Le Figuier à Charleroi : Un pilier silencieux de l’accompagnement familial

Au cœur de Marcinelle, dissimulé dans le tissu urbain de la rue Aurélien Thibaut, se déploie un travail social essentiel qui, malgré une discrétion certaine vis-à-vis du grand public, constitue un maillon vital du filet de sécurité sociale à Charleroi. Depuis la fin des années 1970, le centre d'accueil Le Figuier œuvre inlassablement pour soutenir les familles en situation de précarité. Si l'institution n'est pas la plus célèbre du grand Charleroi, elle n'en demeure pas moins un lieu où le travail ne manque pas pour les six professionnels qui composent son équipe dédiée.

Façade du bâtiment historique rue Aurélien Thibaut à Marcinelle

Une évolution historique au service de l'humain

Depuis sa création, le bâtiment mis à disposition par la Fabrique d'église a toujours eu vocation à accueillir et accompagner des personnes précarisées. Cette mission initiale a connu diverses mutations au gré des besoins de la société. Au départ, il s'agissait d'un centre d'accueil pour jeunes en difficulté, puis, dans une période ultérieure, ce sont des réfugiés qui ont trouvé place dans ces murs. Au fil du temps, l'institution s'est professionnalisée pour devenir une asbl reconnue pour son action. Depuis 1998, ce sont des familles en situation régulière qui sont accueillies.

L'organisation actuelle du centre reflète cette volonté de professionnalisation tout en préservant une dimension humaine indispensable. Comme l'explique Audrey Duthoy, la directrice faisant fonction, le centre dispose de 13 places réparties dans 4 appartements. Le modèle de vie privilégié ici est celui de la semi-autonomie : les familles fonctionnent en semi-autonomie c'est-à-dire qu'elles ont chacune leur espace. Il n'y a par exemple pas de cuisine commune. Ce système permet de responsabiliser les résidents tout en offrant un cadre sécurisant.

L'accompagnement comme levier d'intégration

Malgré le fait que l'asbl ne soit pas connue du grand public, l'action de ses travailleurs sociaux se fait sans relâche. Le centre affiche une occupation constante : nous sommes la plupart du temps complets. Le dispositif offre un répit nécessaire, permettant aux familles de se poser pour une période de 9 mois qui, au besoin, peut être prolongée.

L'efficacité du Figuier repose sur un travail en réseau étroit. Nous travaillons bien évidemment avec d'autres services tels le SAJ, le SPJ ou encore le CPAS de Charleroi. Que ce soit pour des démarches afin d'obtenir un logement définitif, la scolarité des enfants ou la recherche de colis alimentaires, nous sommes aux côtés de nos résidents.

La transition vers un logement pérenne est au cœur des préoccupations. La recherche d'un logement étant fondamentale pour une meilleure intégration sociale, des rencontres sont également organisées entre les résidents et les personnes ayant quitté l'institution. C'est un bon moyen pour ne pas se décourager dans son parcours d'intégration. Cela est aussi un signe de reconnaissance du parcours accompli. On peut un jour être dans la difficulté et le lendemain servir de référent et d'exemple pour les autres.

Travailleurs sociaux et secteur de la grande précarité : les passeurs d'espoir

La méthodologie de l'assistance sociale

Dans un premier temps, les équipes de l’ASBL vont procéder à une remise en ordre administrative des personnes hébergées et mettre en place un accompagnement personnalisé en fonction des besoins. Le constat de départ est souvent celui d'un manque de maîtrise des rouages administratifs. Ils n'ont pas toujours les bons outils quand ils arrivent ici. Ne fût-ce que faire une démarche à la commune, parfois, ça peut être très compliqué mais ils n’osent pas forcément le dire donc on organise des moments où on leur explique comment ça se déroule, ce qu’ils peuvent mettre en place, vers qui ils peuvent se tourner, s’ils ont des difficultés à gérer leur budget, on va leur expliquer comment faire une grille sur un mois, précise Marine Vannoorenberghe, assistante sociale.

Cette approche pédagogique vise à rendre aux familles le pouvoir d'agir sur leur propre destin. L'accompagnement n'est jamais figé, il s'adapte à la réalité changeante de chaque foyer, transformant l'accueil en un véritable tremplin vers l'autonomie.

La dynamique des objectifs personnels

La structure du Figuier impose une vision prospective : les hébergés vont aussi se fixer différents objectifs et la finalité est la même pour tous : quitter l’association et retrouver un logement. Le cadre est contractuel et responsabilisant. Concrètement, il y en a qui veulent passer leur permis ou inscrire leurs enfants à des activités pour qu’ils puissent sortir un peu en dehors de l’école. Cela peut être aussi trouver un emploi car souvent, nos hébergés ont des revenus sociaux et c’est très compliqué de trouver un logement quand on a un revenu d’intégration ou le chômage, détaille l’assistante sociale.

Ces objectifs, loin d'être de simples contraintes administratives, deviennent le moteur du changement. En segmentant le parcours vers l'autonomie en étapes réalisables, l'asbl aide les familles à retrouver confiance en elles et en leurs capacités à s'intégrer durablement dans la société.

Schéma illustrant le parcours type d'une famille au sein de l'asbl, de l'accueil à l'autonomie

Un cadre de vie régi par le vivre-ensemble

Le Figuier dispose de 4 logements différents avec une capacité totale de 16 places (adultes et enfants) et quelques pièces communes. La vie en collectivité, même aménagée en semi-autonomie, nécessite des règles claires. Il faut pouvoir vivre ensemble, dans le respect et sans violence.

Pour garantir la sérénité du lieu, un système de permis à point a été mis en place. En cas de manquements, des points sont enlevés et cela peut aller jusqu’à l’exclusion car forcément, si la collaboration n’est pas possible, les objectifs ne pourront pas être atteints. Ce cadre, bien que rigoureux, est perçu comme une garantie de sécurité pour tous les résidents, assurant un climat propice à la reconstruction.

Les perspectives de développement : la Tiny House

Au-delà de l'accompagnement administratif et social, les équipes mettent aussi en place des moments d’échange et de convivialité pour apprendre à connaître les hébergés et tisser des liens avec eux. Ces moments sont essentiels pour briser l'isolement souvent lié à la précarité. On propose aussi des activités assez variées comme des bricolages, de la confection de bijoux, des activités sportives, de la danse, mais malheureusement nos locaux pour ces activités ne sont pas très grands, explique Romane Tamenne, éducatrice spécialisée.

Face à cette limitation spatiale, l'imagination des travailleurs sociaux est sollicitée. L’ASBL a d’ailleurs pour projet d’installer une Tiny House dans le jardin de la maison pour disposer d’un espace supplémentaire couvert. Ce projet, symbole de l'innovation constante au sein de l'institution, permettrait d'offrir un cadre de vie plus ouvert et stimulant. Enfin, il est important de noter que la durée d’hébergement est d’un an, renouvelable une fois, offrant ainsi un horizon temporel suffisant pour engager des changements structurels dans la vie des familles accompagnées.

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