La culture du maïs, pilier de l'agriculture française, fait face à des défis croissants liés à la pression des ravageurs du sol et à la prolifération des populations de grands gibiers, notamment le sanglier. Pour la saison 2021/2022, les dégâts occasionnés par les sangliers en France ont dépassé les 60 millions d’euros. Depuis 1990, les prélèvements ont été multipliés par 8 et atteignent actuellement plus de 850 000 individus et malgré tout, les dégâts occasionnés par ces bêtes sauvages sont toujours très importants.

Les sangliers : une menace omniprésente et imprévisible
Omniprésent sur le territoire toute l’année, le sanglier s’avère tout particulièrement dévastateur au mois d’août, lorsque l’épi est en lait, moment où la graine commence à se former encore tendre et chargé de sucre. Le sanglier se trahit par sa façon de procéder, qui n’a bien souvent rien de méthodique, ni de délicat. Pour atteindre les grains, il casse les tiges à une dizaine de centimètres du sol, à moins qu’il ne se roule dessus pour les coucher. Il a tendance à créer de véritables trouées où les tiges sont versées pêle-mêle, alors que les dommages du mustélidé (le blaireau) sont en général plus diffus. Là où le sanglier est passé, les cultures repousseront, certes, mais l’an prochain !
Dans des communes comme Astaffort, Cuq et Fals, qui hébergent régulièrement ces migrants indélicats, les sociétés de chasse sont en première ligne. Toutefois, les conditions météorologiques ne se prêtent pas particulièrement à la situation, les chiens ayant beaucoup de mal à marquer les pistes. Envisager des battues supplémentaires est une piste, mais leur efficacité dépend de la présence des chasseurs et de la connaissance fine du terrain.
Lutte contre les ravageurs précoces : taupins et géomyzes
Si le gibier est visible, les ravageurs souterrains causent des dégâts invisibles mais tout aussi critiques dès le semis. Les taupins, ennemis n°1, remontent en surface si les températures et l’hygrométrie sont favorables, attaquant le maïs dès la germination. Leur nuisibilité est d’autant plus importante sur la semence et les stades jeunes, avec des pertes estimées en moyenne de 5 à 10 q/ha pour 10 % de pieds attaqués.
Pour limiter ces attaques, l’application de produits microgranulés à base de pyréthrinoïdes est courante. Les solutions à base de lambda-cyhalothrine affichent des performances autour de 66/68% selon l’intensité de l’attaque, tandis que la cyperméthrine atteint 57 %. L’utilisation d’un diffuseur permet souvent de doubler l’efficacité du traitement en protégeant mieux les racines et le collet.

Côté leviers agronomiques, le projet Start Up mené par ARVALIS explore des pistes comme le travail du sol en interculture, les plantes de service (moutarde d’Ethiopie) ou le biocontrôle avec le champignon Met52. Les plantes-appâts, telles qu'un mélange blé/maïs, semblent prometteuses pour détourner les ravageurs, bien que leur gestion (destruction sans concurrence pour le maïs) reste à optimiser.
Quant aux géomyzes, elles sévissent surtout dans le Grand Ouest. La larve s'introduit dans la jeune pousse, entraînant le dessèchement de la feuille centrale. En l'absence de solutions agronomiques, le recours aux traitements de semences spécifiques, sous autorisation temporaire, demeure la réponse principale.
Corvidés : la gestion à la parcelle
La pression des corvidés impose une préparation minutieuse du sol. Il est nécessaire d’éviter les sols motteux ou soufflés, qui mettent les semences trop à découvert. Réappuyer correctement la ligne de semis et privilégier une profondeur de 4-5 cm sont des pratiques essentielles. L’utilisation d’un traitement de semences couplé à des méthodes d’effarouchement (fauconnier ou ballons) offre les meilleurs résultats, bien que l'agrainage de détournement reste d'une efficacité discutée.
Évaluation des solutions répulsives contre le sanglier
Face à l'échec relatif des méthodes traditionnelles, l'expérimentation de produits répulsifs se développe. Arvalis a comparé plusieurs procédés :
- Répulsifs olfactifs et gustatifs : Le produit Hukinol et l'engrais Terragral Evolution ont montré des résultats encourageants, avec une proportion de parcelles attaquées plus faible en début de cycle.
- Répulsifs sonores (ultrasons) : Les dispositifs comme le Doxmand VR8 ont montré des limites, ne permettant pas toujours de prévenir les dégâts.
- Enrobages spécifiques : Des solutions comme l'Evafilm, à base d'huiles essentielles, sont testées par des agriculteurs avec des retours positifs, bien que leur coût soit plus élevé que les standards du marché.
Vers une approche intégrée
La majorité des agriculteurs privilégie encore les barrières physiques, telles que les clôtures électriques, malgré le temps et les moyens considérables qu'elles exigent. L'enquête menée par Arvalis, l'AGPM et la FNPSMS souligne que le maïs reste la culture la plus exposée, tant au stade semis qu'au stade "grain laiteux".
Il est crucial de signaler chaque attaque observée. Ce suivi, à renouveler chaque année, contribue au classement des espèces nuisibles et permet d'ajuster les politiques de régulation départementales. La complexité de la lutte contre ces ravageurs, qu'ils soient de petite taille comme le taupin ou de grande envergure comme le sanglier, impose une réflexion agronomique globale où le choix des variétés, le travail du sol et les barrières chimiques ou physiques doivent s'articuler de manière cohérente pour protéger le potentiel de rendement. L’innovation, qu'elle vienne du biocontrôle ou de techniques d'effarouchement plus fines, reste la clé pour pérenniser la production de maïs dans les zones les plus touchées.