La France, première puissance agricole de l’Union Européenne avec 17 % de la production de l’UE, connaît une dynamique intéressante malgré la perte d'environ 100 000 exploitations entre 2010 et 2020. Selon la Chambre d’agriculture, le secteur voit environ 14 000 nouvelles installations ou reprises d'exploitations par an, avec des projets de plus en plus diversifiés. Dans ce contexte, de nombreuses personnes envisagent une reconversion professionnelle vers le maraîchage. Mais comment se lancer et réussir dans ce secteur exigeant ?
Qu'est-ce que le Maraîchage et en quoi consiste le Métier de Maraîcher ?
Le maraîchage est une activité agricole qui consiste en la culture intensive de légumes, qu'elle soit réalisée en plein air ou sous abri, comme des serres ou des hangars. Le maraîcher est donc un exploitant agricole dont la principale mission est de cultiver des légumes.
Il est important de noter qu'il est possible de travailler dans le secteur du maraîchage sans être exploitant soi-même, en optant pour le statut de salarié. Les ouvriers du maraîchage ou de l'horticulture sont responsables des travaux liés à la plantation et à la culture de légumes, de fleurs et de plantes fruitières non arborescentes. Leurs tâches incluent le semis, la plantation, le rempotage, la récolte et le conditionnement des produits. Ils travaillent aussi bien en plein air qu'en serre, sous l'autorité d'un patron dont ils respectent les directives, et perçoivent un salaire.

Avantages et Inconvénients du Métier de Maraîcher : Une Réalité aux Multiples Facettes
Le métier de maraîcher, bien que séduisant pour beaucoup, présente à la fois des avantages significatifs et des défis considérables.
Les Atouts du Métier
Parmi les avantages, la possibilité de réaliser un stage en milieu professionnel au préalable est une opportunité précieuse pour se familiariser avec les réalités du terrain. Exercer un métier en plein air, au contact direct de la nature, est un attrait majeur pour ceux qui cherchent à s'éloigner des environnements de bureau. Le maraîchage offre également une flexibilité quant à la structure de l'activité, permettant d'exercer seul ou de s'associer, selon les préférences et les objectifs de chacun. Enfin, contribuer à répondre à une demande toujours croissante de produits frais et locaux est une source de motivation, d'autant plus que le secteur agricole fait face à un renouvellement constant (pour trois agriculteurs qui partent, on compte une installation).
Les Défis à Relever
Cependant, le maraîchage est loin d'être exempt de difficultés. Le coût de l'installation représente un investissement initial conséquent, nécessitant de couvrir des dépenses telles que les semences, les serres, les machines de récolte, les véhicules de transport, ainsi que la location ou l'achat d'un terrain d’exploitation adapté. La recherche d'un terrain de culture à des prix abordables peut s'avérer ardue, variant considérablement selon les régions. Le processus de production en lui-même demande du temps, car il est nécessaire d'attendre que la terre devienne fertile et productive. Enfin, la fidélisation de la clientèle constitue un enjeu majeur dans un contexte concurrentiel particulièrement difficile, notamment en raison de la place prépondérante occupée par les enseignes de grande distribution.
Formation et Reconversion dans le Maraîchage : Acquérir les Compétences Essentielles
Se lancer en tant que chef d'exploitation agricole ne requiert pas systématiquement de diplôme, sauf dans des cas spécifiques, par exemple pour être éligible à la dotation jeune agriculteur (DJA). Néanmoins, il est fortement recommandé de se former préalablement à l'activité envisagée afin de maîtriser les connaissances de base nécessaires à la réussite du projet.
La Formation Initiale Agricole
Les établissements d’enseignement agricole proposent un large éventail de formations, allant de la troisième jusqu’au doctorat. Parmi les exemples de diplômes pertinents, on trouve le Brevet professionnel agricole option « ouvrier maraîcher », le CAPA métiers de l’agriculture, et le Brevet de technicien supérieur agricole (BTSA), accessible également par la validation des acquis de l'expérience (VAE).
La Formation Continue et la Reconversion Professionnelle
Pour les personnes déjà actives qui envisagent une reconversion professionnelle, les Chambres d'agriculture offrent des modules de formation conçus pour acquérir des compétences entrepreneuriales en vue de créer ou de reprendre une entreprise agricole. Dans ce cadre, il est possible de demander à réaliser un plan de professionnalisation personnalisé (PPP) avec un conseiller projet et un conseiller compétences. Ce plan ouvre l'accès à diverses actions de professionnalisation, telles que :
- Des stages d’application en exploitation agricole et des stages en entreprise ;
- Des actions de formation continue ;
- Des actions visant à l’obtention d’un diplôme conférant la capacité professionnelle.
Un exemple notable est le BPREA en maraîchage (brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole). Ce diplôme de niveau 4 (BAC, brevet professionnel) comprend des cours et des stages pratiques, préparant aussi bien à des projets d'installation qu'à des postes de salarié en agriculture. Il permet notamment de réaliser une étude de marché et d'établir un business plan, avec une durée de formation d'environ 18 mois.
Les Centres de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA), présents sur tout le territoire français, sont également des acteurs clés de la formation continue agricole dans le cadre d'une reconversion professionnelle vers l'agriculture. Ils proposent des formations diplômantes, qualifiantes ou certifiantes, accessibles via le dispositif de Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) pour les demandeurs d'emploi et les salariés.
Reconversion professionnelle - Maraîchage
Pour les demandeurs d'emploi ou les bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active), il est possible de bénéficier de Périodes de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP). Ces périodes permettent de découvrir le secteur agricole, le métier souhaité, et d'en identifier les caractéristiques principales. Des informations sont disponibles auprès de France Travail.
Enfin, dans le cadre d'une reconversion professionnelle, plusieurs sources de financement de la formation sont envisageables, notamment la mobilisation du CPF (compte personnel de formation) ou l'accès à des aides régionales.
Les Étapes Cruciales pour Devenir Maraîcher : Un Parcours Structuré
Le cheminement pour devenir maraîcher est un processus qui demande de la préparation et de l'organisation. Il est difficile de se lancer à l'improviste dans ce domaine, qui peut s'avérer bien éloigné des représentations idéalisées. Il est nécessaire de consacrer plusieurs années à la préparation de son projet, car le métier est exigeant et implique d'être polyvalent (agronome, vendeur, technicien, marketing, plombier, électricien, comptable, mécanicien, etc.).
Étape 1 : S'informer auprès d’un Point Accueil Installation (PAI)
Avant toute démarche concrète, il est recommandé de se rendre dans un Point Accueil Installation (PAI), présents dans chaque département. Ces Points, qui dépendent directement des Chambres de l’Agriculture, accompagnent les agriculteurs et soutiennent la création d’entreprise dans le monde agricole. Au PAI, il est possible de trouver des informations utiles à la réalisation du (pré)projet : formations envisageables, démarches administratives à entreprendre, dispositifs d’aides et d’accompagnement. Le chargé de mission PAI peut également orienter vers les structures locales compétentes pour évaluer la viabilité du projet sur une prévision à quatre ans, aidant notamment à définir un plan de financement ou à obtenir un accord de prêt bancaire. Le PAI remettra un document d'auto-diagnostic pour organiser la réflexion et établir les points principaux du projet, à retourner complété pour un premier contact avec les conseillers PPP.
Étape 2 : Définir son Projet Agricole et le Type de Production
Une fois cette première étape d’information passée, il est nécessaire de définir précisément le projet de maraîchage. Cela suppose d’abord d’identifier le type de terrain à exploiter, en étudiant les caractéristiques des régions pour déterminer les zones propices à certaines productions (fraises, melons, etc.).
Il est également crucial de s'interroger sur le contexte local : existe-t-il une concurrence forte dans la région envisagée ? Certaines productions bénéficient-elles d’une renommée particulière ? Le type de production doit être cohérent avec le mode de commercialisation souhaité. Il faut déterminer si les produits seront vendus à des entreprises, notamment la grande distribution, ou à des particuliers. Dans ce dernier cas, il convient de s'interroger sur l’existence d’un bâtiment adapté à la vente directe et les éventuels travaux à prévoir. Pour un commerce ambulant sur les marchés, l’achat d’un véhicule adapté doit être anticipé. Un professionnel ambulant peut ou non avoir un local commercial ou artisanal fixe, mais les agriculteurs n’ont pas besoin de la carte de commerce ambulant pour vendre leur propre production sur un marché.
Étape 3 : Rechercher un Lieu d’Activité et Sécuriser les Conditions d’Exploitation
Une fois le projet agricole défini, la recherche d'un lieu d’activité adapté aux objectifs et aux moyens est primordiale. Cela implique de déterminer si le terrain sera loué ou acheté, de vérifier la disponibilité des fonds nécessaires et d'identifier les partenaires financiers. L’accès à la propriété du terrain peut constituer un frein important, car le prix des terres agricoles a augmenté et les surfaces disponibles sont moins importantes en raison de l’augmentation de la taille des exploitations. La SAFER peut informer sur les prix moyens des biens immobiliers agricoles dans la région.

Si l'option de la location est choisie, il sera nécessaire de déterminer le type de bail. Le bail à ferme (ou fermage) est le plus répandu et sa durée minimale est de neuf ans. Des locations d’immeubles ruraux peuvent être consenties par les SAFER sur des terres mises à leur disposition par des propriétaires en vue de leur aménagement ou de leur exploitation. Si un bailleur d’un fonds rural souhaite lancer sa propre activité, il peut, sous certaines conditions, le reprendre pour l’exploiter lui-même.
Toute personne physique ou morale qui s’installe sur une exploitation est en principe soumise à autorisation d’exploiter délivrée par la DDT(M) (Directions départementales des territoires (et de la mer)), via télé-procédure LOGICS. C’est notamment le cas si la personne ne possède pas de capacité professionnelle ou d'expérience agricole. La DDT(M) vérifie que le projet respecte le Schéma Directeur Régional des Exploitations Agricoles (SDREA). Selon la situation, une simple déclaration préalable peut suffire. Pour connaître précisément les cas nécessitant une autorisation, il est recommandé de se rapprocher de la DDT(M) dont dépend l'exploitation. Les associés d'un GAEC total doivent en principe y exercer leur activité professionnelle à titre exclusif et à temps complet. Il existe d’autres formes juridiques de l’exploitation agricole, telles que l’exploitation familiale à responsabilité personnelle (en cas d’exploitation entre époux) ou les sociétés coopératives agricoles.
Étape 4 : Analyser le Terrain et les Tendances Locales
Avant de démarrer, il est conseillé de bien réfléchir au type de maraîchage dans lequel on souhaite s’investir. L’idéal pour s’inspirer et se rendre compte de ses envies est d’assister à de nombreuses visites de fermes et d’y piocher les éléments intéressants. Il est important de prendre en compte tout ce qui détermine le terrain : la localisation, la surface disponible, le diagnostic du sol, l’altitude, la pente, le climat et l’ensoleillement, l’accès à l’eau, la présence ou non de bâti, l’intégration au territoire local, les débouchés commerciaux potentiels, les synergies possibles avec le voisinage, etc. Tous ces éléments peuvent jouer sur la fertilité mais aussi sur la mécanisation à choisir, les risques d’érosion ou même le moment de fin de culture. Il peut ainsi être nécessaire de passer jusqu’à une année à observer son terrain pour le voir évoluer au fil des saisons : connaître les zones d’ensoleillement et d’ombre, la direction des vents, les zones de stagnation d’eaux en cas de forte pluie, les voies d’écoulement naturelles des grosses pluies, la flore et la faune spontanées.
La recherche du foncier est une étape primordiale. Pour la mener à bien, il est pertinent d’entrer en contact avec un maximum d’interlocuteurs possibles sur le territoire choisi. Il est possible de se renseigner auprès du Répertoire Départ Installation, de la SAFER mais aussi auprès d'associations comme Terre de Liens et d'acteurs du marché immobilier (notaires, agences, marchands de biens et petites annonces). Il faut également viser les structures agricoles (agriculteurs, chambre, groupement AB, groupement de producteurs, CUMA, GIEE, GDA, GVA, etc.). Les collectivités locales (mairies et communauté de communes) ont généralement des terrains à disposition, non utilisés, où l’installation d’un maraîcher peut les intéresser. Enfin, stimuler le réseau de consommateurs potentiels peut permettre d’accéder à une terre : contacter les associations de parents d’élèves, les groupements de consommateurs (type AMAP) ainsi que les comités d’entreprise. Le mieux est sans doute d’écrire une lettre présentant la recherche et de l’adresser à ces derniers. Cette lettre doit contenir un maximum de mots clés pertinents tant pour les collectivités que pour le réseau local et doit mettre en avant l’influence positive du projet sur le système alimentaire global.
Après avoir trouvé le terrain et évalué son potentiel de fertilité, il s'agit de définir la stratégie à suivre quant au rythme et à la densité d’alimentation du sol en matière organique. Une culture a besoin d’environ 1000 mm par an, soit 20 mm par semaine (= 2 x 10 mm d’arrosage / semaine). La pluie peut répondre à ces besoins, sauf en période de sécheresse.
Il est nécessaire de saisir en amont les grandes tendances locales. Se renseigner auprès des producteurs locaux et étudier le marché permet de connaître l’offre déjà présente et la demande potentielle pour mettre en place sa propre stratégie commerciale. N’hésitez pas à aller à la rencontre des acteurs locaux : les consommateurs potentiels sont nombreux ! Distribuer des questionnaires, contacter les restaurants, les cantines, pour avoir une vision plus précise du champ des possibles. Bien que chaque territoire ait ses caractéristiques, certaines tendances sont récurrentes car le marché est souvent très dépendant de la situation géographique.
Étape 5 : Aménager l'Exploitation et Optimiser les Infrastructures
Un terrain doit être pensé pour l’exploitation, avec des bâtiments agricoles en lien avec ses objectifs. Il est difficile d’investir dans la construction complète de locaux, c’est pourquoi il peut être plus pertinent d’utiliser le bâti existant et de l’aménager petit à petit en gardant toujours en tête les questions d’ergonomie. Idéalement, une exploitation maraîchère possède des locaux d’entreposage, voire de réparation du matériel, de conservation et de lavage des légumes, de conditionnement des légumes pour la distribution et éventuellement un espace dédié à la vente, à la transformation ou encore à l’administration, selon les désirs de chacun. Il est primordial de toujours garder à l’esprit que tout le système doit suivre une certaine logique, aussi est-il important de prendre en compte les temps de déplacements entre les espaces et les possibles évolutions.
En maraîchage, la règle des 80/20 s'applique souvent : 80 % du chiffre d'affaires est réalisé sur 20 % de la surface, principalement celle sous abri. En effet, les cultures y sont protégées des intempéries climatiques et des nuisibles, et sont donc plus sécurisées. Il existe deux types d’abris : ceux considérés comme bas, en plein champ (voiles et tunnels nantais) et ceux considérés comme hauts, les serres et tunnels. Il est souvent préconisé d’avoir au moins 10 à 20 % de sa surface sous abri, le reste étant en plein champ. Il est recommandé de leur dédier la meilleure partie du terrain. Pour les serres de production, il faut privilégier une orientation nord-sud tandis que pour les serres à plants, une implantation est-ouest est préférable. En cas de proximité avec des haies, on cherchera en général à favoriser le soleil le matin, qui permet de faire sécher l’humidité de la nuit et d’éviter au maximum les problèmes sanitaires. En serres, le travail de gestion est important : ouverture/fermeture des serres, arrosage et intensification des cultures (deux cultures par an minimum). Les serres sont les plus faciles à passer en non-travail du sol : il n’y a aucune bonne raison de travailler un sol sous serre puisque la maîtrise de la pluviométrie permet de ne pas avoir d’accumulation d’eau engendrant un gros stress pour l’activité biologique et malmenant la structure.

Le dimensionnement du parc matériel est directement lié aux résultats de l’exploitation. L’investissement destiné à ce poste doit donc être bien pensé en amont : prendre en compte la surface, la fréquence d’utilisation et la rentabilité potentielle. Les prix d’occasion peuvent être intéressants, par exemple, pour une planteuse à godets qui fonctionne très bien pour planter dans de la paille, du BRF, du compost, du broyat de déchets verts mais aussi dans des films plastiques. Les godets tournent avec l’avancement du tracteur, s’écartent en arrivant au sol pour laisser passer la motte, posée au préalable par l’opérateur. Deux roues arrière obliques appuient la motte de part et d’autre pour garantir un bon contact motte-sol.
L’irrigation est un point clé de l’exploitation car elle s’avère souvent nécessaire à la minéralisation du sol ainsi qu’à la croissance des légumes, voire à leur survie lors des années sèches. Cependant, elle doit faire l’objet d’un contrôle important en étant régie par un plan d’irrigation qui associe des cultures ayant les mêmes besoins. Il faut tenir compte de la culture, du sol et de ses capacités de rétention, ainsi que du moment dédié à l’arrosage pour atteindre une notion de mm/heure. En extérieur, arroser les jeunes plants, surtout en cas de fortes chaleurs, en privilégiant les arrosages réguliers plutôt que l’apport de quantités importantes en une fois, ce qui accentue le lessivage, le tassement du sol et le risque d’éclatement des fruits. Le débit du goutte à goutte est généralement de 2 l/h par trou. Avec un trou tous les 33 cm et une ligne tous les 33 cm, le débit est de 18 l/h/m² = 18 mm/h. Avec un micro asperseur qui fait du 100 l/h et arrose une surface de 10 m², apportant donc 10 l/h/m² = 10 mm/h. Au cœur de l’été, il peut être nécessaire d'arroser 1000 m² sous abri et 2000 m² de plein champ en même temps. En souhaitant tout arroser en une heure, il faudra un débit total de 3000 m² x 10 mm = 30 m³/h. Un tuyau de 50 mm permet de passer jusqu’à 10 m³/h, et un tuyau de 63 mm jusqu’à 20 m³/h. En Maraîchage Sol Vivant (MSV), l’arrosage se concentre sur le sol plutôt que sur la culture.
La planification est la courroie de distribution entre les différents grands pôles de l’activité maraîchère. Les stratégies sont multiples, et chaque maraîcher trouve son rythme : certains préfèrent tout planifier tandis que d’autres se réfèrent à leur connaissance des ordres de grandeur et adoptent une souplesse au quotidien. Le partage d’informations et les échanges sont essentiels, les connaissances se formant sans cesse grâce à l’expérience des maraîchers déjà établis. Le livre "Le Jardinier Maraîcher" est une ressource précieuse.
Une stratégie pour la première année peut consister à réaliser des cultures sur bâche, sur la moitié du jardin : courges, choux et salades, et des solanacées sous serre. La deuxième année, on se déplace sur la deuxième partie de la prairie. La première partie, bâchée pendant un an, donne une parcelle propre sur laquelle on peut venir planter des oignons et échalotes, des crucifères, des carottes et des semis.
Étape 6 : Anticiper les Investissements et Rechercher des Financements
Reprendre ou créer une exploitation maraîchère suppose de prévoir des investissements conséquents, comme l'achat d'un terrain, de machines et matériel agricole, la construction de locaux de vente et de stockage, l'acquisition de serres, d’outils, etc. Pour élaborer un projet fiable, il est impératif d'identifier le montant global des investissements et de connaître sa capacité d'emprunt en se rapprochant d'un établissement bancaire.
Plusieurs catégories d’emprunts sont disponibles :
- Les prêts bancaires à court, moyen et long termes.
- Les prêts d’honneur à 0% (exempts d’intérêts bancaires).
- Les prêts bonifiés (dispositif spécifique dédié aux jeunes agriculteurs).
- Les prêts privés/familiaux.
Chacun de ces prêts comporte des caractéristiques différentes : ils peuvent engager sur une durée plus ou moins longue, être conditionnés au respect de conditions préalables, ou donner lieu à l’application d’un taux d’intérêt. Il est conseillé de diversifier les prises de contact et d'élargir le champ de réflexion en la matière pour faire le meilleur choix. Pour garantir les prêts bancaires, des fonds de garantie permettent de couvrir une partie des risques liés aux prêts accordés pour l'achat de terres, d'équipements, ou pour le lancement d'activités agricoles. L’INAF (l’Initiative nationale pour l’agriculture française) est un exemple d'instrument de garantie plafonnée couvrant les premières pertes d’un portefeuille de prêts et permettant de garantir certains prêts agricoles de manière ciblée. Le financement participatif (ou crowdfunding) est une alternative au prêt bancaire qui permet à un porteur de projet de collecter des fonds sur internet via une plateforme dédiée, auprès de contributeurs. Il peut créer un effet levier sur d’autres financements, tels que les prêts bancaires.
Étape 7 : Explorer les Aides et Subventions Spécifiques au Secteur Agricole
Il est essentiel de vérifier l'éligibilité aux différentes aides existantes. Pour faciliter leur première installation, les jeunes agriculteurs qui prévoient d'exercer une activité agricole et qui satisfont aux conditions requises (avoir moins de 40 ans au moment du dépôt de la demande d’aides, notamment) peuvent bénéficier des aides suivantes :
- Une dotation jeunes agriculteurs (DJA) en capital. La validation du PPP (plan de professionnalisation personnalisé) est l’une des conditions requises pour pouvoir bénéficier de la DJA.
- Des prêts bonifiés à moyen terme spéciaux, dont une partie des intérêts peut être prise en charge. Ils facilitent la reprise d’une exploitation et les premières installations.
- Des aides aux investissements, etc.
La Dotation Nouvel Agriculteur (DNA) est une nouvelle aide mise en place sur la période 2023-2027. Comme la DJA, la DNA est une aide en capital. Elle s’adresse, sous conditions, aux porteurs de projet entre 41 et 50 ans et vise à abonder la trésorerie des exploitations en phase d’installation en agriculture biologique. Il est important de noter que toutes les régions ne la versent pas. Les montants de la DJA et de la DNA varient d’une région à l’autre, dans la limite de 100 000 €.
Étape 8 : Choisir les Statuts Administratifs, Juridiques et Fiscaux
Plusieurs choix administratifs, juridiques et fiscaux doivent être réalisés à l’installation. Étant donné les faibles niveaux d’investissements et les chiffres d’affaires modestes (en comparaison à des fermes céréalières ou laitières), l’impact de ces choix reste modéré sur l’activité. Il s’agit donc de faire des choix cohérents mais de ne pas perdre du temps avec les comparaisons minutieuses entre les différentes alternatives. Il est possible de prendre des décisions, de rédiger si nécessaire des statuts puis de trancher sans juriste ni comptable. Cependant, il est déconseillé de le faire seul si le projet implique des capitaux importants et/ou plusieurs personnes. L’agriculteur amateur doit exercer une autre activité en parallèle pour bénéficier d’une protection sociale. Les agriculteurs qui exercent en coopérative ou en association sont salariés.
Les principaux statuts juridiques possibles en agriculture sont les suivants :
- SCEA (société civile d’exploitation agricole) : société civile à vocation agricole, c’est un type de société agricole beaucoup plus rare.
- L’association loi 1901.
- La SAS ou SASU : ce statut peut être intéressant si l’on souhaite mélanger activité agricole et activité commerciale. Le capital social minimum est d’1 € seulement. Le Président de la SAS agricole, s’il est rémunéré, est affilié au régime social des salariés agricoles.
- L’EIRL et l’EARL : l’avantage de ces statuts est la notion de responsabilité limitée, les associés ne pouvant pas être poursuivis personnellement pour les dettes de l’entreprise. C’est un régime simplifié dans lequel la rémunération de l’exploitant est estimée sur la base d’un pourcentage de son chiffre d’affaires.
Concernant la fiscalité, plusieurs régimes existent :
- Le BA (Bénéfice agricole) : contrairement au micro-BA, il s’agit d’un régime réel où l’agriculteur déclare son bénéfice réel de l’année à l’impôt sur les revenus.
- L’impôt sur les sociétés : il s’agit là aussi d’un régime réel.
- Le remboursement forfaitaire agricole : s’applique pour les entreprises non assujetties à la TVA.
- Le régime simplifié agricole : nécessite une déclaration annuelle, trimestrielle ou mensuelle à choisir et permet la récupération de la TVA sur les achats.
Les raisons qui poussent à une installation en maraîchage sont multiples et il est important de définir ses objectifs, tant personnels que professionnels. L'installation n’est qu'un début, et tout au long de la carrière, il sera nécessaire de continuer à se renseigner et à se former, car il reste toujours beaucoup à apprendre dans ce métier aux multiples facettes. Vouloir tout faire (large gamme de légumes et autonomie dans tous les domaines du métier) exige un gros investissement dans la formation continue et l’auto-apprentissage. Il est également possible de décider d’avoir plusieurs ateliers au sein de sa ferme, en plus du maraîchage : élevage, apiculture, transformation, etc. Encore peu de structures d’enseignement agricole donnent accès à des cursus spécialisés sur le maraîchage sol vivant (MSV), comme la nouvelle formation TA (Technicien Agricole) proposée par la MFR de Coqueréaumont (76) en partenariat avec le réseau Maraîchage Sol Vivant. Cette formation porte la mention agroécologie et permet de se préparer aux métiers de l’exploitation agricole de manière durable.
Reconversion professionnelle - Maraîchage
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