Le fer (Fe), bien qu'étant un oligo-élément requis en plus petite quantité que les nutriments primaires ou secondaires, revêt une importance capitale pour la croissance et la bonne santé des plantes, et particulièrement des arbres fruitiers. Il est un composant essentiel de la chlorophylle, souvent appelée « le sang de la plante », jouant un rôle vital dans la respiration des plantes ainsi que pour la structure de la chlorophylle et des protéines. Concrètement, le fer contribue au transport d’éléments importants par le biais du système circulatoire de la plante et sans lui, une plante est incapable de produire de la chlorophylle et donc de créer de l’oxygène. En tant que composant de plusieurs enzymes, le fer est également impliqué dans la respiration, la photosynthèse, l’assimilation du soufre et de l’azote, et la biosynthèse des acides aminés.
L'Importance du Fer et Ses Fonctions Vitales
Le fer (Fe) est un micronutriment fondamental qui, malgré sa présence abondante dans le sol, n'est pas toujours facilement assimilable par les plantes. Il est crucial pour presque tous les organismes vivants, agissant comme un cofacteur de nombreuses métalloprotéines. Chez les plantes, il est indispensable à la formation des parties vertes, à la production d'énergie et à des processus métaboliques clés. Il aide notamment à réduire les taux de nitrate et de sulfate dans la plante. Une fertilisation foliaire au fer a démontré qu'elle améliore la photosynthèse, la teneur en chlorophylle, la croissance et le rendement de cultures variées comme la tomate, le sorgho ou le blé. Les chercheurs ont longtemps étudié la manière dont les plantes s’adaptent à la faible teneur en fer et parviennent à l’absorber, démontrant qu'elles ont développé deux stratégies distinctes pour obtenir le fer du sol. Par exemple, la stratégie I (réduction, typique des plantes non-graminées comme la tomate) implique la libération de composés phénoliques et de protons H+ par les racines via les transporteurs AHA2 et PDR9, ce qui augmente la disponibilité du Fe³⁺.

Identifier la Carence en Fer : Symptômes et Causes
La carence en fer, ou chlorose ferrique, est un problème courant et parfois fatal pour les arbres fruitiers. Ses symptômes sont assez facilement reconnaissables : en juin/juillet, quand les températures montent, les feuilles des pommiers ou pruniers jaunissent voire blanchissent, la pointe de la branche nécrose et les feuilles tombent. Cela débute par une branche isolée pour finalement s’étendre à tout l’arbre. Le premier symptôme d'une carence en fer est le jaunissement des nouvelles feuilles entre les nervures, qui, elles, restent vertes. En cas de carence importante, on voit d’abord apparaître des feuilles blanchâtres, puis des nécroses. La croissance est affaiblie et les fleurs sont petites et pâles. Une carence grave peut entraîner la défoliation complète et la mort des arbres. Les études ont montré qu'une carence en Fe réduit la teneur en vitamine C, protéines et sucres solubles, et diminue la photosynthèse.

Plusieurs facteurs peuvent influencer la quantité de fer et sa disponibilité dans le sol. Les sols de nature calcaire, reconnaissables à leur couleur blanchâtre et aux nombreuses pierres de craie, ont la fâcheuse tendance d’empêcher certains végétaux d’absorber les nutriments et oligo-éléments pourtant disponibles sur place. Un pH élevé, une teneur importante en bicarbonates et un sol froid réduisent la disponibilité du fer. L’excès d’eau (en particulier dans les sols acides) et des sols compactés ou peu aérés peuvent également abaisser la disponibilité du fer. D'autres conditions, telles que la présence d'un excès de phosphates, des sols détrempés et froids, ainsi qu'une surabondance de cuivre et de manganèse dans des sols acides, peuvent également provoquer des carences en fer.
Il arrive de trouver côte à côte des arbres touchés et des arbres sains d'une même espèce, même si une branche entière d'un arbre ou même quelques arbres dans un secteur donné peuvent être affectés. Pour déterminer la cause de la carence, il est important d'examiner d'abord les racines; celles qui sont malades ou stressées en raison d'un arrosage excessif n'absorbent pas les nutriments efficacement, causant ainsi la chlorose. Si les racines sont saines, il est recommandé d'envoyer un échantillon du substrat et du tissu végétal de plusieurs plantes pour une vérification en laboratoire. Le pH du substrat affecte directement l'absorption du fer par les plantes. Si le pH du substrat excède 6,5, le fer est converti et devient non disponible.

Stratégies de Traitement de la Carence en Fer
Parce que la disponibilité du fer dans le sol est de nature très complexe, les traitements ne réussissent pas à tout coup. Néanmoins, il existe plusieurs possibilités de traitements pour corriger la chlorose ferrique.
Amélioration de la Vie du Sol et de l'Environnement
Afin de favoriser l’assimilation du fer présent dans la terre, il est essentiel d’avoir un sol vivant, c’est-à-dire avec un équilibre fonctionnel de la vie bactériologique et fongique. La terre nue ne permet pas aux bactéries et champignons de se maintenir en vie, ils sont pourtant essentiels à la santé des végétaux. Grâce à leur action, la terre de surface sera mélangée à la matière organique au pH plus favorable à l’assimilation du fer. Couvrez toujours le sol au pied de vos arbres avec du bois fragmenté ou du compost bien mûr. En complément, en vue de favoriser la vie du sol, vous pouvez effectuer un arrosage généreux avec du purin d’ortie dilué à 10 %.
Le pH du substrat peut être réduit en acidifiant l'eau d'irrigation et/ou en utilisant un engrais avec une teneur en acidité potentielle plus élevée. L'apport de mousse de tourbe ou l'apport d'engrais acidifiants, tel le sulfate d'ammonium, peuvent aider à corriger les carences mineures dans les sols au pH élevé. La présence de matière organique en décomposition peut aussi améliorer l'absorption du fer.
Applications de Chélates de Fer
Le fer chélaté (fer sous forme protégée) est directement assimilable par l'arbre, même dans des conditions de pH de sol défavorables. Le chélate de fer est vendu dans la plupart des jardineries. Appliquer du chélate de fer au sol tôt au printemps, puis incorporer aux 3 à 5 premiers centimètres du sol à la base des arbres et arroser abondamment. L'apport de chélate au sol est le traitement le plus efficace contre la chlorose. Les résultats devraient durer une à deux saisons.
Parmi les chélates de fer commercialisés, Antesis Ferro EDDHA contient 6% de fer sous forme de chélate EDDHA assimilable par les plantes cultivées même en cas de conditions de pH de sol défavorables. Il se présente sous forme d’un micro-granulé de couleur rouge-foncé et est homologué sur vigne et olivier à la dose de 3 à 5 kg/ha et sur agrumes et arbres fruitiers à la dose de 6 à 8 kg/ha. Le HBED est un agent chélateur qui cible spécifiquement les problèmes de carence en fer dans des sols à pH élevé.
Carences en fer chez les agrumes
Pulvérisations Foliaires
Dès l'apparition des symptômes, il est possible de vaporiser le feuillage avec une solution de sulfate de fer (28 g ou 1 oz dans 4,5 litres ou 1 gallon d'eau, à laquelle on aura ajouté quelques gouttes de détergent doux). Brumiser le feuillage. Si le traitement réussit, le feuillage des végétaux devrait commencer à verdir environ 10 jours après l'application. N'offrant qu'une solution temporaire, les applications foliaires pourraient devoir être répétées. Chez Wonder, il est vivement recommandé d’ajouter WL Mono Fe 10 dans les programmes de nutrition de toutes les cultures.
Augmentation du Taux d'Application d'Engrais
Si les tests démontrent une carence en fer dans le substrat et le tissu végétal mais que le pH du substrat est normal, il est important de vérifier le taux d'application d'engrais. Une fertilisation à de faibles taux d'azote signifie également que le fer est appliqué à de faibles taux. L'augmentation du taux d'application pourrait être la solution à cette problématique. Toutefois, certaines cultures comme les calibrachoas, les diascias, les pétunias, les scaevolas et les gueules de loup nécessitent un taux de fer supérieur à ce que fournissent la plupart des engrais.
Prévention des Carences en Fer
La prévention est la meilleure approche pour maintenir la santé des arbres fruitiers et éviter l'apparition de la chlorose ferrique.
Choix des Espèces et Porte-Greffes
Si vous prévoyez de planter des arbres fruitiers dans votre terrain et que votre sol est de nature calcaire, il est tout à fait possible de produire des fruits dans ces conditions en faisant le choix de porte-greffes adaptés et en privilégiant des espèces qui supportent bien ce type de sol. Lorsqu'une situation persiste dans une zone donnée, il faut alors éviter de planter des espèces sensibles, comme les framboisiers, les gadelliers, les pommiers, la viorne trilobée, les rosiers et le sorbier d'Amérique. Parmi les essences sensibles à la chlorose ferrique qui sont utilisées dans les brise-vent figurent le peuplier Walker et le saule laurier. Si vous souhaitez produire d’autres fruits tels que des cerises ou des nectarines, soyez vigilants quant au choix du porte-greffe.
Fertilisation Biologique et Amendements du Sol
La fertilisation biologique des arbres fruitiers ne consiste pas seulement à « gaver » les fruitiers d’engrais, mais bien à nourrir le sol pour qu’il reste vivant, équilibré et capable de porter un verger productif pendant de longues années. Les éléments nutritifs sont multiples et complémentaires : azote, phosphore, potasse, calcium, éléments secondaires (soufre, magnésium, sodium) et oligo-éléments (fer, cuivre, zinc, bore, manganèse, molybdène, chlore, cobalt…).

Le compost constituera l’essentiel de la fertilisation biologique. En sol léger, privilégier des apports plus fréquents mais modérés de compost et de mulch pour limiter les pertes. En sol lourd et humide, alléger les doses, améliorer le drainage et utiliser le pré-verger et les engrais verts.
Fumure de Fond à la Plantation
En début de vie, les arbres fruitiers ont des besoins particulièrement importants en azote, un élément nécessaire à leur croissance. Lors de la plantation, il est recommandé de mettre du compost bien décomposé au fond du trou de plantation. Ensuite, recouvrir les racines avec de la terre de profondeur mélangée avec du compost et combler avec de la terre de surface également mélangée à du compost. Si le sol est carencé en azote, on pourra compléter cette fumure de fond par un engrais organique azoté, par exemple du tourteau de ricin.
Fertilisation d’Entretien
En pleine production, les besoins en azote des arbres fruitiers, même s’ils restent importants, diminuent. Les racines des arbres fruitiers sont alors capables de puiser cet élément plus en profondeur. Au contraire, les besoins en potasse et phosphore (des éléments importants pour la floraison et la fructification) deviennent plus conséquents.
Tous les 2 à 5 ans, selon la richesse du sol, apporter à l’automne du compost (décomposé ou non) ou du fumier (même peu décomposé) en quantité suffisante (une brouette par arbre) au pied de l’arbre (désherber au préalable). Les vers de terre se chargeront de l’enfouir progressivement et favoriseront ainsi la vie du sol. Évitez d’apporter du compost tous les ans, ce qui aurait pour conséquence un enracinement peu profond, l’arbre se contentant alors de la fumure mise à sa disposition en surface. Pour un bon enracinement, il est préférable de laisser l’arbre développer ses racines en profondeur.
Dans un sol carencé en phosphore, on pourra compléter la fumure avec un engrais organique riche en phosphore (farine de poudre d’os par exemple) en même temps que l’apport de compost. Dans un sol manquant de potasse, apporter au printemps un engrais organique riche en potasse (cendres de bois, consoude ou vinasse de betterave par exemple).
Techniques Complémentaires
Le pré-verger et les engrais verts sous les arbres fruitiers consistent à laisser la végétation spontanée couvrir le sol ou à cultiver des engrais verts, idéalement un mélange comportant quelques fleurs printanières pour une bonne pollinisation. Ces techniques limitent l’érosion, augmentent le taux d’humus du sol et augmentent ainsi l’assimilabilité des oligo-éléments présents.
Le mulching et le paillage permanent au pied des fruitiers consistent en une couverture permanente du sol avec de la paille ou autres résidus végétaux. Suite à un apport de compost, on dispose le mulch en couche de 15 à 20 cm sous la couronne de l’arbre. En se décomposant, le mulch complétera les apports de compost, tout en le protégeant. Un bon mulch se transformera peu à peu en un riche humus, mais attention, il peut attirer superficiellement les racines des jeunes arbres. Pour un enracinement en profondeur des jeunes arbres, utiliser des matériaux de couverture libérant peu d’éléments minéraux (paille brute par exemple).
Les purins d’ortie, de consoude et autres préparations à base de plantes auront également un effet bénéfique sur les cultures fruitières, notamment par les oligo-éléments qu’ils contiennent. Ils agissent comme des compléments de fertilisation en nourrissant directement la plante. Le jardinier amateur utilisera plus aisément des purins en arrosage au pied de l’arbre.

Excès de Fer et Ses Conséquences
Lors d’un excédent en fer dans le sol, les feuilles brunissent et se couvrent de petites taches brunes. Un excédent ferrique peut apparaître dans un sol acide et provoquer une carence en manganèse. Une toxicité en fer se produit si le pH du substrat est trop bas ou s’il y a application excessive de fer. Une toxicité fer-manganèse est plus courante chez les géraniums, les roses d'Inde, les lisianthus, les impatiens de Nouvelle-Guinée, les pentas et les autres cultures qui préfèrent que le pH du substrat se situe entre 5,8-6,6. N’hésitez pas à faire aussi tester le substrat et le tissu végétal afin de confirmer la problématique. Si le pH du substrat est de plus de 0,5 unité sous le seuil normal, pulvérisez du bicarbonate de potassium ou du calcaire liquide. Avec l'un ou l'autre de ces produits, rincez le feuillage avec de l'eau propre afin d'enlever les résidus et d'éviter la phytotoxicité.