Guide complet sur le tri et la valorisation des biodéchets : comprendre le cycle du vivant

La gestion des déchets est devenue un enjeu central de notre quotidien, marqué par une multiplication de termes commençant par le préfixe « bio ». Bien que ce terme signifie simplement « vivant », il est souvent source de confusion. Il est crucial de distinguer les produits biosourcés, biologiques et biodégradables pour adopter les bons gestes.

Schéma explicatif illustrant la différence entre un produit biosourcé, un produit issu de l'agriculture biologique et un produit biodégradable

Démystifier le préfixe « bio »

Utilisé seul, le préfixe « bio » prête souvent à confusion. « Bio » est l’abréviation de vivant. Pour autant, un produit biosourcé ne veut pas dire que la matière première est issue de l’agriculture biologique ni qu’elle est biodégradable. De même, les biocarburants ne sont pas non plus issus de l’agriculture biologique ; ils sont juste fabriqués à partir de matière végétale ou animale. Enfin, « bio » ne veut pas forcément dire que le produit est inoffensif et sans impacts pour l’environnement.

Un produit biologique vient d’une agriculture intégrant la logique du vivant. Le terme « biologique » renvoie à un mode de production agricole plus respectueux de l’environnement et des organismes vivants, réglementé et contrôlé par les pouvoirs publics.

Un produit biosourcé est fabriqué avec de la matière issue du vivant. À partir de végétaux (blé, colza, lin, chanvre, sciure de bois…) ou de matière venant des animaux (laine de mouton, déchets organiques…), il est possible d’obtenir des molécules et des matériaux qui serviront à fabriquer des objets. Par exemple, les fibres de lin ou de chanvre peuvent être utilisées pour fabriquer des matériaux qui entreront dans la composition de l’intérieur d‘une portière de voiture ou dans des laines d’isolation pour le bâtiment. Les molécules biosourcées peuvent être utilisées pour fabriquer des produits cosmétiques, des colles, des plastiques, des lubrifiants, etc.

Il est essentiel de noter que tous les produits biosourcés ne sont pas biodégradables. Par exemple, certaines bouteilles d’eau sont biosourcées mais non biodégradables. Un produit « biosourcé » n’est pas forcément issu de l’agriculture biologique. Cela ne signifie pas non plus qu’il soit inoffensif pour la santé ni sans impacts pour l’environnement. En effet, l’origine végétale n’est pas un gage de non-toxicité. Certaines plantes à l’état naturel peuvent être toxiques comme l’amanite tue mouche ou le laurier rose.

La réalité du compostage et de la biodégradabilité

Un produit biodégradable ou compostable peut être dégradé par le vivant. C’est le cas de tous les déchets organiques (restes de repas, déchets verts du jardin…), de certains plastiques lorsqu’ils sont placés dans un composteur industriel, des lubrifiants agricoles… Un produit biodégradable/compostable n’est pas forcément issu de l’agriculture biologique. Il peut être biosourcé (issu de matières végétales ou animales) mais aussi issu de pétrole ! Tout dépend de la structure chimique du produit qui le rend biodégradable ou non.

Les matériaux biodégradables se dégradent uniquement s’ils sont placés dans les conditions spécifiques prévues : un produit biodégradable dans un compost industriel ne le sera pas forcément en compostage domestique, et encore moins dans l’eau ou le sol. En effet, les conditions en compostage industriel sont bien plus drastiques qu’en compostage à domicile (notamment montée en température à 60-70℃ à l’intérieur des andains). Le terme « biodégradable » est généralement mal compris : on pense souvent à tort que le produit peut être jeté dans la nature sans conséquence. Or la biodégradabilité dépend d’un environnement spécifique (compostage domestique, compostage industriel, sol, air, eau marine, eau douce, etc.), de conditions précises (températures, humidité, etc.) et d’une échelle de temps donnée.

Les produits « biodégradables » ne doivent surtout pas être jetés dans la nature où les conditions nécessaires à leur biodégradation ne sont pas réunies, elle sera donc beaucoup plus lente (plusieurs années). Le processus de compostage dans les bonnes conditions prend déjà plusieurs mois (au moins 6 à 12 mois). Le terme biodégradable utilisé seul n’a donc pas de sens.

Les biodéchets : définition et enjeux

Depuis le 1er janvier 2024, conformément au droit européen et à la loi anti-gaspillage de 2020, le tri des biodéchets a été généralisé et concerne tous les professionnels et particuliers. L’article L. 541-1-1 du code de l’environnement définit les biodéchets comme : « Les déchets non dangereux biodégradables de jardin ou de parc, les déchets alimentaires ou de cuisine provenant des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs ou des magasins de vente au détail, ainsi que les déchets comparables provenant des usines de transformation de denrées alimentaires. ».

En pratique, on distingue :

  • Déchets verts : tontes de pelouse et fauchage, feuilles mortes, tailles d’arbustes, haies et brindilles ou encore déchets ligneux issus de l’élagage et de l’abattage d’arbres et de haies.
  • Déchets alimentaires : restes de repas ou de préparation de repas ou produits périmés non consommés.

À ce jour, les biodéchets représentent encore un tiers des déchets non triés des Français. Pourtant, les trier présente de nombreux bénéfices :

  1. Réduire le bilan carbone du secteur des déchets à travers la réduction du stockage et de la combustion des déchets.
  2. Produire du biogaz qui peut être soit destiné à un usage local, soit réinjecté dans le réseau de gaz naturel.
  3. Fournir les agriculteurs ou gestionnaires d'espaces verts en engrais organiques et ainsi améliorer la qualité agronomique des sols.

Biodéchets : qu’est-ce que c’est et pourquoi bien les trier ?

Stratégies de déploiement pour les collectivités

C’est à la collectivité disposant de la compétence « collecte des déchets » qu’il revient d’organiser la mise en place de ce tri à la source des biodéchets pour les citoyens. Le fait que l’ensemble des collectivités aient connaissance de ce sujet et puissent coordonner leur communication et leur action auprès des citoyens peut en faciliter la mise en œuvre.

Les solutions de tri peuvent être scindées en deux grandes catégories : la collecte séparée et la gestion de proximité.

Gestion de proximité

En gestion de proximité, les usagers assurent le traitement de leurs biodéchets eux-mêmes. Ils les rassemblent dans des composteurs individuels ou collectifs. Conformément à l’arrêté du 9 avril 2018, il est notamment nécessaire que la quantité des déchets de cuisine et de table ne dépasse pas une tonne par semaine. Une personne doit être formée aux règles de bonnes pratiques du « compostage de proximité » dit « partagé », et veiller à leur respect. Elle veille à prévenir tout risque de contamination et sensibilise les apporteurs de déchets de cuisine et de table à cette prévention.

Collecte séparée

La collecte séparée peut se faire en porte-à-porte ou via des points d'apport volontaire. Le porte-à-porte encourage les résidents à trier correctement leurs biodéchets à la source, améliorant ainsi la qualité des matériaux collectés, bien qu'il puisse être plus coûteux. Les points d'apport volontaire offrent davantage de flexibilité aux citoyens et réduisent les coûts de collecte, mais nécessitent une sensibilisation accrue pour éviter la contamination des flux.

Les étapes biologiques du compostage

Le compostage est un cycle biologique naturel qui transforme les déchets organiques en matière fertile grâce à l’action d’organismes vivants. Ce processus se déroule en quatre grandes phases :

Infographie illustrant les 4 phases du compostage : mésophile, thermophile, refroidissement et maturation

  1. Phase mésophile : Durant les premiers jours, les bactéries mésophiles s’activent et décomposent les sucres et protéines simples. C’est la phase la plus intense !
  2. Phase thermophile : Les bactéries thermophiles prennent le relais et provoquent une forte montée en température.
  3. Refroidissement : La chaleur diminue : les organismes mésophiles reviennent, accompagnés des macro-organismes comme les vers et collemboles.
  4. Maturation : Le compost atteint sa forme stable : les vers terminent la transformation en humus riche et fertile.

Un bon compost a besoin d’un volume minimal d’1 m³ pour bien chauffer. Le compostage est une solution pour réduire ses déchets à la source : cette technique permet de diminuer de 30 % le poids de ses poubelles. Tout déchet organique peut être composté. Tout dépend de la place allouée, du temps consacré et de l'utilisation finale du compost.

Bonnes pratiques pour les professionnels

Pour les professionnels, le tri des biodéchets contribue activement à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Cela inclut les déchets de table, mais aussi les ratés de productions et les invendus. Il est conseillé de se rapprocher des prestataires habituels de gestion des déchets ou de spécialistes. Avant de s’intéresser au traitement, il s’agit surtout d’en réduire le volume en amont par une gestion optimisée des stocks.

Sensibilisation et communication : la clé de la réussite

Pour s’assurer du bon fonctionnement de la solution choisie, la communication de proximité est la clé. Il est recommandé de former des « ambassadeurs du tri » pour répondre aux questions des administrés. Il s’agit de donner des instructions claires sur le contenu autorisé dans un bac de biodéchets.

Sur le plan de la communication de proximité, le porte-à-porte ou la présence sur des lieux de grande fréquentation, comme des marchés, sont fortement recommandés pour pouvoir répondre aux questions précises des administrés. Il faut montrer de manière simple ce qu’est un biodéchet, ce qui est attendu des habitants dans la démarche de tri et enfin le fruit de leurs efforts. L’intérêt de choisir du matériel adapté, comme des bioseaux ajourés pour le stockage, est de faciliter le geste de tri pour l’usager et d’assurer une collecte de meilleure qualité.

En matière de communication, utilisez tous les réseaux à votre disposition : presse locale, journal de la mairie, interventions en école, vitrines des commerçants, etc. Si les citoyens se sentent impliqués dans le projet, c’est gagné !

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