Flore de La Réunion : Entre arbres endémiques et merveilles bulbeuses

La richesse floristique de La Réunion est un écosystème complexe où se côtoient des milliers d'espèces. Pour le randonneur curieux, identifier ces essences devient un défi passionnant. Il est essentiel de distinguer les plantes endémiques, indigènes, envahissantes ou potentiellement dangereuses. Ce guide, nourri par les observations de terrain et les ressources spécialisées comme MI AIME A OU ou FLEURS-FRUITS-FEUILLES.com, explore la diversité végétale insulaire, des forêts d'altitude aux structures biologiques fascinantes comme les bulbes.

paysage forestier tropical de La Réunion

Les arbres des forêts d'altitude et de moyenne altitude

Les forêts réunionnaises abritent des espèces remarquables, souvent adaptées à des conditions climatiques variées allant des zones sèches aux forêts humides d'altitude.

Les piliers des forêts de montagne

L'Acacia heterophylla (Tamarin des hauts), Fabaceae, est très commun entre 1200 et 2000 m. Cet arbre endémique au port massif, parfois tortueux, est utilisé en ébénisterie. À partir de 2000 m, il devient arbustif. Ses feuilles adultes diffèrent des juvéniles, il produit des fleurs jaune pâle et son fruit est une gousse. À ses côtés, le Sophora denudata (Petit tamarin des hauts), Fabaceae, est un petit arbre endémique vivant en altitude aux alentours des 2000 m, fréquent près du volcan.

Le Weinmannia tintoria (Tan rouge), Cunoniaceae, est un grand arbre des forêts de bois de couleur entre 500 et 1700 m, reconnaissable surtout par ses feuilles dentelées et de forme peu ordinaire, et ses inflorescences blanches en bout de branche qui attirent les abeilles qui en tirent le miel vert. Plus mystérieux, le Nuxia verticillata (Bois maigre), Stilbaceae, arbre des forêts humides de montagne, est plus facile à reconnaître à son tronc tortueux et crevassé qu'à son feuillage. Ses feuilles sont ovales, dures et la nervure centrale bien marquée, tandis que ses fleurs rosées en grappes, lie de vin, situées à l'extrémité des branches aident à l'identification.

Arbres des sous-bois humides et ravines

Le Chassalia corallioides (Bois de corail), Rubiaceae, est assez fréquent dans les sous-bois humides ; cet arbuste endémique peut atteindre 3 ou 4 mètres. Il est facilement reconnaissable à son inflorescence rappelant certains coraux. Dans le même milieu, le Chassalia gaertneroides (Bois de lousteau), Rubiacées, arbuste indigène de 4 m, présente des feuilles longues et coriaces avec une nervure centrale bien marquée. Les fleurs odorantes en grappes plus ou moins fournies sont blanches ou peuvent être teintées de bleu ou de rose.

Le Dombeya reclinata (Mahot rouge), Malvaceae, est une espèce endémique assez commune des bords de ravines dans les forêts de bois de couleurs des Hauts. Il atteint 10 mètres avec de grandes feuilles recouvertes de velours et des grappes de petites fleurs blanches virant au rosé en bout de branche. Le Dombeya ciliata (Mahot blanc), Malvacées, se trouve jusqu'à 1800 m, avec des feuilles longuement pétiolées, presque rondes, comportant trois pointes distinctes.

fleurs blanches du Mahot rouge

Espèces protégées et bois de senteur

Le Hibiscus columnaris (Mahot rempart), Malvacées, est une espèce endémique et protégée vivant jusqu'à 1000 m. Son tronc est lisse, et ses feuilles ont des formes différentes, souvent découpées de 3 ou 5 lobes. Le Dombeya populnea (Bois de senteur bleu), Malvacées, est un arbre endémique se raréfiant, protégé. Ses fleurs mâles à 5 pétales blanc bleuté sont en fin de rameau.

Le Terminalia bentzoë (Benjoin), Combretaceae, est un arbre endémique des Mascareignes pouvant atteindre 30 m. Ses branches opposées sont horizontales et les feuilles sont regroupées en bouquet au bout de la branche. Le Diospyros borbonica (Bois noir des Hauts), Ebenaceae, atteint une quinzaine de mètres dans les forêts de bois de couleurs des bas. Son bois, très dur, veiné de noir, a longtemps servi pour le charbonnage et est désormais protégé.

Diversité biologique et spécificités des organes végétaux

Au-delà des arbres, la flore réunionnaise intègre des structures végétales fascinantes, notamment les plantes à bulbes, qui illustrent des stratégies de survie remarquables face aux changements saisonniers ou aux conditions arides.

Comprendre le bulbe : un organe de résilience

Le bulbe est un organe végétal souterrain formé par un bourgeon entouré de feuilles rapprochées et charnues. Plus précisément, le bulbe est constitué d’une tige courte, épaisse et de feuilles en écailles qui protègent les racines embryonnaires de la fleur. Avant toute période d’activité, précédant la floraison, le bulbe est en dormance, une période pendant laquelle le bulbe est en repos. Elle se manifeste par un quasi-arrêt ou ralentissement des phénomènes vitaux et s'accompagne d'une plus grande résistance aux conditions ambiantes. Cela peut être déclenché par la baisse de la température et par la diminution de la durée d'exposition à la lumière.

Stratégies de développement

Le groupe des Monocotylédones est fort riche en familles de bulbeuses. Ces plantes sont souvent caractérisées par la brièveté de la saison favorable à la végétation. L'organe joue son rôle de réserve, ici crucial, permettant aux bulbilles d'attendre des conditions favorables durant de longs mois. En règle générale, qu’ils soient de printemps ou d’été, les bulbes se plantent à une profondeur égale à deux fois leur hauteur.

Bulbes à fleurs en mélange : Croissance en accéléré

Exemples de plantes bulbeuses et leurs soins

L'étoile de Bethléem, Ornithogalum arabicum ou Melomphis arabica, est une superbe plante à bulbe rare et protégée du sud de la France. En culture, il est courant d'observer des comportements spécifiques : quand les bulbes ont des bulbilles, on peut les planter dans un autre endroit du jardin et ils fleurissent après quelques années. Une astuce courante pour les oignons est de plier sans les casser les tiges quand elles ont atteint une bonne hauteur ; ainsi, toute l'énergie va se diriger sur le bulbe de l'oignon et non sur les tiges.

Les arbres à latex et essences médicinales

La forêt réunionnaise regorge d'espèces aux propriétés chimiques variées, souvent utilisées traditionnellement dans les tisanes locales, ce qui nécessite une gestion prudente de ces ressources.

Espèces à latex et bois précieux

Le Labourdonnaisia calophylloides (Petit natte), Sapotaceae, dépasse les 20 mètres. Les jeunes feuilles tirent vers le rouge alors que les feuilles adultes sont vert sombre ; il se reconnaît au latex blanc qui sort des blessures. Le Mimusops balata (Grand natte), Sapotaceae, est un grand arbre au bois dur et à l'écorce claire pouvant atteindre 20 m et vivant jusqu'à 1000 m. Ses feuilles sont simples, relativement grandes, ovales, coriaces et contiennent du latex blanc.

Le Tabernaemontana mauritiana (Bois de lait), Apocynaceae, est un arbre endémique de La Réunion et de Maurice, de basse et moyenne altitude, qui produit du latex et peut atteindre 5 m. Ses feuilles longues sont aisément reconnaissables à leurs nervures parallèles.

Espèces d'intérêt médicinal

L'Ochrosia borbonica (Bois jaune), Apocynaceae, est un arbre des forêts de basse et moyenne altitude pouvant atteindre 15 m. Les feuilles poussent en petits bouquets en bout de branche. L'efficacité reconnue de ses tisanes pourrait bien causer sa perte ; on fait bouillir son écorce pour soigner plusieurs symptômes. Le Tambourissa elliptica (Bois de bombarde), Monimiaceae, est un arbre des forêts de basse et moyenne altitude, d'une dizaine de mètres, au tronc parfois creux pouvant abriter des essaims d’abeilles. L'arbre est utilisé en médecines locales.

détail des feuilles et fleurs du Bois jaune

Identification et préservation des espèces

La classification des plantes, qu'elles soient endémiques, indigènes ou envahissantes, est cruciale pour la préservation de la biodiversité.

Reconnaître les espèces endémiques et indigènes

Le Scolopia heterophylla (Bois de tisane rouge), Salicaceae, est endémique des Mascareignes et atteint une quinzaine de mètres. Le Casearia coriacea (Bois cabri rouge), Salicaceae, est endémique à La Réunion et à Maurice ; assez commune entre 300 et 1200 m en forêt humide, la jeune feuille porte une nervure rouge. L'Homalium paniculatum (Corce blanc), Salicaceae, est un très bel arbre endémique des Mascareignes, en pyramide, au tronc très rectiligne pouvant atteindre 25 m. Son écorce claire lui a valu son nom.

L'Allophylus borbonicus (Bois de merle), Sapindaceae, est endémique des Mascareignes, reconnaissable à ses branches flexibles et ses feuilles trifoliolées. Le Poupartia borbonica (Bois blanc rouge), Anacardiacées, est une espèce endémique des Mascareignes, de plus en plus rare, qui doit son nom à sa sève rouge.

La diversité des rubiacées et autres familles

Le Myonima obovata (Bois de prune rat), Rubiaceae, est un arbuste vivant en sous-bois humides de moyenne altitude ; endémique de La Réunion et Maurice. Le Bertiera rufa DC (Bois de raisin), Rubiaceae, est un arbuste endémique à l'écorce grise et lisse, vivant un peu partout sur l'île. Ses fruits sont en grappes, bleu très foncé, presque noir à maturité, ressemblant au raisin de la vigne.

Le Geniostoma borbonicum (Bois de piment), Loganiacées, doit son nom à la forme de ses fruits. On le rencontre jusqu'à 2000 m dans les forêts humides. Le Coptosperma borbonica (Bois de pintade), Rubiaceae, est une plante endémique de Maurice et de La Réunion, qu'on rencontre hélas plus facilement dans un jardin qu'en forêt.

Adaptations et formes remarquables

Le Sideroxylon majus (Bois de fer blanc), Sapotaceae, est un arbre endémique très rare qui a pratiquement disparu de l'île en raison de ses qualités comme matériau de construction. Les feuilles sont regroupées en haut des branches. Le Sideroxylon borbonicum (Bois de fer bâtard), Sapotaceae, est un petit arbre au tronc épais qui dépasse rarement 10 m. Les fleurs orange et les fruits sont regroupés en grappes directement sur les branches, là où ne pousse aucune feuille.

Le Syzygium cymosum (Bois de pomme rouge), Myrtaceae, est endémique de La Réunion et de Maurice et se reconnaît facilement aux fruits qu'il produit ressemblant à des petites pommes. Le Syzygium borbonicum (Bois de pomme blanc), Myrtaceae, est reconnaissable par ses superbes fleurs ou ses fruits comestibles roses ou rouges qui poussent à même le tronc.

Le Calophyllum tacamahaca (Takamaka), Clusiaceae, est un arbre endémique de La Réunion et de Maurice qui vit jusqu'à 1000 m. Les feuilles simples, opposées, dures et brillantes comportent une nervure très caractéristique. Le Molinaea alternifolia (Tan Georges), Sapindaceae, est un autre endémique de La Réunion et de Maurice qui se reconnaît bien à ses feuilles composées alternes de 6 à 8 folioles.

structure des branches et feuilles du Takamaka

Enfin, le Cossinia pinnata (Bois de Judas), Sapindaceae, est un arbre endémique de La Réunion et de Maurice, reconnaissable à ses très belles feuilles composées de folioles impaires (entre 3 et 7). Son écorce se détache, et on le rencontre assez souvent dans les régions sèches qu'il affectionne. Chaque espèce, qu'elle soit un arbre majestueux ou une plante bulbeuse discrète, contribue à l'équilibre fragile de l'île, soulignant l'importance de la curiosité et de la vigilance de chaque randonneur pour protéger ce patrimoine naturel unique.

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