Le compostage professionnel, pilier de l'économie circulaire, représente une solution durable pour transformer les déchets organiques en ressources fertilisantes. Dans un contexte où la réglementation européenne et nationale impose le tri à la source des biodéchets, des acteurs comme SUEZ Environnement et sa filiale spécialisée, Terralys, déploient des capacités industrielles majeures pour optimiser la gestion des matières organiques.

Les fondamentaux du compostage industriel
Le compostage est un procédé de transformation aérobie (en milieu oxygéné) de matières fermentescibles dans des conditions contrôlées, sous l’action de divers micro-organismes. Ce processus permet d’obtenir une matière fertilisante stabilisée riche en composés humiques : le compost. Il s’accompagne d’un dégagement de chaleur et de gaz carbonique.
Les matières traitées sont variées : déchets verts, déchets agricoles (effluents d’élevage), déchets industriels et déchets ménagers (boues de stations d’épuration, biodéchets). Le compostage peut s'effectuer à ciel ouvert, en casier, sous aération forcée ou en réacteur fermé.
Sur les sites industriels, la gestion suit des étapes rigoureuses :
- Réception et pesée : Les biodéchets sont pesés à leur arrivée.
- Préparation : Des déchets verts sont mélangés avec les biodéchets pour apporter une structure carbonée nécessaire à la fermentation.
- Fermentation : Le mélange est mis en andains. La phase mésophile puis thermophile fait monter la température au-dessus de 55°C (parfois jusqu'à 70°C) pour détruire les éléments pathogènes.
- Maturation : Durant cette phase, qui peut durer plusieurs mois, les champignons convertissent la matière organique en humus stable.
- Criblage : Le compost est filtré pour séparer les éléments grossiers du compost fin commercialisable.
Focus technique : La gestion des lixiviats
Afin de traiter les eaux de ruissellement (lixiviats), les plateformes de compostage utilisent plusieurs méthodes. "Chaque exploitant de centre de compostage est libre d’utiliser la méthode qui lui convient pour traiter ses lixiviats, mais il doit se conformer aux obligations réglementaires fixées par l’arrêté préfectoral de sa plateforme", explique Olivier Jourdan, chef de centre chez Terralys.
Les solutions varient selon les contraintes du site :
- Station d’épuration : Une solution efficace mais parfois coûteuse en raison des contraintes de transport.
- Épandage agricole : Cette valorisation biologique est souvent la plus écologique et économique.
- Taillis à très courte rotation (TTCR) : Une aire plantée de saules sert de filtre végétal. Cette méthode permet une valorisation énergétique du bois récolté tous les 3 ans environ, mais nécessite une grande surface.
- Procédé rhizophyte : Filtration des eaux par le sable d’un bassin planté de roseaux. Le réseau dense des racines favorise l’activité de microorganismes symbiotes qui dégradent les matières organiques en suspension (MOS).
Le centre Inveko (Loire) utilise le procédé rhizophyte pour traiter les eaux pluviales souillées. Les eaux sont rejetées en milieu naturel lorsqu'elles présentent moins de 300 mg/l de DCO. En cas de dépassement, elles sont réintroduites dans le système.
La méthanisation : Une alternative énergétique
Outre le compostage, la méthanisation s'impose comme une solution de valorisation pour les biodéchets. Ce procédé repose sur la dégradation de la matière organique par des micro-organismes en l’absence d’oxygène.
Le processus se déroule en plusieurs étapes :
- Déconditionnement : Les biodéchets sont débarrassés de leurs emballages et broyés avec un ajout d'eau.
- Hygiénisation : Pour détruire tout élément pathogène.
- Digestion : Le mélange séjourne 50 jours dans des cuves hermétiques.
- Valorisation : Le biogaz récupéré alimente des moteurs de cogénération (chaleur et électricité) ou est épuré en biométhane pour injection dans le réseau public.
Le digestat issu de ce processus est ensuite séparé en deux phases (liquide et solide) et peut être épandu ou composté, respectant la norme Afnor NF U 44-051.
La méthanisation expliquée par Jamy !
Cadre réglementaire et enjeux environnementaux
La loi anti-gaspillage de 2020 et le droit européen imposent une gestion durable des biodéchets. Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source est généralisé. Le retour au sol de la matière organique est crucial pour prévenir l’érosion des sols et limiter le ruissellement, les apports de compost multipliant par quatre la capacité de rétention en eau des sols.
La séquestration du carbone dans les sols, via l'initiative « 4 pour 1000 », permet de compenser une partie des émissions de gaz à effet de serre. SUEZ, avec plus d’un million de tonnes de déchets organiques compostés par an, accompagne les industriels et collectivités pour caractériser les déchets et choisir la filière la plus adaptée.
Gestion spécifique des espèces végétales exotiques envahissantes
Les résidus d'espèces végétales exotiques envahissantes (EVEE) sont assimilés à des biodéchets. Le compostage professionnel peut être une solution, à condition de garantir une montée en température suffisante pour éliminer les propagules (graines, rhizomes).
Des études montrent que :
- Pour les renouées asiatiques, 8 mois de compostage avec au moins 2 retournements (atteignant 70°C) permettent de neutraliser le pouvoir germinatif.
- La méthanisation donne des résultats très concluants sur l'ambroisie et la renouée du Japon, inhibant totalement leur capacité de reprise.
En l'absence de solution de valorisation, le stockage en décharge de classe 2 (ISDND) reste le recours ultime pour ces déchets, bien que l'incinération soit déconseillée en raison de l'absence de valorisation organique.
Qualité et traçabilité des produits finis
Pour garantir la qualité agronomique, les sites de compostage sont soumis à des contrôles stricts. La réglementation sur les sous-produits animaux (SPA3) impose des normes de traçabilité et d'hygiénisation. Avant chaque traitement, une analyse initiale est réalisée selon l’arrêté du 08/01/1998.
Le compost produit obéit à des normes précises :
- NFU 44-051 : Matières fertilisantes composées de combinaisons carbonées d’origine végétale.
- NFU 44-095 : Issue du compost de boues.
Chaque lot est échantillonné et analysé avant d'être commercialisé auprès des agriculteurs et paysagistes, assurant ainsi une substitution efficace aux engrais chimiques fossiles, dont le coût a connu une volatilité historique ces dernières années.

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