Liseron dans le framboisier : Stratégies de lutte et de prévention pour un jardin sain

Liseron s'enroulant autour d'une tige de framboisier

Le liseron, avec ses jolies fleurs en forme de trompette, peut sembler inoffensif, voire esthétique. Cependant, il peut rapidement devenir un ennemi redoutable dans le jardin, particulièrement au milieu des framboisiers. Cette plante vivace pousse très rapidement, résiste au froid et à la sécheresse, et a la capacité d'étouffer les plantes qu’elle colonise en absorbant l'eau, la lumière et les éléments nutritifs de la terre. Sa prolifération est d'autant plus préoccupante qu'elle se multiplie par voie aérienne (dissémination des graines par les oiseaux) et par voie souterraine, où les racines portent des bourgeons donnant de nouvelles pousses.

Il existe deux types principaux de liserons fréquemment rencontrés dans les jardins. Le liseron des haies, ou grand liseron (Calystegia sepium), aime les champs, les terrains vagues, et préfère les terres riches et fraîches. Il fleurit de juillet à septembre, présentant de grosses fleurs blanches qui restent ouvertes jour et nuit par beau temps. Ses tiges secondaires, qui ne fleurissent pas, deviennent des rhizomes traçants et prennent racine en automne, formant un nouveau plant prêt à se développer au printemps suivant. Le liseron des champs (Convolvulus arvensis), quant à lui, est présent dans les terres riches en azote et compactes. Ses feuilles et ses fleurs sont plus petites, ces dernières étant de divers tons de rose, souvent rayées de blanc. Elles ne sont ouvertes que durant la journée et apparaissent entre juin et septembre. Ce petit liseron se développe très rapidement et émet de très nombreuses graines, contribuant à sa propagation rapide.

Reconnaître la présence du liseron au jardin est relativement aisé. Les fines tiges volubiles du liseron s'enroulent rapidement autour des tiges des plantes, du feuillage et des floraisons, les enserrant jusqu’à les étouffer en les privant de lumière. Elles s'attaquent également à tous les grillages et supports à leur portée. Même les pelouses ne sont pas épargnées, où le liseron enserre les brins des graminées, avec le même résultat. Que ce soit par ses graines qui s’envolent pour coloniser d’autres endroits, par sa croissance très rapide ou par ses rhizomes, le liseron est envahissant et, malgré sa joliesse, peut empêcher les cultures de se développer.

Le liseron et le framboisier : Une cohabitation difficile

Il semblerait qu'effectivement, framboisiers et liserons se recherchent. Si le liseron peut se trouver ailleurs dans le jardin, il prend souvent une ampleur considérable chez les framboisiers. La rapidité de croissance du liseron est impressionnante : cinq jours d'absence et une bonne pluie peuvent suffire à voir les framboisiers à nouveau étouffés, cet envahisseur semblant pousser "d'un kilomètre à la journée". Le liseron représente un défi de taille car ses tiges volubiles s'enroulent sur les tiges des framboisiers, rendant leur élimination difficile sans abîmer la plante cultivée. La concurrence pour l'eau, la lumière et les nutriments du sol est rude, menaçant la survie des framboisiers qui peuvent dépérir et mourir.

Méthodes de lutte manuelles : L'huile de coude, une solution persévérante

Anti liseron naturel : comment jardiner sans que le liseron s'enroule sur nos légumes ?

Le désherbage manuel du liseron est l’une des méthodes les plus efficaces pour l’éradiquer, à condition d’être pourvu d’une bonne dose de patience et de ténacité. Il est crucial d'agir dès l'apparition des jeunes pousses, idéalement au mois d'avril ou de mai. Pour éviter d'endommager les framboisiers, il est conseillé d'enlever les feuilles et pousses de framboisiers sur une hauteur d'environ 50 cm et de tuteurer chaque plant. Cela permet aux tiges lourdes de leurs fruits de ne pas se faire piéger par le liseron.

Lors du désherbage, il est impératif de ne pas utiliser une bêche de manière classique pour bêcher la terre. Cela risquerait de couper les racines du liseron en plusieurs morceaux, favorisant leur développement et la prolifération de nouveaux plants. Au lieu de cela, il est préférable d'utiliser des outils spécifiques. Une grelinette ou une fourche à bêcher de GARDENA, par exemple, sont recommandées pour retirer l’intégralité de la plante et de son rhizome en soulevant la terre sans la retourner excessivement. Le grand liseron (aux fleurs blanches et longues tiges) s’éradique en deux ans si les tiges comme les racines sont arrachées en pratiquant un bêchage minutieux. Les racines, surtout celles du petit liseron à fleurs roses, se retirent mieux avec un outil pénétrant profondément.

Lorsque les premières tiges apparaissent au printemps, un sarcloir peut être utilisé pour supprimer tout ce qui est en surface, en renouvelant le geste tout le printemps. Une plante encore jeune devrait ainsi s’épuiser et disparaître. Si le liseron a déjà commencé à s’étendre, il faut prendre tige par tige, suivre chacune en creusant dans le sol aussi loin que possible pour la couper avec une gouge (ou un transplantoir). Les fourches-bêches de type grelinette sont utiles car elles peuvent retourner la terre, permettant d’accéder aux tiges souterraines. Il faut suivre celles-ci aussi loin que possible, quitte à creuser encore, avant de les arracher, sachant que ces rhizomes s'étendent sur 30 à 50 cm, voire plongent à plus d'un mètre sous terre.

Pour empêcher le liseron des champs de se ressemer partout, il est recommandé de couper toutes les fleurs au sécateur. Le travail d'arrachage manuel doit être renouvelé les années suivantes, jusqu’à disparition totale de l’envahisseur. Il est crucial de ne jamais jeter les tiges de liseron dans le compost, car elles pourraient y repartir. Les évacuer hors du jardin (déchetteries) est la meilleure chose à faire.

Il est important de noter que cette méthode demande de la persévérance. Comme l'exprime un jardinier, "avec la méthode manuelle j'arrive à contenir le liseron, dès qu'il pointe le nez, je l'arrache avant qu'il ne s'enroule sur les tiges des framboisiers sinon c'est difficile de l'enlever sans abimer. J'en ai moins alors je l'aurais !!! à l'usure !!!" La répétition de l'arrachage tout au long de la saison est essentielle pour en venir à bout progressivement.

Prévention et méthodes culturales : Épuiser le liseron

La prévention est une stratégie clé pour limiter l'invasion du liseron. Plusieurs méthodes culturales peuvent être mises en place pour concurrencer et affaiblir cette plante envahissante.

Le paillage : Une barrière protectrice

Il est plus facile de venir à bout du liseron sur une terre recouverte d’un paillis que sur un sol nu. Le paillage peut être employé pour gêner la croissance du liseron. Il est conseillé de recouvrir une parcelle de feuilles, paille et copeaux de bois riches en carbone pour équilibrer le substrat. Un paillage lourd et couvrant, comme des ardoises, des galets, des feuilles de bambou ou de fougères, peut créer une barrière physique qui entrave la pousse du liseron en le privant de lumière.

La solarisation : L'étouffement par la chaleur et l'obscurité

Schéma de la solarisation avec bâche opaque

La solarisation est une technique recommandée sur une partie du jardin envahie par le liseron. Elle consiste à recouvrir la plate-bande d’une épaisse bâche opaque (noire de préférence), en enterrant bien les bords pour que les tiges ne sortent pas. Cette couverture du sol empêchera le liseron de profiter de la lumière, et donc d’accomplir la photosynthèse indispensable à sa croissance. Il finira alors par disparaître, et toutes les indésirables de la zone avec lui. Il est conseillé de laisser le sol couvert pendant 18 à 24 mois pour une efficacité maximale. Après avoir découvert la zone, il est important de travailler le sol à la grelinette pour récupérer et évacuer toutes les racines présentes. Cela permet de récupérer un sol propre et meuble, idéal pour un potager.

Une alternative, moins radicale mais aussi moins efficace, consiste à étouffer le liseron en recouvrant le sol d'une couche épaisse en automne, à l'aide de plastique, d'un vieux tapis ou de cartons, lestés pour ne pas laisser passer le jour. Il faut ensuite attendre jusqu'à l'été suivant. Pour un pied solitaire, placer un cache qui occultera la lumière et la chaleur peut considérablement affaiblir le liseron, mais cela ne suffit malheureusement pas pour une éradication complète.

Les engrais verts et plantes couvre-sol : La concurrence bénéfique

Une autre solution facile à mettre en place en prévention d’une invasion de liserons est de favoriser la présence de plantes couvre-sol. Semer des engrais verts comme le trèfle, la moutarde, la luzerne, l’avoine ou le ray-grass entre les rangs de légumes peut concurrencer le liseron et l’affaiblir en occupant l'espace. Les plantes couvre-sol apportent une aide précieuse en occupant le terrain à la place du liseron, limitant ainsi son expansion.

Les plantes naturellement toxiques : Des alliés insoupçonnés

Certaines plantes sont naturellement toxiques pour le liseron. Installer des plantes de la famille des tagètes, comme l’œillet d'Inde ou le Tagetes minuta, qui produit une substance herbicide redoutable contre le liseron, est une stratégie écologique. Plusieurs jardiniers ont témoigné de l'efficacité des œillets d'Inde.

La binette et l'épuisement du liseron

Dans les parties où le sol est nu et où le liseron repousse fréquemment, passer la binette tous les huit jours peut l'épuiser, même s'il ne disparaît pas complètement.

Le désherbage thermique : Une solution ponctuelle

Le désherbeur électrique brûle les tissus du liseron aux endroits atteints. Cependant, les parties souterraines et les tiges inaccessibles restent indemnes. Cette méthode peut être utile pour un contrôle rapide des pousses aériennes, mais ne permet pas une éradication complète du système racinaire.

Solutions chimiques et naturelles ciblées : Avec prudence

Vinaigre ménager utilisé pour désherber

Bien que l'objectif soit de privilégier des méthodes écologiques, certains produits naturels peuvent être utilisés avec discernement.

Le vinaigre ménager : Un acide efficace

Au pulvérisateur à main ou au pinceau, le vinaigre ménager (contenant 14 % d'acide acétique, disponible en magasin de bricolage) peut faire faner les tiges en deux heures, de façon 100 % écologique. Il est recommandé de privilégier une application sur les terrasses ou dans les allées, lorsque les rhizomes de liseron ont tendance à s’inviter dans les interstices. Sinon, le pulvériser précautionneusement sur les feuilles du liseron le fera rendre l'âme rapidement. Il s’affaiblira ensuite au fur et à mesure des repousses. Cependant, il est important de l'utiliser avec précaution pour ne pas affecter les plantes environnantes.

L'acide pélargonique : Un herbicide de biocontrôle

L’acide pélargonique, présent dans les pélargoniums (les géraniums), est un désherbant polyvalent autorisé en biocontrôle. Il s’utilise en pulvérisant la plante ciblée, au plus près pour que seule la cible soit atteinte. Il est nécessaire que la température extérieure soit supérieure à 15°C pour une efficacité optimale. L’acide pélargonique pénètre dans les tissus de la plante et les détruit. Dès que le sol est sec, les animaux de compagnie peuvent revenir sur la zone traitée. Étant donné le nombre et la longueur des tiges, il est plus que conseillé d’agir dès que le liseron apparaît dans le jardin et de renouveler l’opération jusqu’à sa disparition.

L'eau de javel : Une méthode à éviter

L'utilisation d'eau de javel pour détruire le liseron, bien que mentionnée par certains, est une méthode à éviter. L'eau de javel est un produit chimique agressif qui peut nuire au sol et aux autres plantes, et son efficacité à long terme sur le liseron n'est pas garantie sans endommager l'environnement du jardin.

Utilisation ciblée de produits anti-liseron : Une méthode à manier avec précaution

Dans des cas extrêmes, certains jardiniers envisagent l'emploi de produits anti-liseron chimiques. Pour une utilisation plus écologique au jardin, il est suggéré de prendre une bouteille en plastique, de couper les deux extrémités, de la placer au centre du pied de liseron, de rassembler toutes les tiges à l'intérieur, puis de vaporiser les feuilles avec le produit de son choix. Ensuite, placer le fond de la bouteille au-dessus pour protéger de la pluie ou de l'arrosage. Cette méthode vise à cibler spécifiquement le liseron tout en protégeant les plantes avoisinantes. Cependant, même avec des précautions, des témoignages rapportent que ces traitements peuvent tuer toutes les autres plantes et que ce qui repousse ensuite n'est pas le gazon mais le liseron. C'est pourquoi de nombreux jardiniers préfèrent les méthodes naturelles.

Comprendre le liseron : Une plante bio-indicatrice

Le liseron n'est pas seulement une mauvaise herbe envahissante ; il est aussi une plante bio-indicatrice. Sa présence révèle un sol trop riche en azote et donc un excès de fertilisation. Le liseron des champs, par exemple, indique une terre saturée d’azote d’origine organique et un sol compacté. En clair, un sol où le liseron prolifère est souvent compacté et "trop" riche.

Malgré son caractère tenace et colonisateur, le liseron affiche également des qualités. Ses gracieuses fleurs sont très appréciées par de nombreux insectes butineurs, dont la précieuse syrphe, une ennemie jurée des pucerons envahisseurs. Quant à ses fortes racines, elles aèrent la terre dans laquelle elles poussent, particulièrement les sols compacts et lourds qu'il préfère.

Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) : Une aide précieuse

Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) est une autre solution pour contenir le liseron. Recouvrir entièrement le jardin d'une couche épaisse de BRF, si on peut s'en procurer, est efficace. Le liseron n'aime pas du tout le BRF, il va pousser très fin, chétif et sera alors facile à arracher avec une bêche ou un plantoir car la terre ainsi allégée et toujours humide ne retiendra pas ses racines. En tirant doucement, on peut retirer entièrement une racine qui s'est développée ici ou là.

Précautions importantes

La précaution des précautions est de ne jamais utiliser les motoculteurs à fraises pour travailler la terre envahie par le liseron. En coupant en petits morceaux les rhizomes du liseron, il en fait autant de nouveaux plants, ce qui aggrave l'infestation.

Une lutte sur le long terme

Autant le dire de suite : le liseron est extrêmement difficile à éradiquer complètement. Ses racines plongent à plus d'un mètre sous terre et tout ce qui peut offrir un abri à cet envahisseur sera occupé, qu'il s'agisse d'un vieux mur, d'un arbre, d'un buisson ou d'une haie. Impossible dans ces cas particuliers de l'éliminer totalement. Un terrain même nettoyé à la perfection sera aussitôt envahi si la plus infime partie de rhizome est oubliée. Alors le mieux est de le contenir. La lutte contre le liseron est une bataille à mener sur le long terme, nécessitant persévérance et l'application combinée de plusieurs méthodes pour affaiblir la plante et limiter sa propagation. La régularité des interventions est la clé pour espérer en venir à bout "à l'usure".

Comparaison grand liseron et petit liseron

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