Cultiver son propre potager bio au Québec, c’est possible et même plus facile qu’on le pense ! On a beau être encore ensevelis sous la neige, c’est le moment idéal pour planifier son jardin et rêver à ses prochaines récoltes. Jardiner, c’est déjà consommer hyper localement, mais en choisissant bien ses semences, on peut en plus s’assurer un jardin 100 % québécois qui soutiendra la biodiversité et fera découvrir de nouveaux aliments. Les Québécois - et les Canadiens en général - entretiennent un rapport particulier avec le jardinage. D’ailleurs, ils sont de plus en plus nombreux à s’initier à cette activité, en particulier depuis la pandémie. Non seulement ce loisir annonce le retour de la belle saison, mais en plus, il est source de gratification : quel plaisir de voir rougir ses premières tomates ou de déguster une salade concoctée avec la verdure cueillie à même son jardin !

La planification : la clé du succès dès l’hiver
Penser à jardiner en février ? « L’hiver est parfait pour déterminer ses projets, besoins et ambitions. C’est la planification qui permettra de les encadrer et d’évaluer ce qui est réaliste », estime Geneviève Daoust, une jardinière passionnée depuis plus de 10 ans. Dès le début de la nouvelle année, les semenciers mettent leur catalogue à jour pour que les jardiniers puissent justement penser à leur potager et à leurs plates-bandes.
Les jardiniers peuvent ainsi faire leur sélection en fonction de l’espace qu’ils ont (et, oui, il est possible de faire son potager en pots sur le balcon !), de l’ensoleillement dont ils disposent, de leur zone de rusticité, de leurs goûts, de l’utilisation qu’ils veulent faire de leurs récoltes et de leur niveau d’expérience. Entre autres, les haricots, laitues, épinards, tomates, poivrons, piments, courgettes, radis et fines herbes sont de bonnes options pour les débutants.
Comprendre sa zone de rusticité
Le Québec (comme toute l’Amérique du Nord) est divisé par zones de rusticité. Ces zones indiquent ce qui va pousser dans quel climat et dictent à partir de quand on peut planter à l'extérieur. C’est crucial de connaitre sa zone, parce que ça influence toute la saison de jardinage. Au Nord du Québec, la zone est 0 (rien ne pousse), tandis que certaines personnes à Montréal et au sud de la Montérégie sont en zone 5b, qui permet beaucoup plus de latitude qu’en Gaspésie, par exemple.

Choisir ses semences : l’importance du local
À ce chapitre, s’approvisionner auprès de semenciers québécois peut aider à réussir son potager. En effet, puisqu’elles sont produites au Québec, les semences sont mieux adaptées à notre climat. Elles sont plus robustes et d’une meilleure qualité. On pourra aussi remarquer que certaines semences sont dites « indigènes », ce qui signifie qu’elles sont originaires d’Amérique du Nord, qu’elles font partie depuis toujours de l’écosystème, sont mieux adaptées au climat et nécessitent donc moins d’entretien.
De leur côté, les semences dites « patrimoniales » ou « ancestrales » sont transmises depuis des générations et ont une importance culturelle puisque les planter permet de redécouvrir des variétés d’aliments méconnus, de sauvegarder le patrimoine agricole et de soutenir la diversité génétique des aliments. En sélectionnant ces semences indigènes ou patrimoniales, on évitera aussi celles dites « hybrides » créées à partir de deux variétés différentes.
Le sol et l’emplacement : les piliers de la productivité
Un bon sol, c’est la clé d’un potager productif ! Le terreau est à la base de la réussite d’un potager. Évitez à tout prix la terre noire : elle est trop pauvre pour assurer la croissance des légumes. On achète plutôt de la bonne terre à jardin, qu’on enrichit avec du compost (idéalement 3 à 4 pouces d’épais) et/ou d’autres engrais naturels, comme du fumier. On aère le tout avant de planter.
Votre jardin aura besoin d’un maximum de soleil : idéalement, il devrait être soumis à un minimum de 6 heures d’ensoleillement direct par jour - encore mieux si c’est 8 heures et plus -, donc être disposé en plein sud ou au sud-ouest. Déterminez l’emplacement de votre potager en fonction de ce facteur. Pour prospérer, les plantes potagères requièrent un bon arrosage - presque quotidien, selon la chaleur et la pluie.
Formes de jardinage et contenants
Un potager peut prendre plusieurs formes : en pleine terre, en pots, en bacs surélevés, sur des structures verticales, etc. La localisation géographique et l’espace disponible influencent grandement le choix. Le plus facile pour les jardinier.ère.s débutant.e.s est de faire son petit potager dans des bacs ou dans des boites. Ces contenants retiennent mieux l’eau, évitent l’érosion, ont moins de mauvaises herbes, empêchent le sol de se compacter et protègent même les plants du froid.
Dans le fond de nos boites, on dépose une bonne couche de matériaux pour le drainage (entre 4 et 6 pouces) : roches, cailloux, blocs en styromousse défaits, ou un mélange de tout ça. Si vous n’avez accès qu’à un balcon ou une terrasse, la culture en contenants est toute désignée. Dans le cas de pots, il est préférable d’opter pour des modèles de grands formats (25 cm de diamètre ou plus) afin d’offrir suffisamment d’espace aux racines.

Le calendrier des semis et des plantations
En raison du climat hivernal rigoureux, on ne peut semer à l’année au Québec. Vous pouvez vous y mettre après le dernier risque de gel dans votre zone. Ceci est autour du 20 mai dans le sud du Québec, et en juin lorsqu’on monte vers le nord ou en altitude. Pour ce faire, vous avez deux choix : vous procurer des plants ou démarrer vos propres semis.
Faire ses propres semis permet de planter une large diversité au jardin. Il existe deux types :
- Semis en pleine terre : planter la graine directement au jardin. Cette méthode est recommandée pour les légumes-racines (betteraves, radis, navets, etc.), les céréales et oléagineux (pois, maïs, etc.) et certains légumes-feuilles comme la laitue.
- Semis d’intérieur : faire germer et croître la graine à l’intérieur, pour ensuite la planter au jardin. Ce type de semis est recommandé pour les tomates, les poivrons, les cerises de terre, les aubergines, etc.
Le compagnonnage : l’art des associations
Astuce : Associe les plantes entre elles ! Le compagnonnage consiste à mettre ensemble des plantes complémentaires. Certaines plantes attirent les insectes bénéfiques, comme les pollinisateurs, d’autres repoussent les insectes ravageurs.
- La capucine attire les pucerons et éloigne les punaises des courgettes et des citrouilles.
- L’œillet d’Inde contrôle les nématodes et plusieurs autres insectes nuisibles, en plus d’éloigner les pucerons et les altises.
- Les tomates vont bien avec les carottes, le céleri, les haricots, la laitue et le basilic.
- Les concombres vont bien avec les carottes, la laitue et le maïs.
La rotation des cultures évite d’appauvrir la terre et réduit les maladies ! Il est important de ne pas planter la même famille au même endroit chaque année.
Entretien naturel : arrosage et soins
Pour éloigner les insectes, on inclut dans notre potager des fleurs et des plantes avec une forte odeur, telles que les marigolds (soucis), les capucines, la lavande, le romarin, le basilic et la citronnelle. Pour le contrôle des insectes, évitez aussi les produits chimiques : la méthode la plus efficace reste l’inspection régulière et la prévention.
Pour l’arrosage, l’absorption de l’eau peut varier selon le type de sol et le stade de la culture. L’arrosage manuel est généralement le meilleur choix et le plus simple : arrosez directement le pied du plant, en évitant le plus possible l’évaporation de l’eau. Si possible, on arrose le matin : les plantes retiendront l’eau plus longtemps. Si on arrose le soir, les plantes ne font plus de photosynthèse, alors ça peut attirer les limaces et autres indésirables.
Comment installer un arrosage goutte à goutte ?
La récolte : le couronnement de vos efforts
Quand récolter ? Quand les légumes sont bien colorés et fermes. Il est conseillé de récolter plutôt le matin pour conserver leur fraîcheur. Ne pas tout arracher en même temps ! « Jardiner, c’est pour moi bien plus que produire ses légumes. C’est une satisfaction à chaque récolte. Une connexion avec les saisons », souligne une passionnée. Dès l’apparition des beaux jours, les terrains et les balcons grouillent de Québécois affairés à donner de l’amour à leur potager, espérant en retirer de belles récoltes maraîchères.
En sélectionnant ces semences indigènes ou patrimoniales, on s’offre un autre avantage : l’automne venu, il sera possible de récupérer les graines des fleurs, des fruits ou des légumes afin de les replanter l’année suivante et d’obtenir de bons résultats. Lance-toi dans un potager bio ! Avec ces conseils simples, ton potager bio sera productif et écologique tout en demandant peu d’entretien. Prêt(e) à cultiver ton potager bio ?