Le lierre est très répandu en France et peut rapidement recouvrir une façade entière. C’est probablement la plante grimpante la plus commune dans les jardins et les forêts de France. Vivace et résistant, le lierre, ou Hedera helix, peut aussi bien s’agripper aux troncs des arbres qu’aux grilles ainsi qu’aux murs. Sur certains bâtiments, il peut même recouvrir entièrement une façade. Symbole d’immortalité avec son feuillage persistant épais et luisant que les saisons n’affectent pas et sa vigueur peu commune parmi les quelques lianes que compte l’hémisphère Nord, le lierre fait partie de notre quotidien au point qu’on ne lui porte plus beaucoup d’attention… sauf notamment lorsqu’il prend la liberté de partir à la conquête de bâtiment où on ne l’attendait pas. Certains peuvent apprécier cette idée et donc vouloir entretenir le lierre déjà présent, voire en planter. Mais sa présence n’est pas anodine et il convient de bien peser le pour et le contre.

Les bénéfices esthétiques et environnementaux du lierre
L’intérêt principal du lierre est avant tout esthétique. Il permet de végétaliser une habitation, même si celle-ci n’a pas un grand jardin, et de créer un îlot de verdure. Il camouflera élégamment les façades disgracieuses, par exemple en parpaing nu. Le lierre grimpant transforme les espaces verts en véritables refuges de biodiversité. Sa floraison tardive, entre septembre et octobre, représente une source de nectar et de pollen précieuse pour les abeilles sauvages, les syrphes et les derniers papillons de la saison. Les baies noires qui mûrissent entre mars et mai nourrissent de nombreux oiseaux en fin d’hiver : merles, mésanges, moineaux et grives.
Laisser grimper du lierre sur un mur a aussi un intérêt environnemental. Il agit comme une seconde couche isolante, limitant la chaleur en été et protégeant du froid en hiver. Il contribue ainsi à réduire les dépenses énergétiques. Le feuillage intercepte la pluie battante et filtre les polluants atmosphériques. Il peut même absorber une partie de l’humidité présente dans les murs, ainsi que certains polluants. Loin d’étouffer les arbres, le lierre les protège de multiples façons : il forme une barrière thermique qui limite les chocs de température, protège l’écorce du gel hivernal et réduit la surchauffe estivale. Au pied des arbres, le lierre maintient l’humidité du sol et limite l’érosion.
Interaction entre le lierre et les structures bâties
La question de la dégradation est au cœur des préoccupations des travaux d’Historic England, dont le rôle est de protéger les monuments historiques anglais. Les jeunes tiges de lierre s’attachent aux murs et grimpent par l’intermédiaire de radicelles aériennes. Le lierre grimpant s’accroche aux surfaces grâce à des racines adventives spécifiques situées le long de ses tiges. Elles fonctionnent comme de petites ventouses et sécrètent en plus une substance collante pour s’attacher solidement aux murs.
Le potentiel de dommages causés par le lierre aux murs est lié à leur état. Le lierre ne peut pas percer activement les murs, mais il peut causer des problèmes lorsqu’il pousse dans des défauts existants comme des trous ou des fissures. Sur une maison, les rameaux du lierre s’agrippent aux aspérités du revêtement, sans le dégrader. En revanche, les joints dont le mortier est abîmé ou réalisés « à l’ancienne » avec un mélange de sable et de chaux peuvent être gravement endommagés par la plante. Le lierre est interdit sur les murs en « pierres sèches » montés avec de la terre.

Risques et gestion des nuisances
La présence de cette plante peut présenter des avantages au-delà de l’esthétisme, mais il faut cependant l’entretenir et le surveiller pour éviter qu’il cause des dégâts. Il ne faut pas non plus négliger le poids du lierre. Il peut progressivement fragiliser, voire plier une grille ou un garde-corps. Il peut aussi encombrer les gouttières. Par ailleurs, lorsqu’il meurt ou est arraché, le lierre laissera des traces très difficiles à retirer sur les façades.
Contrairement à une idée reçue, le lierre ne protège pas forcément les murs de l’humidité. Même si les racines aériennes ne peuvent pas rentrer au cœur d’un matériau solide, elles profiteront en revanche de la moindre faille pour s’infiltrer. Une fois installé dans une fissure, le lierre peut du coup l’aggraver au fur et à mesure de son développement, causant un effritement du mur et même des infiltrations d’eau. Bien connu des vieilles bâtisses, le lierre est un excellent couvre-mur qui peut prendre des proportions impressionnantes. Rustique et de croissance assez rapide, il devient ensuite difficile à enlever.
Stratégies de plantation et d'entretien
Si vous souhaitez conserver le lierre sur vos murs, il convient donc de l’entretenir, notamment par une taille régulière. Il faudra également vérifier régulièrement qu’il ne cause pas de dégâts. Si vous souhaitez en faire pousser, procédez préalablement aux réparations nécessaires pour ne laisser aucune faille. Elles n’ont pas à être esthétiques puisqu’elles seront dissimulées par les feuilles. Le plus sûr est encore de placer un treillis contre la façade afin de la protéger et de pouvoir entretenir le lierre plus facilement.
La taille du lierre
De la même façon, nous vous conseillons de mettre en place une barrière anti-racines au pied de votre lierre. La plante formera un seul tronc robuste plutôt que de courir au sol et de risquer de remonter plus loin sur le mur. Une surveillance régulière permet de profiter des bienfaits du lierre sans subir ses inconvénients. La coupe progressive en automne, lorsque la sève est moins active, limite le stress des végétaux.
Considérations sur la pérennité du patrimoine
Je commencerai par citer le grand architecte Français, spécialiste de la rénovation Eugène Viollet-le-Duc qui s’est exprimé en ces mots : « Le lierre, ce meilleur conservateur des monuments historiques… ». Dans le cas de murs qui ne présentent pas de dégradations, le lierre s’avère très efficace pour réduire les extrêmes de température et d’humidité ainsi que la fréquence et l’ampleur des variations qui peuvent autrement contribuer à la détérioration des maçonneries.
En résumé, le lierre peut bel et bien causer des dommages aux murs mais seulement lorsque ces derniers sont déjà significativement détériorés. Il ne représente donc aucun danger pour les bâtiments récents ou bien entretenus et contribue même à les protéger de la pollution et des outrages du temps. Profitez des qualités décoratives et écologiques du lierre, mais fixez-lui des limites claires : zone dédiée, taille régulière, surveillance des jeunes pousses. Le lierre se marie harmonieusement avec d’autres plantes grimpantes comme la clématite, la vigne ornementale ou le houblon. Avec ces quelques précautions, vous profiterez du lierre et de tous ses bénéfices en minimisant les risques de dommages.
