Les multiples facettes de l’horticulture en France : au-delà de l’ornement

L’horticulture est une branche fondamentale de l’agriculture qui englobe la culture, la gestion, la production, la conservation et la commercialisation de plantes ornementales, de légumes, de fruits et de fleurs. Bien que le terme puisse paraître technique ou flou au grand public, il désigne une réalité économique et culturelle majeure. Pratiquée à petite et à grande échelle, dans des pépinières, des jardins privés, des parcs, des serres et des fermes horticoles, cette discipline possède des racines historiques profondes, remontant à l’Égypte ancienne où les jardins étaient aménagés le long des rives du Nil pour cultiver des fruits, des légumes et des plantes ornementales.

Illustration historique des jardins de l'Égypte ancienne le long du Nil

Une définition plurielle et internationale

Étymologiquement, le mot horticulture provient du latin « hortus » qui signifie jardin. Si le mot est utilisé dans le monde entier, sa définition diffère grandement selon les contextes géographiques. Dans les pays anglo-saxons et au Canada, l’industrie horticole comprend les fruits et les légumes de grande culture et de serre, des milliers de variétés de fleurs et de plantes ornementales, le ginseng, ainsi que les produits de l’érable et du miel. Cependant, en France, le terme est souvent restreint, dans les milieux gouvernementaux et professionnels, aux seules productions ornementales.

Cette confusion est renforcée par une étude réalisée par l’entreprise « C’est-à-dire » pour la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF), qui révèle que le mot est inconnu des jeunes et reste vague pour les plus âgés. Pour ces derniers, il renvoie principalement à la culture des fleurs et des plantes vertes en pot destinées à embellir l’intérieur ou l’extérieur des maisons. Cette réduction constitue une perte de vision d’ensemble, fragmentant le secteur en une nomenclature de spécialités : maraîchers, pépiniéristes, horticulteurs. Pourtant, l’horticulture est un domaine indispensable à la reconnaissance internationale de l’enseignement et de la recherche, couvrant des produits vivants et fragiles commercialisés en frais qui nécessitent des techniques sophistiquées de conservation.

Les piliers de la production horticole

Pour comprendre l’étendue de cette branche, il est nécessaire de distinguer les différentes spécialités qui la composent, souvent classées historiquement comme « cultures spéciales » en raison de l’attention particulière requise par des spécialistes.

L’arboriculture et la culture fruitière

L’arboriculture est la culture et la gestion des arbres, principalement des arbres fruitiers et des arbres d’ornement. En France, la production fruitière repose sur 27 600 exploitations produisant 2,44 millions de tonnes de fruits sur 143 000 hectares. La pomme domine largement ce secteur, représentant environ 59 % des volumes. Ces cultures incluent des plantes fruitières pérennes telles que les arbres, arbustes, buissons et lianes.

Le maraîchage et les légumes

La production légumière française est portée par 30 900 exploitations cultivant 5,3 millions de tonnes de légumes sur 299 000 hectares. Ce secteur concerne des plantes le plus souvent annuelles, dont les racines, tubercules, pousses, tiges, feuilles et fruits sont destinés à la consommation. La tomate et la carotte figurent parmi les deux principales productions de légumes frais.

La floriculture et l’horticulture ornementale

La floriculture consiste à cultiver des plantes à fleurs à des fins ornementales ou commerciales, englobant la production de plantes en pot, de fleurs coupées, de bulbes et de semences. Parallèlement, l’horticulture ornementale se concentre sur la création et la gestion de jardins et d’espaces verts. Les pépinières, comme celles que l’on retrouve à travers le territoire, sont des établissements spécialisés dans la production et la vente de jeunes plantes, arbres et arbustes destinés à la transplantation dans des parcs ou des espaces verts.

Schéma explicatif des différentes spécialités horticoles : maraîchage, arboriculture et floriculture

Les plantes aromatiques et médicinales (PPAM)

Le secteur des PPAM travaille sur plus de 120 plantes cultivées sur 58 550 hectares par 5 000 exploitations. La lavande et le lavandin occupent une place prépondérante avec 27 950 hectares. Ces plantes, qu'elles soient annuelles ou vivaces, alimentent des marchés variés, allant des compléments alimentaires à l’aromathérapie et à la cosmétique naturelle.

Techniques et savoir-faire horticoles

La maîtrise de l’horticulture repose sur un ensemble de gestes techniques précis. Les horticultrices et horticulteurs sélectionnent et reproduisent des plantes pour obtenir de nouvelles variétés présentant des caractéristiques spécifiques, telles que la résistance aux maladies, la tolérance aux conditions climatiques, la saveur, la couleur ou la forme.

La taille et l’élagage sont des techniques fondamentales utilisées pour contrôler la croissance, améliorer la forme, favoriser la floraison et la fructification, et prévenir les maladies et les ravageurs. Par ailleurs, la fertilisation et l’irrigation sont essentielles pour fournir aux plantes les nutriments et l’eau dont elles ont besoin pour se développer. La culture en serre, quant à elle, implique la production dans des structures contrôlées comme des tunnels ou des chambres de culture, permettant de s’affranchir partiellement des aléas climatiques.

Comprendre les arbres pour mieux les tailler – Formation fruitiers avec Julien Coirier

Organisation et poids économique de la filière

La filière horticole française est vaste et complexe, regroupant environ 170 000 emplois directs et indirects. Elle mobilise une diversité d'acteurs, des fleuristes aux paysagistes en passant par les arboriculteurs.

La structure ornementale

La production ornementale française est représentée par 3 308 horticulteurs et pépiniéristes occupant 18 300 hectares. Le poids économique est significatif, avec un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros pour la production et 7 milliards d’euros pour la distribution. L’interprofession Val’hor regroupe l’ensemble des acteurs de la production, des services et de la distribution spécialisée, tandis que le groupe filière ornementale, composé de chercheurs de l’INRAE et d’instituts techniques comme ASTREDHOR, travaille sur les enjeux de transition agroécologique.

Le défi de la compétitivité

Malgré une demande intérieure soutenue, la France fait face à une balance commerciale déficitaire depuis au moins 40 ans. La zone d’influence commerciale reste orientée vers les marchés locaux ou régionaux, et les ventes à l’exportation peinent à dépasser les 5 %. Le défi principal pour la filière réside dans sa capacité à accroître sa compétitivité tout en répondant aux impératifs environnementaux.

Horticulture thérapeutique et lien social

Au-delà de sa fonction productive et esthétique, l’horticulture existe aussi sous une forme thérapeutique. Cette pratique utilise les activités de jardinage et les interactions avec les plantes pour favoriser le bien-être physique, mental et social d’individus fragiles. Cette dimension souligne le rôle social de l’horticulture, qui dépasse largement le cadre de la simple culture pour toucher à la santé et à la qualité de vie, confirmant que le jardin est un lieu de soin autant que de production.

Infographie sur les bienfaits de l'horticulture thérapeutique

En conclusion, si la définition du mot « horticulture » reste parfois débattue en France, la réalité du terrain impose une vision large et inclusive. Qu’il s’agisse de la production de fruits et légumes, de l’aménagement paysager ou de la recherche scientifique, l’horticulture demeure un pilier indispensable de notre économie et de notre environnement, nécessitant une pédagogie continue pour que sa portée soit pleinement reconnue.

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