Le lierre grimpant : un allié méconnu entre mythes et réalités écologiques

Le lierre grimpant, connu sous le nom scientifique Hedera helix, est une plante qui suscite depuis des siècles des débats passionnés. Souvent perçu comme un parasite destructeur, il est pourtant une liane autochtone d'Europe, véritable vestige du passé et pilier indispensable de nos écosystèmes. Pour comprendre sa place dans nos jardins et sur nos murets, il convient de dépasser les idées reçues héritées de l'Antiquité pour observer sa biologie réelle, son rôle écologique et la gestion nécessaire de sa croissance.

Lierre grimpant sur un vieux mur en pierre

Une biologie fascinante et une stratégie de survie unique

Le Hedera helix est une plante de la famille des Araliacées, la même que le Ginseng. Cette liane, qui peut atteindre près de 30 mètres de hauteur, possède une capacité d'adaptation remarquable. Dans un premier stade de sa vie, il rampe au sol, jusqu’à rencontrer un support qui lui permettra d’évoluer en hauteur et de se rapprocher de la lumière. Pour s'élever, il déploie des racines-crampons mesurant jusqu’à 15 millimètres le long de sa tige. Au bout de ces racines se trouvent de minuscules poils racinaires capables de sécréter une sorte de « super colle ». Ces poils se glissent dans chaque interstice de la paroi escaladée.

Contrairement à une idée reçue tenace, le lierre ne parasite pas les arbres car il s’y accroche sans puiser dans leur sève. Les racines-crampons ne sont pas intrusives et ne vampirisent ni l’eau, ni les nutriments dans le tronc de l’hôte. Le lierre se nourrit exclusivement par ses propres feuilles grâce à la photosynthèse. Une étude réalisée en Suisse a montré que le lierre ne rentre pas en compétition avec son hôte, puisqu’il a développé des stratégies qui lui permettent de pomper l’eau et les nutriments de préférence en hiver.

La floraison décalée : une clé pour la biodiversité

La floraison du lierre se fait au mois d’octobre, une période où peu de plantes sont en fleurs. Cette floraison décalée est héritée du Cénozoïque, l’ère tertiaire, au climat plus chaud, qui offrait les conditions d’une floraison tardive. Les fleurs du lierre se parent de couleurs jaunes-vertes, disposées en ombelles hémisphériques, elles-mêmes regroupées en grappes.

Ce cycle particulier fait de lui une des seules sources d’approvisionnement pour de nombreuses espèces avant le début de l’hiver. Ce sont plus de 235 espèces d’insectes qui ont été observées en train de butiner ses fleurs. Il représente même 90 % des ressources alimentaires des abeilles en automne. La Collète du lierre (Colletes hederae), une abeille sauvage, dépend pratiquement exclusivement de cette plante pour nourrir ses larves. Plus tard, en plein cœur de l’hiver, ses fruits noirs, semblables à de petites billes, deviennent une source de nourriture essentielle pour les oiseaux tels que le Merle noir, la Grive musicienne ou l’Étourneau Sansonnet.

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Le lierre sur les façades : entre isolation et vigilance

Sur nos maisons, le lierre agit comme un thermorégulateur efficace. Une étude réalisée à Manchester a montré que sur un mur couvert de lierre, il y a un effet d’atténuation des fluctuations thermiques. Le lierre agit comme un isolant : il permet de rafraîchir en été et aide à conserver la chaleur en hiver. De plus, une étude parue en 2004 montre qu’il absorbe certaines particules fines, contribuant à la dépollution urbaine. Il faut environ 23 mètres carrés de façade pour qu'il absorbe autant de particules qu'un arbre adulte.

Cependant, il convient de peser le pour et le contre. Si les racines aériennes ne peuvent pas rentrer au cœur d’un matériau solide, elles profiteront en revanche de la moindre faille pour s’infiltrer. Une fois installé dans une fissure, le lierre peut l’aggraver au fur et à mesure de son développement, causant un effritement du mur. Il est donc indispensable de vérifier si le mur présente des cavités ou des zones endommagées avant de laisser le lierre le recouvrir. Pour limiter les risques, l'installation d'un treillis à quelques centimètres de la paroi permet de profiter du couvert végétal sans contact direct avec la structure.

Gestion, taille et cohabitation

Le lierre est une plante très vigoureuse qu’il faut absolument maîtriser si vous ne voulez pas qu’elle devienne envahissante. Sans une taille régulière, le lierre peut envahir les toitures, voire les charpentes en bois et boucher les gouttières. Lorsqu’il est finalement enlevé, il laisse également des traces indélébiles sur les revêtements muraux.

Pour tailler le lierre, commencez par l’humidifier à l’aide d’un tuyau d’arrosage. En ramollissant les branches, les troncs et les racines, vous pourrez mieux le détacher de son support. Munissez-vous d’un sécateur ou d’une cisaille à long manche et coupez la branche principale à la base. Si vous souhaitez vous en débarrasser complètement, il faut absolument enlever les racines en profondeur dans le sol.

En cas de conflit avec un voisin, l'article 673 du Code civil impose à celui sur la propriété duquel avancent les branches de les couper. Toutefois, privilégiez toujours les solutions amiables. Depuis octobre 2023, le recours à un conciliateur de justice est même obligatoire pour les litiges civils du quotidien avant toute saisine du tribunal.

Schéma explicatif de la taille du lierre et de la protection des murs

Le lierre et l'équilibre climatique urbain

La nature nous démontre que les solutions face aux problématiques telles que le réchauffement climatique sont multiples. Le lierre, en poussant de manière verticale, offre une plus-value écologique étonnante : limitation de l’impact des fortes précipitations, protection contre les UV et amélioration du confort thermique. Il est un allié de poids dans nos jardins, qu'il s'agisse de couvrir un mur disgracieux ou d'offrir un refuge aux chauves-souris et aux hérissons.

Il est important de noter que si le lierre est toxique pour les animaux (en raison des saponosides), il l’est aussi pour les humains en cas d’ingestion ou par contact cutané pour les personnes sensibles. Une manipulation avec des gants est donc recommandée. En réhabilitant cette plante souvent mal-aimée, nous offrons à la biodiversité locale une chance de subsister dans des environnements urbains de plus en plus artificialisés. Le lierre n'est pas le parasite qu'on veut qu'il soit, mais une liane adaptée, un pilier de la résilience écologique de nos paysages.

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