La fantasy, genre littéraire qui mêle, dans une atmosphère d’épopée, les mythes, les légendes et les thèmes du fantastique et du merveilleux, occupe une place centrale dans notre culture contemporaine. Pourtant, ce genre est assez complexe à saisir. Commençons par la définition officielle proposée par le dictionnaire Larousse : « Genre littéraire qui mêle, dans une atmosphère d’épopée, les mythes, les légendes et les thèmes du fantastique et du merveilleux. » Cependant, la définition française pose certains problèmes par rapport à ce que la définition recouvre dans les pays anglophones. La fantasy étant un genre dont l’imaginaire pluriel s’est construit à la frontière d’autres genres, en empruntant leurs codes.
Le Symbolisme Végétal et le Lierre : De l'Antiquité à la Magie
Dans le royaume de Luminara, où les collines verdoyantes s’étendaient à perte de vue et les rivières chantaient des mélodies cristallines, vivait un mage du nom d’Alaric. C’est souvent à l’orée de la forêt, cette étendue sylvestre plus énigmatique et sombre, que la civilisation s’arrête et que le surnaturel reprend ses droits. Ici, le lierre joue un rôle symbolique majeur, ancré profondément dans les traditions antiques. Observateurs, les anciens Grecs employaient au moins deux noms différents pour distinguer helix de kissos : c’est essentiellement par la forme des feuilles de ces deux lierres qu’on pouvait nettement les séparer.
Le lierre est l’un des nombreux végétaux attributs d’Osiris, comme cela est confirmé par le nom grec qu’on lui a donné, c’est-à-dire chenosiris, signifiant « arbre d’Osiris ». Sémélé, enceinte des œuvres de Zeus, porte Dionysos dans son ventre. La mythologie explique que pour que l’enfant soit protégé de l’ardeur solaire du dieu du tonnerre, un lierre s’interposa entre la mère et l’enfant. C’est à cet extrait du mythe que Dionysos doit son nom qui, littéralement, veut dire « né deux fois ». Cette plante est l’un des plus évidents attributs végétaux de ce dieu.

Le lierre possède des propriétés ambivalentes : s’il est considéré comme un antidote à l’ivresse bacchique, Plutarque note qu’il renferme des esprits violents qui éveillent, excitent et produisent des transports suivis de convulsions. Il inspire une ivresse sans vin, une sorte de possession à ceux qui ont une disposition naturelle à l’extase. Cette dualité entre protection et danger, entre vie et mort, fait du lierre un élément incontournable de l’iconographie de la fantasy, symbolisant souvent le lien entre le monde matériel et les forces occultes.
Les Racines de la Fantasy : Des Mythes aux Pulps
D’où vient la fantasy ? Ses origines les plus anciennes sont à chercher dans les récits mythologiques. L’Épopée de Gilgamesh est le plus ancien récit épique qui nous soit parvenu. Plus proche de nous, l’Iliade, et surtout l’Odyssée d’Homère, textes de références de la culture antique, ont aussi insufflé un véritable souffle qui a inspiré une grande partie des œuvres de fantasy. Puis, vint la chanson de geste, entre réalité et folklore. Le cycle arthurien notamment devient une référence de l’imaginaire médiéval, brouillant la frontière entre réalité historique et imagination.
La fantasy, telle que nous la connaissons, serait née au XIXe siècle, popularisée par George MacDonald et son œuvre Phantastes. Cependant, le véritable berceau de la fantasy moderne se trouve dans les pulps magazines des années 1930. Grâce à leur impression sur du papier de mauvaise qualité, ils ne coûtaient pratiquement rien. On y croise de tout : de la légendaire pin-up sensuelle aux créatures hallucinées de la science-fiction, en passant par le héros viril et bodybuildé. C’est dans ces pages que Robert E. Howard, l’un des piliers du genre, a fait évoluer Conan le Barbare.
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L'Héroïsme Solitaire et le Destin des Artefacts
Le héros solitaire, possédant une force physique ou magique en lui, est la figure de proue de l'Heroic Fantasy. Prenons l'exemple d'Alaric, qui, dans sa tour en pierre, feuilletait un vieux grimoire à la couverture usée. Ce grimoire contenait la clé pour trouver l’Orbe de Lumière, un artefact légendaire capable de repousser les ténèbres. Cette structure narrative, où un héros doit accomplir une quête pour détruire ou retrouver un objet mystique, est un pilier hérité des récits classiques.
L'impact du britannique J.R.R. Tolkien a été déterminant sur la fantasy. Là où certains auteurs ont créé des langages dans leurs histoires pour les rendre plus immersives, Tolkien a créé l'un des mondes de fantasy les plus riches qui soit. L'univers de la Terre du Milieu est notre Terre, mais dans des temps très lointains et inconnus de l'Histoire. Tolkien était un homme de son époque, influencé par les guerres mondiales, dont on retrouve les stigmates dans son œuvre : une alliance de différents peuples contre une force totalitaire, dans un combat qui s'annonce, à première vue, désespéré.
Diversité et Évolution du Genre
La fantasy est un genre qui s’est diversifié. Anne Besson a dénombré les sous-genres : l’Heroic Fantasy, qui s’intéresse à un héros solitaire, et la High Fantasy, qui porte souvent sur un groupe de héros luttant contre une grande force antagoniste. L’avantage de la fantasy est qu’elle peut aussi bien transcender les genres que les médias : elle est facilement assimilable à la science-fiction et au fantastique.
Dans la littérature contemporaine, des auteurs comme Catherine L. Moore ont ouvert la voie. Elle est créditée de l’invention de la première héroïne de Fantasy, Jirel de Joiry, châtelaine française d’un Moyen Âge encore proche de l’antiquité romaine. De même, des auteurs comme Philip José Farmer ont réutilisé des personnages historiques ou de fiction, comme Tarzan, pour explorer des cités perdues. Plus récemment, des auteurs comme Robert Holdstock ou Angus Wells ont exploré la Fantasy mythique, réutilisant les codes du mythe celtique, tandis que des plumes contemporaines comme Paul Beorn ou Patrick Rothfuss enrichissent le genre par des structures narratives complexes, alternant entre le présent et le passé pour approfondir la psychologie de leurs personnages.

La fantasy, qu'elle soit explorée à travers des jeux de rôle comme Chroniques Oubliées, Pathfinder (le monde de Golarion) ou L'Œil Noir, ou à travers les grandes sagas cinématographiques comme Le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter, reste un moteur puissant de l'imaginaire humain. Elle nous permet d'explorer nos propres peurs, nos espoirs, et le besoin éternel de voir la lumière triompher des ténèbres, tout comme Alaric, avec l'Orbe de Lumière, redonnant vie et couleur à la terre de Luminara. La lumière triomphe toujours, et dans ce monde merveilleux, l'aventure ne s'arrête jamais vraiment.