La Fin d'une Ère au Verger de la Salle : L'Adieu à la Cueillette de Pommes au Chauchet

Verger de pommiers sous le soleil

Le paysage agricole du Chauchet, en Creuse, est le théâtre d'un changement significatif avec la fermeture du Verger de la Salle après trente années d'activité. Ce verger, emblématique pour de nombreux habitants et visiteurs, avait notamment permis à sa clientèle de pratiquer la cueillette de pommes, offrant une expérience immersive au cœur de la production fruitière locale. Cette page qui se tourne marque la fin d'une aventure familiale et d'une tradition de vente directe, mais elle ouvre également la voie à de nouvelles perspectives pour les terres du Chauchet.

Trente Ans de Production et de Cueillette Libre

Pendant trois décennies, Jean-François Giraud, l'agriculteur derrière le Verger de la Salle, a cultivé une douzaine de variétés de pommes sur huit hectares. Son exploitation ne se limitait pas à la seule vente des fruits, mais invitait également ses clients à venir cueillir eux-mêmes leurs pommes, créant ainsi un lien direct et privilégié avec la production. Au-delà de la cueillette, les pommes du Verger de la Salle étaient également disponibles en vente directe, sur internet ou dans les supermarchés creusois, sous forme de fruits frais, de jus ou encore de cidre. Ce modèle commercial a permis de développer une clientèle fidèle, désireuse de consommer des produits locaux et de qualité.

Découvrez l'histoire derrière les vergers de la famille Latapie

Une Retraite Réfléchie et un Passage de Relais Partiel

Jean-François Giraud est officiellement à la retraite depuis un an, mais il a continué, avec son épouse, à soutenir leur fils qui a repris l'activité agricole. Cependant, la charge de travail est devenue trop lourde pour une seule personne, jonglant entre l'élevage de vaches laitières, les pommiers et la biométhanisation. C'est cette réalité qui a conduit à la décision nécessaire d'arrêter l'activité de pomiculture. Le fils de Jean-François Giraud a choisi de se concentrer uniquement sur l'élevage laitier et la méthanisation, des activités jugées plus viables et moins contraignantes dans le contexte actuel. Jean-François Giraud exprime cette transition avec sérénité : "Ce n'est pas triste, c'est une autre aventure." Il souligne également la motivation de son fils à profiter de sa famille, ce qu'il trouve "tout à fait normal".

Les Défis Climatiques et le Manque de Main-d'œuvre

Graphique montrant l'évolution des températures printanières et l'incidence du gel

La décision d'arrêter la production de pommes n'est pas uniquement liée à la retraite et à la réorganisation familiale. Elle est aussi profondément influencée par des facteurs externes, notamment les conséquences du réchauffement climatique et le manque de main-d'œuvre. Jean-François Giraud explique que "sur les cinq dernières années, le gel de printemps est de plus en plus intense, avec -7 degrés en avril". Chaque année, la famille devait allumer des feux contre le gel pendant au moins quinze jours pour tenter de sauver la production. Les canicules à répétition ont également eu un impact négatif sur le rendement du verger, entraînant une baisse de la production. Ces aléas climatiques ont généré une source de stress qui n'était plus acceptable pour la famille, pesant lourdement dans la balance de la décision. Le manque de main-d'œuvre qualifiée et disponible a également rendu l'activité de plus en plus incertaine, complexifiant la gestion d'un verger de cette taille.

La Vente des Pommiers : Une Seconde Vie pour les Arbres

Fin octobre, après la dernière récolte, le Verger de la Salle comptait encore 12 000 pommiers d'une douzaine de variétés. Pour éviter de détruire les 7 000 arbres restants, Jean-François Giraud a pris la décision de vendre ses pommiers. C'est ainsi que des pommiers de 2 mètres 10 à 2 mètres 50 sont proposés à la modeste somme de 10 euros, quelle que soit la variété. La vente a débuté et se poursuivra jusqu'en mars, uniquement les samedis après-midi. L'arboriculteur procède lui-même à l'arrachage des arbres, qu'il dépose ensuite dans les camions et remorques des clients venus les récupérer.

Client achetant un pommier fraîchement arraché

Depuis l'annonce de cette vente, des dizaines de personnes défilent chaque semaine. Jean-François Giraud constate que "beaucoup de Creusois, de l'Allier et du Puy-de-Dôme viennent acheter [ses] arbres." Il s'agit souvent d'anciens clients qui souhaitent continuer à avoir leurs propres pommes à la maison, mais aussi de personnes venues de régions plus éloignées comme la Normandie, l'Alsace ou même le Nord.

Conseils pour les Nouveaux Acquéreurs et la Période de Plantation

Bien que le verger ne puisse garantir la reprise de l'arbre fruitier après replantation, Jean-François Giraud partage généreusement son expertise et ses conseils avec les nouveaux acquéreurs. Il rappelle l'adage populaire : "À la Sainte-Catherine [le 25 novembre], tout bois prend racine," soulignant ainsi que la meilleure période pour replanter un arbre est à la fin de l'automne ou au début de l'hiver. Cependant, il tempère cette règle en partageant son expérience personnelle : "Mais en 1993, quand on a planté nos premiers pommiers, on l'avait fait en avril et cela avait très bien marché." Cette anecdote illustre que si certaines périodes sont optimales, la réussite de la plantation dépend également d'autres facteurs et d'un certain savoir-faire. Il est donc essentiel pour les acheteurs de bien se renseigner et de suivre les recommandations pour maximiser les chances de succès de leurs nouveaux pommiers.

L'Impact sur le Territoire et la Diversification Agricole

La fermeture du Verger de la Salle est un événement marquant pour la Creuse, soulignant les défis auxquels sont confrontés les producteurs locaux. L'activité de cueillette de pommes était non seulement une source de revenus pour la famille Giraud, mais aussi une attraction pour le tourisme local et un moyen de valoriser les produits du terroir. Le verger a contribué à l'identité agricole du Chauchet pendant trois décennies, et son absence sera ressentie par la communauté.

Carte de la Creuse montrant les différentes activités agricoles de la région

Cependant, cette transition met également en lumière la capacité d'adaptation des agriculteurs face aux nouvelles réalités économiques et climatiques. La décision de se concentrer sur l'élevage laitier et la méthanisation illustre une tendance à la diversification et à l'optimisation des ressources agricoles. La méthanisation, par exemple, permet de valoriser les déchets agricoles en produisant de l'énergie, s'inscrivant ainsi dans une démarche d'économie circulaire et de développement durable.

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Cette réorientation, si elle marque la fin d'une tradition fruitière au Chauchet, ouvre la voie à de nouvelles formes d'agriculture et à des approches plus résilientes. L'intérêt manifesté par d'autres producteurs creusois pour la plantation de noisetiers, en réponse à la demande de l'association des pâtissiers Le Creusois, témoigne également de cette dynamique de diversification et de l'adaptation du secteur agricole local aux opportunités du marché. La transition du Verger de la Salle est un micro-exemple des macro-tendances qui transforment le monde agricole aujourd'hui, entre héritage, innovation et impératifs environnementaux.

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