L'alimentation des phasmes : de la ronce au lierre, guide complet pour un élevage réussi

Phasme sur feuille

L'élevage de phasmes, ces insectes aux formes et couleurs variées, est une activité fascinante et généralement accessible, même pour les débutants. Cependant, comme pour tout animal vivant, il est impératif de respecter leurs besoins essentiels, notamment en matière d'alimentation. Les phasmes, étant phytophages, se nourrissent exclusivement de feuilles, mais toutes les plantes ne leur conviennent pas. Une erreur dans le choix de la nourriture peut s'avérer fatale pour ces créatures discrètes.

Le terme "phasme" vient du mot latin phasma, signifiant fantôme, une appellation qui met en lumière leur extraordinaire capacité à se camoufler dans la végétation grâce à leur homochromie et à leur aspect. En effet, ils imitent à la perfection les bâtons, les feuilles, les tiges épineuses, les écorces, voire les lichens. Cette adaptation est cruciale non seulement pour leur survie dans la nature, mais aussi pour les éleveurs qui cherchent à reproduire au mieux leur environnement.

Il est rare de pouvoir leur donner le feuillage qu'ils trouveraient dans leur environnement naturel. Il est donc nécessaire de se tourner vers des végétaux de substitution. La plupart consomment des ronces ou du lierre, mais pas tous. Une documentation précise sur l'espèce choisie est donc indispensable avant de débuter l'élevage. En outre, il est crucial d'éviter de les nourrir avec des plantes traitées avec des pesticides ou des plantes toxiques. Le changement régulier de la nourriture non consommée est également important pour éviter qu'elle ne pourrisse, idéalement tous les 2 à 3 jours, en s'assurant que les feuilles restent fraîches. Le point d'eau n'est pas nécessaire, car les phasmes extraient l'eau de leur nourriture.

Les plantes nourricières incontournables : la ronce, le millepertuis et le troène

Parmi la vaste gamme de plantes acceptées par les phasmes, certaines se distinguent par leur utilité et leur accessibilité, permettant de nourrir plus de 90% des espèces élevées.

La ronce : la base de l'alimentation des phasmes

Ronce avec feuilles et épines

La ronce est sans conteste la plante la plus acceptée par les différentes espèces de phasmes. Elle est une plante nourricière incontournable et peut à elle seule nourrir les trois quarts des espèces que l'on trouve en élevage. Il existe une grande variété de ronces différentes, sans que cela ne semble avoir une grande incidence sur la réussite dans nos élevages. De plus, la ronce a l'avantage de se trouver un peu partout et même en hiver, ce qui en fait une ressource précieuse tout au long de l'année. Dans la même famille que la ronce, on trouve le rosier et le framboisier, qui ont l'inconvénient de perdre leurs feuilles en hiver, limitant ainsi leur utilisation saisonnière. La très grande majorité des phasmes acceptant la ronce accepte aussi le noisetier, qui peut faire une bonne alternative l'été pour varier les plaisirs.

Le millepertuis : une ressource providentielle

Fleurs jaunes de millepertuis

Le millepertuis est une plante providentielle pour de nombreuses espèces, un incontournable pour qui veut avoir accès à des espèces autrement impossibles d'élevage sans cette plante. L'espèce la mieux acceptée de millepertuis est la forme « hidcote » qui forme des petits buissons. Cette variété est souvent utilisée par les municipalités dans les parterres de fleurs, ce qui peut en faciliter l'accès pour les personnes qui n'auraient pas la possibilité d'en planter chez soi. C'est une plante qui garde ses feuilles toute l'année, même si parfois l'hiver, lors de fortes gelées ou d'épisodes neigeux, il arrive que les feuilles tombent ou soient complètement grillées par le froid.

Le troène : essentiel pour des espèces spécifiques

Le troène est utile pour élever certaines espèces qui n'acceptent en général uniquement cette plante ou presque, notamment les Pseudophasmatinae. C'est une plante qui se trouve partout et par tous temps, ce qui en fait une plante souvent utilisée. Une option pour s'en procurer facilement est d'en récupérer chez les fleuristes sous forme de botte. D'un point de vue financier, le prix d'une botte est compris entre 2,5 et 5€.

Autres plantes nourricières importantes et leurs spécificités

Au-delà des trois piliers de l'alimentation des phasmes, de nombreuses autres plantes peuvent compléter ou remplacer l'alimentation, en fonction des espèces et des saisons.

Le lierre : une alternative fréquente mais à surveiller

Le lierre (genre Hedera, famille des Araliacées) est une plante grimpante pouvant atteindre environ 20 mètres, voire jusqu’à 30 mètres, avec des feuilles persistantes généralement vertes. Les feuilles sont à 3 ou 5 pointes pour les rameaux stériles et en losange pour les rameaux florifères. Attention, les feuilles sont toxiques pour l'être humain, tout comme les baies bleu-noir qui apparaissent en hiver. Le lierre commun (Hedera helix), que l’on trouve dans les bois et sur les murs, est un de ceux qui sont le mieux accepté par les phasmes. Il existe diverses variétés que l’on trouve facilement en jardinerie, avec des feuilles panachées vertes et jaunes, vertes à nervures blanches, etc. Le lierre d'Irlande (X « hibernica ») pousse rapidement et est résistant au froid. En revanche, les phasmes boudent généralement les variétés de lierre d'intérieur.

Le lierre peut être une nourriture de substitution principale pour des espèces comme Carausius morosus et Spiniphsama crassithorax. Il peut également être une nourriture de substitution secondaire pour Aretaon Asperrimus, Haaniella dehaanii, Heteropterix dilatata, Neohirasea maerens, Sungaya inexpecta et Trachyaretaon brueckneri. Certaines observations confirment que Sungaya inexpectata consomme le lierre et l'apprécie plus que le chêne, bien que moins que la ronce, en faisant un bon intermédiaire, facile à trouver et robuste dans le temps.

Il est important de noter que si vous utilisez du lierre provenant de jardins, il faut le rincer abondamment, car il pourrait avoir été traité. De plus, toutes les variétés de lierre ne sont pas forcément adaptées à tous les phasmes. Si des phasmes sont en train de mourir après avoir été nourris avec du lierre, la provenance (traité ou non) et les conditions d'élevage (pulvérisations, etc.) sont des facteurs à considérer.

L'eucalyptus : indispensable pour certaines espèces australiennes

Rameaux d'eucalyptus

L'eucalyptus est une plante indispensable pour élever certaines espèces australiennes. Sa facilité d'accès varie selon les régions. Pour les nordistes, l'eucalyptus est souvent une denrée rare. L'espèce qui résiste le mieux au gel est l'Eucalyptus gunii (jusqu'à -14°C). Une autre option pour s'en procurer est d'avoir recours, tout comme pour le salal, à des bottes chez le fleuriste. Le chêne peut être une bonne alternative à l'eucalyptus pour les espèces qui se nourrissent presque exclusivement de cette plante, comme l'Eurycnema notamment.

Le salal : une solution facile d'accès

Le salal, que l'on trouve chez le fleuriste, vient des forêts du Canada et n'a rien de dangereux pour nos pensionnaires. Son prix pour une botte est compris entre 2,5 et 5€. C'est une option pratique pour les éleveurs.

Les fougères : une question de saisonnalité

Pour les fougères que l'on trouve dehors, le problème se pose en hiver lorsqu'elles se font rares. Pour les fougères d'intérieur, il n'y a pas de problème pour en avoir toute l'année, offrant une source de nourriture constante.

Le pyracantha : un auxiliaire précieux pour les jeunes stades

Le pyracantha, un petit arbuste épineux souvent utilisé pour faire des haies, est utile pour l'éleveur un peu à la manière du millepertuis. Il permet de diminuer la mortalité pour les premiers stades chez certaines espèces délicates. On le trouve toute l'année et il tient facilement une semaine en pot.

Le laurier-sauce : attention aux essais monoculture

Feuilles de laurier-sauce

Le laurier-sauce est accepté par principalement deux genres : les Diapherodes (notamment gigantea) et les Marmessoidea (en particulier rosea et quadriguttata). Un essai de cycle avec uniquement cette plante pour les Marmessoidea quadriguttata a montré un très bon départ avec les L1, mais une dégradation rapide avec des pertes de plus en plus fréquentes au fil de la croissance, se soldant par la mort rapide de quelques adultes avant la ponte chez les femelles. La raison de cet échec n'est pas clairement établie, pouvant être due au laurier-sauce ou à d'autres paramètres d'élevage. Cela souligne l'importance d'une alimentation variée et adaptée, et la prudence lors des essais monoculture.

Le plantain : une préférence pour les Pseudophasmatinae

Il existe deux types de plantain : majeur et lancéolé. Plus facile à trouver l'été, on peut continuer à en trouver un peu l'hiver. Le principal intérêt du plantain est d'être très bien accepté et même souvent souvent préféré au troène par les Pseudophasmatinae.

Le noisetier : une alternative estivale

Le noisetier est un arbre caduque que l'on trouve dans la plupart des forêts et certains jardins. La très grande majorité des phasmes acceptant la ronce accepte aussi le noisetier, il peut faire une bonne alternative l'été pour varier les plaisirs.

Le chêne : une alternative à l'eucalyptus

Il existe de nombreuses espèces de chênes et toutes ne se valent pas. À noter que le chêne vert est le seul persistant, ce qui est un grand avantage. Le chêne est une bonne alternative à l'eucalyptus pour les espèces qui se nourrissent presque exclusivement de cette plante (Eurycnema notamment). L'hiver, il est possible de faire germer des glands à l'intérieur afin d'en avoir toujours disponible.

Le Photinia : une plante d'intérêt récent

Utilisée depuis peu, cette plante a un intérêt pour l'élevage de certaines espèces du genre Calvisia. C'est un arbre qui est couramment utilisé pour faire des haies ou sous forme d'arbres dans les jardins. Une fois coupées et en pot, les feuilles tiennent plus d'une semaine.

Le chêne : pour les Orthomeria

Son utilisation se résume pour le moment à l'élevage des espèces du genre Orthomeria.

Autres plantes consommables

Une liste non exhaustive de plantes que les phasmes peuvent consommer inclut également le pommier, le hêtre, le châtaignier et l'aubépine.

Principes généraux de l'élevage des phasmes

Bien que l'alimentation soit primordiale, d'autres aspects de l'élevage contribuent au bien-être et à la réussite de la reproduction des phasmes.

Le choix de l'espèce : privilégier la robustesse pour les débutants

Même si les phasmes sont globalement faciles à élever, certaines espèces le sont plus que d'autres. Les débutants sont déconseillés de démarrer leur élevage avec des phasmes feuilles, qui sont plus sensibles. Toutefois, si l'envie est trop forte, Phyllium philippinicum est le plus robuste et donc le plus adapté pour débuter dans cette catégorie. Le Carausius morosus, ou phasme morose, est un des plus courants en élevage de débutant en raison de sa facilité de maintien.

Phasme morose

L'enceinte d'élevage : taille, aération et substrat

L'enceinte d'élevage n'est pas obligatoirement un terrarium ; un aquarium ou un vivarium peut aussi convenir. Les parois doivent être transparentes, qu'il s'agisse de plastique ou de verre, pour permettre l'observation des insectes. La taille de l'enceinte doit être adaptée à la taille adulte de l'espèce. Pour la hauteur, il faut multiplier la longueur de l'insecte adulte par 3 pour obtenir la hauteur minimale. Cela permet à l'insecte, en pleine mue, d'avoir assez d'espace pour s'extraire intégralement de sa peau. La largeur dépendra du nombre d'individus que vous souhaitez accueillir. Il est crucial de ne pas rogner sur les dimensions, car les insectes ont besoin d'espace vital.

Une aération suffisante est essentielle. Les phasmes ont également un besoin naturel de grimper et peuvent s'accrocher aux parois de leur enceinte. Pour le fond de l'enceinte, il est possible de tapisser le fond avec du papier essuie-tout, ce qui facilite le nettoyage et la récolte des œufs. Alternativement, un substrat peut être utilisé pour aider à maintenir l'humidité. Si de la mousse est utilisée, elle doit être arrosée régulièrement au pulvérisateur.

Température et humidité : des paramètres clés

La température idéale pour les phasmes se situe entre 20°C et 25°C. Selon le lieu d'habitation, l'emploi d'une lampe chauffante peut être nécessaire. En ce qui concerne le taux d'humidité relative, 80 % est idéal, et il faut se procurer un petit hygromètre pour le mesurer. Brumiser le terrarium tous les jours à l'eau de pluie est recommandé pour augmenter l'hygrométrie, sans pour autant détremper l'enceinte. Il est déconseillé d'utiliser une lampe chauffante de type céramique qui chauffe et apporte de la lumière, car il est préférable de privilégier la lumière naturelle. Les phasmes peuvent être placés près d'une fenêtre, à condition qu'ils ne soient pas exposés en plein soleil, ce qui pourrait créer un effet de four.

La ponte et l'incubation des œufs

Toutes les espèces de phasmes n'ont pas besoin d'un endroit spécifique pour déposer leurs œufs, car certaines les pondent et les laissent tomber là où la femelle se trouve. Dans ce dernier cas, c'est à l'éleveur de collecter les œufs. Pour un pondoir, un vieux tupperware ou l'équivalent d'une boîte de beurre peut faire l'affaire. Si vous avez des phasmes de sexes différents, ils se reproduiront probablement, mais les phasmes peuvent aussi se reproduire par parthénogenèse.

Quel que soit le mode de reproduction, il faut veiller à réguler la population. Une surpopulation peut stresser les animaux et entraîner des problèmes de santé. En cas de surpopulation, il ne faut surtout pas les lâcher dans la nature, au risque de déséquilibrer les écosystèmes locaux. Il est conseillé de se tourner vers l'association de naturalistes la plus proche.

Pour l'incubation des œufs, après les avoir triés, on prend une boîte en plastique (type saladière ou boîte de carottes râpées). On perce des petits trous dans cette boîte avec une aiguille et on remplit le fond de vermiculite humide. La boîte doit être placée dans un endroit chaud et constant, à environ 25°C. L'incubation peut durer plusieurs mois, et chez certaines espèces, jusqu'à un an.

Nettoyage et maintenance : l'hygiène avant tout

En plus du changement régulier de nourriture, il faut nettoyer régulièrement l'enceinte de vie des phasmes. L'accumulation de déchets peut créer des problèmes de santé. Il faut donc retirer les excréments et les mues de peau. Un nettoyage complet doit être prévu une fois par mois. Si un substrat a été choisi, il faut vérifier son état et le changer dès qu'il est sale.

La spatule est un outil indispensable. Il s'agit d'une simple spatule, comme celles que l'on utilise en bricolage, qui permet de gratter le fond des enceintes d'élevage afin d'enlever toutes les déjections des animaux. Pour récupérer le fond et nettoyer en même temps, le plus simple reste de tout racler avec une spatule.

Manipuler les phasmes avec précaution

Les phasmes sont fragiles et préfèrent le calme. Si vous souhaitez de temps en temps les prendre, notamment pour les observer de plus près, faites-le avec d'infinies précautions. Évitez le bruit qui constitue autant de sources de vibrations à même de perturber leur tranquillité. En période de mue, ils sont fatigués et il faut d'autant plus les laisser tranquilles. Il ne faut pas non plus aider vos insectes à se débarrasser de leur peau, car vous pourriez les blesser.

Quelques informations supplémentaires sur les phasmes

Les phasmes ont la particularité de se fondre dans leur décor. Leur taille moyenne se situe entre 8 et 12 cm, mais certains peuvent atteindre plus de 40 cm, le record étant de 62,7 cm. Ils muent et peuvent vraiment avoir des formes et couleurs différentes entre leur naissance et leur stade adulte. Leur couleur peut très fortement varier, on retrouve assez communément le vert, le beige, le marron et l'orangé. Une particularité chez certaines espèces survient au moment de la reproduction. En France métropolitaine, nous pouvons trouver 3 espèces.

Les phasmes sont inoffensifs pour l'être humain. Ils sont une bête agréable à regarder, relativement simple à maintenir, disponible dans toutes les formes et couleurs, et idéale pour ceux qui disposent de trop peu de place pour un chien ou un chat.

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