Le Lierre et les Incendies : Ami ou Ennemi dans la Lutte Contre les Flammes ?

Lierre sur un mur en pierre

Le lierre, cette liane arbustive au feuillage persistant, souvent admirée pour son esthétique et sa résilience, se retrouve parfois au cœur des discussions concernant les risques d'incendie, notamment dans les zones d'interface habitat-forêt. Si des incidents récents ont montré qu'il peut être un vecteur de flammes, les experts et les observateurs de la nature s'accordent à dire que son rôle est bien plus complexe que celui d'un simple combustible. Loin d'être un parasite, le lierre est un élément important de la biodiversité, et sa gestion dans un contexte de prévention des incendies nécessite une compréhension nuancée de ses propriétés et de ses interactions avec son environnement.

Le Lierre Face au Feu : Observations et Constats

Des événements récents ont mis en lumière la capacité du lierre à s'embraser. Un jeudi, en tout début d’après-midi, un incendie s'est déclaré, rue des Colombes, aux alentours de 14 h 30. L'habitant de 67 ans, qui s’apprêtait à aller arroser le jardin lorsque son chien a commencé à s’agiter, a réalisé que ce sont les lierres qui poussent le long de la façade de sa maison qui étaient en feu. Cet incident illustre la vulnérabilité des habitations où le lierre, en tant que plante grimpante, peut servir de "combustible échelle", permettant aux flammes de se propager rapidement le long des façades.

Dans un autre cas, une personne a involontairement provoqué un dépérissement du lierre en brûlant de petits tas de feuilles à proximité d'une haie. Les feuilles ont commencé par jaunir puis noircir, se sont desséchées et sont tombées, et bien que des pousses surgissent juste après, elles finissent par jaunir aussi, puis la tige meurt. La zone s'agrandit de plus en plus, ce qui témoigne de la sensibilité du lierre à la chaleur intense, même si l'intention n'était pas de l'incendier directement. Cela soulève la question de la résilience du lierre face à différentes expositions au feu et des mesures à prendre pour sa survie.

Les Végétaux Ornementaux : Des Conducteurs de Flammes Potentiels

Les experts de l’Institut national de recherche en sciences et technologie pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) mettent en garde contre le danger que représentent les plantes ornementales dans les "interfaces", c'est-à-dire la zone où forêt et garrigue côtoient les habitations. Anne Ganteaume, spécialisée dans l’inflammabilité et la combustibilité des végétaux à l’Irstea d’Aix-en-Provence, préconise une « réglementation sur les végétaux ornementaux », à l’instar de l’obligation de débroussailler arrêtée dans les années 1990.

Il est difficile d’imaginer qu’en achetant un cyprès vert (ou italien) en jolie forme de pinceau, un laurier-rose ou un thuya pour décorer votre jardin, vous risquez de mettre le feu à la maison. C’est pourtant le cas. Les feux récents en France, comme celui de Carros (Alpes-Maritimes) ou de La Croix-Valmer, non loin de Saint-Tropez (Var), mettent en évidence la vulnérabilité de ces « interfaces ». Le feu y circule aisément des zones de végétations naturelles aux jardins qui entourent les maisons.

Schéma de propagation du feu dans une interface habitat-forêt

Les plantes ornementales jouent un rôle de conducteur des flammes, via les haies qui joignent la forêt au lotissement ou à la villa, et de nombreux végétaux sont des combustibles dangereux. Le cas du cyprès italien est caractéristique : quand ses feuilles meurent, elles restent coincées dans l’arbre, s’accumulant au long des années, et forment une biomasse particulièrement inflammable. Un cyprès peut vivre plusieurs centaines d’années, augmentant ainsi l'accumulation de cette biomasse.

L’Irstea a édité une brochure en novembre 2016, « Le risque incendie dans les interfaces habitat-forêt », qui recense tous les végétaux communément utilisés pour la décoration en région méditerranéenne : cyprès vert ou bleu (d’Arizona), laurier-rose, sauce ou amande, troène, lierre, bambou, viorne tin ou encore pittosporum. Elle en présente les caractéristiques d’inflammabilité, c'est-à-dire la capacité à brûler, et de combustibilité, soit la quantité de combustibles disponible dans la plante.

L'institut précise que si toutes les plantes brûlent, des mesures peuvent être prises pour réduire l’intensité du feu dégagée par la végétation ornementale du jardin. Il n’est donc pas question de priver les propriétaires provençaux de haies ou de buissons fleuris, mais plutôt de les informer et de les réglementer. La répartition des végétaux dans le jardin, pour éviter la propagation des flammes, et la présence de plantes grimpantes, appelées « combustible échelle » parce qu’elles s’enflamment rapidement en cas de saute de feu et permettent à celui-ci de passer en cime, doivent être réfléchies.

Les haies d’ornement, quasi systématiques au pourtour des habitations, représentent un danger important. Par leur proximité avec les bâtiments et leur continuité, elles servent de conducteur aux flammes, que ce soit au niveau des feuilles, des branches, et de la litière, soit les feuilles sèches et les brindilles qui permettent une propagation rapide du feu au sol. En août 2016, le grand incendie qui a ravagé plus de 3 000 hectares à Rognac, au nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), est parti d’une zone habitée, avec des jardins et leurs plantes d’ornement qui ont conduit le feu vers la crête au-dessus du village, le vent faisant ensuite le reste en poussant les flammes.

Anne Ganteaume avance qu'il faut non seulement réglementer, mais aussi informer les gens sur les caractéristiques et les risques de chaque plante, suggérant que le personnel des jardineries et les architectes paysagers devraient jouer ce rôle.

Le Risque Incendie dans un Contexte d'Urbanisation et de Climat Méditerranéen

Dans le même temps, l’attrait du soleil et la douceur du climat méditerranéen ont favorisé l’extension des villes et villages, de plus en plus en contact direct avec les milieux boisés alentours. Avec le morcellement du paysage par l’urbanisation individuelle du pourtour méditerranéen, la haie est devenue très courante. En assurant une continuité végétale avec la forêt de proximité, la haie peut facilement propager un incendie loin à l’intérieur d’un lotissement, pour détruire des habitations à l’écart de la forêt.

Lorsqu’il n’est pas éteint au stade initial, l’incendie de forêt dégage une telle quantité d’énergie qu’il est difficilement maîtrisable. Dans le pire des cas, les moyens humains ne font pas le poids. Seuls la mer, un vent contraire ou une grosse pluie peuvent arriver à l’arrêter ou tout du moins le ralentir suffisamment pour aider les secours à l’éteindre. C’est un fait, sous climat méditerranéen, ce n’est pas le feu qui s’introduit chez l’homme, mais c’est l’homme qui s’invite chez le feu. Après le passage des flammes, c’est le constat : certaines maisons calcinées sont au cœur du quartier et d’autres, épargnées, sont en lisière de la forêt détruite. Un peu partout, des rangées de moignons carbonisés ont remplacé les haies.

Stratégies de Prévention : Repenser les Haies et le Débroussaillement

Doit-on éradiquer toutes les haies ? Les experts constatent que le type de haie qui propage un feu suffisamment intense pour impacter une maison est constitué d’une succession linéaire d’une espèce unique. Cette haie se caractérise par une croissance homogène et un entretien réduit, voire inexistant. Au contraire, les experts observent qu’un autre type de haie ne se consume pas bien. À leur contact, les jardins concernés sont restés verts et les maisons intactes. Cette haie, que l’on nomme « libre », est constituée d’espèces variées, de tailles différentes. En cas d’incendie, les quelques espèces inflammables dans la haie seront protégées par les espèces peu inflammables. La propagation des flammes sera moins aisée et surtout moins intense.

Ce type de haie devient à la mode dans le monde du jardinage actuel : haie fleurie, haie vive, haie champêtre, haie basse… Même si tout végétal est inflammable dans les pires conditions, on peut considérer que la haie libre ne deviendra pas systématiquement un vecteur de flammes. Il existe une cohérence réelle entre le comportement de l’espèce sur le terrain et l’espèce au laboratoire.

Plantes de haie à feuillage persistant/ Astuces et entretien

Une seule espèce sort totalement du lot : le cyprès. Très peu inflammable au laboratoire, il devient explosif sur le terrain. Ceci s’explique par sa physionomie. Sa partie vivante à la bordure du houppier, mesurée en laboratoire, est peu sensible au feu. Par contre, la présence de résidus morts et secs, bourrés d’essences naturelles, accumulées en son sein, dégage une telle énergie qu’elle correspond à peu près à la puissance d’un avion de chasse au décollage. Tout bâti à proximité n’y résiste pas. Emblème méditerranéen, peu exigeant, le cyprès est un phénomène de mode depuis quarante ans. Du coup, si on tient compte du risque, il est trop présent partout. Le conseil est simple, l’éloigner le plus loin possible des habitations et à plus de 50 mètres de la forêt.

Autre poids lourd de l’inflammabilité : le mimosa. Si le feu prend dans une haie ou un peuplement de mimosas, des flammes d’une rare intensité vont se propager dans un crépitement assourdissant et projeter des millions d’étincelles sur plusieurs centaines de mètres. Très difficiles à défendre, les habitations concernées auront beaucoup de chance d’en réchapper.

Moins grave certes, il faut aussi se méfier des haies de fusains, de laurier noble, laurier tin et même laurier rose. Certes, elles vont brûler mais globalement, elles ne dégageront pas assez d’énergie pour inquiéter une maison. Il s’agit, en particulier, du lierre et de la vigne vierge qu’on peut laisser se développer le long des murets. De même pour les Pyracantha, et ce, malgré leurs inconvénients : espèce envahissante, aux piquants acérés et dangereux au point de crever des pneus de voiture, fruits toxiques. Attention cependant à ne pas sous-estimer la puissance d’un feu capable de transformer en torche l’espèce la plus inoffensive. Pour preuve, à Marseille en 2009, une maison a brûlé à cause d’un agave planté au pied du mur.

Certes, plus sensible au feu que les trois espèces précédentes, on peut aussi faire appel à l’aubépine si elle est contenue par la taille et si elle n’est pas trop proche de la forêt. Dans le même registre, les Cotoneaster, les Elaeagnus, les fusains, les Pittosporum et les troènes peuvent faire l’affaire. Dans tous les cas, le mélange est à privilégier.

Quand il n’est pas possible de tout couper d’un coup, toutes ces haies fortement inflammables peuvent être éliminées progressivement en coupant 2 arbres sur 3, afin de laisser la place à d’autres espèces moins inflammables. On peut donc petit à petit limiter la présence de ces espèces à risque, en les mélangeant aux autres espèces. Même si les haies à risque sont progressivement remplacées par des haies libres moins sensibles, il ne faut pas pour autant les garder trop proches des maisons.

Débroussaillement Obligatoire et Distances de Sécurité

N’importe quel végétal peut transmettre le feu à un bâti s’il est trop proche. À ce titre, les arrêtés préfectoraux des départements concernés par les obligations légales de débroussaillement indiquent tous que les haies doivent être éloignées de plus de trois mètres du faîtage du toit. Il est primordial d'être vigilant tant pour soi, ses biens que ceux de ses voisins.

Le Lierre : Un Allié Insoupçonné pour la Biodiversité

Malgré sa capacité à brûler et le besoin de gestion dans les zones à risque, le lierre est bien plus qu'un simple combustible. Le lierre est l'ami des arbres et du forestier, il contribue à favoriser la biodiversité et n'est pas le parasite qu'on croit.

Le lierre grimpant (Hedera helix), le plus courant sous nos latitudes, est une liane arbustive à feuillage persistant, de la famille des Araliaceae. Cette liane arborescente est l’une des rares à vivre à l’état naturel sous nos climats tempérés, avec la clématite, le chèvrefeuille et le houblon. Le lierre vit facilement centenaire et peut même être millénaire si les conditions lui sont favorables. Il a une croissance rapide (jusqu’à un mètre par an) en poussant ses tiges droites, non en s’enroulant, grimpant dès qu’il le peut à l’aide de ses racines adventices qui se transforment en crampons et qui, pourtant, ne gênent aucunement la plante ou l’arbre colonisé.

Le lierre n’est pas à proprement parler une plante grimpante, il peut très bien jouer un rôle de couvre-sol là où il ne trouve aucun support pour s’élever, jouant alors à merveille son office de plante rampante. Le lierre s’adapte très bien, mais comme il a besoin de lumière pour fleurir, sa tendance naturelle est, comme chez un grand nombre de plantes, à s’élever vers le soleil. Pour cela, il s’aide de tout support, notamment des arbres en forêt. Mais il ne prend rien de la sève des arbres, pas plus qu’il ne les étouffe, n'abîme leur écorce ou ne concurrence leur absorption de minéraux par les racines. Les racines du lierre sont superficielles, quand celles des arbres poussent en profondeur. Ainsi, à l’inverse du gui qui peut achever certains arbres faibles, le lierre ne tue pas les arbres ni ne les blesse ou les empêche de pousser. Tout au plus peut-il favoriser leur chute quand son poids devient conséquent et que l’arbre est vieux et malade. Il n'est pas un parasite, mais ce qu'on appelle un épiphyte.

Lierre sur un tronc d'arbre, riche en biodiversité

Et comme le lierre apporte bien d’autres services aux arbres et à toute la nature, ceux-ci excusent largement les quelques désagréments dont il pourrait être responsable. Le lierre offre une aide précieuse aux arbres en abritant, sous ses feuilles lobées, une multitude de petits organismes qui permettront à l’arbre de lutter contre des parasites gênants. C’est ainsi que sous les feuilles du lierre vivent de nombreuses araignées qui débarrassent l’arbre d’un certain nombre d’insectes qui peuvent lui être nocifs. La faune auxiliaire qu’il abrite est ainsi utile à l’arbre lui-même mais encore à de très nombreuses espèces.

Ses feuilles, quand elles meurent et tombent au sol, forment une litière et un humus très riche qui favorisent la croissance des arbres et, quand elles sont en vie, sur les lianes, jouent un rôle de régulateur thermique qui protège les troncs des trop grandes variations de température. D’un autre côté, le lierre est très habile pour capturer l’humidité par les feuilles et peut décharger les arbres d’un trop-plein d’humidité qui favorise certains agents pathogènes. Ses propriétés antifongiques débarrassent ainsi les troncs d’arbres de champignons invasifs qui pourraient s’en prendre à l’aubier et même au duramen.

Le Rôle Essentiel du Lierre pour la Biodiversité

La nature dans toute sa richesse et sa diversité, que l’on appelle communément biodiversité, est un jeu d’interactions constantes où les relations d’entraide sont aussi importantes que celles de concurrence. Si le lierre est en concurrence pour la lumière avec d’autres plantes, il ne fait que répondre à sa nature : le lierre fleurit à la fin de l’été quand il a assez de lumière. S’il fleurissait à la même période que la plupart des arbres, soit au printemps et au début de l’été, il serait un rude concurrent attirant à lui force insectes pollinisateurs, au détriment des arbres. Mais ce n’est pas le cas. Sagement, il attend le début de l’automne pour fleurir, offrant ainsi le manger à de très nombreux insectes butineurs qui sont bien contents de pouvoir compter sur lui pour faire leurs dernières réserves de provisions.

C’est le cas des abeilles domestiques et l’une des raisons pour lesquelles il est primordial de conserver du lierre grimpant sur des arbres ou des murs, car ce n’est qu’à cette condition qu’il peut fleurir et nourrir les abeilles. Ce nectar et ce pollen qu’elles recueillent sur le lierre leur permettent de produire un miel qui cristallise trop vite pour que nous le mangions mais qui les nourrit, elles, tout au long de l’hiver. De la même manière, la Collette du lierre est une abeille sauvage qui lui est inféodée.

Associé à un chêne, le lierre abrite « plus de 700 organismes vivants différents (tous les règnes et espèces confondus) », selon Jean-Claude Beaumont, de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux. Grâce à son feuillage persistant, de couleur vert foncé quand il n’est pas juvénile, et grâce aux nœuds que forment ses racines, le lierre est un abri et le lieu d’hibernation de nombreuses espèces telles le Papillon citron ou la Coccinelle à 7 points. Il accroît ainsi la population d’auxiliaires du verger, qui sont prédatrices des ravageurs. Il abrite une grande quantité de mouches, notamment des Syrphes, dont les larves se nourrissent de pucerons, de guêpes, de frelons, des coléoptères…

Et puisqu’il abrite une grande quantité d’insectes, il est normal que le lierre abrite aussi leurs prédateurs, les oiseaux. C’est pourquoi la grive, le merle noir, le rouge-gorge, les moineaux domestiques, le Hibou moyen-duc, les chauves-souris peuvent y nicher ou seulement y dormir, tandis que quantités de passereaux s’y nourrissent, et jusqu’aux lérots, renards et martres. Fleurissant en automne, le lierre nourrit les pollinisateurs, et fructifiant en hiver, il nourrit les oiseaux à une époque (janvier, février) où ils peinent à trouver de quoi se nourrir. Et par la même occasion, ces derniers reproduisent la plante en rejetant ses graines dans leurs déjections. Malin et utile, le lierre est bien l’ami du forestier et loin d’être cet ennemi dont il a la triste réputation. Enfin, parmi ses qualités incontestables il faut ajouter que le lierre est un dépolluant atmosphérique très efficace.

Le Feu : Un Phénomène de Régénération et ses Limites

Mais l’incendie n’est pas qu’un risque écologique majeur. Dans le cycle naturel de la végétation, d’une forêt par exemple, il présente un côté positif. « La plupart des espèces, en région méditerranéenne, comme le pin d’Alep, les cistes ou les genêts, sont adaptées au feu et se régénèrent grâce à lui », avance la chercheuse de l’Irstea, Anne Ganteaume. Avec l’augmentation brusque de la température qu’entraîne l’arrivée du feu, le pin ouvre ses cônes et les graines tombent sur le sol incendié, avec des cendres et une matière organique importante. Toute concurrence végétale ayant brûlé, les pousses sont facilitées.

« Le feu passe vite, poussé par le vent, et les plantes libèrent leurs graines qui ne brûlent pas. Les pluies d’automne permettent aux plantes de pousser et, six mois plus tard, le tapis noirci est déjà redevenu vert », détaille Anne Ganteaume. Pour les arbres, il faut compter quinze à vingt ans pour qu’ils deviennent matures. Sans feu, avance la spécialiste, les pins ont du mal à se régénérer. « Cela donne des peuplements vieillissants, des zones de végétation dense, comme le maquis, où la lumière ne pénètre pas, empêchant de nouvelles plantes de se développer. Avant, les bergers, les agriculteurs pratiquaient l’écobuage [débroussaillement par le feu] pour nettoyer la végétation. »

Forêt méditerranéenne après un incendie, avec de jeunes pousses

Mais le risque, aujourd’hui avec la multiplication des grands feux, sévissant souvent dans les mêmes zones d’une année sur l’autre, c’est que cette régénération ne se fasse pas et que plus rien ne pousse. Autre danger, avec le réchauffement climatique et la remontée des incendies vers le nord et dans les zones de montagne, de nouvelles espèces sont attaquées, qui sont moins résilientes, comme les sapins et les hêtres.

Après un feu, la garrigue (sol calcaire) et le maquis (sol acide) retrouvent leur aspect d’origine au bout d’une quinzaine d’années en moyenne. Dans l’absolu, sans perturbation, ces formations végétales ne sont qu’une très lente évolution vers la forêt mésophile telle qu’elle existait avant le néolithique. Dans la réalité, l’homme et ses usages ont fait du feu une constante qui favorise le développement des espèces pyrophytes au détriment des autres. Leur atout c’est d’employer diverses stratégies pour subsister après le passage des flammes.

Prenons deux exemples, le pin d’Alep et le chêne Liège. Avec ses aiguilles très inflammables, le houppier du pin va s’enflammer violemment. Les cônes vont exploser sous la chaleur pour libérer au loin leurs graines ailées. L’arbre est mort mais il aura rempli sa mission de dissémination dans un large périmètre. Le chêne liège, lui, n’est pas inflammable mais déteste la compétition avec les autres espèces. Son atout, c’est son écorce qui le protège du feu. Après les flammes, il sera le seul survivant. Les autres espèces reviendront mais elles mettront plusieurs dizaines d’années avant de l’inquiéter. Pour conclure, vivre avec les espèces pyrophytes, c’est vivre avec le feu.

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