des différents éléments dans le jeu est plutôt bien réfléchie, et l’équilibre du composteur est représenté de sorte qu’on comprenne bien tous les facteurs qui entrent en compte. Le style graphique est agréable et cohérent avec ce qu’on retrouve dans les jeux de gestion et les casual games. Pour personnaliser le jeu, l'application vous propose de rentrer votre code postal et de cliquer sur votre ville pour accéder aux règles de tri spécifiques à votre commune, car les règles de tri peuvent varier d'une ville à l'autre.

Les premiers joueurs cergypontains ont été initiés par les éco-ambassadeurs lors de la Semaine du compostage « Tous au compost ! », un événement clé pour la promotion de ces pratiques. Le Compost Challenge est disponible gratuitement sur iOS et Android, offrant une opportunité unique de s'initier au compostage sans a priori et de concrétiser plus volontiers un acte de tri appris dans un contexte positif. Une version Web est également disponible pour les établissements scolaires qui souhaitent utiliser l’application dans le cadre des programmes d’éducation au développement durable.

Démystification des Idées Reçues sur le Compostage

Le compostage, malgré sa simplicité fondamentale, est souvent entouré de mythes et de fausses informations. Abordons les idées reçues les plus courantes pour vous aider à composter facilement et efficacement.

Idée Reçue n°1 : Pour faire du compost, il faut un jardin

FAUX. La transformation de matières organiques en compost est un phénomène naturel dû à l’action d’un ensemble complexe d’organismes micro (levures, bactéries…) et macro (vers, insectes…), en présence d’eau et d’oxygène. Bien que pratiqué de longue date au jardin et au potager (en tas, en bac ou en surface), le compostage domestique l’est désormais partout. Que ce soit en quartier, au pied d’immeuble avec des composteurs partagés, sur un balcon, une terrasse ou même en appartement grâce aux lombricomposteurs, et sans parler des composteurs de cuisine de type Bokashi, basés sur une fermentation anaérobie.

Pour un établissement servant plus de 700 repas par jour, la quantité maximale d’apport autorisée en compostage de proximité est d’une tonne hebdomadaire. En dessous de ce seuil, la taille du tas de compost n’a de limite que l’espace que vous pouvez y dédier. À titre d’exemple, pour une entreprise qui composte les restes de repas de 30 salariés mangeant sur place, ou pour un immeuble avec 15 logements, il faut prévoir environ 5 m² pour installer 3 bacs de 0,5 m³. Pour un EHPAD avec 80 résidents, il faut prévoir 12 m² pour installer 6 bacs d’1,5 m². La perte de masse est importante du fait de l’évaporation et de la dégradation de la matière organique pendant le processus de maturation du compost. Ainsi, 4 kg de déchets compostables produisent environ 1 kg de compost. Le compost pourra être valorisé sur place, sur les plates-bandes ou au pied des arbres de vos espaces verts.

infographie illustrant les différents types de composteurs pour jardins, balcons et appartements

Idée Reçue n°2 : Faire son compost demande de l'expertise

FAUX. Pas besoin d’être biochimiste pour réussir son compost, il faut juste s’assurer que tout ce petit monde puisse bien travailler. Cela prend entre 20 minutes et 1 heure 30 par mois en fonction des quantités. Il est conseillé que deux personnes soient référentes pour simplifier le suivi. Il suffit de quelques gestes simples, tels que recouvrir les déchets frais, apporter du broyat de bois ou vider le bac de compost mûr, pour que le site de compostage soit bien entretenu. Il suffit de suivre quatre grands principes :

  • Fragmenter les déchets : Les réduire en petits morceaux accélère leur décomposition.
  • Équilibrer le milieu : Apporter 1 à 2 parts de déchets azotés (plutôt verts, mous et mouillés comme le gazon, les fleurs fanées, les épluchures…) pour 1 part de déchets carbonés (plutôt bruns, durs et secs comme l'écorce, la paille, le carton brut…).
  • Assurer l’oxygénation : Brasser régulièrement le compost est essentiel pour l'aération.
  • Surveiller l’humidité : Trop d'humidité entraîne la pourriture, trop peu et la décomposition ne se fait pas.

Pour se lancer, internet, les librairies, les mairies ou les associations fourmillent de détails et d’informations.

Idée Reçue n°3 : On met tout dans le compost de jardin…

FAUX. La liste de ce qu’on peut composter est longue : déchets de cuisine (fruits et légumes, coquilles d’œufs, filtres et marc de café, sachets de thé…), de jardin (herbe, bois de taille broyé, feuilles mortes…), de maison (journal, essuie-tout…). Cependant, le compost n’est pas une poubelle. Certains éléments doivent être ajoutés avec parcimonie et précaution, comme les coquillages, les féculents, les graisses, les laitages, la sciure, les végétaux ligneux ou très durs.

On aura de toute façon tendance à éviter les matières non biodégradables (produits chimiques, papier glacé, plastique, verre, métal, couches, sacs d’aspirateur…), ainsi que les plantes grainées, malades ou infestées, qui sont, quant à elles, proscrites. Contrairement à l’Homme, la nature n’a pas inventé de déchets qui ne se décomposent pas. La viande, le poisson, les plats cuisinés, le fromage, les agrumes… c’est de la matière organique ! Il est cependant vrai que le compostage des déchets carnés est plus délicat. Pour bien faire, il faut veiller à ce qu’ils se décomposent vite et soient correctement hygiénisés. C’est la chaleur au cœur du tas de compost, générée par l’activité des micro-organismes, qui permet cela. Si le tas est suffisamment gros, la température peut monter jusqu’à 70°C. Mais si le tas de compost est trop petit, on ne peut pas garantir que ces conditions seront toujours réunies. Il s’agit d’un principe de précaution car, dans les faits, même si les déchets carnés ne subissent pas d’hygiénisation à haute température, ils ne représentent qu’extrêmement rarement un danger microbiologique.

tableau comparatif des déchets compostables et non compostables

Idée Reçue n°4 : … Et uniquement les épluchures dans le lombricomposteur

FAUX. Avec une seule variété de vers, le lombricompostage est plus strict, mais le marc de café avec son filtre, les sachets de thé, les fleurs fanées ou les brisures de carton sont quand même bienvenus. Ce que l’on bannit, ce sont les aliments nocifs pour les vers (ail, échalote, oignon, rhubarbe, agrumes, graisses, laitages), ou qu’ils ont du mal à digérer (peaux de banane et d’avocat entières, feuilles d’ananas, pelures de pommes de terre, par exemple).

Concernant les agrumes, une idée reçue tenace veut qu'il ne faut pas en mettre dans le composteur. Selon les rumeurs, leur acidité les empêcherait de se décomposer, ou ils contiendraient trop de résidus de pesticides, ou encore ils seraient trop épais et coriaces, ou enfin, leur origine exotique poserait problème. Ces arguments sont infondés. Les tomates, ananas, kiwis et pommes sont aussi acides que les agrumes et pourtant ne sont pas interdits de compostage. Un processus de compostage qui se déroule correctement passe par une phase acide au début, quel que soit le type de matières compostées. L'acidité d'une matière n'aura donc aucun impact sur le travail des organismes, et le compost mûr sera légèrement basique.

Quant aux pesticides, une bonne partie des fruits et légumes que nous consommons reçoivent des traitements chimiques qui se concentrent dans la peau. Cependant, les pommes, raisins et fraises reçoivent beaucoup plus de produits chimiques que les agrumes ! Les quantités infinitésimales de résidus de pesticides présentes sur les épluchures ne gêneront absolument pas les microorganismes du compost. Certaines molécules se décomposeront, d’autres se volatiliseront ou se feront lessiver, d’autres encore se fixeront sur les organismes ; le compost obtenu sera même un peu moins contaminé que les matières initiales.

Les peaux d’agrumes sont parfois épaisses, mais elles sont molles et humides. L’épaisseur d’une matière importe peu pour le compostage : une pomme entière sera décomposée en 2 ou 3 mois, alors qu’un petit noyau de prune résistera pendant 2 ans. C’est l’humidité qui permet le développement des bactéries et autres microorganismes décomposeurs. Même une matière épaisse mais bien humide sera décomposée rapidement. Par contre, si une matière a du mal à s’humidifier car trop sèche, dure ou compacte (comme une coquille de noix), sa décomposition sera fortement ralentie.

Enfin, même si certains agrumes sont dits « exotiques » et ne poussent pas sous nos latitudes, les éléments constituants des fruits et légumes du Nord et du Sud sont exactement les mêmes (eau, sucre, acides aminés, fibres…). Nos microorganismes sauront donc très bien s’y prendre pour les composter. Il faut simplement garder à l'esprit que toutes les matières ne se compostent pas aussi vite les unes que les autres, notamment car certaines produisent naturellement des « protections » contre les attaques extérieures (la peau des fruits et légumes est d'ailleurs la première barrière). La peau de l’agrume protège le fruit de par son épaisseur, mais aussi grâce à des composés chimiques (appelés terpènes) qui ont un effet légèrement bactéricide.

Idée Reçue n°5 : Le compost sent mauvais

FAUX. S’il y a mauvaise odeur, c’est qu’il y a dysfonctionnement ! Un déséquilibre azote/carbone, un excès d’humidité, des déchets inappropriés ou trop gros entravent le travail de décomposition, entraînant pourriture et macération aux relents désagréables. Les composteurs qui sentent mauvais sont des composteurs mal gérés. Les matières y sont tassées, le compost est trop humide, il ne respire plus et la fermentation prend le pas sur le compostage. Ce phénomène crée les mauvaises odeurs. Pour éviter cela, il suffit d’équilibrer les apports entre les matières azotées, tassées et humides (épluchures, fruits et légumes abîmés, restes de repas etc.) et les matières carbonées, sèches et brunes (branchages, broyats de bois, feuilles mortes). Autrement, un compost bien mené ne dégage qu’un agréable parfum de sous-bois.

Idée Reçue n°6 : Il attire les mouches

VRAI, mais gérable. Les mouches et moucherons font partie de la petite faune du compost de jardin - qui n’a de toute façon rien à faire sous vos fenêtres ! Les moucherons sont attirés par les déchets frais et sucrés. Il s’agit plus précisément de drosophiles, les mêmes petites mouches qui apparaissent si l’on laisse une coupe de fruits s’abîmer. Ces insectes ne piquent pas et ne nuisent en rien au processus de compostage. Cependant, il est vrai que leur présence en grand nombre est désagréable. Certaines habitudes permettent cependant d’éviter leur prolifération : couvrir les déchets, composter rapidement les aliments, limiter les sucres, l’humidité et l’exposition au soleil d’été. Pour ce faire, il est recommandé de toujours laisser un petit croc à côté des composteurs pour que l’on puisse enfouir et recouvrir de broyat de bois les déchets frais après chaque apport. En revanche, autour d’un lombricomposteur, ils signalent un problème et nuisent aux vers : il faut absolument s’en débarrasser et corriger le milieu, probablement trop humide, acide, azoté et riche en sucres.

schéma expliquant le rôle des micro-organismes et macro-organismes dans le compostage

Idée Reçue n°7 : Les rongeurs vont envahir le compost

VRAI, mais évitable. Musaraignes, campagnols ou mulots trouvent chaleur et nourriture dans un compost de jardin, et s’ils y restent, pas besoin d’intervenir, ils ont des prédateurs. D’après nos observations, le compostage n’attire pas les rongeurs, mais il est vrai qu’il peut révéler leur présence dans les endroits où ils sont déjà installés. Toutefois, si l’idée vous gêne, des dispositions permettent de s’en prémunir : brassages réguliers, bac fermé, et éviter les plats cuisinés, le fromage, le pain, les pâtes ou le riz, lesquels doivent toujours être placés au milieu et recouverts d’autres déchets. Pour éviter cela, nous installons toujours des bacs à compost équipés d’une tôle perforée dans le fond. Ainsi les rats et autres rongeurs ne peuvent pas s’introduire dans les composteurs en creusant des galeries. Le compostage partagé obéit, lui, à des règles de salubrité strictes, notamment pour tenir les rats à distance.

Idée Reçue n°8 : Le compost n'a d'intérêt que pour les plantes

FAUX. Du jardin au salon en passant par le potager et le verger, le compost favorise la croissance et le développement racinaire des végétaux. Mais bien plus qu’un engrais, le compost est ce qu’on appelle un amendement, c’est-à-dire qu’il améliore la structure même du sol et sa fertilité de manière durable. Par ailleurs, le compostage a l’immense intérêt de réduire la quantité de déchets organiques valorisables (40 à 60 % de nos poubelles selon l’Ademe), qui finissent, hélas, à l’incinérateur. Le compostage est un processus naturel. Les micro-organismes et macro-organismes décomposeurs (champignons, bactéries, insectes, invertébrés, etc.) travaillent pour nous en transformant nos déchets en compost.

Idée Reçue n°9 : Pour avoir un bon compost, il suffit d'aller se servir en forêt

FAUX. Les forêts produisent naturellement du compost toute l’année… et on doit le leur laisser ! En plus de détruire l’écosystème de la forêt, en plus d’être illégal si celle-ci ne vous appartient pas, ce pillage a toutes les chances de s’avérer contre-productif. L’humus de sous-bois risque au mieux d’être inadapté au potager ou au jardin, au pire d’y introduire des organismes malvenus. Le compost idéal est celui que l'on produit soi-même, adapté à ses besoins spécifiques et exempt d'éléments indésirables.

Idée Reçue n°10 : Le compostage est obligatoire

PAS TOUT À FAIT. C'est le tri à la source des biodéchets qui est obligatoire depuis le 2024, conformément à la loi Agec de 2020. Conformément au droit européen et à la loi française dite anti-gaspillage, « le tri des biodéchets est généralisé et concerne tous les professionnels et les particuliers ». Malgré le fait que cette loi n'est pas encore appliquée dans toutes les villes de France pour l'instant, de nombreuses collectivités sur tout le territoire sont engagées dans cette démarche, encourageant activement leurs habitants à adopter le compostage.

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