
Le jardinage naturel est une pratique de plus en plus prisée, contribuant à l'enrichissement des sols et à la réduction des déchets. Chaque habitant du Centre Yonne, par exemple, produit en moyenne 80 kg de déchets verts par an, une ressource précieuse qui peut être valorisée directement dans le jardin. Le paillage, cette technique consistant à recouvrir le sol de matériaux organiques ou minéraux, s'inscrit parfaitement dans cette démarche. Il permet de reproduire le processus naturel observé dans les forêts, où les feuilles mortes se décomposent lentement pour former l'humus, qui nourrit les plantes et protège la terre. Cependant, l'utilisation de certains matériaux, comme le thuya, soulève des questions spécifiques, notamment en ce qui concerne le paillage des framboisiers. Cet article explore les propriétés du thuya en tant que paillis, ses implications pour les framboisiers et le sol, et propose des solutions alternatives pour un jardinage durable et efficace.
Les Principes Fondamentaux du Paillage au Jardin
Dans la nature, le sol n’est jamais à nu : dans la forêt, les feuilles des arbres viennent peu à peu le recouvrir. Cette couche de feuilles protège la terre, maintient son humidité et se décompose lentement pour former l’humus qui nourrit les plantes. De façon similaire, il est important de ne pas laisser le sol à nu au jardin. Cette pratique est essentielle pour la santé du sol et des plantes, offrant de nombreux avantages.
Les Bienfaits du Paillage
Le paillage offre une multitude de bénéfices pour le jardinier et ses cultures. Il aide à conserver l’humidité du sol, réduisant ainsi les besoins en arrosage, un avantage non négligeable lors des périodes de canicules et de sécheresse. Un sol paillé est durablement et constamment alimenté en humus supplémentaire, ce qui améliore sa fertilité et sa structure. La couche de terre supérieure humifère est également mieux protégée contre l’oxydation, et l'érosion par le vent ou la pluie est significativement diminuée.
L'un des avantages les plus cités est l'inhibition des mauvaises herbes. La couche de paillis agit comme une barrière physique, empêchant la lumière d'atteindre le sol et, par conséquent, la germination et la croissance des adventices. Ceci est particulièrement utile pour les jardiniers souvent en déplacement qui ne peuvent pas désherber régulièrement. Le paillage permet aussi de réguler les écarts de température du sol, protégeant les racines des plantes des variations extrêmes. En optimisant la santé de vos plants, il contribue à des récoltes plus abondantes et de meilleure qualité.
Matériaux de Paillage Courants et Leurs Utilisations
Il est possible de pailler avec de nombreux éléments, d’origine végétale ou minérale. Parmi les matériaux végétaux, on trouve le broyat de branches, les feuilles mortes, la tonte de gazon, l'écorce de pin, la paille, le foin, les cannes de bambous ou le bois décomposé. Les matériaux minéraux comme l'ardoise peuvent également être utilisés.
Pour un paillis nutritif et facile à obtenir, les produits issus des tontes ou des tailles constituent un amendement naturel de qualité. Laissez au sol les feuilles mortes des arbres et rajoutez des feuilles que vous aurez ratissées pour que le paillis soit plus épais. Pour ce type d’utilisation, il est préférable d’opter pour des petites feuilles (saule, chêne) ou de broyer les feuilles plus grandes avec une tondeuse. Ce broyat très nutritif convient pour les haies, les arbustes, les rosiers et les cultures longues du potager.
La tonte de gazon, quant à elle, doit être utilisée avec précaution. Il est conseillé de plutôt utiliser de la tonte sèche (en la faisant sécher quelques jours au soleil) afin d’éviter la formation d’herbes agglomérées et putrides dans le paillis. Une fois l’herbe séchée, vous pouvez pailler tous types de plantes, avec une épaisseur de 5 cm environ. Avec une tondeuse mulching, il est possible de laisser la tonte broyée finement au sol, ce qui permet d’apporter des éléments nutritifs directement. Cette pratique est également possible avec une tondeuse classique, mais seulement pour les tontes assez courtes.

Le Thuja en Paillage : Caractéristiques et Impacts sur le Sol
La question de l'utilisation des broyats de thuya comme paillis revient souvent, notamment lorsqu'il s'agit de valoriser des déchets de taille. Un voisin qui supprime toute sa haie de thuyas pourrait par exemple souhaiter les récupérer, les broyer et s’en servir comme paillis. Mais est-ce une bonne idée, surtout sur une terre argileuse et pour des plantes aux besoins variés ?
Le Thuja, un Matériau Acide
Comme tous les conifères, le thuya est un matériau acide. Ainsi, son utilisation comme paillage au jardin aura pour conséquence d’acidifier le sol. Bien que certains affirment sur le web que cet effet est négligeable ou non avéré, des expérimentations tendent à démontrer le contraire. L'acidification du sol peut avoir des conséquences importantes sur la disponibilité des nutriments et la santé des plantes, en particulier celles qui préfèrent des sols neutres ou alcalins.
Le broyat de branches de thuya et de cyprès peut être efficace pour éviter la pousse d’herbes indésirables entre les plantes. Cependant, il faut être conscient de son impact sur le pH du sol. Les aiguilles de pin ou de sapin sont coriaces, mais leur faible diamètre les rend accessibles à la dégradation assez rapidement (1 à 2 ans) lorsqu'elles sont utilisées hors de leur sous-bois d'origine, et leur effet paillage est plus résilient. Cependant, ces essences sont également riches en résine, ce qui renforce leur caractère acidifiant.
Effets sur les Plantes et le Sol
Utiliser un paillis composé à 100% de thuyas sur une terre argileuse, comme dans le cas d'une haie composée d'azalées, rhododendrons, hortensias, érables, framboisiers, etc., risque de déstabiliser le sol et d'affecter la croissance des plantes. Les azalées et rhododendrons, par exemple, apprécient les sols acides, et pourraient donc bien tolérer un tel paillis. En revanche, d'autres plantes de la haie, comme les framboisiers, pourraient souffrir d'un sol trop acide ou d'autres effets indésirables liés aux composés du thuya.
Les composts et copeaux d’écorces, y compris ceux de conifères, ont aussi un effet herbicide grâce à leurs tanins (phénols). Cet effet peut agir aussi bien sur les mauvaises herbes que sur les plantes cultivées, ce qui pourrait être préjudiciable aux jeunes plantations.
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Le Paillage des Framboisiers : Un Débat Controversé
Le paillage des framboisiers est un sujet qui suscite de vifs débats parmi les jardiniers. Si les avantages généraux du paillage sont indéniables, son application aux framboisiers est loin de faire l'unanimité, certains allant même jusqu'à le déconseiller fortement.
Pourquoi le Paillage des Framboisiers est Souvent Déconseillé
Malgré la bonne presse du paillage en général, certains jardiniers estiment que le paillage endommage les framboisiers. Les raisons de cette mise en garde sont multiples.
Premièrement, l’obstacle physique de la couche de paillage en elle-même, la « couverture », ne doit pas être sous-estimé et peut empêcher la croissance de nombreuses cannes de framboisiers. Les framboisiers ont en effet tendance à drageonner, et un paillis trop épais peut étouffer ces jeunes pousses, limitant ainsi le renouvellement de la plante et sa production.
Deuxièmement, le processus de décomposition du matériau de couverture lie fortement l’azote, qui fait alors défaut à la plante. Cela peut entraîner une couleur souvent jaune des feuilles après le recours à un paillage intense, signe d'une carence en azote. Cependant, il est important de noter que les framboisiers sont des plantes ancrées profondément dans le sol, avec des racines éloignées de la surface, sauf pour une partie assez superficielle. Cela les rendrait moins sensibles à cette "faim d'azote" qui a généralement lieu sur les premiers centimètres du sol.
Enfin, et c'est le point le plus critique, la couche de paillage sert d’isolant : il y fait beaucoup plus frais dessous et aussi plus humide, si ce n’est même mouillé. Et ce sont précisément les conditions appréciées par le principal ennemi des framboisiers, le Phytophthora, un champignon mycorhizien. Ce champignon est stimulé par le paillage, qui anticipe largement sa saison hivernale à l’automne et en fin d’été, et l’avance au printemps. En pesant les avantages et inconvénients du paillage, la balance penche nettement en la défaveur de celui-ci en ce qui concerne les framboisiers : une mesure culturale aux conséquences potentiellement létales ne peut pas être recommandée en toute bonne foi.

Alternatives et Bonnes Pratiques pour les Framboisiers
Si le paillage des framboisiers est fortement déconseillé, des solutions existent pour entretenir ces petits fruits sans les abîmer. La première et la plus cruciale est le désherbage. Quiconque souhaite faire du bien à ses framboisiers doit avant tout désherber, surtout durant la première année de plantation où les jeunes plantes sont encore fragiles et facilement étouffées par les herbes indésirables.
Pour un apport nutritif sans les inconvénients du paillage épais, il est possible de déposer au printemps un peu de compost de déchets verts bien fermenté au pied des plants. Cependant, il ne faut pas en mettre une couche de 5 ou 10 cm d’épaisseur, mais juste un léger saupoudrage de 1 à 2 cm. Une fois déposé, il est bénéfique d'enfouir légèrement le compost par binage. Il ne faut pas craindre ici d’abîmer les racines des framboisiers : certes, cela arrive, mais l’effet provoqué est de stimuler plus fortement les yeux dormants des racines et donc de provoquer un véritable « festival de cannes ». Outre l’apport de nutriments, le compost déposé présente l’avantage de comporter souvent des champignons antagonistes, à même de contenir le Phytophthora.
Enfin, pour un substitut symbolique au paillage qui soutient la biodiversité, lors de la taille des framboisiers remontants fin février ou début mars, toutes les tiges sont en principe rabattues au ras du sol ou à 5 cm de hauteur. Si les plants de framboisiers sont en bonne santé, laisser au sol quelques cannes dans la rangée peut donner une chance de survie à la faune résidente et bien équilibrée des framboisiers, ainsi qu’aux auxiliaires.
Conseils Spécifiques pour la Culture des Framboisiers
Les framboisiers, cassis, groseilles, fraises… sont des petits fruits adorés qui méritent une attention particulière pour garantir des récoltes savoureuses et abondantes.
Choix du Terrain et Plantation
Les framboisiers aiment les sols humides mais ne supportent pas les terrains lourds et asphyxiants. Un sol hydromorphe est la seule justification objective de l'utilité réelle d'une butte à nos latitudes. Ils préfèrent les sols riches en matières organiques, type bonne terre de potager, et craignent les atmosphères sèches et les fortes chaleurs estivales.
La plantation se fait dès la mi-novembre ou plus tôt en région froide (avant les gelées) pour que les arbustes s’enracinent rapidement. Pour les plants en conteneur, il faut les tremper puis installer la motte jusqu’au niveau de la terre. Pour les racines nues, il convient de nettoyer les extrémités des racines abîmées, de les praliner (enrober d'une boue protectrice), et de les installer. Arroser abondamment, même s’il pleut, est crucial pour que la terre colle aux racines.
Prévoyez des distances suffisantes entre les plants, généralement 50 cm. Un long rang réclame un solide palissage avec des piquets (H. 2 m) tous les 5 m. Tendez 2 fils de fer entre les piquets, le premier à 80 cm du sol, l’autre à 1,60 m, pour soutenir les futures cannes fructifères.
Taille et Entretien
La taille dépend du type de framboisier. Pour les framboisiers non remontants, qui fructifient une seule fois par an en été, il faut tailler les cannes sèches qui ont produit en été au ras du sol. Conservez 6 à 8 cannes sur 1 m de rang, et supprimez celles en surnombre pour favoriser la production de l'année suivante.
Pour les framboisiers remontants, qui produisent deux fois par an (une première fois en été sur les cannes de l’année précédente et une seconde fois en automne sur les cannes de l’année), la taille est simplifiée. En hiver, rabattez toutes les cannes au ras de terre ou à 5 cm de hauteur. Cela permettra d'obtenir une récolte abondante et de concentrer l'énergie de la plante sur la production de nouvelles cannes fructifères. Chaque canne remontante produira environ 100 g de framboises.
Arrosage et Autres Soins
Assurez un bon approvisionnement en eau durant les périodes de production, en particulier si vous faites face à des épisodes de canicules et de sécheresse. Un framboisier aime les sols humides mais n'est pas une plante aquatique ; un excès d’humidité sous une bâche plastique, par exemple, peut lui être néfaste.
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