Menace sur le lac de Bédorède : la digue fragilisée, l'irrigation du maïs semence en péril

Vue aérienne du lac de Bédorède avec la brèche visible

Une retenue d'eau cruciale pour une trentaine d'agriculteurs, située à Biarrotte et utilisée notamment pour la culture du maïs semence dans les Landes, est actuellement sous le coup d'une menace sérieuse. Construite en 1993, cette réserve d'eau de 600 000 mètres cubes est aujourd'hui fragilisée par une brèche sur sa digue, entraînant des inquiétudes majeures pour les exploitants agricoles des communes de Saint-Laurent-de-Gosse, Biarrotte et Sainte-Marie-de-Gosse.

La digue de Bédorède : un affaissement inquiétant

Comment survivre à un glissement de terrain

Gérard Berraute, président de l'Association syndicale agréée (ASA) des producteurs de maïs semence des Landes et sexagénaire de Saint-Laurent-de-Gosse, constate avec consternation l'évolution d'un glissement de terrain qui déchire une cinquantaine de mètres de la digue du lac de Bédorède. Plongeant son mètre ruban à l’aplomb de la brèche, il déplore un affaissement continu : « Ça s’est encore affaissé de quelques millimètres. » Cet événement a commencé au début du mois d’août.

L'inspecteur de l'environnement et spécialiste hydraulique de la DREAL Nouvelle-Aquitaine, ayant inspecté le site le 6 octobre dernier, a confirmé la survenue et le caractère évolutif de ce glissement. Selon lui, il ne s'agit pas d'un simple affaissement, mais d'un "glissement significatif du parement amont". Ce phénomène se serait produit, selon les experts, "vraisemblablement à la faveur d'une baisse rapide du plan d'eau."

Des mesures d'urgence et leurs conséquences

Le signalement de ce dégât a été rapidement suivi, le 19 décembre, par la publication d'un arrêté préfectoral portant sur la « mise en sécurité » du site et exigeant des premières mesures à appliquer. Pour « écarter tout danger imminent », les vannes ont été ouvertes afin que les eaux s’écoulent dans les zones humides situées en aval, les barthes. La capacité de la retenue a été réduite de 600 000 à 200 000 mètres cubes, dans le but de diminuer la pression des eaux sur la digue endommagée.

Cependant, cette demande étonne les agriculteurs. Gérard Berraute souligne une observation cruciale : « On va garder le niveau d’eau bas. Mais c’est lorsque celui-ci a baissé que la terre a commencé à glisser vers le lac. » Cette contradiction apparente soulève des interrogations quant à l'efficacité de la mesure. Malgré cela, les agriculteurs landais assurent qu'il n'y a « désormais plus de danger imminent ni pour les habitants ni pour la faune et la flore », rappelant que le lac est entouré de zones marécageuses, de zones "tampons". Gérard Berraute continue de surveiller le barrage quotidiennement, notant que la fissure se creuse de quelques millimètres par jour. Le seuil du déversoir a également été abaissé, une autre mesure de sécurité visant à prévenir une crue en cas de fortes pluies.

La sécheresse en cause et l'avenir incertain du lac

La digue d’argile de ce lac d’irrigation pourrait en effet avoir été victime de « la sécheresse », selon ce que l'agent de la Dreal a indiqué aux agriculteurs venus inspecter le site. Gérard Berraute soupire en affirmant : « On a tiré plus d’eau, plus vite. » Cette hypothèse, pour Ramuntxo Lopepe, agriculteur à Sainte-Marie-de-Gosse et utilisateur de cette retenue d'eau, pose « la question de l’avenir du lac ».

Un diagnostic de sûreté doit être encore réalisé pour effectuer ces travaux. Ce désordre nécessite la réalisation de travaux de terrassement permettant à l'ouvrage de retrouver les caractéristiques de stabilité initiale, selon le rapport de la DREAL Nouvelle-Aquitaine.

Alors que des sondages restent à faire pour mesurer l’étendue du chantier à mener, l’agriculteur rappelle « le besoin d’eau » de ses utilisateurs. Pour le maïs, « on pourrait s’en passer pour une saison, même si cette retenue nous garantit un rendement et un revenu à l’hectare. Mais, pour les pépinières et les kiwis, cela va être impossible. » Le coût des travaux est une source d'inquiétude majeure. Ramuntxo Lopepe s'inquiète : « Comment on va pouvoir faire face au coût des travaux ? On nous parle déjà d’1 million d’euros. » Il pointe également l’âge moyen des membres de l’ASA, propriétaires du plan d’eau endommagé : « Ils arrivent à la retraite et on va leur demander de remettre au pot pour dix ans. » Les irrigants craignent qu'une grande partie du barrage doive être rénovée, un coût qu'ils n'ont pas pu anticiper, car c'est la première fois en vingt ans d'existence que cela arrive.

Graphique montrant l'évolution du niveau d'eau du lac de Bédorède sur les dernières années

Perspectives et initiatives pour l'agriculture locale

Face à cette situation critique, les agriculteurs avaient déjà envisagé d'autres utilisations pour le plan d'eau de Bédorède. « On souhaite utiliser une partie de la surface pour y créer un parc photovoltaïque flottant », confient les deux interlocuteurs.

Au-delà de cette crise immédiate, l'agriculture dans la région des Landes et d'Aquitaine est marquée par des initiatives importantes pour la biodiversité et l'adaptation aux défis climatiques.

L'Aquitaine cultive sa biodiversité : un programme d'expérimentation

Le programme « l’Aquitaine cultive sa biodiversité », porté par le Réseau Bio d’Aquitaine, le réseau Semences Paysannes, et notamment Agrobio Périgord, et soutenu par la région Aquitaine, porte ses fruits avec plus de 500 agriculteurs engagés. Initialement centré sur le maïs, le projet s’intéresse aujourd’hui au tournesol, au blé et aux légumes. Il s’agit d’une recherche participative qui engage pleinement les paysans. Ce programme a fait l'objet de rapports détaillés, notamment "L’Aquitaine cultive la biodiversité. 10 ans d’expériences et d’expérimentation 2001-201, bilan, résultats et perspectives" et "L’Aquitaine cultive la biodiversité - Programme régional d’expérimentation - Variétés population - édition 2016".

Schéma illustrant la recherche participative en agriculture

La résilience des variétés de maïs face aux défis

Il apparaît que certaines variétés de maïs résistent mieux à la sécheresse, notamment les variétés tardives. En ce qui concerne les maladies, les résultats montrent que les maïs population ne sont ni plus ni moins sensibles que les variétés hybrides aux attaques de pyrales et/ou de sésamies, avec un taux d’infestation de 46%, mais qui au final affecte peu le rendement. Pour le charbon, plusieurs pistes sont explorées, parmi lesquelles le stress lors du déplacement d’une variété dans un nouvel environnement, les attaques étant plus fortes la première année. Certaines variétés montrent cependant un réel potentiel de rendement (autour de 60qx) dans des conditions de cultures biologiques et non irriguées.

Diversification et valorisation alimentaire

Aujourd’hui, le programme se diversifie en recherchant les variétés adaptées à une utilisation alimentaire humaine (farine, semoule) dans le cadre du projet SOLIBAM piloté par l’INRA (2010-2013) puis du projet MIAM soutenu par la Fondation de France. Il s’agit de développer un savoir-faire sur le triage, la meunerie et les recettes de cuisine.

Initiatives agricoles dans la région

La région est également le théâtre de dynamiques agricoles diverses. La ferme du Pont à Bénesse-Maremne, née à l'aube des années 80, a connu une croissance exponentielle avec l'arrivée des cousins Maxime et Nicolas Gémain dans les années 2000. Aujourd'hui, cette ferme emblématique des Landes cultive 35 à 40 hectares d’asperges blanches et vertes, 100 hectares de semence de maïs et tournesol, et, depuis l’année dernière, 3 hectares de framboises. La culture de la framboise, proposée par un groupe partenaire de Maïsadour, a été une opportunité saisie par Nicolas et Maxime, s'agissant d'une culture nouvelle, rémunératrice et très technique, atteignant un objectif de 75 à 80 tonnes dès la première année.

Photo de champs de maïs en Aquitaine

D'autres exploitations, telles que la ferme du Haza à Saint-Aubin, spécialisée dans l'élevage de canards et d'oies, attendent la fin des crises aviaires et sanitaires qui ont lourdement impacté leur activité. La ferme de Rudé à Parleboscq propose des produits bios sur une propriété d'une cinquantaine d'hectares, tandis que la ferme Moulié témoigne d'une histoire familiale et d'un savoir-faire transmis de génération en génération. Ces exemples illustrent la vitalité et la diversité des initiatives agricoles locales, malgré les défis environnementaux et économiques.

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