Le prunier attire chaque année de nombreux insectes ravageurs. Lorsque certains ravageurs s’installent, ils affaiblissent l’arbre, réduisent la récolte et ouvrent la voie aux maladies. Facile de culture, le prunier est pourtant parfois victime de parasites et de maladies, surtout lorsqu'il est fragilisé par des conditions climatiques particulières ou qu'il est en souffrance à cause de mauvaises conditions de culture. L’apparition de repousses ou de rejets, aussi appelés drageons, autour de la base d’un arbre peut sembler anodine. Pourtant, ces petites pousses sont loin d’être inoffensives. Elles tirent parti des ressources nutritives et de l’eau, compromettant ainsi la santé et la croissance de l’arbre.

Les rejets : causes, impacts et gestion
Avez-vous déjà remarqué de petites pousses surgissant à la base du tronc de votre arbre ? Tandis que certaines espèces sont naturellement enclines à cette croissance, chez d’autres, cela peut indiquer un état de stress. Mais ces rejets ne sont pas simplement inesthétiques ; ils absorbent aussi les précieuses ressources que votre arbre pourrait utiliser pour sa propre croissance. Certaines espèces d’arbres produisent des rejets lorsqu’elles sont soumises à des conditions stressantes. Le stress peut provenir d’une variété de facteurs, notamment des changements climatiques, des conditions de sol pauvres, ou des infections par des parasites ou des maladies.
Pour d’autres espèces, la production de repousses est un processus tout à fait naturel. Le saule, le peuplier et certains types de fruitiers sont particulièrement enclins à cette forme de croissance. Le moment idéal pour couper les rejets d’un arbre dépend de plusieurs facteurs, notamment l’espèce de l’arbre et les conditions climatiques locales. Le début du printemps est souvent considéré comme un moment optimal pour éliminer les rejets. À cette période, la sève commence à circuler, ce qui favorise la cicatrisation rapide des plaies causées par la coupe. La fin de l’automne, après la chute des feuilles, est également un bon moment pour cette tâche.
L’arbre n'est pas perdu du tout, il faut juste couper les rejets. Il est parfois conseillé de couper "en vert", par exemple juste après la tombée des fruits. Avant de supprimer les rejets, effectuez une inspection minutieuse pour déterminer leur nombre et leur taille. Une désinfection soigneuse des outils est impérative pour minimiser les risques de contamination ou de propagation de maladies. Lorsque vous coupez les rejets, veillez à le faire aussi près que possible du tronc ou de la racine, sans pour autant endommager l’écorce de l’arbre. Enfin, après élimination des rejets, continuez à surveiller l’arbre pour contrer d’éventuelles repousses. Une des mesures préventives les plus efficaces est de maintenir une bonne qualité du sol autour de l’arbre. Un sol riche en nutriments et bien drainé contribue à la santé générale de l’arbre, réduisant ainsi son stress et, par conséquent, la probabilité de formation de repousses. Les tailles inappropriées ou excessives sont souvent une cause majeure de stress pour les arbres, pouvant entraîner la formation de repousses.
Les insectes ravageurs du fruit : carpocapse, tordeuse et hoplocampe
Le carpocapse de la prune est un petit papillon noir gris qui dépose ses œufs directement sur les fruits. Les chenilles, d’un rouge carmin caractéristique, perforent la peau et progressent vers le noyau en laissant derrière elles de fines déjections. Les fruits touchés tombent bien avant maturité. Une petite goutte de gomme peut parfois apparaître au point d’entrée, signe précoce de l’activité de la larve. Laspeyresia funebrana est un papillon triangulaire gris cendré mesurant 15 mm d'envergure. Chaque femelle peut pondre jusqu'à 45 œufs sur la partie inférieure des fruits. La chenille de 12 mm de longueur, soyeuse, rose vif, à tête brun foncé se développe dans le fruit avant de se nymphoser dans l'écorce ou le sol. Ainsi, le verger est soumis à deux générations annuelles en mai/juin, puis en juillet/août. Les fruits présentent des écoulements de gomme et des galeries superficielles. Ils finissent par tomber.
La tordeuse orientale du pêcher s’attaque aussi aux pruniers. La larve de ce papillon s’introduit dans les jeunes pousses ou les fruits en formation. Elle commence blanche puis rosit en grandissant. Les jeunes pousses atteintes se flétrissent soudainement et laissent apparaître une perforation près de l’extrémité. Dans les fruits, la tordeuse creuse des galeries qui perturbent leur développement. La petite tordeuse des fruits a un fonctionnement similaire à celui du carpocapse. Les différences : la larve pénètre dans le fruit par une perforation en spirale (le trou est simple pour le carpocapse), elle est grise à rose clair et rejette ses excréments à l’extérieur du fruit.

L’hoplocampe du prunier est un petit hyménoptère ravageur des pruniers. Ce sont les larves qui attaquent les jeunes fruits. La femelle pond dans le calice des fleurs ouvertes, puis la larve, blanchâtre à jaunâtre et longue d’environ 10 mm, pénètre dans le fruit, creuse jusqu’au noyau et peut détruire plusieurs prunes successivement, laissant un trou circulaire caractéristique qui vaut à ce ravageur le nom de « ver du cordonnier ». Le traitement du prunier contre le ver du cordonnier consiste à déposer des pièges englués sur le tronc du prunier, la période optimum étant la fin de la chute des pétales.
Ceratitis capitata est surtout présente dans les régions méditerranéennes. Cette petite mouche jaune grisâtre aux yeux verts et à tête jaune, pond ses œufs à l'intérieur des fruits. Les larves se développent alors en 15 jours en se nourrissant de la pulpe des fruits. 6 à 7 générations peuvent se succéder durant la belle saison. Le point de piqûre sur le fruit forme une tâche puis une dépression causée par la pourriture des tissus. Les fruits tombent, la récolte est compromise. Pour une lutte biologique, utilisez Opius Concolor qui est un insecte entomophage.
Les insectes suceurs : pucerons, cochenilles et acariens
Plusieurs espèces de pucerons se relayent sur le prunier au fil de la saison. Le puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi) se manifeste dès la sortie des premières pousses juste après la floraison et ce, jusqu'en juin. Une nouvelle attaque survient en automne lors de la ponte. Les feuilles s'enroulent et les fruits tombent à cause des sucions de sève effectués par ces pucerons. Le puceron brun du pêcher / du prunier (Brachycaudus prunicola) présente une tête noire brillante et un abdomen orangé brunâtre. Le puceron farineux du prunier (Hyalopterus pruni) possède un aspect poudré grâce à une fine pruine blanche et une silhouette allongée vert pâle. Le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) montre des formes ailées vert taché de noir et un thorax sombre.
Les traitements pour lutter contre la présence des pucerons sur le prunier sont variés : le savon noir, mélangé à de l’eau, se pulvérise directement sur les pucerons. Les décoctions d’ail, les infusions de menthe poivrée ou de lavande, ont une action répulsive. Les colliers de glu, à mettre autour du tronc du prunier, empêchent les fourmis de s’occuper des pucerons. Les méthodes de biocontrôle sont très efficaces : chrysopes et coccinelles sont des prédateurs voraces de pucerons.
De nombreuses cochenilles peuvent s’installer durablement sur le prunier. Elles se fixent sur l’écorce, les jeunes pousses ou le feuillage, d’où elles prélèvent la sève. La cochenille ostréiforme (Diaspidiotus ostreaeformis) possède un bouclier rigide rappelant une petite coquille. Ses piqûres provoquent déformations et dessèchements. La cochenille rouge du poirier (Epidiaspis leperii) présente un bouclier circulaire clair avec un centre rouge sombre. Epidiaspis leperii présente un corps circulaire à ovale, plat de 0,75 à 1,8 mm de diamètre, blanc grisâtre avec une exuvie centrale brun rouge. Dès le mois de mai, la femelle pond une cinquantaine d’œufs. En prévention, traitez à l'huile blanche en hiver. Le lécanium du cornouiller (Parthenolecanium corni) est une cochenille globuleuse brun acajou, brillante, tandis que le lécanium du pêcher (Parthenolecanium persicae) est plus allongé, brun rouge, avec une carène médiane bien visible.
Les acariens microscopiques hivernent sous forme d’œufs sur les rameaux. Dès le printemps, leur population augmente rapidement. Ils piquent les cellules du revers des feuilles pour en aspirer le contenu. Les araignées rouges provoquent la chute prématurée des feuilles. Les phytoptes, quant à eux, se logent dans les bourgeons et y déclenchent la formation de galles rondes, lisses, parfois multiples. À l’intérieur, les tissus s’épaississent et se désorganisent. Sur un arbre fortement touché, la floraison paraît clairsemée.
Pucerons et fourmis : Feuilles de fruitiers recroquevillées - Truffaut
Maladies cryptogamiques et bactériennes
Tranzschelia pruni-spinosae ou Tranzschelia discolor peuvent être responsables de la rouille du prunier. Ces deux champignons se matérialisent sous la forme de décoloration orangées sur la face supérieure des feuilles correspondant à leurs revers à des amas pulvérulents de spores bruns. Le bois ne lignifie pas et les fruits tombent. Détruisez les feuilles tombées au sol et celles toujours sur l'arbre, qui sont des réservoirs à spores.
Monilia laxa et Monilia fructigena se développent respectivement sur les fleurs et les fruits. Ces deux champignons provoquent une pourriture mauve devenant brune. Les fruits se momifient ensuite. Un printemps et un été très pluvieux accroissent le risque d'attaque et de propagation de la maladie. La lutte contre la moniliose consiste à effectuer des applications de bouillie bordelaise : un premier traitement du prunier au printemps, juste avant le débourrement, puis avant que les fleurs ne soient ouvertes.
Le coryneum à criblure est provoqué par le champignon Coryneum beijerinckii. Sur feuilles, des ponctuations rouges de 1 mm de diamètre, dispersées sur le limbe, sont visibles au printemps. Elles évoluent en taches circulaires de 3mm de diamètre qui présentent un centre nécrosé gris et une bordure pourpre. Sur rameaux, les taches entourent aussi un centre nécrosé persistant. Sur fruits, ces taches sont nombreuses plus ou moins en relief et peuvent s’accompagner d’une gommose. Vous appliquerez de la bouillie bordelaise à la chute des feuilles, en automne, puis juste avant le débourrement.
Les bactérioses, également appelées « chancres bactériens », sont des maladies du dépérissement. La bactériose à Pseudomonas entraîne des taches circulaires sur les feuilles qui se nécrosent, tandis que la bactériose à Xanthomonas provoque des taches grises et anguleuses. Une solution cuprique doit être appliquée sur l’arbre lors de la chute des feuilles, puis une application au printemps, avant le débourrement. La sharka, provoquée par le Plum Pox Virus, se manifeste par des taches aux bords flous, jaune clair, sur les feuilles. Traiter le prunier contre la sharka se fait via le traitement contre les pucerons.
Enfin, le phellin du prunier est un champignon lignivore, parasite en premier stade puis saprophyte. Ce polypore forme une sorte de chapeau beige brun collé à l’écorce. Malheureusement, lorsqu’il devient ainsi visible, c’est qu’il est déjà bien installé dans les tissus de l’arbre. Il n’y a pas de traitement contre le phellin du prunier.
Stratégies de prévention et soins globaux
Pour soigner le prunier malade ou infesté, le bon traitement doit être appliqué au bon moment. De nombreux traitements du prunier contre ses agresseurs sont préventifs, il est de ce fait primordial d’être attentif à ces agressions pour les gérer au plus tôt. En prévention, plantez vos arbres à bonne distance et taillez régulièrement pour bien ventiler la couronne. Pulvérisez des traitements à base de cuivre ou d'argile additionnée de souffre en poudrage.
Attention : la bouillie bordelaise est certes très efficace, mais son utilisation doit être limitée au plus juste, car elle est toxique pour l’environnement. Veillez à ne jamais dépasser les doses prescrites par le fabricant, voire à les minorer. Pour les maladies fongiques, des méthodes préventives à base de prêle et d’ortie seront efficaces. Elles permettront de renforcer les défenses de votre arbre fruitier.
Un autre moyen naturel pour se débarrasser des nuisibles est de veiller à ne pas perturber les auxiliaires naturels comme les chrysopes, syrphes, coccinelles, mésanges, et fauvettes. Pour cela, veillez à laisser des zones non fauchées et des haies à proximité. La gommose n’étant pas une maladie en soi mais le résultat d’un stress ou d’une maladie, recherchez en amont son origine. Lorsque vous choisissez votre prunier, sachez que plus les variétés sont tardives, plus elles sont sensibles. Ne faites pas d’excès d’azote au niveau de votre fertilisation et favorisez la taille en vert sur vos arbres. Effectuez régulièrement des tests de sol pour évaluer son pH et sa teneur en nutriments. Un sol riche en nutriments et bien drainé contribue à la santé générale de l’arbre, réduisant ainsi son stress et, par conséquent, la probabilité de formation de repousses.