Comme leur nom l'indique, les plantes invasives n'ont guère de limite, ce qui fait qu'il vaut mieux les supprimer avant qu'elles ne prennent leurs aises et qu'il devienne quasiment mission impossible de les éradiquer. Certes, il existe des "mauvaises herbes" qui n'ont pas besoin d'être systématiquement arrachées, mais il en va tout autrement pour celles qu'on appelle des plantes invasives car, au-delà d'envahir notre jardin, elles nuisent considérablement à la biodiversité qu'elles appauvrissent.

L'émergence d'un phénomène global
L'origine géographique de nombreuses espèces de plantes n'est pas toujours connue ou manque de précision. C'est notamment le cas lorsqu'on parle d'une origine tropicale, il s'agit alors de territoires divers qui ont en commun les caractéristiques requis pour que vive cette plante. Aujourd'hui, nous constatons que beaucoup d'espèces méditerranéennes parviennent à pousser plus au nord à cause du changement climatique. Malmenées, les plantes résistent pour s'adapter à ces nouveaux environnements, et certaines parviennent alors à prendre le dessus jusqu'à coloniser des espaces jusqu'alors dévolus aux plantes indigènes.
Comme l'indique Gilles Clément dans un ouvrage sur le sujet, seuls les jardins ont, par leurs dimensions modestes, la possibilité de recourir à des méthodes manuelles écologiques destinées à limiter ou éliminer ces espèces dérangeantes. Des arrêtés et règlements européens précisent les listes d’espèces réglementées, sur le territoire métropolitain ainsi que dans chaque territoire ultramarin. La dernière liste d’espèces préoccupantes pour l’Union européenne, en date du 19 juillet 2022, compte 88 espèces dont 41 végétales.
Espèces invasives emblématiques : au-delà du jardin
La diversité des plantes invasives est vaste, chacune possédant des stratégies de survie redoutables. L'ailante glanduleux (Ailanthus altissima), à ne pas confondre avec le Sumac, a la particularité d'émettre de l'ailanthone, substance allélopathique qui inhibe la croissance des autres espèces indigènes et lui permet de former un bois monospécifique dense en 20 ans seulement. Au jardin, de jeunes sujets pourront être arrachés, quelques sujets seront dessouchés mais un peuplement sera très difficile à éradiquer.
L’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) est une espèce très envahissante qui s'est développée avec les aménagements routiers, les grands chantiers et les vastes cultures agricoles. L'arbre à papillons (Buddleia davidii), plaisant au jardin d'ornement, s'en est vite échappé pour s'installer dans le moindre espace de friche, de bords de voie ferrée, de sols délaissés ou dénudés, empêchant toute autre plante de s'installer. Pour l'empêcher de se reproduire, il faut couper ses grappes défleuries avant que des graines mûrissent et se disséminent pour se multiplier.
La berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) s'installe dans les sols riches en nitrates, frais et profonds, souvent en bord de rivière et le long des axes routiers. La griffe de sorcière (Carpobrotus edulis) a un faible enracinement mais s'étend très rapidement en perturbant les écosystèmes locaux, notamment en bord de mer puisqu'elle supporte les sols pauvres, sableux, pentus, les embruns, la chaleur et la sécheresse. Dans les jardins du littoral, la solution consiste à l'arracher pour la remplacer par la très charmante armérie maritime (Armeria maritima), par exemple.
Le houblon du Japon (Humulus scandens), espèce distincte du houblon (Humulus lupulus) servant à la préparation de la bière, se développe au sol, surtout en bord de rivière, sous forme d'une liane rampante venant en compétition avec les espèces indigènes qui sont alors évincées ce qui modifie la structure de l’écosystème. L’herbe de la pampa pourpre (Cortaderia jubata) est l'espèce figurant sur la liste européenne mais elle provoque les mêmes dégradations que l'herbe de la Pampa (Cortaderia selloana) qui a été plantée à tour de bras dans les années 1970 sur toutes les pelouses de France. La renouée du Japon (Reynoutria japonica) a envahi toute l'Europe. Sachant que le moindre éclat de rhizome donnera une nouvelle plante, leur extraction s'avère difficile et nécessite beaucoup de ténacité, en l'accompagnant du fauchage incessant des repousses.

Le cas particulier du "faux Arum" (Lysichiton americanus)
Parmi ces dernières, on retrouve notamment des variétés de Renouée et de Berce, mais aussi la Jacinthe d'eau. Sur cette liste figure aussi le "Lysichiton americanus", plus connu sous le nom de "faux Arum". Cette plante paraît inoffensive, avec ses grandes feuilles vertes et ses belles fleurs jaunes. Elle amène de la couleur, mais elle pose surtout de gros problèmes environnementaux. Originaire d'Amérique du Nord, le faux Arum "est arrivé chez nous comme plante ornementale dans les jardins, expliquait en mai 2025 auprès de TV Lux Marie Monseur, chargée de mission "invasives" au Contrat Rivière Amblève. Mais elle s'en échappe de trop et donc, on la retrouve maintenant dans la nature. C'est ce qu'on appelle une espèce invasive. Malgré ses belles fleurs, le faux arum n'est pas le bienvenu chez nous."
Plus rien ne pousse sous ses grandes feuilles
C'est donc à cause de sa prolifération rapide non maîtrisable que cette plante est devenue indésirable sur le sol européen. En se développant, le faux Arum forme de gros massifs, qui prennent alors la place des espèces endémiques. Plus rien ne pousse donc sous les grandes feuilles du faux Arum, qui prospère dans les milieux humides. Au printemps 2025, ces plantes invasives ont notamment été découvertes du côté de Vielsalm, où un chantier a été mis sur pied pour éradiquer l'espèce, qui s'était répandue le long de la rivière. Ce travail n'est pas évident, car retirer complètement les faux Arums nécessite d'enlever les racines de la plante, qui s'enfoncent rapidement profondément.
Reconnaître et agir face aux espèces envahissantes
Ses grandes feuilles vernissées attirent l’œil, ses fleurs jaune vif illuminent les zones humides, et pourtant cette plante fait partie des espèces les plus problématiques pour les écosystèmes belges. Derrière son apparence inoffensive se cache une menace silencieuse qui gagne du terrain chaque année. Avant qu’elle ne colonise totalement un milieu naturel, il est crucial de savoir l’identifier.
Comment reconnaître le faux arum sur le terrain
Identifier correctement le Lysichiton americanus est la première étape pour limiter sa propagation. Bien que ses fleurs puissent rappeler celles de l’arum classique, plusieurs caractéristiques permettent d’éviter la confusion. Les feuilles sont très grandes, larges, ovales, pouvant dépasser 50 cm de longueur. Leur texture est épaisse et luisante. La fleur jaune se présente comme une spathe jaune vif enveloppant un spadice central plus sombre. Elle apparaît au printemps. Le milieu de vie favori est constitué de zones très humides, marécages, berges de rivières, fossés remplis d’eau. Enfin, l'espèce forme des touffes denses, parfois impénétrables.
Un guide de botanique pour bien identifier les plantes
La procédure de signalement
Si vous repérez des faux Arums dans la nature en vous promenant, ne les touchez pas. Face à cette situation, la règle est simple : ne touchez pas la plante vous-même. C'est une mission réservée à des équipes spécialisées, formées pour intervenir sans provoquer de nouvelle dissémination. Ne pas arracher la plante, même si elle vous semble isolée. Prendre une photo de la plante sous plusieurs angles si vous n’êtes pas certain de son identification. Transmettre les clichés au Département de la Nature et des Forêts ou au Contrat Rivière de votre région. Ces organismes coordonnent les interventions et assurent la gestion des espèces exotiques envahissantes sur le territoire.
Notions clés et prévention pour le jardinier
Le faux arum n'est pas la seule espèce à surveiller. La Belgique doit aussi composer avec des végétaux problématiques comme la Renouée du Japon, la Berce du Caucase ou encore la très invasive Jacinthe d'eau. Ces espèces ont en commun une capacité à prendre le dessus sur la flore locale en très peu de temps. Pour mieux comprendre la gestion des invasives, plusieurs notions sont utiles :
- Espèce exotique : plante ou animal introduit hors de son aire naturelle.
- Espèce invasive : exotique, mais aussi capable de nuire à l’environnement.
- Berges ripicoles : zones humides particulièrement sensibles aux invasions végétales.
- Éradication mécanique : méthode utilisée pour extraire totalement les rhizomes ou racines profondes.
Pour les jardiniers, il peut être utile de privilégier des plantes indigènes adaptées aux zones humides, comme l’iris des marais ou la reine-des-prés, afin d’éviter toute tentation de recourir à des espèces décoratives potentiellement problématiques. Un dernier conseil : vérifier systématiquement la provenance des plantes vendues en jardinerie ou échangées entre particuliers permet de limiter le risque d’introduire involontairement une espèce interdite.
Erreurs courantes et gestion des déchets verts
Beaucoup de particuliers confondent encore le faux arum avec d’autres plantes de sous-bois, ce qui complique sa surveillance. Le premier piège est de penser qu’une plante jolie et colorée ne peut pas être dangereuse pour l’environnement. Le second est d’essayer de l’arracher soi-même. Cette action disperse parfois des fragments de rhizomes et aggrave la situation. Mal déclarer une observation est aussi une erreur fréquente. Un simple doute doit suffire : mieux vaut envoyer une photo que laisser une colonie s’étendre en silence. Les services spécialisés préfèrent recevoir un signalement de trop plutôt qu’un de trop peu.
Reste enfin la croyance selon laquelle une plante isolée n’est pas un problème. Avec le faux arum, un seul plant peut suffire à coloniser une rivière entière en quelques années. Bien qu’elles soient belles et parfois vendues en pépinière, elles peuvent endommager la biodiversité locale des milieux naturels lorsqu’elles s’y retrouvent. Avoir des EVEE (Espèces Végétales Exotiques Envahissantes) dans son jardin n’est pas une catastrophe. Certaines sont même bénéfiques pour les pollinisateurs en leur fournissant du nectar et du pollen.
Jeter des résidus verts en forêt ou dans un milieu naturel peut générer la prolifération des EVEE. Ces plantes, une fois introduites dans la nature, forment des tapis denses qui bloquent la croissance des autres plantes et perturbent le milieu naturel. Gérez les résidus d’EVEE avec précaution : évitez de jeter leurs résidus dans la nature, la collecte des résidus verts ou de compost. En raison de leur potentiel envahissant, ils doivent être jetés à la poubelle. Favorisez les plantes indigènes qui contribuent à la biodiversité locale. Vous avez trouvé l’une de ces espèces dans votre cour ? Nous espérons que vous en avez appris un peu plus sur les plantes exotiques envahissantes que l’on peut retrouver près de chez soi.