L'histoire de la transformation laitière sur la commune de Trévillers constitue un témoignage vivant de l'évolution des pratiques agricoles et coopératives en milieu rural. Depuis les premières initiatives du XIXe siècle jusqu'à la structuration moderne des « Fruitières réunies », ce territoire a su adapter ses infrastructures aux exigences croissantes de la production fromagère.
Les Origines : La Naissance d'une Activité Fromagère
Une activité fromagère est attestée sur le territoire communal dès 1825 et en 1847, 65 000 litres de lait y sont transformés en 7 500 kilogrammes d'emmental. À la fin du 19e siècle, la fromagerie est installée dans un local loué. Le bail arrivant à échéance, la commune décide de faire construire un bâtiment adapté. Plans et devis (de 16 000 F) en sont dressés le 29 août 1902 par Charles-Frédéric Surleau (1841-1932), architecte à Montbéliard.

La commission départementale d'architecture résume sa proposition : « au rez-de-chaussée, une cuisine, une laiterie, une cave chaude et une cave froide ; à l’étage, le grenier de la fruitière et le logement du gérant composé de deux chambres et d’une cuisine ; une citerne sera accolée au bâtiment, au droit de la cave froide, et une cave pour le gérant, au droit de la cuisine de la fruitière ». Les travaux sont adjugés le 18 décembre à François Quadri, entrepreneur à Saint-Hippolyte, moyennant un rabais de 9 %. Ils sont reçus provisoirement le 5 juillet 1904, définitivement le 10 novembre 1905.
La Montée en Puissance et les Extensions du Début du Siècle
En 1912, arguant du doublement de la production laitière depuis la création de la fruitière, le conseil municipal décide la construction d'une cave à lait attenante au bâtiment et l'aménagement d'une chambre de domestique. L'entrepreneur Joseph Perucchi se charge des travaux en 1913, suivant les plans dressés par l'architecte maîchois Lucien Bourgeot.
Les besoins en espace ne cessent de croître durant les années 1920. L'architecte Jules Cannelle, de Charquemont, explique dans son devis du 29 mai 1922 (d'un montant de 20 790 F) : « La fromagerie de Trévillers appartenant à la commune se trouve actuellement trop petite en raison de l'amélioration apportée dans la fabrication des fromages. On y fait de l'Emmenthal au lieu de gruyère ce qui nécessite plus de place et l'apport du lait a beaucoup augmenté depuis la guerre. De plus il y a beaucoup de réparations à faire à l'intérieur. » L'escalier est donc transféré à l'extérieur et une cave à fromages (9,50 x 5,80 m) bâtie au sud, dans le rocher, par Jean Brusa, entrepreneur à Maîche.
Fabrication du comté, au cœur d'une fruitière
La fruitière est alimentée en eau potable en 1926 puis, ses dépendances étant devenues insuffisantes, la municipalité fait construire en 1929, de l’autre côté de la route, une remise en bois réunissant garage, dépôt de charbon, grenier et porcherie (pour quatre bêtes). Le projet est signé par Marcel Hézard, architecte à Montbéliard et réalisé par l’entrepreneur maîchois Raoul Lacoste. L'établissement est alors déjà important, traitant à cette date un million de litres de lait.
La Mutation Coopérative : Vers une Nouvelle Ère
Il en travaille 1,5 million en 1951 si bien que les installations ne sont plus adaptées. Les 32 producteurs se constituent officiellement, le 31 décembre 1951, en société coopérative agricole de fromagerie et achètent à la commune locaux et matériel. Ils font étudier l'agrandissement des locaux existants (15 x 11 m) par l'architecte Louis Gorce, établi à Besançon, missionné par le service du Génie rural. Celui-ci propose la création, au sud-ouest et dans leur prolongement, d'un nouveau bâtiment. Ce projet, d'un montant de 13,5 millions F, ne se concrétise pas. L'architecte en propose une autre version où le bâtiment est transporté de l'autre côté de la route, à l'emplacement de la remise. La nouvelle fromagerie entre en activité en 1954, l'ancienne étant transformée en cave d'affinage.
En 1976, une cuve multiple et un nouveau système de pressage sont achetés à la fromagerie Overney, d'Is-en-Bassigny en Haute-Marne. Deux réservoirs (tanks) de 12 000 l chacun sont aussi installés, l'un pour le lait, l'autre pour le petit lait. Le 1er avril 1981, la coopérative absorbe celle de Ferrières-le-Lac : elle compte de ce fait 28 producteurs et traite 3 millions de litres de lait. Ce sont 3,6 millions de litres qui sont collectés en 1985 et vendus au fromager Étienne Perrot, lequel les convertit en emmental grand cru.
Modernisation et Consolidation : Les Fruitières Réunies
La coopérative envisage une modernisation et une extension : construction d'une chaufferie pour le générateur à vapeur au gaz remplaçant celui au fuel, de nouveaux bains de sel permettant d'immerger des fromages sur palettes, de caves supplémentaires en sous-sol et dans le prolongement de celles existantes, d’un garage pour le camion de ramassage, installation de deux tanks supplémentaires, etc. La société confie l'élaboration du projet conjointement à l'architecte Jacques Huguenot et à la Direction départementale de l'Agriculture et de la Forêt du Doubs.

La société, qui absorbe les fromageries des Bréseux (1987), de Cernay-l'Église et Thiébouhans (1988), et de Montandon (1989), prend alors la dénomination de « Fruitières réunies ». Elle réunit 66 producteurs en 1989, pour une collecte totale de plus de 8 millions de litres de lait. De nouvelles modifications ont lieu à la fin du 20e siècle, dues à l'agence Artica de Dole : construction de caves d'affinage au nord-ouest en 1994, d'un local pour de grandes cuves à saumure et d'une boutique en 1996.
À cette date, Perrot cesse d'acheter le lait de la coopérative, qui passe alors en gestion directe et embauche comme fromager Gilles Sanchez. La production est progressivement orientée vers la fabrication du comté et du gruyère. Le personnel compte quatre personnes et un apprenti à la fabrication et en cave, un poste et demi de chauffeur pour le ramassage, un livreur et cinq vendeuses à temps complet.
Architecture et Matériaux : Une Évolution Constructive
Les bâtiments de la première moitié du 20e siècle et la fromagerie des années 1950 sont en moellons calcaires enduits et coiffés de toits à longs pans recouverts de tuiles mécaniques. Les autres constructions font appel au béton (armé ou parpaing de béton) ou au pan de fer, enduit ou protégé par un essentage (de planches pour la boutique, de tôle pour ceux des années 1990), avec toit à longs pans à couverture de ciment amiante. Les deux fromageries comptent chacune un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé, surmontés d'un comble à surcroît pour l'ancienne, d'un étage carré et d'un étage de comble pour la nouvelle.
Profil de l'entreprise : Une Structure Active au Cœur du Pays de Maîche
LES FRUITIERES REUNIES est une entreprise active spécialisée dans l'autre commerce de détail alimentaire en magasin spécialisé, implantée à Trévillers, dans le département du Doubs. Trévillers, commune du Pays de Maîche, est classée en « zone rurale à habitat dispersé ». Fondée en 1996 sous sa forme actuelle, la structure témoigne de trois décennies d'existence sous cette dénomination, tout en s'inscrivant dans une tradition laitière locale débutée plus d'un siècle auparavant.
L'équipement technique actuel comprend une cuve de 6 000 l et deux de 5 000 l des Établissements Chalon-Megard, une installation de soutirage par pompe à caillé et répartiteur de 14 places de la même société, un système de pressage de 60 places dû à Rouhier de Sancey-le-Grand, écrémeuse et baratte, ainsi que des réservoirs extérieurs pour le stockage de 30 000 l de lait et autant de sérum. Cette infrastructure permet à la coopérative de maintenir une activité soutenue, répondant aux exigences de qualité des produits du terroir français, tout en assurant une présence commerciale directe auprès des consommateurs.
L'Expertise des Acteurs du Patrimoine Bâti
L'histoire des bâtiments de Trévillers est indissociable des architectes qui ont su anticiper les mutations industrielles. Charles-Frédéric Surleau (1841-1932), né à Digoin et formé à l'École des Arts et Manufactures, a marqué la région de son empreinte en construisant écoles, édifices religieux et fromageries. Lucien Marcel Hézard (1894-1984), élève de Gustave Umbdenstock et formé à l'École des Beaux-Arts, a également contribué à l'adaptation des locaux dans l'entre-deux-guerres, alliant fonctionnalité et durabilité. Ces collaborations successives entre les municipalités, les coopératives et les concepteurs ont permis de transformer une petite fruitière communale en une entité industrielle performante au service de la filière laitière du Doubs.
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