Nous ne sommes pas les seuls amateurs de noisettes : dans nos vergers, nos jardins, nos forêts et nos haies, sans une surveillance et des soins particuliers, la récolte de noisette en septembre peut s’avérer quasi inexistante. Le noisetier est victime des dégâts de plusieurs insectes ravageurs, dont deux principaux que nous vous présentons dans cet article. Contrairement aux idées reçues, le principal prédateur de la noisette n’est pas l’écureuil, qui ne prélève qu’une petite quantité de fruits pour ses réserves, car il ne se nourrit pas exclusivement de noisettes, mais aussi de glands, de noix diverses etc.

Le balanin de la noisette : L'ennemi historique
Qui n’a jamais retrouvé sur le sol des noisettes vides creusées d’un petit trou dans la coque ? Il s’agit des dégâts causés par le balanin de la noisette, principal ravageur du noisetier. Le balanin présente l’originalité d’être monophage, il ne dévore en effet que nos précieuses noisettes. Le couple balanin et noisetier ont co-évolué et l’insecte s’est spécialisé en développant des liens étroits avec sa plante hôte. Bien qu’il soit présent partout en Europe, ce petit charançon est le ravageur principal et historique du noisetier en France. Sans traitements, les dégâts peuvent endommager plus de 80% d’une récolte.
Le balanin des noisettes (Curculio nucum ou Balaninus nucum) - également appelé charançon des noisettes - est un insecte de l’ordre des coléoptères. Il est facilement reconnaissable à son rostre étroit, long et incurvé et à ses yeux ronds et noirs. De couleur grise à rousse marbrée de taches plus claires et recouvert de fins poils, le balanin des noisettes adulte mesure généralement de 6 à 10 mm. Les larves de couleur blanche font environ 15 mm. Elles sont arquées et trapues, de couleur blanc crème avec une tête brune.

Biologie et cycle de vie du ravageur
Le cycle de reproduction et de développement du balanin est lié au développement du noisetier. Après la nymphose qui a lieu dans le sol, les adultes apparaissent alors que les noisettes ne sont pas encore formées et ils se nourrissent alors de la pulpe des poires, pêchers qu’ils piquent avec son rostre. C’est seulement un peu plus tard qu’ils s’attaquent aux noisettes vers le mois d’avril.
C'est au printemps que les balanins adultes font leur apparition, en vue de s'accoupler. Au moment de la ponte (mai-juillet), la femelle choisit des noisettes à peines formées, d'une dizaine de millimètres, pour perforer, à l'aide de son fameux rostre, un petit trou dans la coquille encore tendre, par lequel elle introduira ensuite un œuf. La femelle peut pondre jusqu'à 30 œufs. Au bout de 8 à 10 jours l’œuf éclot et la larve se développe pendant 40 à 60 jours en se nourrissant de la noisette. Son développement terminé, elle sort et se laisse tomber au sol. Les larves s’enterrent superficiellement dans le sol et entrent en diapause pendant 1 à 3 hivers avant de se nymphoser.
Symptômes et impacts sur la production
Les attaques se repèrent par la présence de trous dans les noisettes. Les noisettes attaquées jeunes tombent précocement et la récolte est donc réduite. Les adultes se nourrissent également de feuillage et de fruits (poires, pêches et kakis notamment) et leurs piqûres provoquent des déformations sur les fruits. Les variétés précoces et celles à coque fines sont les plus sensibles au balanin.
Une forte infestation peut détruire jusqu’à 70 % de la récolte. Les noisettes attaquées par le balanin sont perdues. On y retrouve à l’intérieur les excréments de la larve qui a rongé l’amande. Les piqures de l’adulte pour se nourrir provoquent la chute précoce des jeunes noisettes. Sur les poiriers et pêchers, celles-ci amènent une déformation des fruits qui sont souvent envahis par le botrytis.

Stratégies de lutte et méthodes culturales
Pour se débarrasser de ce coléoptère ravageur, il faut intervenir au fil des saisons. En été, dès l’apparition des premiers trous dans les jeunes noisettes, ramassez les fruits tombés à terre et brûlez-les. À l'automne et au cours de l'hiver, griffez en surface le sol sous les noisetiers afin de faire sortir les larves terrées ; elles seront vite repérées par les oiseaux (merles, étourneaux…), ou les poules si vous en avez ! L'exposition au gel est également efficace pour les détruire.
Au cours du printemps (mai / juin), « récoltez » les adultes avant la ponte : tendre un drap sous l'arbre et secouer les branches pour faire tomber les coléoptères. Il est conseillé de réaliser cela de préférence tôt le matin lorsque les balanins sont encore engourdis. Certaines variétés anciennes ont des coques plus dures et épaisses comme ‘Merveille de Bollwiller’.
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Solutions biologiques : Nématodes et biodiversité
Le recours au nématode Heterorhabditis bacteriophora reste efficace. Les nématodes sont des vers microscopiques qui parasitent les larves d’insectes présentes dans le sol. Utilisés en arrosage sous les noisetiers au mois d’août ou septembre, les nématodes vont éliminer les larves qui rejoignent le sol pour passer l’hiver. Un traitement est également possible au début du printemps si les conditions le permettent.
Inviter des carabes au jardin est une autre stratégie pertinente. Le carabe est un coléoptère carnassier, grand amateur de chenilles et de larves en tout genre, et notamment celles de balanin qu'il sait dénicher dans le sol. Pour cela, nous vous recommandons de semer des mélanges fleuris au plus proche des noisetiers. Si vous avez des poules, n’hésitez pas à les faire pâturer sous les noisetiers. Au printemps, elles se nourriront des charançons du noisetier au moment ou ceux-ci sortent de terre.
Les punaises : Nouveaux défis pour le noisetier
Depuis 2012, de nouveaux symptômes sont apparus sur les noisettes françaises et toutes les variétés semblent touchées. En 2015, une étude préliminaire a pu identifier un certain nombre de punaises potentiellement impliquées dans ces dégâts. Il pourrait s’agir de Palomena prasina (Pentatomidae) et Gonocerus acuteangulatus (Coreidae).
En Turquie et en Italie, les punaises sont les principaux ravageurs de la noisette. Les punaises sont des insectes piqueurs-suceurs. Ils sont dotés d’un stylet qui injecte de la salive composés d’enzymes. Les dommages physicochimiques causés lors de la nutrition provoquent différents types de dégâts et varient en fonction du stade de croissance de la noisette. Les piqures précoces perturbent la fécondation conduisant à une noisette vide ou avortée. Lorsque l’amandon est en pleine croissance, la piqure provoque son flétrissement. Enfin, lorsque l’amandon a terminé sa croissance, les piqures ont pour effet de créer des nécroses visibles par des taches blanches ou des taches brunes ainsi qu’un goût rendant l’amandon immangeable.

Les punaises sont polyphages et très mobiles, rendant la lutte via des moyens conventionnels plus difficile. La punaise diabolique a quant à elle fait son apparition chez les principaux producteurs de noisettes : de l’Oregon à la Géorgie, en passant par la Turquie et le nord de l’Italie.
Perspectives de recherche et innovation
Alors que la filière de la noisette en France est en plein développement, les moyens de lutte efficaces contre le balanin se réduisent. Depuis le 1er janvier 2019 que la vente de pesticides de synthèse, produits phytopharmaceutiques, aux particuliers est interdite, il n'y a plus aucun espoir d'imaginer remédier aux ravages causés par les balanins, en pulvérisant des produits chimiques.
Pour faire face à cette situation et répondre à la demande croissante en noisettes, la recherche de produits de bio-contrôle, basé notamment sur l’utilisation des médiateurs chimiques, est devenue une priorité pour assurer le développement de la filière noisette en France. De récentes études, conjointement menées par le laboratoire entomologique de l'ANPN (Association des producteurs de noisettes) et l'INRAE de Versailles, tendent à prouver que le balanin est guidé vers les noisettes par son sens olfactif. Elles ouvrent des pistes sur l'identification des molécules responsables de cette attraction et donc un espoir de traitement en lutte biologique grâce à des composés odorants.
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