L'Ouest-Éclair, Jacques Demure et le tumulte des fumiers : une chronique de la vie quotidienne et de ses conflits

Dans une société en pleine mutation au début du vingtième siècle, les journaux comme L'Ouest-Éclair servaient de miroir aux tensions, aux espoirs et aux absurdités de la vie publique. Entre les débats sur l'enseignement scientifique, les soubresauts politiques internationaux et les faits divers les plus insolites, une réalité persistait : celle des conflits de voisinage, des rancœurs tenaces et de la gestion de l'espace commun. Ces tensions, parfois burlesques, parfois tragiques, rappellent étrangement les dynamiques sociales qui traversaient les siècles précédents, où la terre, le fumier et les limites de propriété étaient au cœur de la discorde.

La controverse sur l'enseignement scientifique

Le tableau fait de l'enseignement scientifique secondaire par le distingué directeur de l'Observatoire de Bourges est d'une telle noirceur qu'on serait en droit de se demander comment, avec de pareilles méthodes, les jeunes gens, même les mieux doués, peuvent parvenir, après leur baccalauréat, à comprendre quelque chose à l'enseignement des grandes écoles ou des facultés des sciences. Que ces défauts aient existé jadis, il y a 30 ans et plus, c'est une chose connue, mais quoi qu'en dise l'auteur, il y a eu bien des changements depuis lors.

Non seulement les professeurs font des expériences, mais aussi les élèves. Dans leurs séances hebdomadaires de travaux pratiques, ils effectuent des mesures, des réactions chimiques ; en sciences naturelles, il y a des exercices d'observations, de dessin, de dissection pour remplacer le cours dicté. Il serait sans doute fort difficile de découvrir un mathématicien qui fait de la géométrie sans tableau. Les professeurs de sciences physiques ou naturelles, licenciés ou agrégés, ont fréquenté les laboratoires. Ils connaissent la méthode expérimentale pour l'avoir pratiquée, puisque le diplôme d'études supérieures, exigé pour l'agrégation, comporte un travail de laboratoire.

une salle de classe de sciences au début du XXe siècle

La politique internationale et le franc sous pression

Moscou spécule à la baisse du franc. Par l'intermédiaire de différentes bourses européennes, les soviets ont il y a quelque temps engagé une importante opération de spéculation sur la baisse du franc. C'est sur les avis de Bukowski, ambassadeur de l'U.R.S.S. à Paris, que ces opérations ont été engagées. La IIIe Internationale aurait même adressé à ses représentantes en France l'ordre d'organiser des grèves et des troubles dans notre pays afin d'accentuer la baisse du franc.

Trotsky, ambassadeur à Londres ? On dit généralement que M. Trotsky sera désigné comme ambassadeur à Londres en remplacement de M. Krassine. Cette mesure, venant après celles qui ont éloigné M. Kamenev en Italie, M. Lachevitch en Chine et donné à M. Zinoviev des fonctions d'ordre inférieur au Gosplan, consacrerait la dispersion de l'opposition, réduite ainsi à l'impuissance.

La vie rurale et le conflit des fumiers

Sous l'Ancien Régime, les délits mineurs sont jugés, à Pézenas, par un bureau de police. Les délits jugés sont fort divers : le bureau surveille la qualité de la viande fournie par le boucher, empêche les commerçants de se livrer à toutes sortes de fraudes, règle les différends entre particuliers, punit les petits vols, chasse les prostituées, interdit les tapages, s'efforce d'obtenir des habitants une hygiène élémentaire, le fumier ayant une tendance remarquable à invahir les rues.

À travers les époques, cette problématique de la gestion des déchets et de la proximité rurale persiste. Dans une affaire moderne devenue célèbre, Chantal (75 ans) est agricultrice, célibataire, c'est une vraie Billy-Chevannaise. Elle est née ici et connaît tout le monde. Tout comme sa voisine : Geneviève (75 ans). Enfants, elles étaient amies, comme des sœurs de lait, mais Geneviève a quitté Billy-Chevanne. Elle était belle et elle a épousé le riche Jacques Demure (78 ans) ; elle est devenue "la parisienne". Le couple a racheté la grande ferme mitoyenne à celle de Chantal, pour y passer ses vieux jours, au calme, au vert, en bons propriétaires terriens.

paysage rural avec une ferme traditionnelle

Commence alors un terrible et étonnant conflit de voisinage. Chantal dépose tous les matins une pleine brouette de fumier dans la cour commune, exactement sous les fenêtres de ses riches voisins : Jacques et Geneviève. Le fumier est devenu un gigantesque tas. Le fumier est là, partout, il prend l'espace, contamine les eaux pluviales et l'air est devenu totalement irrespirable. Chantal s’obstine, car c'est chez elle, cette cour soi-disant "commune" !

Débat - Urbains, ruraux : un dialogue à réinventer

Les mécanismes de la démagogie et de la vie parlementaire

Si nous considérons comme des hors-d'œuvre les discours de M. de Moro-Giafferi sur la réforme judiciaire et de M. Jean Fabry sur l'état de notre armée, il ne nous reste rien qui soit vraiment à signaler dans l'examen du budget par la Chambre. Cependant, une constatation s'impose, et nous la ferons sans ambages, parce qu'il ne convient pas que cette session se termine sur une vaste équivoque, dont les fidèles et loyaux partisans de l'Union Nationale seraient encore les dupes.

Sur la plupart des chapitres de certains budgets, les membres du Cartel et spécialement les socialistes, se livrent, à chaque séance, à des surenchères systématiques. Ils réclament, à toute occasion, des augmentations de crédits pour les invalides, les pensionnés, les inscrits maritimes, les ouvriers d'État, les bénéficiaires des assurances sociales, etc. C'est de la pure comédie. Tous ces démagogues savent fort bien que leurs demandes seront repoussées. Mais ils font un geste électoral, et s'approvisionnent en munitions pour livrer plus tard la bataille contre les députés sérieux qui, avec le Gouvernement, auront refusé toutes ces majorations de dépenses auxquelles ne correspond aucune recette.

L'évolution des mentalités : du maraudage à la culture intellectuelle

Le délit le plus important par le nombre des personnes appelées à comparaître est le glanage (40 %), il est lié la plupart du temps à la dépaissance. Les bergers essaient de conduire les troupeaux dans les champs avant les glaneurs qui, voyant cette ressource leur échapper, se rattrapent par le maraudage. Le glanage est réservé, en principe, aux pauvres et aux femmes « qui ont de légitimes empêchements », mais dans la pratique les femmes des journaliers trouvent plus avantageux d'aller glaner que de gagner 6 sols par jour.

illustration historique de glaneuses dans un champ

Cette lutte pour la subsistance, autrefois si prégnante, trouve un écho dans les réflexions sur le travail intellectuel. Pour éviter a priori toute confusion, il est nécessaire de distinguer deux principaux modes de production "intellectuelle" : celui qui a pour objet de satisfaire chez l'homme l'appétit de l'esprit, aussi naturel que la faim ; et celui qui a pour objet de satisfaire chez le producteur des besoins tout à fait autres (argent, honneurs, gloire, etc.).

La réglementation professionnelle du travail intellectuel ainsi conçu est et sera toujours impossible dans la société bourgeoise, parce que cette réglementation n'est justiciable que d'un jugement qualitatif qui s'est révélé historiquement être non celui des contemporains mais, presque toujours contradictoirement avec ce jugement, celui de la postérité. En régime capitaliste, certaines productions très rares de l'esprit vont, à ceux qui les cherchent, loin de "payer complètement leur valeur".

L'ombre de Sade et la persistance de l'insolence

On souhaiterait offrir une revue polémique des influences, sans cesse plus marquées, que Sade imprime à l'esprit contemporain. De ces éléments de Cahiers Sadistes, on a dessein de bannir presque toujours les commentaires critiques. Il serait aisé, par exemple, d'en surcharger le document qui va suivre : mais quel lecteur ne regretterait de trouver ainsi affaiblis la poétique valeur de mystère, l'accent inouï de cette lettre sans équivalent ?

La correspondance de Sade, bien que datant de plusieurs siècles, résonne avec une vigueur surprenante dans les débats contemporains. "Martin Quiros… tu fais l'insolent mon fils si j'étais là, je te rosserais… je t'arracherais ton j. f… de toupet faux. Allons tâche… tâche un peu de te taire je t'en prie car je m'ennuie d'être si longtemps insulté par la canaille." Cette verve, aussi acérée que les conflits de voisinage modernes ou les joutes parlementaires, témoigne d'une constante humaine : le besoin de s'affirmer, de contester et, parfois, de provoquer, que ce soit par l'écriture, par le discours politique ou par l'entassement obstiné de fumier sous les fenêtres d'un voisin.

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