Le figuier, par sa présence récurrente dans les textes bibliques, s'impose comme une figure centrale de la symbolique spirituelle. Arbre méditerranéen par excellence, il est associé tantôt à la paix et à l’abondance, tantôt au jugement de Dieu lorsqu’il ne donne plus de fruits. Comme tout arbre, le figuier porte en lui une symbolique spirituelle : il peut être luxuriant et fécond, ou au contraire stérile et desséché. En lui se joue l’alternative de notre vie : porter du fruit ou rester infructueux.

Le figuier, miroir de la nation d’Israël
Le figuier est l’un des arbres, avec la vigne et l’olivier, qui symbolise le peuple d’Israël. Depuis la destruction de Jérusalem par les armées romaines, en l’an 70, Israël n’existait plus en tant que nation. "Instruisez-vous par une comparaison qui vient du figuier." Depuis la reconnaissance par les Nations Unies de l’état d’Israël en 1948, le figuier reverdit ; les feuilles repoussent. Voilà le signe !
Le retour des juifs vers leur terre fut annoncé par les prophètes de l’Ancien Testament. L’existence d’Israël comme nation est un miracle à plus d’un titre. Premièrement, il n’y a aucun peuple, qui n’ayant plus de pays à lui, a conservé pendant près de deux mille ans son identité. Deuxièmement, cette renaissance, bien que votée par les Nations, fut contestée par les pays Arabes et toutes les guerres qu’ils ont livrées, pour s’opposer à cette renaissance, se sont soldées par de surprenantes défaites ! Jésus reprend ces prophéties pour nous dire que leur accomplissement marquera la fin du temps de la grâce. Il avait été annoncé par le prophète Ésaïe : « Un pays peut-il naître en un jour ? Une nation est-elle enfantée d’un seul coup ? A peine en travail, Sion a enfanté ses fils ! » (Ésaïe 66).
Diversité et histoire d’un arbre millénaire
Il faut savoir qu’il existe une grande diversité de figuiers, vivant en majeure partie en Asie tropicale, et dont beaucoup ornent les appartements (ficus benjamina, ficus elastica). Les figuiers ont la particularité de former des fruits à la fois sur les pousses de l’année en cours et sur celles de l’année précédente. Le figuier commun (ficus carica) est maintes fois mentionné dans la Bible car il est la seule espèce qui soit, par la saveur de ses fruits, cultivée depuis des temps immémoriaux.
Le figuier sycomore (ficus sycomorus), lui, ne présente pas un grand intérêt utilitaire. Ses fruits n’atteignant que 2,5 cm de long, il fut supplanté par le figuier commun ! Celui-ci peut atteindre jusqu’à cinq mètres, tandis que le figuier sycomore peut atteindre dix ou quinze mètres. Cette taille est d’ailleurs attestée par le passage de Saint Luc où Jésus entre dans la maison du publicain Zachée : « C’est pourquoi il courut en avant et monta sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par-là. »
Les formes sauvages du figuier commun proviendraient probablement du Proche-Orient où il fut cultivé par les Assyriens il y a cinq mille ans. Il est décrit, dans les textes historiques, comme l’un des plus anciens arbres fruitiers. En Crète, les figues étaient déjà connues vers 1 600 av. J-C. Leur culture et leur exportation étaient même réglementées et surveillées par les sycophantes (dénonciateurs de trafiquants de figues). En effet, sa teneur en sucre et en vitamine B1 ainsi qu’en minéraux (calcium, phosphore, fer) en faisait un aliment de grande valeur. Dans l’Antiquité, chez les Arabes et les Égyptiens, le figuier sycomore était un des arbres sacrés. Ses rameaux placés près des morts symbolisaient la vie et la déesse Isis.

La parabole du figuier stérile et le jugement divin
Dans la Bible, le figuier intervient comme symbole dans de nombreuses paraboles. Jésus nous dit ainsi : « Instruisez-vous de la comparaison avec le figuier ! Dès que ses rameaux s’emplissent de sève et que ses feuilles poussent, vous savez que l’été est proche. De la même manière lorsque vous verrez tout cela, vous connaîtrez que la fin du monde est à la porte. » (Mt 24, 32-33). De son côté Saint Luc nous rapporte l’exhortation de Jésus à la conversion, par la parabole du figuier stérile (Lc 13, 6-9).
Le maître de la vigne veut l’arracher, puisqu’il ne donne aucun fruit. Mais le vigneron plaide pour lui : « Laisse-le encore cette année, le temps que je bêche tout autour et que je mette du fumier. » Ce récit révèle le cœur de Dieu : il ne condamne pas d’emblée, il patiente, il espère, il donne encore du temps pour la conversion (cf. 2 P 3, 9). Sa miséricorde précède toujours son jugement. Mais il attend des fruits.
Dans la tradition biblique, le figuier stérile renvoie au cœur humain qui refuse de donner sa part d’amour et de justice. À l’époque du Christ, la Loi, prise dans un carcan légaliste, ne produit plus les fruits attendus. Le culte au Temple s’est sclérosé. C’est ce que signifie le geste prophétique du figuier desséché (Mc 11, 12-14.20-21). En le maudissant, Jésus ne s’attaque pas à la nature mais annonce la fin d’un culte stérile, incapable de donner la vie. D’ailleurs, cet épisode du figuier stérile enchâsse l’épisode des marchands chassés du Temple dans lequel Jésus annonce la fin du Temple. Ainsi Jésus n’abolit pas la Loi, mais il l’accomplit. Il en fait jaillir la sève nouvelle : l’amour.
Le mystère de la fécondité et le sacrifice
Il existe dans la nature une petite histoire étonnante : certaines figues ne peuvent être fécondées que grâce à une minuscule guêpe, la Blastophaga psenes, qui, en y entrant, dépose le pollen… et meurt à l’intérieur. De ce sacrifice naît la vie. Le figuier, si souvent mentionné dans la Bible, devient alors un véritable appel à la fécondité spirituelle.
Quelle image saisissante du mystère du Christ ! Lui aussi a donné sa vie pour féconder le monde. Aux yeux des hommes, sa mort pouvait sembler inutile, un échec. Comme la petite guêpe, Jésus a pénétré dans notre humanité fragile, il y a laissé sa vie. Le figuier est un miroir de notre propre vie spirituelle. Sommes-nous stériles ou féconds ? Portons-nous des fruits de conversion, d’amour, de justice ? La patience de Dieu nous accompagne, mais vient le temps où il nous demande de choisir. Soit nous laissons notre vie se dessécher. Soit nous accueillons sa grâce pour qu’elle devienne féconde.
C’est quoi, la pollinisation ?
L’ombre du figuier : Entre péché et vocation
Dans l’Évangile de Jean, Nathanaël est rencontré par Jésus « sous le figuier » (Jn 1, 48). Pour les rabbins, le figuier était le lieu symbolique de l’étude de la Loi. On y voit donc l’image du croyant fidèle, assidu à la méditation de la Torah. Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. Le Christ le savait déjà, en raison de sa puissance divine - car « Les yeux du Seigneur sont infiniment plus lumineux que le soleil (…) et pénètrent dans les recoins les plus secrets » (Si 23, 19).
Pour saint Thomas d’Aquin, « quand tu étais sous le figuier », c’est-à-dire « à l’ombre du péché », avant d’avoir été appelé à la grâce, « je t’ai vu » des yeux de la miséricorde ; car la prédestination de Dieu à l’égard des hommes demeure, même quand ils sont dans le péché. Pour saint Grégoire le Grand, cela signifie lorsque tu vivais « à l’ombre de la Loi » car la Loi n’a que l’ombre des biens à venir.
Par son Incarnation, Jésus-Christ est venu instaurer la loi de la charité, une loi nouvelle qui met au centre de la rencontre avec le Sauveur, non « la justice de la loi, mais l’amour de Dieu qui sait lire dans le cœur de chacun, pour en saisir le désir le plus caché ». Si donc il nous appelle à porter du fruit, un fruit qui demeure, c’est que nous le pouvons car nous sommes assurés de son affection, et il y a en nous une richesse non encore révélée : notre personnalité abrite des talents encore prisonniers de conventions mondaines ou d’habitus de commodité.
L’apparence et la réalité spirituelle
Après Son entrée triomphale à Jérusalem, Jésus quitte Jérusalem et se dirige vers Béthanie. Chemin faisant, Il eut faim et apercevoir de loin un figuier avec assez de feuillages Lui donnait beaucoup d’espoir. Mais s’en étant approché, Il réalisa que le figuier ne porte pas de fruits. Le manque de fruits a provoqué sa malédiction.
Selon le dictionnaire, l’apparence est l’aspect sous lequel quelque chose ou quelqu’un apparaît à la vue. C’est aussi ce qui apparaît à la surface des choses. Quand la Bible parle d’apparence, elle fait allusion à l’aspect extérieur. La Bible nous enseigne dans le livre de 1 Samuel 16:7 ceci : « Et l’Éternel dit à Samuel : Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car Je l’ai rejeté. » Quel est l’état de notre cœur par rapport à notre extérieur ? Bien-aimé dans le Seigneur, nous pouvons tromper tout le monde avec notre aspect extérieur sauf deux personnes : nous-mêmes et le Seigneur. Aux yeux des autres, l’on peut paraître bon mais si ce n’est pas ce que nous sommes en réalité, cela constituera pour nous une malédiction.
Il est vrai que la Bible mentionne que ce n’était pas la saison des figues. Assurément, le figuier se justifiait du fait que ce n’était pas la saison des figues. À la vérité, la saison des hommes est différente de la saison du Seigneur. Quand le Seigneur nous choisit pour une œuvre, nos excuses et justifications du genre : « je n’ai pas le temps ; je n’ai pas les compétences pour assurer ; etc. », ces excuses peuvent constituer pour nous une source de malédiction.

Vers une moisson de justice et de paix
Le figuier est enfin symbole de bonheur et de paix : « Les peuples ne tireront plus l’épée l’un contre l’autre et on ne s’exercera plus pour la guerre. Chacun restera assis à l’ombre de sa vigne et de son figuier. » (Mi 4, 4). C’est maintenant la saison du disciple. En filigrane de ce récit se donne à lire un véritable petit guide, une géographie du disciple. Il est attendu de lui qu’il ait la même faim spirituelle que Jésus ici. Mais aussi qu’il porte du fruit, c’est-à-dire qu’il mène une vie qui a le goût de l’évangile, en ayant des racines profondes et vivantes, c’est-à-dire une foi solide.
Qu’il aille donc à la source, d’une prière confiante, et à la source aussi du pardon donné. Voilà le disciple selon Jésus, le disciple selon le cœur de Dieu. « Pensez-vous que ces Galiléens massacrés par Pilate pendant qu’ils offraient un sacrifice étaient plus coupables que les autres ? » On immolait des animaux au temple pour obtenir le pardon des fautes contre la loi. C’était souvent une démarche presque administrative : pour être en règle, on offrait une bête en sacrifice parce que la loi le demandait.
Le propriétaire veut arracher le figuier de nos pratiques sans amour. Le vigneron, qui représente Jésus lui-même, répond qu’il va creuser autour de l’arbre, le soigner pour qu’il donne peut-être du fruit. Ainsi creuse-t-il notre cœur, à la faveur de nos fautes, en nous révélant la tendresse du Père pour notre faiblesse. Il remonte aux origines. C’est le premier arbre cité dans la Bible. Il est inscrit dans la vie des hommes au tout début de leur existence : après leur prévarication, nos premiers parents connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes.
Le Christ, par son sacrifice, a déjà fécondé le monde. Il a fait jaillir une source de vie que rien ne pourra éteindre. Le Seigneur s’approche de toi car il a faim ; et il ne trouvera en toi que des feuilles si tu ne t’es donné à Lui que de manière officielle et sèche, avec une foi sans vibration ; si chez toi, il n’y a ni humilité, ni œuvres, ni sens du sacrifice ; si tu n’es que façade sans t’investir dans les détails de chaque instant. Il nous faut être des arbres qui donnent du fruit. Nous avons pour cela les moyens surnaturels et la doctrine adéquate. Et nous pouvons, avec la grâce de Dieu et malgré notre misère, abriter en nous la vie même du Christ, une vie capable d’illuminer les autres et de les entraîner à sa suite.