La permaculture : une approche durable du potager inspirée par Christophe Planche

La permaculture, un concept qui gagne en popularité, incarne une démarche holistique visant à harmoniser le respect de la nature, la satisfaction des besoins humains et le maintien d'un équilibre délicat entre ces deux dimensions. Cette philosophie, bien plus qu'une simple technique de jardinage, représente une manière d'appréhender le monde et d'interagir avec lui, comme le souligne Christophe Gatineau, pour qui la permaculture est une "sensibilité que l'on développe au fil du temps".

Schéma des principes éthiques de la permaculture

Principes fondamentaux de la permaculture

Le concept de permaculture, bien que vaste, peut être résumé en trois principes fondamentaux :

  • Prendre soin de la Terre : Cela implique de protéger les sols, l'eau, l'air et tous les êtres vivants.
  • Prendre soin des humains : Assurer l'accès aux ressources nécessaires pour une existence saine.
  • Partager équitablement : Redistribuer les surplus et limiter la consommation pour laisser des ressources aux générations futures.

Ces principes guident la conception de systèmes agricoles et sociaux durables, où chaque élément interagit de manière bénéfique avec les autres.

Le "petit potager durable en permaculture" : un modèle pratique

L'application des principes de la permaculture peut se traduire par la création d'un "petit potager durable en permaculture". Cette approche vise à mettre en œuvre les connaissances acquises sur le sujet de la manière la plus pratique possible. Il s'agit de construire, de mettre en culture et d'entretenir un espace qui sera auto-fertile et permettra de récolter des légumes toute l'année, en respectant les principes de la permaculture.

Illustration d'un petit potager en permaculture

La phase de conception (design)

La phase de design est cruciale dans la création d'un potager permaculturel. Il faut commencer par se poser la question de ce que l'on voudra obtenir avec ce futur potager. Pour certains, le but peut être de servir d'exemple pour des publications, d'être un terrain d'expérimentation pour des techniques de culture innovantes, ou encore de procurer des légumes spécifiques qui ne poussent pas bien dans d'autres potagers.

Le choix de l'emplacement est également primordial : le plus ensoleillé possible pour que les légumes se développent au mieux, et pas trop près d'arbres ou d'arbustes pour éviter que leurs racines ne colonisent le potager par en-dessous. Un plan du terrain permet de repérer les zones d'ombre et d'optimiser l'implantation.

Pour respecter le principe d'avoir un sol vivant, le potager sera obligatoirement entouré d'une bordure. En effet, l'expérience montre que si l'on ne délimite pas bien les contours d'une zone de culture, le jardinier finit toujours par mettre les pieds dedans, et le tassement que cela occasionne n'est vraiment pas bon pour le sol. Une fois la terre mise en place, elle ne sera plus du tout travaillée, afin de ne pas déranger les vers de terre et les micro-organismes qui y habitent.

En termes de dimensions pratiques, une largeur standard d'une planche de culture de 1m20 est souvent retenue afin que le milieu soit facilement accessible avec les bras.

Exemple de plan de potager avec zones d'ombre

Préparation du terrain et mise en place

La préparation du terrain est une étape clé. Pour des sols extrêmement caillouteux et pauvres, il peut être nécessaire de décaisser la terre et de la tamiser, puis de l'enrichir généreusement avec de la matière organique. Cependant, si le sol est déjà correct à la base, il est préférable de conserver son énergie pour d'autres tâches.

Après avoir pris les mesures, l'emplacement du rectangle du potager est marqué avec des piquets et une cordelette. Si de l'herbe est présente, il convient de la décaper pour faire apparaître la terre. Ces plaques d'herbe peuvent être mises de côté pour être réutilisées ultérieurement.

L'étape suivante consiste à décaisser la terre végétale et à la mettre de côté sur une bâche. Bien que cela puisse temporairement déranger la vie du sol, des mesures seront prises par la suite pour créer un sol extrêmement vivant. Le décaissement du sol est une action qui peut être envisagée à la création du potager, mais avec discernement.

Dans quels cas ne faut-il surtout PAS décaisser la terre ? Si le sol est très compact ou très argileux et que l'eau stagne longtemps après la pluie, le décaissement n'apportera aucun bénéfice. L'eau occuperait l'espace qui serait normalement aéré, empêchant les micro-organismes décomposeurs de faire leur travail, risquant ainsi de bloquer le sol. Dans ce cas, il serait plus avantageux de décaisser les allées, ce qui permettrait de récupérer de la terre végétale pour remplir le potager et de le surélever légèrement par rapport aux allées, assurant un meilleur drainage.

La terre extraite peut nécessiter un tamisage si elle est très caillouteuse, permettant de séparer les cailloux de la bonne terre. La profondeur idéale de décaissement, si le sol est drainant, se situe entre 25 et 30 cm. Cette terre sera bien sûr réutilisée pour remplir le potager.

Permaculture : création et évolution d'une butte autofertile

Mise en place des bordures

Les bordures sont essentielles pour délimiter le potager et encourager un sol vivant. Le choix des matériaux est vaste : planches de bois, bordures en béton, pierres sèches, ou briques, chacun pouvant choisir selon ses convictions et ce qu'il a sous la main. Un principe de la permaculture est de recycler le plus possible, et il est possible de récupérer de nombreux matériaux à moindre coût. Par exemple, des briques peuvent être utilisées pour une bordure durable.

La contre-plantation : maximiser l'espace et les rendements

La contre-plantation est une technique d'optimisation de l'espace qui permet d'atteindre des rendements supérieurs. L'usage de la 3D offre de nombreux avantages et maximise les rendements sur les petites surfaces. Cette méthode consiste à associer des cultures complémentaires dans le même espace.

Pour commencer, il est important de définir la "culture principale" de la contre-plantation. C'est en fonction de celle-ci que seront gérées la fertilisation et l'arrosage de la planche, car individualiser ces paramètres pour chaque légume de l'association est complexe. La culture principale est souvent celle dont le cycle semis-récolte est le plus long. Par exemple, dans une contre-plantation "tomates-laitues", la tomate représente la culture principale.

Dans un petit potager, les pommes de terre peuvent être systématiquement contre-plantées à d'autres légumes, comme les choux brocolis. Des betteraves contre-plantées à ces choux resteront de taille modeste, mais cette production s'ajoutera à celle des choux. Sur une planche de culture de 50 cm de large, on peut envisager une contre-plantation de choux, laitues et blettes.

Schéma de contre-plantation avec différents légumes

Déconstruction des mythes : la culture sur buttes et le BRF

La permaculture est souvent associée à certaines pratiques qui sont parfois mal comprises ou détournées. Christophe Gatineau, agronome et naturaliste, apporte un éclairage essentiel sur certaines d'entre elles.

La culture sur buttes

La culture sur buttes est fréquemment présentée comme un principe fondamental en permaculture. Cependant, cette idée est remise en question. Selon Christophe Gatineau, la culture sur butte est un détail de peu d'importance pour ceux qui ont une bonne connaissance du concept de permaculture "inventé" par Bill Mollison. Il avance que les buttes ont été "greffées par hasard à la permaculture par Emilia Hazelip dans le courant des années 80".

Beaucoup réalisent des buttes façon Forrer qu'ils appellent butte de permaculture, mais ils ne connaissent pas grand-chose aux mécanismes du sol et de la fertilité. La construction de la butte dégrade toujours le sol en mélangeant tous les horizons. Il serait intéressant de mesurer quelques années après le potentiel redox et le pH de ces buttes, car le sol, cette partie de la Terre où prospèrent les racines du monde végétal et que certains appellent la racino-sphère, n'était pas au départ de la Terre contrairement à une idée reçue.

La grande bêtise de l'agriculture, c'est de labourer et de mettre la matière organique sous les racines, ce qui la minéralise avant même que les racines n'y parviennent. Traditionnellement, les buttes de culture étaient nourries par l'apport régulier de matière organique fraîche déposée à leur surface. À l'inverse, elle est enfouie profondément en permaculture comme dans un labour. La matière organique tombe sur le sol puis est transformée en humus par les organismes de surface avant d'être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines des arbres pour se nourrir.

La butte de culture, cette technique agricole ancestrale et universelle pour cultiver les zones humides, est un pur produit du bon sens paysan, détournée aujourd’hui par l’ignorance et ses croyances. Pour commencer, la butte est toujours une réponse esthétique ou mécanique au milieu.

Le BRF (Bois Raméal Fragmenté)

Le BRF est également à la mode, mais ses limites sont aujourd'hui connues. Lydia Bourguignon souligne que "si on continue, nous allons avoir plus de problèmes que de bénéfices. Ce n’est pas un paillage et, utilisé régulièrement, il intoxique les sols parce qu’il faut plusieurs années pour qu’ils le digèrent".

Le but premier du BRF n'est pas de nourrir le sol mais de stimuler son activité biologique et sa flore mycologique. Le BRF étant du bois vert déchiqueté et mélangé à la couche très superficielle du sol pour offrir le gîte et le couvert aux champignons. Cependant, enterré et faute d’une teneur en oxygène suffisante, le BRF va intoxiquer le sol parce que les champignons ont besoin d’air pour respirer.

Infographie comparant différentes techniques de fertilisation du sol

L'importance du sol vivant et l'évolution de l'agriculture

Christophe Gatineau, dont la famille cultive depuis au moins cinq cents ans, a observé l'évolution des pratiques agricoles et l'importance du sol. Il explique qu'il a toujours cultivé sa nourriture, et c’est en cultivant sa nourriture qu’on découvre l’extraordinaire complexité d’un écosystème cultivé. Les sols nourriciers sont le produit d’une digestion : la vie fabrique son propre humus pour se développer, à partir de ses déjections corporelles. Mais sans vie, les sols sont aujourd’hui en train de disparaître dans les océans.

Selon lui, la question du sol est souvent négligée dans l'agriculture et dans notre environnement en général en raison d'une croyance qui considère que le Ciel est l’antre du pur, et le sol, celui de la putréfaction. Le seul changement sera politique, mais pour cela, il faudrait que le personnel politique soit à l’abri de la croyance.

La recherche scientifique a prouvé que pour des sols vivants et une agriculture soutenable et écologique, la matière organique devait rester sur le sol ou dans sa couche superficielle. En effet, pendant des millénaires, le labour n’a pas retourné la terre, laissant la matière organique sur le sol. Aujourd’hui, le labour retourne la terre, enfouissant la matière organique profondément dans le sol. Cette compréhension est fondamentale pour l'avenir de l'agriculture durable.

Permaculture : création et évolution d'une butte autofertile

L'approche de Christophe Gatineau : une agriculture vivrière, autonome et humaniste

Christophe Gatineau, cultivateur, naturaliste et agronome, est l'initiateur du blog Le Jardin vivant. Ce site pédagogique se concentre sur l’écologie sociale, l’agronomie et la nature, avec pour objectif de sensibiliser le grand public à des systèmes de culture sans pesticide, sans engrais chimique et sans pétrole. Il promeut une agriculture vivrière, autonome et humaniste, et des solutions reproductibles et transmissibles aux générations futures.

Sa ferme familiale, où l’agriculture était permanente depuis des siècles, a toujours été en quasi-autonomie. Pour lui, la permaculture ne s’apprend pas, c’est une sensibilité que l’on développe au fil du temps, une manière de poser son regard sur le monde qui nous entoure. Pour celui qui vit au contact avec la nature, la formation est donc permanente.

Christophe Gatineau produit au moins 2 tonnes de nourriture tous les ans pour alimenter sa famille, ce qui est un exemple concret d'agriculture vivrière. Son parcours, marqué par la déception face à un enseignement agricole visant à supprimer la biodiversité, l'a conduit à une profonde compréhension de l'écosystème cultivé.

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