Les Variétés Résistantes au Mildiou : Une Révolution Durable en Viticulture et dans la Culture de la Tomate

Introduction

La viticulture et la culture de la tomate, piliers de l'agriculture française et mondiale, font face à des défis majeurs, notamment la menace omniprésente des maladies cryptogamiques. Parmi elles, le mildiou et l'oïdium figurent parmi les plus dévastatrices, entraînant des pertes significatives de récolte en quantité et en qualité. Historiquement, la lutte contre ces bioagresseurs s'est appuyée sur l'utilisation intensive de produits phytosanitaires, notamment le cuivre et le soufre. Cependant, les préoccupations croissantes concernant les impacts environnementaux et sanitaires de ces traitements ont stimulé la recherche d'alternatives plus durables. L'innovation variétale, à travers le développement de cépages et de variétés de tomates résistantes, apparaît comme une solution prometteuse pour une agriculture plus respectueuse de l'environnement, économiquement viable et socialement acceptable.

Les Enjeux de la Viticulture Face aux Maladies Fongiques

La vigne, par sa nature, est particulièrement sensible aux maladies fongiques. Au cours du 20e siècle, l'emploi de produits phytosanitaires est devenu la stratégie principale pour combattre le mildiou et l'oïdium. Cette dépendance a des conséquences directes et indirectes sur l'environnement, la santé des viticulteurs et des populations riveraines, la rentabilité économique des exploitations et l'image de marque de la filière viticole. La viticulture se classe au deuxième rang des utilisateurs de produits phytosanitaires en France, juste derrière les céréales. Cette situation met en lumière l'urgence de développer des méthodes de production qui permettent de réduire drastiquement le recours aux traitements chimiques.

Vignoble traité avec des produits phytosanitaires

Le réchauffement climatique vient ajouter une couche de complexité à ces défis. Il entraîne un débourrement de plus en plus précoce de la vigne en France, décalant la maturation des raisins sur les périodes estivales les plus chaudes. Il en résulte une baisse de l'acidité des baies à la récolte et une modification de leur composition aromatique, impactant directement la qualité des vins.

Le Programme INRAE ResDur : Une Réponse Innovante

Face à ces enjeux, l'INRAE (Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement) s'est engagé, dès les années 2000, dans le programme ResDur. Ce programme d'innovation variétale pour les vignes de cuve vise à créer des variétés combinant plusieurs facteurs de résistance aux maladies cryptogamiques tout en s'adaptant aux nouvelles contraintes climatiques. L'objectif finalisé est l'inscription au catalogue de variétés possédant des résistances polygéniques au mildiou et à l'oïdium, produisant des vins de bonne qualité.

Principes et Démarche de Sélection

La création de variétés résistantes repose sur l'introgression des caractères de résistance des vignes américaines et asiatiques dans le fond génétique des vignes européennes (Vitis vinifera) via des croisements successifs. Ce processus est long, nécessitant environ 15 ans pour sélectionner une variété : trois ans de sélection précoce, six ans de sélection intermédiaire, et enfin six ans de sélection finale. Au cours de cette dernière étape, la valeur agronomique, technologique et environnementale (VATE) des variétés candidates est testée au champ.

Le pyramidage, c'est-à-dire le cumul de plusieurs gènes de résistance à une même maladie dans une seule variété, est un levier essentiel pour garantir la durabilité des résistances. Cette approche, bien que plus longue en termes de sélection, permet de prévenir l'apparition de souches pathogènes capables de contourner une résistance unique.

Cepages resistants

Les Premiers Succès du Programme ResDur

En 2018, le programme ResDur a abouti à l'inscription au Catalogue officiel de quatre premières variétés dotées de résistances naturelles au mildiou et à l'oïdium : Artaban N, Floreal B, Vidoc N et Voltis B. La qualité des vins issus de ces cépages est jugée comparable à celle des cépages traditionnels, avec des profils organoleptiques tranchés entre Artaban et Vidoc (vins rouges) et entre Floreal et Voltis (vins blancs).

Ces variétés présentent une résistance polygénique, reposant actuellement sur Rpv1 + Rpv10 pour le mildiou et Run1 + Run3, voire + Run9 pour l'oïdium. Leur époque de maturité convient pour de nombreuses régions viticoles françaises, et leur productivité s'échelonne entre des niveaux moyens à élevés.

En 2022, cinq nouvelles variétés issues de ce programme ont également été inscrites au Catalogue : Coliris N, Lilaro N, Opalor B, Selenor B, Sirano N. Une dizaine d'autres variétés sont attendues en 2025. Ces neuf variétés présentent une résistance élevée au mildiou et totale à l'oïdium.

Économies et Avantages Environnementaux

Le recours à ces nouvelles variétés permet de réduire drastiquement l'utilisation des produits phytosanitaires. Un nombre réduit de traitements fongicides complémentaires est préconisé (deux par maladie, soit quatre au total) afin de limiter le risque de contournement de la résistance et d'éviter le développement de pathogènes pour lesquels ces variétés ne présentent pas de résistance, comme le black rot ou l'anthracnose. En comparaison, le nombre moyen de traitements fongicides-bactéricides était de 16 en 2019, avec les traitements mildiou et oïdium représentant 93 % des traitements fongicides.

L'économie de fongicides contre le mildiou et l'oïdium est de l'ordre de 75 %. Cette réduction significative se traduit par :

  • Une augmentation de la qualité de l'air : L'économie en fongicides et du nombre de passages de tracteur atteint environ 75%.
  • Une augmentation de la qualité de l'eau : L'utilisation de ces variétés permet une réduction de plus de 80% de l'IFT (Indice de Fréquence de Traitement), ayant un impact très positif sur la qualité de l'eau.
  • Une diminution de la consommation de ressources fossiles : La réduction du nombre de passages se traduit par une diminution de la consommation de carburant.

En termes économiques, les réductions des coûts peuvent être estimées à 500 €/ha/an pour le coût des produits et à 170 €/ha/an pour la traction et la main-d'œuvre, ainsi qu'à 140 €/ha/an pour l'amortissement du pulvérisateur. Sur le plan social, le temps de travail diminue d'environ 60% si l'on considère que 50% des traitements se font en mélange, ce qui réduit la préparation de la bouillie, l'application des produits et le nettoyage du matériel. L'effet sur la santé de l'agriculteur est également en augmentation, réduisant l'exposition aux produits chimiques.

Autres Variétés Résistantes Disponibles sur le Marché

En avril 2017, douze variétés résistantes au mildiou et/ou à l'oïdium, originaires d'Allemagne, d'Italie et de Suisse, ont également été classées en France parmi la liste des variétés de vigne à raisin de cuve intégrées au Catalogue national. Il s'agit de huit variétés blanches (Bronner, Cabernet blanc, Johanniter, Muscaris, Saphira, Solaris, Soreli et Souvignier gris) et de quatre variétés noires (Cabernet Cortis, Monarch, Pinotin et Prior). Le recours à des cépages résistants est l'une des solutions alternatives à l'usage du cuivre en viticulture, identifiée dans le Centre de ressources Alternatives au cuivre en viticulture du portail EcophytoPIC.

Collaboration Internationale : INRAE et Agroscope

L'INRA (France) a engagé le programme de sélection ResDur en 2000, basé sur le pyramidage des facteurs de résistance. Agroscope (Suisse) a démarré la création de variétés résistantes en 1996, en mobilisant les résistances portées par des variétés allemandes, principalement Bronner.

En 2009, l'INRA et Agroscope ont démarré un programme de sélection commun, visant à combiner les facteurs de résistance aux maladies présents de manière complémentaire dans leurs lignées respectives. Des croisements réalisés ont généré, après sélection assistée par marqueurs, 400 descendants porteurs des facteurs de résistance Rpv1, Rpv10 et/ou Rpv3 pour le mildiou, et Run1, Ren3 et/ou Ren3.2 pour l'oïdium. Leur phénotypage agronomique et œnologique est réalisé dans le cadre d'un réseau d'essais situés dans les deux instituts à Colmar (FR) et à Pully (CH). Quinze variétés candidates ont été sélectionnées et installées en essais d'évaluation VATE en Valais (CH), ainsi que dans trois régions françaises (Champagne, Val de Loire, Vallée du Rhône).

Ce partenariat démontre l'importance de la collaboration scientifique internationale pour le développement de solutions durables et adaptées aux contextes viticoles variés.

Carte des sites d'expérimentation INRAE-Agroscope

Réglementation et Déploiement des Variétés Résistantes

En France, pour produire et commercialiser du vin à partir d'un cépage, ce dernier doit répondre à deux conditions cumulatives : être inscrit au catalogue officiel et être classé en tant que variété de vigne à raisins de cuve. Si les premiers classements définitifs de cépages résistants ont eu lieu début 2017, certains cépages ne bénéficient que d'un classement temporaire, même s'ils sont parfois inscrits dans le catalogue de leur pays d'obtention. Il est alors possible de planter des parcelles expérimentales, sur des surfaces limitées, selon les modalités définies par l'arrêté ministériel du 9 mai 2016.

Le Règlement (UE) 2021/2117 du 2 décembre 2021 ouvre la possibilité que les vins obtenus à partir de variétés de vigne issues d'un croisement entre Vitis vinifera et d'autres espèces du genre Vitis puissent bénéficier de l'AOP (Appellation d'Origine Protégée). Les organismes de défense et de gestion (ODG) des appellations peuvent ainsi intégrer des variétés résistantes dans le dispositif des Variétés d'Intérêt à Fin d'Adaptation (VIFA).

L'Observatoire National du Déploiement des Cépages Résistants (OSCAR)

Pour suivre la durabilité des résistances des nouvelles variétés et construire les itinéraires techniques qui doivent les accompagner, l'INRAE a créé en 2017 l'Observatoire National du Déploiement des Cépages Résistants (OSCAR). Ce dispositif partenarial, qui inclut l'IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), les chambres d'agriculture, les interprofessions viticoles et les pépinières viticoles, accompagne les viticulteurs sur le terrain.

Basé sur le triptyque « déployer, protéger, surveiller », OSCAR permet de suivre en continu l'efficacité des résistances génétiques dans des contextes diversifiés de conduite et de pression de maladie. Il évalue également l'impact du déploiement des gènes de résistance sur les dynamiques évolutives des agents pathogènes et l'émergence éventuelle de nouvelles maladies. Enfin, OSCAR appuie les conseillers techniques et les vignerons dans leurs choix tactiques et stratégiques pour la protection des vignobles. Toutes les catégories de variétés, françaises et étrangères, sont concernées, sans contrainte imposée aux viticulteurs sur leur mode de conduite. L'objectif est d'intégrer une grande diversité de contextes agroclimatiques et de productions pour obtenir un maximum d'informations.

Impact sur les Bioagresseurs

Bioagresseurs défavorisés

Les variétés résistantes ont un impact significativement positif sur la gestion du mildiou et de l'oïdium. Pour le mildiou de la vigne, une résistance partielle est observée pour les neuf variétés françaises, tandis que pour l'oïdium de la vigne, la résistance est totale pour ces mêmes variétés. Cela se traduit par une forte diminution de l'impact de ces agents pathogènes.

Bioagresseurs favorisés

Cependant, certaines variétés résistantes au mildiou et à l'oïdium peuvent être particulièrement sensibles à d'autres maladies. L'anthracnose de la vigne (Elsinoë ampelina) et le black rot (Guignardia bidwellii) peuvent ainsi voir leur impact augmenter sur ces variétés. Il est donc essentiel de maintenir un suivi et, si nécessaire, des traitements spécifiques pour ces maladies non couvertes par la résistance variétale.

Les Variétés Résistantes au Mildiou dans la Culture de la Tomate

Face à l'épidémie de mildiou qui touche chaque année les cultures de tomates, certaines variétés se distinguent par leur résistance naturelle à cette maladie cryptogamique. Cette résistance variétale représente aujourd'hui l'une des solutions les plus prometteuses pour les jardiniers et les producteurs confrontés aux ravages du mildiou.

Variétés Prometteuses

La tomate ‘Honey Moon F1’, développée par le grainetier français H. M., se positionne comme une référence absolue en matière de résistance au mildiou. Cette variété de type ‘Rose de Berne’ produit des fruits remarquables d'un calibre impressionnant de 250 à 300 grammes. Les plants de ‘Honey Moon F1’ affichent une belle vigueur avec un port indéterminé pouvant atteindre 1,20 mètre de hauteur. Leur cycle de production s'étend sur 8 à 10 semaines après la plantation, permettant des récoltes de juillet à septembre-octobre.

Une étude récente a révélé des différences significatives de résistance entre les cultivars. Parmi les variétés testées, Trakia se distingue nettement par sa résistance supérieure. En comparaison, la variété Marmande, pourtant largement cultivée et appréciée pour ses qualités gustatives, s'avère la plus exposée au mildiou. La Rouge de Corse constitue également une option intéressante, réputée pour sa productivité abondante et sa résistance aux maladies telles que l'oïdium et le mildiou.

Stratégies Complémentaires de Prévention

Bien que la résistance variétale soit efficace, elle ne constitue qu'un élément d'une stratégie globale de prévention du mildiou. Le nettoyage minutieux des supports, tuteurs et outils utilisés est une étape indispensable après chaque saison. L'installation d'abris ou le choix d'emplacements mieux aérés préparent un potager plus résilient face aux conditions climatiques favorables au développement du mildiou.

Enjeux Économiques et Durables

L'adoption de variétés résistantes au mildiou présente des enjeux économiques majeurs pour la filière tomate. Sécuriser la production grâce à des variétés résistantes constitue un investissement durable capable de réduire la dépendance aux fongicides. L'évolution vers des variétés naturellement résistantes au mildiou s'inscrit dans une démarche d'agriculture durable de plus en plus plébiscitée. La recherche continue de développer de nouvelles variétés combinant résistance et qualités gustatives, répondant ainsi aux attentes des consommateurs en matière de goût et de sécurité alimentaire.

Tomates saines cultivées avec des variétés résistantes

Perspective d'Avenir et Innovation Variétale INRAE

L'innovation variétale constitue un levier stratégique pour l'INRAE, qui valorise ainsi les résultats de sa recherche amont et développe des preuves de concept répondant aux défis de l'agriculture d'aujourd'hui et de demain. Au sein de son département Biologie et amélioration des plantes, l'INRAE consacre des moyens importants à 7 programmes de création variétale sur 11 espèces, qu'elles soient annuelles (blé tendre, pois d'hiver, féverole d'hiver, lentille, dactyle) ou pérennes (vigne et ses porte-greffes, pommier, poirier, cerisier, abricotier, prunier et leurs porte-greffes).

Ces programmes visent à produire du matériel végétal innovant, en associant des caractéristiques adaptées à la transition agroécologique, à la sécurisation d'une production de qualité face aux aléas climatiques, à la préservation de la biodiversité et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités agricoles.

En explorant des pistes risquées et novatrices, ces travaux à forte valeur démonstrative s'inscrivent en complémentarité des programmes conduits par le secteur privé de l'obtention, tout en générant un flux variétal destiné à répondre aux besoins de nouvelles pratiques dans les filières. Grâce à la protection par certificat d'obtention végétale, le matériel génétique ainsi obtenu reste accessible aux acteurs privés, qui peuvent l'intégrer à leurs propres schémas de sélection.

Les Prochaines Générations de Variétés Résistantes

Le programme INRAE-ResDur2 a déjà abouti à l'inscription de trois nouvelles variétés de vigne, Calys, Exelys et Artys, au Catalogue officiel en 2024. Issues de parents résistants aux origines génétiques distinctes, elles allient résistance aux maladies et qualité sensorielle. Ces variétés possèdent une résistance polygénique, avec deux facteurs de résistance au mildiou et trois à l'oïdium. Une économie en fongicides comprise entre 80 et 90 % par rapport à une variété sensible est réalisable, tout en maintenant un minimum de deux traitements fongicides (contre le mildiou et l'oïdium) pour préserver l'efficacité des résistances.

Calys, Exelys et Artys présentent une précocité située entre celle du Chardonnay et celle du Merlot, ce qui les rend adaptées à de nombreuses régions viticoles françaises. La qualité organoleptique des vins produits est jugée comparable aux cépages témoins, avec des profils de vins blancs distincts pour Exelys et Artys, tandis que Calys se distingue par des vins rouges fruités, complexes, riches en tanins, et dotés d'une intense coloration. Ces trois nouvelles obtentions complètent les variétés précédentes, offrant une diversité croissante pour une meilleure durabilité.

Une troisième série de croisements, ResDur3, devrait aboutir à l'inscription de nouvelles variétés à partir de 2025. Dans la continuité de ces travaux, douze programmes de création de variétés de cuve à typicité régionale sont menés avec les interprofessions viticoles dans toutes les régions françaises.

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