Le Mildiou de la Pomme de Terre : Causes, Symptômes et Stratégies de Lutte Intégrée

Le mildiou de la pomme de terre, causé par l'oomycète Phytophthora infestans, est sans aucun doute la maladie la plus connue et la plus redoutée en culture de pomme de terre. Ce pathogène, souvent confondu avec un champignon, est en réalité une micro-algue qui s'attaque à toutes les parties de la plante, y compris le feuillage, les tiges et les tubercules, provoquant des dégâts considérables et des pertes de rendement qui peuvent être totales en cas de forte infestation. Tragiquement célèbre pour avoir été responsable de la grande famine irlandaise et écossaise du XIXe siècle, cette maladie continue aujourd'hui de causer des pertes estimées à environ 20 % par an dans le monde pour les pommes de terre. La propagation est très rapide et peut toucher toute la culture en quelques jours si rien n'est fait, décimant des cultures entières.

Pomme de terre infectée par le mildiou, avec des taches de pourriture rouge-brun

L'Agent Pathogène : Phytophthora infestans

Le mildiou est provoqué par Phytophthora infestans, une micro-algue (oomycète) également responsable du mildiou de la tomate. Il se reproduit de manière similaire à un champignon, produisant des sporanges (appelées couramment « spores ») pour se reproduire. Ces spores sont très légères et facilement dispersées par le vent, l'eau ou le contact direct. En France, Phytophthora infestans n'a pas de reproduction sexuée et ne produit pas d'oospores viables à longue durée de vie, ce qui signifie que la maladie hiverne uniquement via le mycélium présent dans les repousses ou les déchets végétaux. Ainsi, ce pathogène ne survit pas en l'absence de tissu vivant. Le mycélium germe au printemps et produit des sporanges. Après l'infection primaire, des cycles de contamination secondaire se succèdent et causent une destruction très rapide du feuillage.

Le mildiou de la pomme de terre

Conditions Favorables au Développement du Mildiou

Le mildiou de la pomme de terre peut se développer entre 12 et 30°C et avec une humidité importante. La température idéale pour son développement se situe autour de 21°C, mais Phytophthora infestans reste actif entre 3°C et 26°C. Des pluies abondantes et des températures supérieures à 16 °C encouragent l'apparition des pathogènes responsables du mildiou. L'humidité, la pluie et des températures clémentes sont les principaux facteurs de prolifération et de contamination du mildiou.

Plus spécifiquement, le développement de la maladie nécessite la présence d'eau liquide sur le feuillage pendant une assez longue durée, avec une humidité relative supérieure à 90 % (brouillard ou temps orageux). Une succession de périodes de forte hygrométrie (supérieure à 90%) et de températures entre 10°C et 25°C représente donc les conditions idéales pour son développement. Cette situation se rencontre lors de pluies orageuses le soir, suivies le lendemain d'une hygrométrie saturée qui empêche le ressuyage du feuillage. Ou encore en fin d'été et à l'automne avec d'importants contrastes de températures entre le jour et la nuit, générateurs de rosées persistantes le matin. Le cycle complet de la maladie peut être achevé en seulement 5 jours dans des conditions idéales. Une végétation dense aggrave la situation, car elle favorise la rétention d'humidité et ralentit le séchage du feuillage.

Diagramme des conditions climatiques idéales pour le mildiou

Symptômes du Mildiou de la Pomme de Terre

Le mildiou de la pomme de terre s'attaque à tous les organes de la plante. Les symptômes peuvent progresser très rapidement, et une détection précoce est cruciale pour une gestion efficace.

Sur les feuilles

Les premiers signes d'infection sont des zones vert pâle qui se transforment rapidement en taches (ou lésions) brunes et aqueuses, plus grandes, s'étendant rapidement pour couvrir de larges zones de la feuille. Le mildiou se reconnaît aux larges taches brunes huileuses auréolées de vert pâle à la face supérieure des feuilles. Ce liseré vert clair est un bon moyen de discriminer le mildiou. En conditions humides, un duvet blanc constitué de spores apparaît sur la face inférieure des feuilles, confirmant le diagnostic. Ces taches se dessèchent ensuite en leur centre. La feuille finit par s'affaisser, se ratatiner et brunir. La maladie apparaît par foyers isolés, puis s'étend avec une extrême rapidité à l'ensemble de la parcelle.

Lésion de mildiou avec excroissance blanche sur la face inférieure d'une feuille de pomme de terre

Sur les pétioles et tiges

La maladie se manifeste sur les pétioles et les tiges par des taches brunes à différents niveaux, souvent irrégulières et d'apparence grasse, qui peuvent entraîner la destruction des jeunes plants ou la cassure des tiges des plantes adultes. Sur les tiges et les bouquets terminaux, l'observation de dessèchement, de brunissement avec la possibilité de casser facilement ces organes, révèle la présence de mildiou. Des nécroses brun-violacées, longues de quelques centimètres, sont observées. Malgré leur aspect encore rigide, les tiges atteintes deviennent extrêmement cassantes, en particulier chez les plantes adultes.

Symptômes de mildiou sur une tige de pomme de terre

Sur les tubercules

Des taches brunes décolorées à violettes apparaissent sur l'épiderme des tubercules, qui s'assombrissent et s'affaissent avec le temps. Des zones marbrées de couleur rouille et fibreuses, à l'intérieur, se présentent sous la forme d'une pourriture sèche. À la coupe, on observe des zones marbrées brun-rouille, fibreuses, de forme diffuse. Une pourriture rouge-brun peut apparaître sous la peau, qui s'assouplit à mesure que l'infection progresse. Ces attaques sont la porte d'entrée à d'autres champignons ou bactéries qui entraînent une pourriture humide des tubercules dans le sol ou en cours de stockage. Certaines attaques plus légères peuvent ne pas être visibles sur les tubercules, mais les pommes de terre peuvent pourrir pendant le stockage. Ces lésions peuvent apparaître au moment de la récolte ou au cours du stockage.

Taches brunes décolorées sur les pommes de terre, typiques d'une infection par le mildiou

Confusions possibles de diagnostic

Le diagnostic du mildiou au champ peut être délicat, car plusieurs autres maladies et facteurs de stress peuvent présenter des symptômes similaires. Il est important de prendre le temps de bien analyser la situation et de se poser un maximum de questions : les nécroses sont-elles présentes sur une feuille, une tige, une plante, plusieurs plantes ? Sont-elles apparues en foyer ou sur une plante isolée ? Retrouve-t-on des symptômes dans toute la parcelle ? Le temps a-t-il été favorable aux maladies ces derniers jours ?

  • Alternariose (Alternaria solani): Cette maladie est difficile à diagnostiquer au champ et est une maladie dite de « faiblesse » qui s'attaque à des plantes stressées ou en fin de cycle. Les taches nécrotiques de l'alternariose présentent des anneaux concentriques et sont dispersées sur les feuilles de la base des plantes.
  • Anthracnose: Les attaques primaires de l'anthracnose apparaissent sur les tiges sous forme de stries nécrotiques qui peuvent entourer complètement la tige.
  • Botrytis cinerea (pourriture grise): Les symptômes sur feuilles peuvent être confondus avec ceux de Botrytis cinerea. Cette maladie fongique est elle aussi favorisée par des conditions humides.
  • Bactéries du genre Pseudomonas: Ces bactéries engendrent également des taches sur le feuillage, mais celles-ci sont de petite taille, de forme irrégulière et parsemées sur les folioles.
  • Brûlures d'azote: Des symptômes de brûlures d'azote peuvent être observés en parcelle de pomme de terre, ressemblant à des nécroses.
  • Blessures liées au vent: Lors de périodes sèches, des blessures liées au vent peuvent être observées sur les feuilles, ce qui peut créer des confusions.

Même en présence de symptômes suspicieux, il convient de réaliser un prélèvement et une analyse en laboratoire pour confirmer le diagnostic.

Stratégies de Lutte Contre le Mildiou

La prévention est la meilleure façon de lutter contre le mildiou, car les infections sont beaucoup plus difficiles à guérir une fois installées. L'approche combinatoire de lutte contre le mildiou de la pomme de terre reprend les principaux piliers de la protection intégrée : prophylaxie, observation, OAD (Outils d'Aide à la Décision), et traitements avec une combinaison de solutions diverses.

Prévention et Mesures Prophylactiques

  1. Choix du site de culture: Le premier aspect important pour limiter l'impact de la maladie est de bien choisir la zone cultivée. Celle-ci devra être le moins possible à l'ombre afin de favoriser le séchage du feuillage. Évitez de planter dans une zone humide ou ombragée.
  2. Choix variétal: Le deuxième aspect est le choix de variétés tolérantes chez qui l'infection au mildiou sera retardée par rapport à des variétés plus sensibles, limitant ainsi les pertes de rendement et de qualité. Tout un tas de variétés résistantes au mildiou sont proposées aujourd'hui. Le levier variétal est sans aucun doute le pilier majeur dans la stratégie de lutte contre le mildiou. Le niveau de sensibilité des variétés est évalué sur une échelle de 1 (très sensible) à 9 (très résistant), attribuée lors des épreuves d'inscription au catalogue français et confirmée dans des essais post-inscription menés par ARVALIS.
  3. Gestion des résidus: Le quatrième aspect tient à l'élimination de tout inoculum potentiel sur la culture. Détruire (ou enterrer) les déchets de la récolte précédente (pas de tas de déchets ouverts pendant la saison de croissance) avec de la chaux vive et une ceinture de rétention. Ne laissez aucune plante sans surveillance dans la zone et détruisez les plantes volontaires. Il est vivement conseillé de ne pas replanter au même endroit les mêmes espèces de plantes qui ont été affectées par le mildiou l'année précédente.
  4. Hygiène culturale:
    • Rotation des cultures: Pratiquer une bonne hygiène et la rotation des cultures pour éviter l'accumulation du pathogène du mildiou dans le sol.
    • Espacement des plants: Semer ou planter à bonne distance pour favoriser la circulation de l'air et aérer régulièrement les abris. Laissez de l'espace entre les plants pour faciliter la circulation de l'air. Certains conseillent d'espacer les plants d'1 mètre car le champignon se développera moins facilement.
    • Arrosage: Arrosez de préférence le matin par beau temps pour permettre un ressuyage du feuillage aussi rapide que possible. Évitez les arrosages aériens et l'irrigation de fin de journée. Arroser le soir peut conduire à un fort taux d'humidité qui persisterait tout au long de la nuit.
    • Sarclage: Sarcler régulièrement le sol pour limiter la prolifération des herbes qui retiennent l'humidité.
    • Abri et ventilation: Abriter les tomates pour limiter l'humidité sur le feuillage et la propagation des spores par la pluie. Dans les serres, les conditions de forte humidité seront propices au développement de la maladie. Lorsque les conditions le permettent, ouvrir les portes et favoriser les mouvements d'air.
    • Taille: Les plaies occasionnées par la taille des végétaux sont des portes d'entrée aux pathogènes. Il est généralement conseillé de ne pas enlever les gourmands des tomates, aubergines, etc., si cela peut être évité.
  5. Surveillance accrue: Une surveillance accrue du feuillage est importante pour agir dès les premiers symptômes. L'observation attentive des plantes pourra débuter dès que les conditions favorables au mildiou sont présentes avec une température de 10 à 25 °C (avril à octobre). Elle doit être continue car il faut tenir compte des phases de dissémination et de germination des spores, qui n'occasionnent pas de symptômes visibles.

Traitements Curatifs et Préventifs

Une fois que le mildiou est installé dans les rangs de pommes de terre il est déjà trop tard pour avoir une action curative, et ce même avec des traitements cupriques. Cependant, des actions peuvent être menées pour limiter la propagation. Si une infection est détectée, il faut agir rapidement.

  1. Élimination des plants infectés: Il peut être opportun d'éliminer les premiers plants attaqués afin de ne pas contaminer le reste de la culture. Détruire rapidement et au fur et à mesure les parties infectées pour éviter une contamination. Inspecter régulièrement le jardin et brûler toute partie de végétal atteinte par le mildiou. Ne pas composter les matières malades. Le retrait des premiers plants malades permet de limiter la propagation du champignon car celui-ci se maintient presque exclusivement sur les plantes.
  2. Produits à base de cuivre: Les produits à base de cuivre comme la bouillie bordelaise sont les plus utilisés. Cependant, ils peuvent contenir certains composés toxiques à long terme pour le sol et ses habitants. Il est donc important de limiter leur usage au strict nécessaire, en ne pulvérisant qu'au moment où les premiers symptômes apparaissent. Le cuivre est un produit de contact.
  3. Solutions alternatives naturelles: La bouillie bordelaise peut être remplacée par une solution à base de bicarbonate de soude, plus respectueuse de l'écosystème. Pour la préparer, mélangez 1 litre d'eau avec 1 cuillère à café de bicarbonate de soude alimentaire et 1 cuillère à soupe d'huile végétale ou de savon noir. Il est possible d'avoir recours aux purins d'ortie, de prêle, de consoude ou de fougère pour stimuler la défense des plantes et lutter contre le mildiou. Les purins, notamment ceux de prêle et d'ortie, sont surtout efficaces en lutte préventive contre le mildiou. L'utilisation de décoction de prêle en préventif dans les conditions favorables au développement du champignon (temps chaud et humide ou orageux) semble limiter les dégâts, bien que leur efficacité ne soit pas démontrée à ce jour.
  4. Produits biologiques: Des produits biologiques peuvent être utilisés pour limiter la propagation du mildiou et protéger les plantes non infectées. La plupart des produits phytosanitaires biologiques utilisés contre le mildiou contiennent des bactéries capables de combattre l'agent pathogène, comme par exemple des produits contenant Bacillus espèces de bactéries. Des substances naturelles peuvent également agir comme fongicides, par exemple les produits contenant du phosphite dipotassique ou de l'extrait d'arbre à thé.
  5. Protection phytosanitaire: Afin d'éviter de perdre le contrôle de l'épidémie, la protection phytosanitaire doit démarrer au plus tard dès 30 % de pommes de terre levées. Les traitements doivent alors être effectués à des cadences de 3-4 jours maximum en période défavorable, voire 3 jours en croissance très active si les conditions sont dites « poussantes ». Il est également important d'associer ou d'alterner les types de substances actives en intégrant les biosolutions (cuivre, phosphonate de potassium). Le phosphonate de potassium présente l'avantage d'être systémique. Son efficacité le rend intéressant en association avec des substances conventionnelles à doses modulées, même en situation de pression importante. L'utilisation d'adjuvants permet aux traitements de gagner en efficacité.

Résistance aux Fongicides

Malgré l'intensité des programmes fongicides utilisés chaque année contre le mildiou, la résistance de Phytophthora infestans reste encore limitée à une seule famille chimique : les phénylamides (metalaxyl, mefenoxam, benalaxyl, kiralaxyl). Détectée pour la première fois en 2018 à faible fréquence, cette souche a rapidement progressé. La résistance repose sur une mutation de cible, ce qui réduit l'affinité du pathogène pour le fongicide, rendant les traitements bien moins efficaces. La gestion du mildiou doit s'adapter à l'apparition de souches résistantes aux substances phytopharmaceutiques.

À ce jour, aucun isolat 43_A1 n'a été détecté sur le territoire français. Des tests de sensibilité aux CAA (Carboxylic Acid Amides) sont en cours, pilotés par ARVALIS en lien avec l'Université d'Aarhus (Danemark), afin d'anticiper tout risque. Il est recommandé de ne jamais effectuer d'applications consécutives d'un produit contenant la même matière active CAA.

Outils d'Aide à la Décision (OAD)

Les OAD calculent un indice de risque mildiou et déclenchent une alerte de traitement uniquement lorsque cela est nécessaire, selon des seuils techniques liés à la génétique de la variété cultivée. Ces outils aident les agriculteurs à prendre des décisions éclairées concernant les traitements, optimisant ainsi l'efficacité et réduisant l'utilisation inutile de produits phytosanitaires.

Schéma de fonctionnement d'un Outil d'Aide à la Décision pour le mildiou

Récolte et Stockage

Les lésions sur les tubercules peuvent apparaître au moment de la récolte ou au cours du stockage. En cas de fortes attaques et lors de fortes pluies, le champignon peut pénétrer dans le sol et progresser vers les tubercules, les contaminer et engendrer des pourritures brunes, notamment au cours de la conservation. Une bonne gestion post-récolte est donc essentielle pour minimiser les pertes.

En résumé, le mildiou de la pomme de terre est une maladie redoutable qui nécessite une vigilance constante et une stratégie de lutte intégrée combinant des mesures préventives rigoureuses, un suivi attentif des conditions météorologiques, l'utilisation de variétés résistantes et, si nécessaire, des traitements ciblés et raisonnés. L'objectif est de limiter les pertes de rendement et de qualité, tout en préservant l'équilibre écologique du sol et de l'environnement.

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