Le seringat, connu scientifiquement sous le nom de Philadelphus, est un arbuste incontournable des jardins tempérés, célébré pour sa floraison abondante et son parfum envoûtant. Appartenant à la famille des Hydrangéacées (ou Philadelphacées pour certains botanistes), ce genre comprend une quarantaine à une soixantaine d'espèces, toutes originaires des régions tempérées de l'hémisphère nord, s'étendant des collines rocailleuses de la Yougoslavie à la Chine, en passant par l'Amérique du Nord. Sa présence dans nos jardins remonte à très longtemps, et il est apprécié en montagne, à la campagne, en plaine ou en ville, soulignant son adaptabilité et son charme universel.

Un Parfum Inoubliable et une Floraison Généreuse
Le seringat mérite amplement son appellation de "jasmin des poètes", car il est assurément l'un des arbustes les plus parfumés du jardin. Son parfum, intense et profond, rappelle la fleur d'oranger et imprègne durablement les souvenirs des premières soirées de juin. Cette fragrance sucrée et fruitée embaume les jardins et les parcs durant la saison printanière. Les fleurs blanches s'épanouissent généralement en mai-juin, parfois jusqu'en juillet, à l'extrémité des pousses secondaires. Les formes simples portent cinq pétales et un généreux bouquet d'étamines jaunes au centre, offrant une touche d'irrésistible romantisme.
Il est à noter que certains seringats peuvent être non parfumés. Pour ceux qui privilégient le parfum, il est préférable de choisir des variétés à fleurs simples, qui sont généralement plus odorantes que celles à fleurs doubles. Par exemple, Philadelphus coronarius est intensément parfumé et particulièrement résistant à la sécheresse lorsqu'il s'agit de la forme d'origine non hybridée. En revanche, des espèces comme Philadelphus inodorus ou Philadelphus grandiflorus sont connues pour être peu odorantes ou inodores, malgré leurs belles et grandes fleurs ou leurs feuilles luisantes. Philadelphus laxus, qui mesure moins de 2 mètres, possède également des fleurs de 4 cm peu odorantes.
La couleur blanc pur des fleurs est parfois nuancée de pourpre à la base, ajoutant une subtilité esthétique. La floraison, bien que superbe, est plutôt brève. Pour prolonger l'intérêt visuel du massif, il est judicieux d'associer le seringat à des arbustes à floraison plus hâtive ou tardive, ou à feuillage persistant, qui prendront le relais esthétique.
Tailler un seringat
Histoire et Origines Botaniques
L'étymologie du mot "seringa" ou "seringat" remonte au latin des botanistes syringa (XVe siècle), dérivé du latin syringa signifiant "seringue". Ce nom fut donné à cet arbrisseau parce que son bois, vidé de la moelle, était utilisé par les enfants comme flûte ou seringue. Pierre Delaveau, dans son article "La métaphore dans la construction du vocabulaire médico-pharmaceutique", souligne que syringa a servi à qualifier divers organes creux et instruments médicaux, avant de se réfugier dans le vocabulaire des jardiniers.
Le nom générique Philadelphus, quant à lui, a une histoire fascinante. Selon Jean-Louis Moret, le nom serait dédié à Ptolémée Philadelphe, roi d'Égypte (décédé en 246 av. J.-C.). Le terme grec philadelphos signifie "qui aime ses frères", une allusion aux fleurs rapprochées en corymbe, mais aussi un hommage à ce roi qui, avec sa sœur Arsinoé II, institua un culte familial de mariages entre frères et sœurs au sein de la dynastie des Ptolémées.
Le Philadelphus inodorus fut découvert sur les rives du Mississippi par Robert Cavalier de la Salle et rapporté en France en 1681. Il fut aussitôt planté par Fagon dans le parc de Versailles, sur l'ordre express de Louis XIV. Le premier seringat hybride, Philadelphus x nivalis, fut créé en 1835 par le jardinier français Henri Antoine Jacques, chef jardinier du parc de Neuilly. C'est au pépiniériste nancéen Victor Lemoine (1823-1911) que l'on doit la création des plus beaux hybrides de seringats, dont le Philadelphus x lemoinei (en 1884), toujours très apprécié de nos jours pour son parfum intense. Ce groupe d'hybrides est issu du croisement de Philadelphus coronarius et Philadelphus microphyllus, avec des cultivars tels que 'Avalanche', 'Boule d'argent' et 'Fleur de Neige'.
D'autres espèces comme Philadelphus delavayi (découvert en 1881), P. incanus (en 1895) et P. purpurascens (en 1904) furent découvertes à la fin du XIXe siècle par des botanistes missionnaires, bien qu'elles restent moins répandues dans nos jardins. Philadelphus incanus est d'ailleurs l'espèce qui fleurit le plus tardivement, à partir de fin juin, et produit d'assez grandes fleurs. Enfin, Philadelphus mexicanus est un seringat persistant originaire du Mexique et du Guatemala, et de ce fait, peu rustique.
Symbolisme dans le Langage des Fleurs
Dans le langage des fleurs, le seringat est profondément lié à la mémoire. Son parfum très persistant dont on se souvient longtemps en fait le symbole de la mémoire. Il est aussi très souvent associé à l'amour fraternel. Madame Goyet, dans son ouvrage "Le bouquet du sentiment, ou, Allégorie des plantes et des couleurs" (1816), présente le message du seringat odorant comme l'amour fraternel, soulignant que son nom générique philadelphus signifie "aimant son frère".
Jules Lachaume, dans "Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes…" (1847), établit également cette correspondance : "Seringa des jardins - Amour fraternel. Cette plante fut consacrée à un roi d’Égypte en récompense de son grand amour pour son frère : d’où cette espèce s’appelle seringa philadelphus." L'abbé Casimir Magnat, dans son "Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs" (1855), propose une interprétation catholique, associant le seringat à l'amour fraternel en citant l'Épître de Jean : "Celui qui aime son frère demeure dans la lumière…".
Pierre Zaccone, dans son "Nouveau langage des fleurs…" (1856), décrit le seringat comme l'amour fraternel, ajoutant que Linné comparait à des frères les étamines réunies à leur base. Emma Faucon, dans "Le Langage des fleurs" (1860), s'inspire de ses prédécesseurs pour associer le seringat au sentiment "Mon cœur est pénétré de vos bontés".
Cependant, la littérature peut parfois teinter le symbolisme d'une nuance plus complexe. Robert Desnos, dans "Le Seringa" de "Chantefables et Chantefleurs" (1952), joue avec les sonorités et les associations sans s'attarder sur un symbolisme profond. Plus intrigant, Thanh-Vân Ton-That, dans "Faune et flore proustiennes : métaphores et métamorphoses dans Sodome et Gomorrhe" (2000), explore comment la fleur odorante peut détourner l'attention et masquer la faute. Le seringat y est même qualifié de "pervers" en rappelant le réséda au symbolisme inquiétant, suggérant qu'une fleur peut cacher et se nourrir d'un cadavre. Dans une scène de "Albertine disparue", le narrateur et Andrée feignent de craindre l'odeur du seringat qu'ils adorent, utilisant l'arbuste pour cacher leur trouble.
Culture et Entretien du Seringat
Le seringat est un arbuste très accommodant, donnant d'excellents résultats dans tous les jardins et en toutes régions. Il s'adapte à tous les types de terre, y compris pauvres et calcaires, bien qu'il préfère un sol humifère pour de meilleurs résultats. Il est très rustique au froid, supportant sans mal des températures allant jusqu'à -25 °C, et tolère également la chaleur et les maladies.
Plantation
La période favorable pour la plantation des seringats est durant la dormance de l'arbuste, c'est-à-dire d'octobre à février. Cela permet aux jeunes plants de s'installer confortablement et de fleurir dès la première année. Si un sujet fleuri est acheté en conteneur, il est conseillé d'attendre la fin de l'épanouissement avant de le mettre en pleine terre. Pour les plantations printanières, un arrosage régulier est essentiel le premier été pour un bon enracinement.
Le seringat apprécie une exposition ensoleillée ou à mi-ombre. En plein soleil, la floraison sera optimale et le feuillage pourra prendre une magnifique teinte dorée en automne. Cependant, il est important de ne pas le placer en plein soleil brûlant, car il pourrait "griller" ses fleurs délicates. À l'ombre, il fleurit peu ou pas du tout. Dans un petit jardin, planter le seringat près de la maison permet de profiter au mieux de son parfum de fleur d'oranger.
Arrosage et Fertilisation
Le seringat supporte mal les terres sèches, particulièrement en été. Un arrosage régulier est donc nécessaire pour maintenir l'humidité du sol, sans pour autant inonder la plante car il craint l'excès d'eau. Pour les sujets en conteneur, un arrosage régulier et un apport d'engrais toutes les trois semaines, de la fin du printemps à la fin de l'été, sont recommandés.
Si un apport d'engrais est nécessaire, il doit être adapté : riche en phosphore pour favoriser la floraison, et plutôt pauvre en azote, qui peut inhiber la floraison au profit d'un feuillage luxuriant. Un sol trop riche en azote, notamment à cause d'une pelouse fertilisée régulièrement, peut entraîner une floraison moins abondante. Après la floraison, un engrais riche en magnésium et en potasse est bénéfique. Pour les seringats plantés en pleine terre, les apports d'engrais ou de compost peuvent se faire principalement au printemps, mais ne sont pas toujours obligatoires.
Taille
La taille du seringat est cruciale pour conserver une silhouette compacte et harmonieuse, ainsi que pour stimuler la floraison. Une première taille peut être effectuée à la plantation pour favoriser la ramification. Ensuite, il est recommandé de laisser l'arbuste tranquille pendant trois ans pour qu'il s'installe.
Pour un seringat adulte, la taille se fait après la floraison. Il n'est pas nécessaire d'intervenir chaque année pour les jeunes sujets. Tous les deux ans, au début de l'été, supprimez un quart des tiges âgées de plus de trois ans. Taillez également à 10 cm de leur point de départ toutes les branches ayant fleuri. N'hésitez pas à raccourcir sévèrement les branches qui ont fleuri : cela stimulera la floraison suivante et maintiendra une forme compacte à l'arbuste. Une absence de taille ou une taille au mauvais moment (avant la floraison, puisque les fleurs se développent sur les branches produites l'année antérieure) peut compromettre la floraison.
Multiplication
La multiplication du seringat peut se faire par bouturage. La méthode préférée des professionnels est la bouture herbacée, réalisée en juin et juillet, en serre à l'étouffée. Pour les amateurs de jardinage, les boutures ligneuses ou "à bois sec" sont plus faciles à réaliser, entre novembre et février, pendant le repos végétatif de la plante. Les boutures peuvent être repiquées en hiver à l'abri des vents froids et secs, dans un mélange de terre de jardin et de sable de rivière. L'utilisation d'une hormone de bouturage peut maximiser l'efficacité.
Utilisation au Jardin
Le seringat, grâce à la diversité de ses formes et tailles (de 1 à 5 mètres de haut selon les variétés), est facile à placer dans différents contextes paysagers.
En Haie et en Massif
Le Philadelphus est irremplaçable pour une haie fleurie. Il peut être intégré dans une haie libre, notamment une haie bocagère, aux côtés d'autres arbustes à floraison printanière tels que le forsythia, le groseillier à fleurs, la spirée, le Deutzia, le corête du Japon, le Weigela, ou le lilas. Pour mettre en valeur sa floraison, il est bon de l'associer à des espèces à feuillage persistant, car les fleurs ressortiront mieux sur un fond de verdure que sur un arrière-plan de ciel. On peut également jouer avec des arbustes à floraison printanière et le noisetier pourpre pour des contrastes intéressants.
En massif, sa floraison blanche ressort superbement près d'hémérocalles colorées et d'œillets mignardises. Pour un aspect plus sauvage, l'association avec des graminées et des rosiers paysagers est parfaite. Pour les grands seringats, l'accompagnement d'une clématite à grandes fleurs peut créer un ensemble d'une grande élégance. Pour la décoration estivale et pour masquer le dégarnissement de la base de l'arbuste, on peut planter au pied des seringats des potentilles, des asters ou des marguerites d'automne.
En Isolé et en Pot
Le seringat peut être planté en isolé, surtout si ses rameaux ont tendance à retomber, lui donnant un port pleureur. Une variété comme 'Aureus' aux feuilles dorées est particulièrement attrayante dans cette configuration.
Pour les petits jardins, les balcons et les terrasses, le seringat peut être cultivé en pot ou en bac (d'au moins 30-40 cm de profondeur). Des variétés à port compact comme 'Belle Étoile' (1,50 m de haut) ou 'Manteau d'Hermine' (1 m de haut, aux branches arquées) sont idéales pour cette utilisation. En pot, il est conseillé d'utiliser un bon terreau de plantation mélangé à de la terre de jardin et de choisir un endroit lumineux. Un arrosage deux fois par semaine en été est nécessaire. On peut également y faire grimper une clématite dont la couleur violette contrastera joliment avec la blancheur des fleurs du seringat.
Maladies et Ravageurs
Le seringat est généralement un arbuste robuste et peu sujet aux maladies. Hormis quelques taches sans gravité et d'éventuels chapelets de pucerons, les seringats sont rarement malades. Cependant, il est possible qu'il soit touché par l'oïdium.
Le principal ennemi du seringat sont les pucerons. Pour lutter contre ces insectes, plusieurs solutions simples peuvent être mises en œuvre dès l'apparition des premiers individus. L'exposition de l'arbuste à la fraîcheur peut aider. La pulvérisation d'eau savonneuse ou d'un mélange d'eau et d'huile d'olive est une solution naturelle qui peut également nourrir la plante. Si ces traitements ne sont pas suffisants, des insecticides spécifiques anti-pucerons peuvent être utilisés.
Variétés Notables et Caractéristiques
Le genre Philadelphus offre une grande diversité de tailles et de ports. Parmi les espèces et cultivars les plus connus, on retrouve :
- Philadelphus coronarius : C'est le seringat des jardins par excellence, très commun et remarquable pour ses fleurs simples réunies en grappes, particulièrement parfumées. C'est une plante vivace rustique et très appréciée.
- Philadelphus inodorus ou Philadelphus grandiflorus : Ces espèces botaniques américaines sont réputées pour leurs grandes fleurs et leurs belles grandes feuilles luisantes, mais elles sont peu odorantes ou inodores.
- Philadelphus x purpureomaculatus : Un seringat hybride souvent proposé en cultivar 'Belle Étoile'. Ce cultivar est superbe, avec de nombreuses fleurs simples à cœur rouge, très parfumées, et une hauteur de 1,50 m, le rendant adapté à la culture en pot.
- Philadelphus x lemoinei : Un groupe d'hybrides très parfumés, issus du croisement de Philadelphus coronarius et Philadelphus microphyllus. Des cultivars comme 'Avalanche', 'Boule d'argent' et 'Fleur de Neige' en sont des exemples.
- Philadelphus laxus : Atteignant moins de 2 mètres, il se caractérise par des fleurs de 4 cm peu odorantes.
- Philadelphus mexicanus : Un seringat persistant originaire du Mexique et du Guatemala, ce qui le rend peu rustique dans les climats tempérés froids.
- Philadelphus incanus : Cette espèce fleurit tardivement, à partir de fin juin, et produit d'assez grandes fleurs.
- Philadelphus 'Manteau d'Hermine' : Un seringat de 1 mètre de haut au port compact et aux branches arquées, idéal pour la culture en pot.
- Philadelphus coronarius 'Aureus' : Une variété aux feuilles dorées qui apporte une touche lumineuse au jardin.
- Philadelphus virginalis 'Minnesota Snowflake' : Une autre variété intéressante, souvent associée à des géraniums pour faire ressortir la pureté de sa floraison.

La croissance du seringat est variable : comptez environ 10 cm par an pour les variétés les plus trapues et de 30 à 40 cm par an pour les grands seringats. Comme la plupart des plantes ligneuses, le seringat est doté d'une longévité de plusieurs dizaines d'années, bien qu'il vieillisse parfois mal, mais sans présenter d'inconvénients majeurs même âgé. Le seringat émet de jeunes tiges depuis la souche, assurant son renouvellement.