Le prunier, arbre fruitier emblématique de nos jardins, attire chaque année de nombreux insectes ravageurs. Lorsque certains ravageurs s’installent, ils affaiblissent l’arbre, réduisent la récolte et ouvrent la voie aux maladies. L'identification précise des symptômes est la première étape indispensable pour protéger votre verger. Si vous observez des insectes ou des changements de couleur sur les organes de votre arbre, il est essentiel d'analyser la situation avec attention.

Les pucerons : Identification et symptômes chromatiques
Parmi les insectes qui peuvent présenter des teintes orangées, les pucerons occupent une place centrale. Plusieurs espèces se relayent sur le prunier au fil de la saison. Le Puceron brun du pêcher ou du prunier (Brachycaudus prunicola) est particulièrement remarquable : il possède une tête noire brillante et un abdomen orangé brunâtre.
D'autres espèces, bien que de couleurs différentes, causent des dégâts similaires :
- Puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi) : Corps vert tendre, parfois jaunâtre. Les jeunes feuilles se crispent nettement et s’enroulent ; les rameaux perdent de la vigueur.
- Puceron farineux du prunier (Hyalopterus pruni) : Aspect poudré grâce à une fine pruine blanche, silhouette allongée vert pâle.
- Puceron vert du pêcher (Myzus persicae) : Formes ailées vert taché de noir, thorax sombre.
Si vous avez des feuilles enroulées et que vous voyez des pucerons qui sucent la sève, un traitement au savon noir est en effet indiqué. Diluez une ou deux cuillères à soupe (max) de savon noir dans 1 litre d'eau tiède, laissez refroidir et pulvérisez. Si nécessaire, renouvelez le traitement quelques jours plus tard. Vous devriez également entourer le tronc (et les éventuels tuteurs) de bandes de glu qui empêcheront les fourmis de monter dans l'arbre. La glu sur le tronc est le meilleur moyen de limiter leur propagation.
Comment UTILISER le SAVON NOIR CONTRE les PUCERONS ?
Le Carpocapse de la prune : Le ver "orange" des fruits
Le carpocapse des prunes (Cydia funebrana) est un petit papillon noir gris qui dépose ses œufs directement sur les fruits. C'est un micro-lépidoptère mesurant 8 à 9 mm de long. Ce ravageur est particulièrement redoutable car ses chenilles, d’un rouge carmin caractéristique, perforent la peau et progressent vers le noyau en laissant derrière elles de fines déjections.
Cycle de vie et comportement
Le carpocapse passe l’hiver sous forme de chrysalide et donne naissance, au mois d’avril, à une première génération de papillons. La larve juvénile va se déplacer autour de la prune (stade baladeur) avant de perforer l’épiderme. Après cette période, elle pénètre à l’intérieur du fruit. La larve se nourrit de l’épiderme du fruit jusqu'à atteindre son dernier stade de développement (10 à 12 mm de long, couleur rose vif à orange foncé).
Symptômes sur les fruits
Les fruits attaqués par le carpocapse présentent des galeries superficielles et des écoulements gommeux franchement caractéristiques. Une petite goutte de gomme peut parfois apparaître au point d’entrée, signe précoce de l’activité de la larve. Les premiers fruits attaqués tombent en partie durant le mois de mai. Les fruits attaqués plus tardivement (juin-juillet) subissent des dépréciations qualitatives et chutent prématurément avant la récolte. Si l'on ouvre les fruits perforés, les galeries creusées par la chenille sont "sales" et contiennent les excréments de la larve.
Les Cochenilles : Parasites de l'écorce
De nombreuses cochenilles peuvent s’installer durablement sur le prunier. Elles se fixent sur l’écorce, les jeunes pousses ou le feuillage, d’où elles prélèvent la sève. Ces insectes affaiblissent l’arbre en réduisant sa capacité à effectuer la photosynthèse.
- Cochenille ostréiforme (Diaspidiotus ostreaeformis) : Bouclier rigide rappelant une petite coquille, fixé sur rameaux et écorce. Ses piqûres provoquent déformations et dessèchements.
- Cochenille rouge du poirier (Epidiaspis leperii) : Bouclier circulaire clair avec un centre rouge sombre, corps rosé dessous. Les fortes colonies créent des croûtes épaisses sur les branches.
- Lécanium du cornouiller : Cochenille globuleuse brun acajou, brillante.
Les vergers bio ont rarement de gros problèmes avec les cochenilles. Les symptômes sont une déformation de l’écorce et des jeunes pousses suite à la ponte d’approximativement cinquante larves par la femelle.

Les acariens et autres ravageurs invisibles
Les acariens microscopiques, comme l'araignée rouge (Panonychus ulmi), hivernent sous forme d’œufs sur les rameaux. Dès le printemps, leur population augmente rapidement. Ils piquent les cellules du revers des feuilles pour en aspirer le contenu, réduisant la surface photosynthétique.
L'hoplocampe du prunier est un petit hyménoptère dont les larves attaquent les jeunes fruits. La femelle pond dans le calice des fleurs ouvertes. La larve, blanchâtre à jaunâtre, pénètre dans le fruit, creuse jusqu’au noyau et peut détruire plusieurs prunes successivement, laissant un trou circulaire caractéristique qui vaut à ce ravageur le nom de « ver du cordonnier ».
Maladies cryptogamiques et stress environnementaux
Il est important de ne pas confondre les attaques d'insectes avec les maladies. La moniliose (Monilia laxa ou fructigena) s’installe dans les tissus jeunes et tendres de la fleur. Il apparaît d’abord une pourriture violette puis brune. Se développent ensuite des coussinets fructifères, gris cendré pour le Monilia laxa, ou de couleur brun-fauve pour le Monilia fructigena. Les fruits atteints se momifient sur l’arbre.
La gommose, quant à elle, n'est pas une maladie en soi mais l'exsudat d'une boule de sève agglutinée. C'est le symptôme d'une maladie ou d'un stress agressif. La fumagine est une autre maladie, provoquée par des champignons qui s'installent sur les sécrétions collantes des pucerons et des cochenilles, donnant un aspect de suie sur les feuilles.

Stratégies de lutte intégrée
Pour limiter les populations de ravageurs, plusieurs méthodes peuvent être combinées :
- Méthodes physiques : Les filets de type Alt'carpo peuvent être installés sur la parcelle. Ils ne seront efficaces que s'ils sont installés précocement, avant que le "potentiel carpocapse" n'y soit trop élevé.
- Méthodes biologiques : La méthode de confusion sexuelle peut être utilisée pour le carpocapse. La diffusion d'un bouquet de phéromones femelles dans la parcelle empêche le papillon mâle de rencontrer un papillon femelle.
- Gestion naturelle : Les chauves-souris et certaines espèces d'oiseaux, notamment les mésanges, sont connues pour être de gros consommateurs de lépidoptères.
- Entretien cultural : Réalisez une taille annuelle en veillant à bien désinfecter tous vos outils. Contrôlez l’irrigation pour ne pas noyer et affaiblir votre arbre. L'observation régulière est essentielle pour détecter les problèmes dès leur apparition.