Les "Ballons" en Horticulture : Exploration d'un Terme aux Multiples Facettes

L'horticulture, domaine de la culture des jardins, des fruits, des légumes et des fleurs, regorge de termes évocateurs. Parmi eux, le mot "ballon" peut intriguer, car il renvoie à plusieurs réalités distinctes, qu'il s'agisse de la forme de certaines fleurs, de fruits ou même de techniques de protection des cultures. Cette exploration vise à démystifier le concept de "ballons" en horticulture, en puisant dans l'histoire, la botanique et les pratiques contemporaines.

Illustration d'un ballon de fleur avant éclosion

Une Histoire Profonde : La Société d'Horticulture et d'Histoire Naturelle de l'Hérault (SHHNH)

Avant d'aborder les "ballons" spécifiques, il est instructif de se plonger dans l'histoire des sociétés qui ont façonné le paysage horticole. La Société d'Horticulture et d'Histoire Naturelle de l'Hérault (SHHNH), par exemple, offre un aperçu de la longévité et de l'évolution du partage des connaissances dans ce domaine. Déclarée dans le cadre de la loi de 1901 le 19 novembre 1903 (J.O. du 19. 01. 1904), la SHHNH a été reconnue d’utilité publique en 1933 (J.O. du 17. 06. 1933). Ses racines sont encore plus anciennes, avec une séance présidée par J. É. Planchon le 15 décembre 1868.

Au cours de cette longue histoire, les hommes, les statuts et les structures de la SHHNH ont évolué, mais une même volonté de partage entre professionnels, enseignants et amateurs a été pérennisée à toutes les époques. Trois guerres ont jalonné le parcours de l'association, laissant à chaque fois des traces difficiles à surmonter. Néanmoins, après 1920, l’ère des « jardins d’essais » a marqué un âge d’or avec plus de 1400 membres et des distributions considérables de plantes, comme 15 000 fruitiers et 1 000 000 de plants maraîchers par exemple. La Seconde Guerre mondiale et l’urbanisation ont interrompu cette période faste et entraîné une profonde métamorphose de l'association.

Ce site restructuré de la SHHNH est l’occasion de faire une place plus grande à l’histoire de l’association et, à travers elle, à certains aspects de l’histoire locale. Bien que les archives de l’association soient riches de documents, la SHHNH sollicite toutes les personnes qui détiendraient des éléments spécifiques tels que photographies, médailles ou diplômes pour porter ces témoignages à sa connaissance.

En cent cinquante ans, la SHHNH a connu 23 présidents très différents par leur origine, leur formation et leur parcours professionnel, mais tous animés du même esprit d’ouverture affirmé lors de la création de l’association. La durée de leur(s) mandat(s) a été très variable, de 3 mois pour J. É. Planchon (décédé prématurément) à 21 ans pour P. F. Lhérault. Dix autres présidents ont cumulé 5 ans ou plus de présidence : Napoléon Doumet-Adanson (19 ans), Hervé Harant (17 ans), Jean Aymard (12 ans), Émile Doumet (1er président, 10 ans), Gustave Massol (9 ans), Félix Sahut, Géo Coste, R. de Charrin (7 ans), G. Kunholtz-Lordat (6 ans) et L. Ravaz.

Parmi ces présidents, certains sont des personnalités très connues pour leurs travaux décisifs ou leur rôle essentiel dans les institutions locales ou nationales, comme É. Doumet, J. É. Planchon, F. Sahut, L. Ravaz, Ch. Flahault et H. Harant, pour ne citer que les plus en vue. D’autres, moins ou peu connus, y ont été conduits, au 19e siècle ou dans la première partie du 20e, par leur passion pour l’horticulture, comme J. Aymard, horticulteur de très grand renom, ou L. Mandon, R. de Charrin, propriétaires terriens, ou des militaires aux jardins réputés comme les commandants Guéry et Barthélémy. D’autres encore y ont été conduits par leur dévouement à l’association, leurs compétences d’administrateur, souvent dans des périodes de transition.

Les défis auxquels la SHHNH a été confrontée incluent les trois guerres qu’elle a traversées, l’évolution au fil des années de l’horticulture pure (avec notamment la période faste de 1920 à 1930 des jardins d’essais de Montpellier et Bédarieux vers une vision plus naturaliste, avec la création de sections spécifiques), et des évolutions brutales telles que la disparition des jardins et l’urbanisation du site montpelliérain.

Les présidents disparus mis en lumière n’ont pu contribuer au renom de l’association que grâce au dévouement et au travail considérable réalisé par des membres du Conseil à des positions diverses. Les trésoriers et secrétaires généraux qui se sont succédé ont représenté et représentent encore une force vive sur laquelle repose l’efficacité et la continuité. On ne peut les citer tous, mais un nom est exemplaire, celui de Paul Hamelin (1871 - 1953), tour à tour trésorier, secrétaire, secrétaire général et trésorier durant plus de 50 ans, sans jamais rechercher une position plus en vue ou plus valorisante. Il organisa personnellement de nombreux concours, expositions ou excursions. Avec le président Massol, il rédigea un épisode de l’histoire de la SHHNH pour les 75 ans de l’association. Des monographies de présidents, comme la galerie des présidents disparus par Claude Lafille (nouvelle version du 04/03/2022), existent. Les monographies du Commandant Guery, du commandant Barthélémy et de Georges Coste ont été complétées le 15/01/2020, suite aux recherches dans les archives effectuées par Jean-Paul Marger. Une galerie de portraits de la SHHNH présente les présidents et d'autres personnalités historiques. Les adhérents de 1860 à 1940 sont également documentés grâce aux explications de l'archiviste Jean-Paul Marger et à sa base de données des anciens adhérents.

Photo ancienne des membres de la SHHNH lors d'une exposition

Le "Ballon" Botanique : Fleurs et Fruits Inattendus

En botanique, le terme "ballon" est souvent utilisé de manière descriptive pour caractériser la forme de certains bourgeons floraux avant leur éclosion, ou de certains fruits.

Des Fleurs en Forme de Ballons

Certaines plantes vivaces, fines et légères, forment des touffes dressées très florifères en été. Leurs boutons forment de gros ballons avant de donner naissance à de très grandes fleurs étoilées, de 6 cm de diamètre, ouvertes en coupe, rappelant les Campanules. Elles trouvent leur place toute particulière dans les massifs ensoleillés et constituent de jolis bouquets. Rustiques, elles se plaisent dans un sol léger, riche et profond et elles supportent le calcaire. Ces fleurs sont disponibles en mélange de coloris dans les tons bleus, roses et blancs. Voici une superbe plante à découvrir absolument, d’autant qu’elle peut être proposée à un prix découverte exceptionnel. Ces "ballons" avant éclosion ajoutent un élément d'étonnement et de curiosité dans le jardin.

Illustration d'une plante aux boutons floraux en forme de ballon

Le Groseillier à Maquereaux, un "Ballon" Fruitier

Un autre exemple de "ballon" dans le monde végétal est le groseillier à maquereaux, aussi parfois appelé "Ballon". Ce fruitier produit au début de l'été des baies isolées et non pas en grappes comme les autres groseilliers. Ses fruits, gros comme des petites prunes, sont de bonne qualité gustative : plus sucrés et plus doux que les groseilles. Le groseillier à maquereaux est présent en Europe septentrionale depuis au moins le XVIe siècle. De vigueur moyenne, assez touffu, au port plutôt étalé, le groseillier à maquereaux est un buisson épineux dont les branches peuvent aussi être conduites palissées. Cette appellation de "ballon" pour ce fruit reflète sa forme ronde et pleine, le distinguant d'autres variétés de groseilles.

Photo de groseilles à maquereaux sur leur arbuste

Les Ballons de Protection et d'Animation : Un Usage Moderne et Contextuel

Au-delà de la botanique pure, le terme "ballon" peut également désigner des structures ou des usages liés à l'horticulture et à des événements, bien que cela soit moins direct.

Structures de Ballons pour Événements Horticoles

Bien que les lâchers de ballons ne soient pas souhaités pour des raisons de législation et de protection de l’environnement, des structures de ballons peuvent être réalisées pour des animations. Par exemple, il est possible de réaliser des arches, des guirlandes, des hélices ADN, des chromosomes géants, etc., avec des ballons. Ces créations peuvent trouver leur place dans des salons horticoles, des expositions florales ou des événements éducatifs pour illustrer des concepts botaniques de manière ludique et visuelle. Cela offre une manière créative d'utiliser des ballons sans les relâcher dans la nature, respectant ainsi les préoccupations environnementales.

Comment fabriquer une arche de ballons sans support | Tutoriel sur l'arche de ballons

La Lutte Anti-Grêle et les Ballons

Dans un contexte de protection des cultures, l'idée de "ballons" peut être associée à des méthodes pour contrer les intempéries. Autrefois, on utilisait des fusées chargées de sels pour tenter de prévenir la grêle. Dans un passé encore plus lointain, on faisait sonner les cloches des églises ou on priait Saint-Vincent, patron des vignerons. Aujourd'hui, des systèmes plus sophistiqués existent, comme celui mis en place dans la viticulture française. Dès qu'un orage est détecté par un radar, implanté par la société Selerys en un point stratégique sur la rive opposée du Rhône, les vignerons sont prévenus par texto ou courriel 30 minutes avant son arrivée. Les "tireurs" sont d'astreinte par roulement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Un vigneron du domaine Grangier témoigne : "Ici, nous sommes au carrefour de quatre départements. Notre système de protection couvre 2 800 hectares dont 900 hectares de vignes, avec ses appellations Saint-Joseph, Condrieu, Côte-Rôtie et une partie de Vitis Vienna." Chaque tir revient à 380 euros. "C'est un très gros investissement", reconnaît Michaël Gerin, "mais c'est efficace. Et comparé aux préjudices causés par la grêle sur un vignoble comme le nôtre, il ne fallait pas hésiter." Des exemples récents de dégâts causés par la grêle, comme les plus de 7 000 hectares gravement endommagés dans le vignoble bordelais et 10 000 à Cognac, soulignent l'importance de ces systèmes. Bien que ces systèmes n'utilisent pas directement de "ballons", le concept de protection atmosphérique peut faire écho à l'idée d'une intervention aérienne.

La Biodiversité, une Ressource Précieuse pour la Filière des Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales (PPAM)

La filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) en France, bien que de petite taille, connaît une attractivité indéniable et une croissance régulière. En plus des plantes cueillies, les surfaces cultivées progressent : 32 000 hectares en 2010, 48 000 ha en 2015, et 53 240 ha en 2018 (FranceAgriMer, 2018). Cette filière s’avère particulièrement intéressante pour être questionnée en termes de biodiversité à l’interface cueillette-culture.

La biodiversité est comprise au sens de la définition proposée par la Convention sur la Diversité Biologique (ONU, 1992), c’est-à-dire « la variabilité des organismes vivants de toute origine […] cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ». Elle s’est progressivement élargie vers la biodiversité culturelle. En effet, dès 2002, l’UNESCO, dans l’article 1er de sa Déclaration Universelle pour la Diversité Culturelle (DUDC), affirme que « la diversité culturelle est pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant » (UNESCO, 2002, Article 1er). Le terme de biodiversité culturelle est apparu officiellement en 2010 dans la Convention de la Biodiversité culturelle (UNESCO, 2010).

La filière PPAM illustre tous les aspects de la notion de biodiversité. À titre d’exemple, en France, 110 à 120 plantes sont recensées en culture, et certaines coopératives de cueillette ont plus de 600 plantes en référence. La liste des espèces potentiellement cueillies et cultivées peut s’allonger selon les résultats des travaux des botanistes et des phyto-chimistes. En outre, la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales se définit par l’usage. Les parfums, les aromatiques et les médicinales ne sont que les avals simplifiés d’une filière « inclassable » tant la diversité de plantes (espèces et chémotypes), de parties utilisées (racine, sommités fleuries, plantes entières) et de transformations (sommaires comme le séchage ou élaborées comme le CO2 supercritique) propose des applications pour des secteurs multiples, de la chimie fine à l’alimentation. Elle illustre parfaitement une définition de la ressource en géographie comme étant le produit d’une interaction en vue d’un usage : « Toute matière est évidemment caractérisée par des propriétés dont la mise en évidence dépendra du rapport que les hommes entretiendront avec elle » (Raffestin, 1980). L’usage et le type de transformation pour l’usage sont le propre de la biodiversité culturelle, car l’espèce biologique sort de son écosystème pour être contextualisée dans une sphère spatiale liée à la société.

L’essor de cette filière est aujourd’hui fortement lié à une demande croissante en produits « naturels », notamment en réaction à de nombreux scandales et questionnements dans le monde du médicament, de la cosmétique et de l’alimentation. Alors que cet essor commercial exerce une pression forte sur la ressource, la question se pose de savoir comment préserver et gérer la biodiversité qui caractérise la filière.

Nous proposons d’abord de préciser en quoi la biodiversité est considérée ici comme une ressource et en quoi cela peut poser problème. Ensuite, nous évoquerons, à partir du témoignage d’Alban Saunier, producteur en Ardèche, différents modes de gestion de la biodiversité des PPAM, avant de conclure sur les acteurs mobilisés dans les processus en jeu au sein de cette filière, en nous limitant à la situation de la France métropolitaine.

La Diversité Sauvage comme Ressource : De l'Échelle Locale à l'Échelle Mondiale

Historiquement, les plantes accompagnent l’homme depuis la préhistoire pour des usages très variés selon les sociétés, entre « l’utilitaire et l’esthétique » (Lieutaghi, 1998) : médicinal, alimentaire, parfum, artisanat (textile, teinture), sacré.

Avant d’aborder les logiques commerciales des filières, il est important de préciser que la biodiversité végétale des espèces à usages de PPAM est d’abord une ressource non marchande pour une large part de la population mondiale. Si l’on considère le caractère médicinal, selon l’OMS, 80 % de l’humanité se soigne encore avec des médecines traditionnelles basées à 85 % sur la médecine à partir de plantes. Cela signifie qu'environ 3,5 à 4 milliards de personnes dans le monde dépendent des plantes comme sources de médicaments (Farnsworth, 1988). Cette médecine traditionnelle ne concerne pas que les pays avec de faibles équipements médicaux, mais aussi des pays développés comme la France, où de nombreux ouvrages de médication par les plantes connaissent un renouveau depuis les années 1970 (Mességué, 1972 ; Palaiseul, 1972 ; Lieutaghi, 1996 ; Thévenin et Achard, 2017).

Au-delà de la diversité sauvage, la biodiversité est aussi une ressource marchande, comme en témoigne à l’échelle mondiale l’ancienneté du commerce des épices et des parfums. En France, les cueillettes commerciales ont toujours existé, déconstruisant le mythe de mondes ruraux autarciques. Comme le dit Martin de la Soudière : « En Margeride, peut-être plus qu'ailleurs, nos grands-mères ne savaient pas [le terme "savaient" est probablement une erreur et devrait être "vendaient"], mais vendaient, déjà soumises au début du siècle à la loi de l'offre et de la demande et aux aléas des circuits commerciaux » (De La Soudière, 1982). En Provence, à la fin du XVIIe siècle sur la montagne de Lure, les ¾ de la population du village de Lardiers vivaient du commerce des produits de l’herboristerie et de la droguerie (Royer, 1998). Cette histoire commune des hommes et des plantes est une ressource pour l’ancrage de la filière aujourd'hui.

Cette interaction avec l’aval, parfois sur de longues distances, témoigne d’un processus de révélation de ressource (Landel et Sénil, 2009). Comme l’explique l’ouvrage sur « les marchés de la biodiversité », la demande de certaines plantes introduit ainsi « une requalification des ressources et de filières, de nouvelles attitudes et attentes de la part de ceux qui se pensent désormais comme offreurs et ont appris à considérer comme marchandises potentielles des plantes ou des savoirs qu’ils ne se représentaient pas sous cet angle jusqu’alors » (Aubertin, 2013). C’était également le cas sur les plateaux du massif central au début du XXe siècle (De la Soudière, 1982).

Aujourd’hui, le « sourcing » de plantes des industriels de la filière couvre la planète entière, à la recherche de « nouveautés » pour séduire des consommateurs. Certains auteurs évoquent même les « plantes tendances » (Grossrieder, 2010), suggérant l’effet de mode propre à la filière. Selon un expert de la filière, à l’échelle mondiale, plus de 35 000 espèces sont utilisées dans des industries comme la pharmacie, la phytothérapie et l’herboristerie (Krausz, 2012).

Ainsi, le marché des plantes à parfum, aromatiques et médicinales est très instable ; de fait, la ressource peut devenir aléatoire pour les cueilleurs et la filière qui se met en place. À l’inverse, lorsque le produit connaît le succès, la menace de sur-cueillette pèse sur la ressource. Car dès lors qu’une espèce sauvage représente un marché à fort potentiel, le prélèvement, y compris non autorisé, peut très rapidement dépasser la capacité de renouvellement de la ressource végétale, ce qui engendre à terme, parfois très court, l’extinction de l’espèce convoitée (Aubertin, 2013). C’est le cas par exemple pour l’harpagophytum pour lequel des mesures d’évaluation de la ressource dans l’aire de production (Namibie, Botswana, Afrique du Sud) ont été demandées par la CITES en 2004 (Décision 12-63 ; 12-65) ou pour l’arnica dont la cueillette est désormais réglementée sur des sites très fréquentés (le massif vosgien en France).

Ceci va dans le sens de la nécessaire régulation du marché par des institutions pour préserver la diversité génétique et lutter contre la biopiraterie (Aubertin, 2013). Comme dans d’autres domaines, c’est la conscience aiguë des risques de disparition qui joue un rôle important dans les mécanismes de protection et de conservation (Lepart et Marty, 2006). La diversité des espèces sauvages à l’échelle planétaire constitue ainsi une ressource non marchande et marchande pour la filière PPAM qu’il est indispensable de protéger, tant pour le maintien de la biodiversité biologique que pour le rôle qu’elle joue dans les pratiques sociales et culturelles au sein des territoires d’espèces endémiques.

Carte mondiale des principales zones de cueillette de plantes médicinales

La Diversité Spécifique des Cultures de PPAM

En France, les espèces mises en culture sont moins nombreuses que pour la cueillette. Elles restent néanmoins nombreuses. Les sources sur les espèces cultivées varient sur leur nombre (plus de 150) (FranceAgriMer, 2018). Le RGA 2010 (DISAR) en répertorie 110 ainsi qu’une rubrique « divers » pour les cultures d’espèces qui sont de l’ordre de quelques ares.

Toutefois, 46 % des surfaces sont occupées par les lavandes-lavandins (25 000 ha) et environ 14 000 hectares par du pavot œillette sous contrat pour les laboratoires médicaux. Ce sont les aromatiques qui occupent ensuite les plus grandes surfaces (entre 100 et 3 000 hectares) pour le romarin, le thym, le fenouil, le basilic, la coriandre. Pour les médicinales, hors pavot, ce sont de toutes petites surfaces cultivées en fonction de la demande du marché pour les annuelles. La camomille sauvage couvre environ 42 hectares, la jusquiame 13 ares. La diversité spécifique et intra-spécifique (chémotypes) de cette filière est donc bien une réalité.

Cependant, il faut relativiser la diversité intra-spécifique, car pour les espèces les plus cultivées, la sélection des plantes a tendance à réduire la diversité variétale (et donc génétique). C’est le cas par exemple pour les lavandins, où un clone, le lavandin grosso, représente 86 % des surfaces de lavandin. Dans ce cas, la biodiversité spécifique est faible. La filière est aujourd'hui confrontée à un problème majeur de dépérissement. Et si le lavandin grosso, à la fois productif et assez résistant, continue sa domination, l’heure est à la diversification des lavandes (FranceAgriMer, 2018). Nous verrons plus loin les processus qui ont mené à cette situation.

D’une manière générale, le marché, même s’il est avide de nouveautés, a tendance à sélectionner des plantes et donc à diminuer le nombre d’espèces. Le témoignage du directeur d’une entreprise de cosmétiques lié à une SICA de production résume ainsi : « avec mon entreprise j’ai développé des variétés, et on a eu jusqu’à 300 variétés d’huiles essentielles. On avait aussi beaucoup de plantes. Les deux coups de bambous ont été pour les plantes : sur 150 plantes sèches que l’on cueillait ou cultivait, sur un tiers on perdait de l’argent, sur un tiers on n’en gagnait pas et on en gagnait seulement sur un tiers. Et ça, c’est un peu violent parce que l’on avait énormément de plaisir à faire ça. On pouvait descendre à 50 et c’était le bout du monde ; sinon les 50 où l’on gagnait payaient juste pour celles où l’on ne gagnait rien. Donc à terme on disparaissait. Sur les huiles essentielles, je me suis rendu compte là aussi que 20 % des huiles essentielles faisaient 80 % du chiffre. Donc 80 % des variétés c’était un demi-musée. Or le stock est très lourd. Donc j’ai dû déchanter et me rendre compte que la diversité était un plaisir de collectionneur ».

À partir du témoignage d’Alban Saunier, agriculteur-cueilleur en Ardèche, nous allons discuter des moyens de gestion de la ressource biodiversité.

Quels Modes de Gestion de la Ressource Biodiversité ? Le Cas d'Alban Saunier

Le témoignage d’Alban Saunier nous invite à analyser la gestion de la ressource biodiversité à l’échelle locale.

Quelles Pratiques lorsqu’il Faut Évoquer la Biodiversité ?

Alban Saunier décrit ce qui caractérise son exploitation : un grand choix d’espèces cultivées, un équilibre culture-cueillette, un choix de plantes à cultiver en fonction des possibilités locales et des caractéristiques de la parcelle (déclivité, ensoleillement, irrigation, sols) ; le tout en agriculture biologique. Le matériel végétal est issu du local, que ce soient des boutures ou des graines. Il prône aussi une « faible intervention » dans ses cultures.

Ses Justifications et Connaissances

Pour lui, le bio est une évidence pour les médicinales : commercialiser des plantes au service de la santé humaine lui paraissait incompatible avec l’utilisation de produits chimiques. Il souhaite « être au service de la santé humaine » en produisant de la « qualité ». Par ailleurs, il choisit le bio afin de « préserver la biodiversité naturelle » du territoire. Celle-ci est en effet au service de la « résilience du territoire » puisqu’il en utilise le matériel génétique. Tout ceci « fait sens » pour lui.

Pour arriver à cette gestion, il prône comme méthode l’observation : « bien connaître le fonctionnement des plantes dans leur environnement » et la connaissance du « lien entre le milieu et la qualité finale du produit médicinal ». Enfin, ces connaissances s’acquièrent par « un réseau collectif de producteurs locaux » ainsi que par les écoles de formation en herboristerie, comme celle qu’a fréquentée Alban à Lyon. Son approche est donc très empirique, car il n’utilise ni méthode de diagnostic pour qualifier la fertilité de son milieu, ni technique particulière pour favoriser un type de qualité de produit final selon des pratiques culturales spécifiques. Mais il se fie au processus cumulatif des apprentissages par l’expérience, du partage entre pairs et des recommandations de spécialistes des usages des PPAM pour faire évoluer sa pratique agricole dans une recherche permanente de meilleur confort de ses cultures dans leur environnement, ce qui peut aussi passer par des pratiques comme la gestion de l’enherbement ou l’irrigation.

Photo d'un champ de plantes aromatiques cultivées en agriculture biologique

Une Gestion de la Biodiversité à des Échelles Différentes

Nous pouvons constater qu’Alban conçoit la gestion de la biodiversité à trois échelles. D’une part, la parcelle : il en analyse les caractéristiques et choisit des espèces et variétés correspondantes. Son but étant par la suite d’intervenir peu, la plante s’adapte à son environnement. D’autre part, l’exploitation agricole : 25 espèces de PPAM, des oliviers, des châtaigniers mais aussi des figuiers, des pommiers utilisés en fruitiers mais aussi en plantes médicinales. Il s’organise en fonction du calendrier de travail.

Enfin, le territoire. En effet, Alban Saunier est aussi cueilleur. Il rajoute ainsi, selon son catalogue en ligne, entre 20 et 30 plantes supplémentaires. À noter que le territoire ardéchois est pour Alban riche de sa biodiversité botanique en raison de l’étagement de la végétation, de la mixité des climats et des sols mais aussi en raison de son histoire propre au sein de la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales, l’Ardèche étant en effet un territoire de cueillette réputé et de commercialisation ancienne (Duffaud-Prevost, 2019). Le profil d’Alban Saunier propose ainsi des réflexions à approfondir concernant la gestion de la ressource biodiversité.

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