Vaison-la-Romaine, bercée par un soleil intense toute l'année, est une terre vivante, vibrante, surprenante et haute en couleur, où les plaisirs sont rois. La Provence, avec ses paysages colorés faits de vignes, de champs de lavandes, de montagnes verdoyantes et de côtes bordées d’une mer turquoise et translucide, offre un plaisir des yeux sans pareil. C'est également une terre d'inspiration et de création, séduisant les plus grands noms de l'art depuis des générations, d'Arles à Monaco, avec ses collections majeures et lieux remarquables d'art moderne et contemporain, au cœur de sites exceptionnels, historiques et visionnaires. Au-delà de ces attraits contemporains, la ville offre un voyage fascinant dans le temps, notamment à travers ses jardins, témoins de pratiques ancestrales et de sagesses oubliées.

Le Jardin romain : Luxe, calme et volupté à l'antique Vasio
Vaison-la-Romaine invite à découvrir ses jardins romains, un voyage dans le « luxe, calme et volupté » au cœur de la ville antique de Vasio. Ces jardins du passé se fondent aujourd'hui dans un parc archéologique arboré où chaque visite est une stimulation des sens. La ville antique de Vasio, avec ses vestiges imposants, offre un aperçu de la vie quotidienne de ses habitants, où les jardins n'étaient pas seulement des espaces d'agrément, mais aussi des sources essentielles de subsistance et de remèdes. L'organisation des villas romaines intégrait souvent un atrium et un péristyle, des cours intérieures ouvertes, parfois agrémentées de fontaines et de mosaïques, qui servaient de cadre à des jardins intimes. Ces jardins pouvaient abriter des plantes ornementales, des herbes aromatiques et médicinales, voire de petits potagers, reflétant l'importance de la nature et de la contemplation dans la vie romaine.

Les jardins médiévaux : Entre utilité et mystère
Le jardin, en Occident, a traversé de multiples étapes du Ve au XVe siècle, période connue sous le nom de Moyen Âge. Les jardins qui s’inspirent aujourd’hui de cette époque reprennent des principes illustrés par les miniatures et enluminures. Le jardin médiéval est d'abord clos, souvent un signe de protection et d'intimité, puis son ordonnancement est structuré autour de larges allées orthogonales. On y cultivait des plantes à vocations multiples : médicinales, tinctoriales, aromatiques, alimentaires, entre autres. Progressivement, les plantes d’agrément y ont fait leur apparition, ajoutant une dimension esthétique aux fonctions pratiques.
À Vaison-la-Romaine, un ancien potager a été transformé en un jardin d'inspiration médiévale, suite à l'acquisition des lieux par la municipalité et à la proposition de la commission en charge de l'environnement fin 2008. Ce potager, aménagé et entretenu par les agents des services techniques de la ville, ainsi que l’association Ragoles et Berruchets, est un témoignage vivant de ces pratiques anciennes. Les plantes y ont été choisies à partir de la liste du Capitulaire de Villis, un acte législatif attribué à Charlemagne (IXe siècle), qui préconisait la culture d’une centaine de plantes nécessaires à la bonne gestion des domaines impériaux. S’il s’inspire de très anciennes traditions, ce jardin n’en est pas moins moderne par sa gestion, qui n’a pas la volonté de maîtrise illusoire de la nature, mais plutôt un accompagnement. On peut donc y voir quelques plantes s’échapper de leur carré, d’autres se promener dans les allées, reflétant une approche plus organique et respectueuse de l'environnement. L'association Ragoles et Béruchets encourage à regarder notre cadre de vie, notre quotidien, avec un œil nouveau, rappelant l'importance de préserver cette nature "ordinaire" qui, malheureusement, est de moins en moins présente.

La pharmacie médiévale : Un héritage végétal
Outre le potager et les plantes d'ornement, les jardins du Moyen Âge étaient aussi la pharmacie de l'époque. Philtres, onguents et potions, toutes ces décoctions revêtaient un caractère magique ou maléfique aux profanes. Les quatre carrés, souvent eux-mêmes subdivisés en quatre autres carrés, une structure récurrente dans les jardins médiévaux, accueillaient une multitude de plantes aux vertus diverses.
Quelques plantes emblématiques du jardin médiéval :
- Absinthe (Artemisia absinthium) : Cette plante vivace médicinale était réputée pour fortifier l'estomac et tuer les vers. C'était un groupe de plantes dédiées à Artémis, déesse de la chasse chez les Grecs, pour leurs vertus gynécologiques supposées. Très à la mode au XIXe siècle comme boisson, elle fut interdite de 1915 à 1988.
- Bourrache (Borago officinalis) : Consommée au Moyen Âge comme l'épinard de nos jours, la bourrache produit des fleurs comestibles. Son utilisation prolongée n'est cependant pas recommandée en raison de sa toxicité potentielle.
- Chélidoine (Chelidonium majus) : Cousine du coquelicot, cette plante vivace tire son nom grec "chelidoni" de l'hirondelle, qui, selon la légende, frotterait les yeux de ses oisillons avec la plante pour leur ouvrir la vue. Son latex irritant est réputé pour ôter les verrues.
- Consoude (Symphytum officinale) : Du latin "consolido", signifiant consolider, cette plante vivace est réputée pour ses propriétés cicatrisantes et était utilisée pour réduire les fractures. Sa toxicité est variable, ce qui nécessitait une connaissance approfondie pour son utilisation.
- Gaude (Reseda luteola) : Une plante herbacée bisannuelle, la gaude est une plante tinctoriale dont la plante entière, séchée, fournit une teinture jaune très résistante. Son nom vient du germanique "waidza" qui désigne le pastel, une autre plante tinctoriale.
- Jusquiame (Hyoscyamus niger) : Cette plante engendrait la folie et était utilisée par les Grecs à Delphes pour que la Pythie puisse rendre les oracles. Sa puissance narcotique et ses effets hallucinogènes en faisaient une plante redoutable et respectée.
- Iris (Iris germanica) : Cette plante vivace aux feuilles froissées à l'odeur fétide est plus qu'une simple fleur. La fleur de Lys, symbole de la royauté française, serait en fait une fleur d’iris, appelé Lis des marais à l’époque mérovingienne. Chez les Grecs, Iris était la messagère des dieux, un trait d'union entre le ciel et la terre, dont le passage est visible lors des arcs-en-ciel.
- Lamier blanc (Lamium album) : Très recherché par les insectes pour son nectar à la base de sa fleur tubulaire, le lamier blanc avait une connotation plus sombre au Moyen Âge, où certains voyaient dans sa fleur le visage d’un lutin mangeur d’enfants. Son nom vient de Lamie, l'ogresse grecque qui mangeait les enfants. D'autres, par sa couleur blanche et sa profonde corolle, y ont vu un remède gynécologique.
- Mandragore (Mandragora officinarum) : Appelée "plante du diable" en raison de la forme très tortueuse de sa racine, la mandragore est narcotique et stupéfiante. La légende raconte qu'Hannibal, pour vaincre les Africains, aurait "abandonné son camp en y laissant des amphores de vin dans lequel il avait fait macérer des racines de mandragore".
- Millepertuis (Hypericum perforatum) : Ces plantes vivaces étaient surnommées "Chasse-diable" pour leur réputation d’éloigner les mauvais esprits. Sa récolte devait se faire le dimanche, à l’heure de midi, avant d’entendre le son des cloches. Le millepertuis peut provoquer une photosensibilité sévère après consommation. En ancien français, "pertuis" désigne un trou, faisant référence aux petites perforations visibles sur ses feuilles.
- Nigelle (Nigella sativa) : Plante annuelle d’origine du Proche-Orient, la nigelle était cultivée pour ses graines aromatiques nommées "cumin noir", utilisées à la fois en cuisine et pour leurs vertus médicinales.
- Origan (Origanum vulgare) : Plante herbacée vivace de la famille des Lamiacées, l'origan est à la fois un condiment et un antiseptique. Ses propriétés aromatiques en faisaient un ingrédient prisé dans la cuisine médiévale et un remède efficace.
- Pastel (Isatis tinctoria) : Une plante vivace tinctoriale, le pastel produisait une teinture bleue à partir de ses feuilles séchées. Grâce à ses feuilles, on fabriquait de petites boules de pâte, d'où le nom de Pastel (pastille).
- Rue (Ruta graveolens) : Cette espèce de sous-arbrisseaux de la famille des Rutacées était considérée comme une véritable panacée. La rue est réputée contre le venin, les morsures des chiens enragés, la colique venteuse, et fortifie le cerveau. Sur la peau, elle peut provoquer une photosensibilité.
- Salvia (Salvia officinalis) : De "salvare" signifiant sauver, cette plante vivace est une panacée dont la réputation est sans égale pour de nombreuses maladies, voire pour faire ressusciter les morts. Les Grecs l'avaient interdite sur les stades car elle était trop tonifiante.
- Souci (Calendula officinalis) : Une espèce de plantes herbacées pérenne, à courte vie, souvent cultivée comme annuelle. Elle possède des fleurs jaunes ou orangées, dont la floraison commence aux premiers jours du printemps et peut durer presque toute l’année. De "solsequia" signifie « qui suit le soleil », car les capitules se ferment et s’ouvrent selon l’ensoleillement.

Le Jardin des 9 Damoiselles : Une "meule de l'univers" à Vaison-la-Romaine
Le Jardin des 9 Damoiselles à Vaison-la-Romaine est plus qu'un simple jardin : c'est une sorte de "grande meule de l’univers qui regarde à la fois en arrière et en avant". C'est un jardin poétique, philosophique et alchimique ouvert à tous, mettant en œuvre une règle d’or de l’architecture nouvelle suivant les principes du tantrisme, du taoïsme, du pythagorisme et de la Cabale, servant à la réalisation des lois de l’harmonie universelle et contribuant à l’accomplissement du grand œuvre.
Ce jardin reflète un univers animé et intelligent en 81 divisions de la nature, en causes actives ou passives, et en principes de lumière et de ténèbres. Les 81 blocs de granits sculptés par Serge Boyer représentent le ciel et la terre, qui se lient à la marche périodique du temps et à la force céleste qui entretient la végétation. Les 81 pierres comprennent le cercle entier de l’année et celui des effets qu’elle produit sur la terre. C’est un chant sur la nature et sur les forces bienfaisantes du soleil et de la lune.
Neuf de ces pierres, au centre du jardin, portent les noms de neuf villes, gravés. Sur chacune d’elles est inscrite la phrase d’un poète de chaque cité, dans sa langue maternelle et sa traduction française. Sur les pierres restantes sont à nouveau gravés et inaugurés tous les 21 juin, d’autres poèmes issus de villes de tous les continents, afin de faire de cette œuvre un réel partage et une réelle ouverture aux autres et au monde.
De nouvelles villes ont fait chanter leur poète, enrichissant ce verger de sagesse bruissant d'échos multiples à la dimension de la civilisation du XXIème siècle : Peter Horst Neumann (Nüremberg), Park-Jin et An-Seong (Corée du Sud), Maurice Chappaz (Martigny), Heinrich-Nus (Schaffhausen en Suisse), Jean-Pierre Fanue (Liège en Belgique), Rolf Jaculsen (Oslo en Norvège), Emily Bronte (Haworth au Royaume-Uni), Ninomiya Sontoko (ville de Tochigi-ken au Japon), Liu-Xu-Gang (ville de Wuhan en Chine), Fodé Souleymane Kanté (ville de Dio Gare au Mali), Anise Kultz (ville de Luxembourg).
Le jardin est également un "Phénix ou nouvel almanach des 9 muses aux 24 ailes qui désignent le temps qui circule dans le zodiaque de la fatalité, où sont gravées les destinées". Il s'agit d'un jardin hermétique et alchimique, un jeu des "Neuf oies d’âmes oies ailes dans la prairie des runes", invitant à une réflexion profonde sur la nature, le temps et la place de l'homme dans l'univers. C'est une œuvre qui tisse un lien entre le passé et l'avenir, entre les cultures et les peuples, à travers la poésie et la symbolique des pierres.
