Les Ressources Naturelles au Cœur de l'Horticulture : Enjeux et Perspectives

L'horticulture, cet art millénaire de cultiver les jardins englobant les fleurs, les plantes ornementales, les fruits et les légumes, mais aussi la conservation des plantes, la gestion des sols, la conception des paysages et la restauration, constitue une filière d’une importance capitale pour l'humanité. Elle est un pilier essentiel de la sécurité et de l’équilibre alimentaire et sanitaire mondial, fournissant des produits frais et nutritifs indispensables à notre alimentation. En effet, des chiffres clés révèlent l'ampleur de cette production : 952 millions de tonnes de fruits et 1 200 millions de tonnes de légumes sont produits chaque année dans le monde. Le marché mondial des fruits et légumes, d'une valeur de 1 376 milliards de dollars selon les données Data Bridge 2024, dépasse largement celui des céréales et même celui de la viande.

Un verger luxuriant

Ces chiffres, bien que significatifs, ne sont qu'un reflet très partiel de la filière. Une part importante des productions est consommée au plan local ou régional et n'est pas toujours comptabilisée dans les statistiques nationales. Dans la plupart des pays tropicaux, par exemple, les fruits et légumes sont produits par de petites exploitations familiales qui alimentent les marchés locaux, nationaux et même internationaux. Les grandes exploitations, quant à elles, sont plutôt orientées vers la vente en supermarché et l’exportation. La richesse de cette filière réside dans sa grande diversité, ses spécificités, mais aussi ses défis majeurs, notamment en matière de gestion des ressources naturelles.

Les Caractéristiques Distinctives de la Filière Horticole

La filière horticole se distingue par plusieurs caractéristiques fondamentales qui influent directement sur la gestion de ses ressources naturelles.

Une Diversité Biologique Exceptionnelle

La filière se caractérise par une immense diversité des espèces et des biologies. On y trouve des semences ou des plants, des cultures annuelles ou pérennes, et au sein même des fruits et des légumes, une grande variété : légumes-fruits, légumes-feuilles, légumes-racines, etc. Cette richesse végétale est un atout, mais elle implique également une complexité dans les pratiques culturales et la gestion des écosystèmes.

La Périssabilité des Produits et l'Impact sur les Pertes

Les produits horticoles frais sont intrinsèquement périssables, les rendant sensibles à une multitude de ravageurs et de maladies. Les pertes et gaspillages dans cette filière sont alarmants, étant estimés entre 30 et 50 % de la production mondiale de fruits et légumes. Cette fragilité exige des stratégies de production et de conservation efficaces pour maximiser l'utilisation des ressources engagées.

Des Activités Locales et Régionales Souvent Informelles

Beaucoup d'activités horticoles, surtout dans les pays du Sud, sont locales et régionales, souvent informelles, multisites et multi-acteurs de tailles très réduites. Elles échappent largement aux données statistiques, aux réglementations et aux décisions politiques, tant en amont de la filière, comme la gestion des semences et des plants, qu'en aval, tel que le commerce transfrontalier. Cette informalité rend plus complexe la mise en œuvre de politiques de gestion durable des ressources.

La Sensibilité aux Pressions Sanitaires et l'Usage des Pesticides

La sensibilité des fruits, légumes, plantes aromatiques, etc. aux pressions sanitaires est une préoccupation majeure. Les critères de qualité et d’aspect, liés à leur fraîcheur, conduisent à un usage important de pesticides, qu'ils soient naturels ou de synthèse. Le secteur horticole est ainsi l’un des plus gros consommateurs de pesticides chimiques et génère des coûts cachés environnementaux, notamment en écotoxicologie, mais également de santé de plus en plus significatifs.

Application de pesticides en horticulture

Une Forte Dépendance à l'Approvisionnement en Eau

Une autre caractéristique essentielle est la forte dépendance de l'horticulture à l’approvisionnement en eau. Dans certains contextes du Sud, l’épuisement des ressources en eau ainsi que les pollutions des eaux et des sols, qui accompagnent les productions horticoles intensives (comme les bananes ou les agricultures péri-urbaines), soulèvent de nombreuses controverses. La transition agroécologique représente ici un enjeu essentiel pour produire plus et mieux tout en préservant cette ressource vitale.

L'Horticulture face aux Défis de l'Épuisement des Ressources Naturelles

L'ensemble de l'économie mondiale et la satisfaction de nos besoins fondamentaux (se loger, se nourrir, se déplacer, s’équiper) reposent sur l'utilisation des ressources naturelles. Celles-ci se présentent sous diverses formes : l’eau, l’énergie (comme le pétrole ou le soleil), les plantes et animaux (biomasse), ou encore les minéraux (métalliques ou non). Si certaines sont renouvelables, toutes ont un impact sur l’environnement.

Le "jour du dépassement mondial", calculé par le Global Footprint Network, est une date annuelle qui marque le moment où l’humanité a consommé toutes les ressources que la Terre peut produire en un an. En 2024, cette date est arrivée le 1er août, et elle tend à arriver de plus en plus tôt, signe d'une consommation insoutenable.

Une Consommation de Matières en Hausse Exponentielle

Les chiffres sont éloquents : 30 milliards de tonnes de matières ont été extraites dans le monde en 1970, contre 107 milliards de tonnes en 2024. Ce chiffre a triplé en 50 ans et pourrait augmenter de 60 % d’ici 2060. Cette forte hausse est directement liée à la croissance de la population, mais surtout à une consommation de plus en plus importante par personne. Cette exploitation intensive a des effets négatifs sur l'économie des pays et sur la qualité de vie des populations, contribuant à plus de 55 % des émissions de gaz à effet de serre, responsables de l’accélération du réchauffement climatique, et à 40 % des particules fines, très dangereuses pour la santé.

Évolution de la consommation de ressources naturelles mondiales

L'Eau, une Ressource Précieuse sous Pression

L’eau est une ressource indispensable pour toutes les activités humaines, et l'horticulture en est une grande consommatrice. Bien que la France ait vu sa consommation d’eau douce diminuer au cours des vingt dernières années, avec une moyenne de 32,9 milliards de m³ par an entre 2008 et 2023, la ressource diminue progressivement. Entre 1990-2001 et 2002-2022, elle a baissé de 14 %. Le risque de manque d’eau, ou « stress hydrique », est particulièrement important en été, période où l’eau disponible est à son plus bas niveau et où les besoins des cultures horticoles sont souvent les plus élevés. Chaque habitant en France consomme en moyenne 150 litres d’eau potable par jour, une consommation qui reste stable depuis 2014.

Le stress hydrique est l’une des principales causes de perte de rendement agricole

La Biomasse et les Minéraux : Autres Composantes de l'Exploitation

La biomasse, issue de l’agriculture et de la pêche, représente une part significative des matières extraites en France, soit 222 millions de tonnes, ou 36 %. Les minéraux non métalliques, comme le sable et les graviers, sont également largement extraits, avec 392 millions de tonnes en 2022. L’extraction de minerais métalliques est très faible en France (seulement 0,2 million de tonnes par an), mais la demande mondiale en métaux comme le lithium, le nickel et les terres rares est appelée à augmenter avec la transition énergétique, posant de nouveaux défis en termes d'approvisionnement et d'impact environnemental.

La Transition Agroécologique : Une Réponse aux Enjeux de Durabilité

Face à ces défis, la transition agroécologique représente un enjeu essentiel pour l'horticulture. Le Cirad, par exemple, œuvre activement à cette transition, compte tenu des spécificités de la filière.

Coconcevoir des Systèmes de Production Résilients

Un objectif clé est de coconcevoir des systèmes de production plus diversifiés et basés sur les services écosystémiques. Ces systèmes visent à être plus résilients face aux risques climatiques, sanitaires et économiques, et moins dépendants des intrants et ressources externes. L'UR Hortsys, par exemple, élabore les principes d’une agroécologie des systèmes horticoles tropicaux pour concevoir des systèmes de culture durables, en partenariat avec les acteurs locaux.

Gérer Durablement la Fertilité des Sols et les Ressources en Eau

La gestion durable de la fertilité des sols, des ressources en eau et des ressources naturelles non renouvelables (énergies fossiles, ressources minérales) est primordiale pour la production et l’utilisation des produits horticoles. Cela implique des pratiques innovantes pour maintenir la productivité des sols tout en minimisant l'épuisement des nutriments et la pollution.

Techniques d'irrigation durable

Concilier Technologies et Exigences de Qualité

Réussir à concilier low- et high-technologies est crucial pour s’adapter aux contextes multiples et répondre aux exigences de qualité sanitaire, nutritionnelle et sensorielle des produits horticoles. L'UMR PVBMT développe, par exemple, des méthodes innovantes de lutte contre les ravageurs, les maladies et les adventices des agrosystèmes, ainsi que de nouveaux modes de conservation des milieux forestiers indigènes. Le projet PreHLB illustre également cette approche en cherchant à limiter les risques d’introduction et de dispersion de la maladie du Huanglongbing (HLB) dans les vergers d’agrumes européens.

Vers des Systèmes Alimentaires Équitables et Durables

Le défi de l'horticulture durable s'étend à la coconception et au développement de systèmes alimentaires plus durables. Il s'agit de trouver des solutions qui limitent les risques socio-économiques des producteurs tout en assurant aux consommateurs l’accessibilité à des produits sains, appétents et bon marché, tout en respectant l’environnement.

Limiter l'Usage des Produits Chimiques et Valoriser la Biodiversité

Contribuer à des systèmes alimentaires équitables et durables passe par la limitation de l'utilisation de produits chimiques de synthèse et la valorisation de la biodiversité locale. Ceci permet non seulement de réduire l'impact environnemental, mais aussi de préserver la richesse génétique des plantes.

Assurer des Revenus et Emplois Décents

Inventer des systèmes qui permettent aux producteurs d’avoir des revenus décents est un aspect fondamental. Cela inclut la mise en œuvre de stratégies permettant de limiter les pertes pendant la culture et post-récolte, garantissant ainsi aux produits horticoles les qualités sanitaires (sans utilisation de pesticides et sans contamination biologique ou chimique), organoleptiques et nutritionnelles demandées par le marché. De plus, il est essentiel de garantir des emplois décents (statuts, création d’emploi, emploi des femmes, emploi des migrants) tout au long de la filière horticole. En France, la filière horticole compte près de 170 000 emplois, englobant fleuristes, paysagistes, arboriculteurs, maraîchers, etc., soulignant la diversité et l'importance des métiers.

L'Importance des Connaissances, Innovations et Partenariats

Dans le passé, le développement agricole mondial a été principalement centré sur les gains de productivité, négligeant souvent l'intégration de la gestion des ressources naturelles à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il est désormais préférable de suivre une approche holistique ou systémique, de manière à tenir compte des difficultés associées à la complexité des systèmes de production alimentaire et d’autres systèmes de production dans différentes zones écologiques, régions et cultures.

Collaboration entre agriculteurs et chercheurs

Exploiter les AKST Existantes et en Créer de Nouvelles

Les AKST (Knowledge, Science, Technology and Innovation for Development - Connaissances, Sciences, Technologies et Innovations pour le Développement) existantes sont souvent bien comprises pour résoudre les problèmes d’exploitation des ressources naturelles, comme l’atténuation du problème d’infertilité des sols par des processus naturels et des intrants synthétiques. Cependant, les problèmes des ressources naturelles ne pourront être réglés que si les parties prenantes ayant une formation, des compétences et des priorités différentes adoptent des approches nouvelles et ingénieuses.

Il est nécessaire d'utiliser les AKST existantes pour s’attaquer aux causes sous-jacentes de la baisse de la productivité liée à la mauvaise gestion des ressources naturelles, et de créer de nouvelles AKST sur la base d’approches multidisciplinaires afin de mieux cerner la complexité de la gestion des ressources naturelles. Cela implique de trouver des moyens économiques pour suivre les tendances d’utilisation des ressources naturelles.

Renforcer les Capacités Humaines et les Partenariats

L'accroissement des ressources humaines pour soutenir le capital naturel est une priorité, en investissant davantage dans la recherche, la formation et l’éducation, les partenariats et la formulation de politiques. Il est également crucial d’attirer l’attention sur les coûts sociaux de la dégradation et la valeur des services écosystémiques.

Les possibilités de collaboration à différents niveaux et dans différents contextes sociaux et environnementaux ne sont pas suffisamment exploitées. Il existe peu d’exemples d’apprentissage mutuel entre agriculteurs, et chercheurs ou décideurs. Les agriculteurs et les membres de la société civile ont donc rarement l’occasion de participer à l’élaboration des politiques de gestion des ressources naturelles. Les partenariats qui viennent d’être mis en place au niveau local avec le secteur privé représentent une option prometteuse.

Promouvoir l'Excellence et la Compréhension Mutuelle

Il est recommandé de promouvoir les centres d’excellence sur les AKST au service de la gestion des ressources naturelles. Ceci encouragera une exploitation plus rationnelle des ressources et permettra de formuler de meilleures stratégies d’amélioration des capacités de régénération, de préservation et de renouvellement des ressources dans le cadre de processus d’apprentissage mutuel dans les domaines de la recherche-développement, du suivi et de l’élaboration de politiques.

De plus, il est essentiel de créer les conditions nécessaires pour renforcer les capacités de gestion des ressources naturelles et permettre aux parties prenantes et à leurs organisations de mieux comprendre en quoi consiste la gestion des ressources naturelles, de façon à formuler une politique de gestion en partenariat avec les secteurs public et privé.

Concilier Mondialisation et Localisation

Une approche réussie implique de concilier mondialisation et localisation en établissant un lien entre les connaissances et les innovations locales en matière de gestion des ressources naturelles et les AKST générées dans les secteurs public et privé. Cette synergie permet de tirer parti des meilleures pratiques à toutes les échelles.

Le stress hydrique est l’une des principales causes de perte de rendement agricole

Créer des Réseaux de Professionnels des AKST

La création de réseaux de professionnels des AKST, incluant des organisations paysannes, des ONG, des gouvernements et le secteur privé, est fondamentale pour faciliter la gestion efficace à long terme des ressources naturelles de manière à en tirer un meilleur parti pour le bien de tous.

Lorsque les AKST sont conçues et utilisées de manière créative avec la participation active de multiples intervenants à différents niveaux, il est possible de mettre fin à la surexploitation des ressources naturelles et de tirer parti des ressources hydriques et pédologiques, de la diversité biologique, des services écosystémiques, des combustibles fossiles et de la qualité de l’air, en les préservant pour les générations futures. L'ethnobotanique, l'archéobotanique, la biogéographie, la paléobotanique, l'ethnopharmacologie ou encore la toponymie sont quelques-unes des nombreuses disciplines qui peuvent contribuer à mieux connaître les relations, anciennes et contemporaines, entre l'homme et le végétal, mais aussi à faire connaître les ressources végétales en jeu. Une étude menée en 2012 par le CBN Massif central sur les plantes sauvages collectées à des fins artisanales ou industrielles a permis d'identifier plus de 370 espèces cueillies sur le territoire de compétence, généralement sur des zones à forte biodiversité. Parmi les espèces les plus cueillies en volume et les plus consommées par les grossistes et transformateurs figurent la Gentiane jaune, le Narcisse des poètes, les lichens, l’Arnica des montagnes, la Myrtille, les millepertuis, l’Épilobe à feuilles étroites, l’Aubépine monogyne, la Reine des prés ou encore l’Achillée millefeuilles. L'engouement croissant pour les produits biosourcés rend nécessaire une réévaluation de ces résultats à la lumière des pratiques de consommation actuelles.

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