Dans un contexte de changement climatique et d'urbanisation croissante, l'efficacité thermique des bâtiments est devenue une préoccupation majeure. Les jardins verticaux, et plus spécifiquement l'utilisation de plantes grimpantes comme le lierre, émergent comme une solution innovante et écologique pour relever ce défi. Longtemps perçu comme une plante envahissante à éliminer de nos façades, le lierre (Hedera helix) est aujourd'hui réhabilité par de nombreuses études scientifiques qui mettent en lumière ses remarquables propriétés isolantes, tant en été qu'en hiver.

Les Jardins Verticaux : Une Réponse aux Défis Urbains
Un jardin vertical, ou mur végétal, consiste à cultiver des plantes sur une surface verticale, généralement une façade de bâtiment. Ces systèmes peuvent être conçus avec diverses techniques, allant des structures modulaires préassemblées aux systèmes hydroponiques intégrés. Ces installations botaniques, qui transforment les façades des bâtiments en véritables écrins de verdure, offrent non seulement des avantages esthétiques mais jouent également un rôle crucial dans l'isolation thermique des bâtiments.
Le lierre (Hedera helix) est une plante grimpante locale qui se révèle particulièrement performante dans les jardins verticaux. Ses capacités ne se limitent pas à l'embellissement des façades ; il contribue également de manière significative à l'amélioration du confort thermique et à la réduction de la dépense énergétique des habitations.

Le Lierre : Un Régulateur Thermique Performant
Les plantes grimpantes comme le lierre ou la vigne vierge, par effet d’ombrage et par évapotranspiration, s’avèrent aussi - sinon plus - performantes que la végétation au sol et les arbres en matière de rafraîchissement de l’atmosphère des villes, luttant ainsi contre les îlots de chaleur urbains, et d’isolation de nos bâtiments en période de forte chaleur. Ces conclusions font aujourd’hui l’objet d’un large consensus, relayé notamment par le GIEC, dans son 6e rapport d’évaluation (AR6), chapitre 8 (Urban systems and other settlements). Les murs végétaux sont reconnus comme l'un des produits en vogue pour lutter contre les îlots de chaleur.
Mais les plantes grimpantes persistantes, comme le lierre, peuvent-elles également jouer un rôle isolant en hiver ? La question a fait l'objet d'études scientifiques approfondies, démontrant que cette plante peut offrir une isolation performante durant les mois froids.
L'Efficacité en Hiver : Évidence Scientifique
Une première étude, publiée en 2014 dans la revue ScienceDirect et intitulée : « Efficacité d’une couverture de lierre pour isoler un bâtiment contre le froid à Manchester, Royaume-Uni : une enquête préliminaire », a analysé l’efficacité d’une couche de lierre (Hedera helix) recouvrant un mur. Menée par C. Boton et son équipe, de la Faculté des sciences de la vie, cette recherche a basé ses conclusions sur des relevés de température interne et externe, effectués sur plus d’un mois en période hivernale, sur des murs de brique exposés plein Nord à Manchester (Royaume Uni). Selon cette étude, le lierre augmente la température moyenne des parois de 0,5 °C, mais permet aussi de réduire les écarts de température. D’autres résultats annoncent que les murs sont plus chauds (1,4 °C) la nuit, mais plus frais (1,7 °C) la journée. Pour les chercheurs, le lierre est plus efficace par temps froid avec une réduction de 8 % des pertes d’énergie. En revanche, au-delà de 12,2 °C, le lierre aurait tendance à augmenter les pertes d’énergie, conservant « un peu trop » la fraîcheur.
Une seconde étude, plus récente, a été publiée en 2023 sur le site Taylor & Francis online. Elle s’est intéressée spécifiquement aux échanges thermiques de deux murs (l’un végétalisé, l’autre nu) pendant les périodes nocturnes hivernales dans un climat méditerranéen. Les résultats de cette étude sont probants : la présence de végétation a permis de maintenir la vitesse de l’air près du mur en dessous de 0,9 m/s. La température de la surface extérieure du mur recouvert de végétation, ainsi que celle de l’air environnant, ont augmenté respectivement jusqu’à 3,4 °C et 3,3 °C.
Les auteurs de cette seconde étude concluent que la végétation sur les murs agit comme une barrière thermique et contre le vent, ce qui améliore les performances énergétiques de l’enveloppe du bâtiment en réduisant globalement les pertes de chaleur de 57 %. Cette seconde étude explique, par conséquent, que les murs végétaux auraient bien un fort pouvoir isolant en été comme en hiver.
Sur la base de ces résultats, les murs végétaux à feuilles persistantes offriraient donc bien une isolation performante en hiver, permettant ainsi d’améliorer notre confort thermique tout en réduisant notre dépense énergétique de chauffage. Néanmoins, des feuillages caducs (comme la vigne vierge) peuvent être préférables dans certains cas, notamment dans les régions au climat doux et pour les bâtiments essentiellement fréquentés en journée.
Un Atout pour la Régulation Thermique de la Maison
En hiver, le lierre va protéger les murs contre la pluie et jouer le rôle d'un isolant. Au contraire, l'été, il réduit l'impact de l'ensoleillement sur la façade et la rafraîchit. Une étude de la Royal Horticultural Society (RHS) et de l’Université de Reading a confirmé ces bienfaits, démontrant que le lierre stabilise les températures des murs et crée un microclimat autour de la maison. Le lierre réduit les fluctuations de température, ce qui stabilise l'environnement des murs. Si les façades couvertes de lierre peuvent rester plus fraîches en été, elles offrent aussi des avantages en hiver en limitant l’humidité. Cette couverture naturelle agit comme un pare-humidité, empêchant les infiltrations d'eau sur les façades exposées aux intempéries.
L'économie de coûts en été et en hiver n'est possible qu'avec des murs sur lesquels pousse du lierre ou du lierre d'Irlande et où se développe sa forme d'âge “arborescens”, qui crée des coussins de feuilles très saillants vers l'avant. Cette « épaississement » de la façade peut toutefois provoquer un effet de « meurtrière » au niveau des fenêtres, où la vue dégagée vers l'extérieur est fortement entravée. L'économie réalisée ne dépassera pas 5 à 10 % des coûts de chauffage. En outre, il ne doit alors pas y avoir de vent qui emporte le coussin d'air protecteur constitué dans le feuillage. Dans le nord de l'Allemagne, près de la côte de la mer du Nord ou de la mer Baltique, de telles maisons entièrement recouvertes de lierre ont une longue tradition.
Habiller de lierre une façade
Au-delà de l'Isolation : Les Multiples Bienfaits du Lierre
Le lierre est bien plus qu'une simple plante grimpante ; il représente un véritable écosystème miniature et un allié précieux pour la biodiversité et l'environnement urbain.
Un Refuge pour la Biodiversité
Le lierre est l'un des seuls végétaux à offrir du pollen et des fleurs toute l'année. Sa floraison tardive, entre septembre et octobre, représente une source de nectar et de pollen précieuse pour les abeilles sauvages, les syrphes et les derniers papillons de la saison. Les baies noires qui mûrissent entre mars et mai nourrissent de nombreux oiseaux en fin d’hiver : merles, mésanges, moineaux et grives. Il attire divers pollinisateurs tels que les abeilles et les papillons. Le lierre grimpant transforme les espaces verts en véritables refuges de biodiversité, offrant des zones de biodiversité en ville.
Protection et Régulation du Microclimat
Le lierre est une protection naturelle pour la façade : c'est un rempart contre la corrosion engendrée par la pollution de la ville. Grâce à son feuillage, le lierre participe à la régulation du microclimat autour des bâtiments. Loin d’étouffer les arbres, le lierre les protège de multiples façons. Il forme une barrière thermique qui limite les chocs de température, protège l’écorce du gel hivernal et réduit la surchauffe estivale. Au pied des arbres, le lierre maintient l’humidité du sol et limite l’érosion. Le feuillage intercepte la pluie battante et filtre les polluants atmosphériques.
Esthétique et Adaptabilité
C'est esthétique : l'avantage avec le lierre, c'est que si vous n'aimez pas votre façade, vous la recouvrez à moindre frais ! Le lierre s’adapte à tous les types de sols et pousse aussi bien à l’ombre qu’au soleil. Cette plante grimpante demande peu d’entretien une fois établie. Une taille annuelle permet de contrôler sa croissance et d’éviter qu’elle devienne envahissante. Le lierre se marie harmonieusement avec d’autres plantes grimpantes comme la clématite, la vigne ornementale ou le houblon. En couvre-sol, le lierre forme rapidement un tapis persistant au pied des arbres ou dans les zones ombragées du jardin.

Préjugés et Réalités du Lierre
Le lierre grimpant Hedera helix fait l’objet de nombreuses idées reçues. Il est important de démystifier certaines croyances populaires pour mieux comprendre cette plante.
Le Lierre et les Arbres : Une Relation non Parasitaire
Contrairement aux croyances populaires, cette plante ne parasite pas les arbres. Le lierre développe ses propres racines dans le sol et réalise sa photosynthèse de manière autonome, il ne prélève pas la sève des arbres. Cette plante grimpante peut vivre plusieurs siècles et atteindre une trentaine de mètres de hauteur.
Le Lierre et les Façades : Précautions et Bonnes Pratiques
Faut-il se méfier du lierre qui envahit la façade de votre maison ? Plante envahissante ou décoration naturelle ? On entend un peu tout et son contraire sur cette espèce de liane : tantôt dévastatrice pour la façade des maisons tantôt refuge de la biodiversité.
Le lierre peut dans certains cas dégrader les façades de maison : en endommageant la peinture mais aussi en abîmant les murs faits de terre ou de chaux naturelle. Pour les autres types de murs, pas de risque. Sur les murs en bon état, le lierre ne cause aucun dommage structurel. Ses crampons adhèrent uniquement à la surface sans pénétrer dans la maçonnerie.
Néanmoins, quelques précautions sont à prendre. En effet, les racines du lierre peuvent s'infiltrer dans les fissures des murs endommagés, ce qui risque de provoquer des dégradations. Le lierre convient aux murs en bon état mais peut aggraver les fissures existantes. Une surveillance régulière permet de profiter des bienfaits du lierre sans subir ses inconvénients. Une taille annuelle suffit à maîtriser le développement du lierre. La coupe progressive en automne, lorsque la sève est moins active, limite le stress des végétaux.
Toxicité du Lierre
Le lierre est une plante toxique : attention, les feuilles ainsi que les fruits du lierre sont toxiques. Raison pour laquelle les rongeurs ne s'attaquent pas aux troncs d'arbres recouverts par le lierre. Soyez prudent-es !
Un Choix Judicieux pour un Habitat Durable
En optant pour le lierre, il est possible de réduire la consommation d’énergie et d’améliorer l'efficacité thermique de sa maison. Une fois installé, il ne nécessite qu’un entretien modéré et peut rester en place pendant des années sans perdre ses effets isolants. En plus de ses qualités esthétiques, le lierre représente une solution ingénieuse et écologique pour isoler la maison. Avec sa capacité à retenir la chaleur, à protéger les murs des intempéries, et à diminuer les coûts énergétiques, le lierre se révèle être un choix judicieux, surtout pour ceux qui souhaitent allier économies et respect de l’environnement.
Le lierre grimpant possède des capacités dépolluantes reconnues. Traditionnellement utilisé en phytothérapie, le lierre entre dans la composition de remèdes contre la toux et les affections respiratoires.
