Le Dorat : L'épopée mondiale de la tonte de moutons

Le Dorat, petite commune de Haute-Vienne, est devenue pendant 4 jours la capitale mondiale du mouton en accueillant pour la première fois en France le championnat mondial de la tonte. C'est une très bonne nouvelle qui vient de tomber pour la commune du Dorat. Après la Norvège, la France sera le deuxième pays non anglo-saxon à accueillir l'événement. En concurrence avec l’Irlande du Nord, la France a été retenue mardi pour accueillir le prochain Mondial de tonte de moutons en 2019. C'est officiel, en 2019, la localité haut-viennoise accueillera le championnat du monde de tonte de moutons. La décision a été prise dans la nuit du 7 au 8 février en Nouvelle-Zélande, à l'occasion du lancement du Mondial de cette année. C'est toute une région qui s'est mobilisée derrière l'AMTM (Association pour le mondial de tonte de moutons) et son président, le tondeur champion de France Christophe Riffaud, pour promouvoir la candidature du Dorat et il faut dire que le pari est réussi.

Vue panoramique du village éphémère construit pour le Mondial de la tonte au Dorat

Une atmosphère de haute compétition en terre limousine

Les rayons du soleil, qui tapent déjà très fort malgré l’horaire matinal et les températures dignes d’un été austral, donnent des airs de bout du monde au Dorat, petite ville de 1 700 habitants, nichée au cœur de la Haute-Vienne. Une atmosphère surchauffée idéale pour accueillir une compétition où les Néo-Zélandais, les Australiens et les Gallois, trustent souvent les premières places : le championnat du monde de tonte de moutons. Pour cette 18e édition, organisée du 4 au 7 juillet, ils n’ont pas dérogé à la tradition. Chez eux, décalage horaire ou pas, tout le monde s’arrête pour regarder l’événement retransmis en direct à la télévision. Au Dorat, la rencontre qui accueille des compétiteurs de 34 pays vient à peine de démarrer et pourtant les allées du village éphémère, construit de toutes pièces dans les pâturages par une armée de bénévoles en seulement quelques jours, résonnent de l’enthousiasme communicatif des speakers craché par les haut-parleurs.

Des commentateurs qui s’égosillent jusqu’à perdre haleine en commentant en français mais aussi en anglais les matches qui se succèdent à un rythme endiablé. L’ambiance se situe quelque part entre les Jeux Olympiques, avec ses athlètes bronzés aux muscles saillants qui se concentrent avant les épreuves, et le salon de l’agriculture, avec ses éleveurs heureux de partager leur savoir-faire avec un public venu en nombre. 62 000 personnes ont arpenté les allées du mondial, installé dans le Limousin, au cœur de la première région agricole de France pourtant peu habituée à ce genre de compétition. 26 200 visiteurs dont 5 000 enfants rien que pour le dimanche. Un véritable exploit, tant l’élevage du mouton en France est d’abord et avant tout orienté vers la production de viande et de fromage et beaucoup moins vers la laine.

Disciplines et enjeux techniques de la tonte

Trois catégories sont au programme : tonte à la machine, tonte aux forces (aux ciseaux) et tri de laine. Chaque année, l’ATM organise plusieurs concours de tonte et de tri de laine à des endroits différents du territoire national avec l’aide d’un organisateur local. L’ATM, organisatrice des concours en France, sélectionne une équipe de France de deux concurrents pour chacune des disciplines des concours en prenant le premier au classement de la finale du championnat de France et le premier au total des points des concours du circuit ATM. Les catégories de la compétition de la tonte à la machine sont segmentées selon l'aptitude : Junior pour les débutants, Intermédiaire pour les amateurs, et Senior pour les tondeurs expérimentés.

Le 4 juillet, le Championnat du monde de tonte de moutons débute, pour la première fois, sur le sol français. Cette compétition est l’occasion de faire découvrir ce métier au grand public, qui ignore parfois l'importance de cette pratique pour le bien-être de l'animal. La laine du mouton est une fibre dont la pousse est continue. Un mouton que l’on ne tondrait pas se retrouverait enveloppé d’un cocon de laine feutrée, sale, humide et moisie. Après la tonte, les bêtes sont plus propres, plus légères et plus dynamiques. Plus de 90 % des bouclettes made in France sont exportées en vrac sans être valorisées. 8 000 kilos de laine seront tondus sur les 5 000 moutons engagés pendant les quatre jours.

Démonstration de tonte à la machine lors d'une épreuve du championnat

La santé au travail : l'approche de la MSA

C’est parce que la tonte sportive et professionnelle met le corps à rude épreuve que la MSA a déployé les gros moyens au mondial. Au cœur du dispositif : la présentation d’une étude sur les troubles musculo-squelettiques (TMS), liés à la tonte d’ovins menée pendant une année. Sandrine, kinésithérapeute, en pleine séance d’échauffement avec un groupe de volontaires, explique : « Les tondeurs passent leur vie en extension et penchés en avant. Résultats : lombalgies chroniques, sciatalgie et arthrose. Ils ont le haut du corps trop musclé par rapport au bas ce qui crée des déséquilibres ».

Raelene Laidlaw, juge australienne, confirme : « Chez nous, les moutons sont bien plus gros que chez vous, et les tondeurs sont d’autant plus sujets aux douleurs au dos et au niveau des articulations des épaules. Le problème, c’est la répétition de gestes traumatisants pour le corps. » Pour répondre à ces enjeux, des spécialistes ont observé différents types de tontes : salle de tonte, en couloir de tonte et au sol. Christophe Riffaud souligne : « Mon choix va plutôt vers la salle de tonte car le professionnel arrive dans un endroit adapté à ses besoins, à niveau et propre. Avec elle, on simplifie aussi le travail de l’éleveur, car c’est le tondeur qui attrape son animal. Elle permet ainsi des relations apaisées entre les deux professionnels. »

L'engagement des territoires et la vision institutionnelle

Le mondial du Dorat était une occasion en or pour démontrer la vitalité de nos territoires ruraux. Après avoir applaudi le 18e championnat du monde de la tonte au Dorat, les administrateurs de la caisse centrale de la MSA se sont retrouvés à Limoges. Ce déplacement est l’occasion de confirmer la volonté du régime agricole de promouvoir la place de la MSA dans la protection sociale de demain. Cette ambition intervient dans un contexte de fracture sociale, territoriale et numérique où une partie de la population rurale a un sentiment de déclassement et de recul des services publics sur leurs lieux de vie. Or, la MSA souhaite rappeler qu’elle porte dans son ADN des solutions et une offre de services qui répondent avec précision aux attentes exprimées par les populations rurales et agricoles.

Le plan stratégique MSA 2025 conforte sa volonté de garantir aux adhérents un service homogène et performant, d’amplifier ses services de proximité grâce, entre autres, à la consolidation des points d’accueils physiques. Ce succès organisationnel au Dorat prouve que des personnes sont capables de relever ensemble des défis qui peuvent sembler fous sur le papier, comme celui d’organiser un championnat international en faisant venir des athlètes du monde entier dans une commune de 1 700 habitants située au fin fond du Limousin. L’équipe représentante la candidature du Dorat, qui vient de remporter le challenge, a ainsi démontré que la mobilisation locale peut transformer une petite commune en épicentre mondial d'un savoir-faire ancestral.

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