Les Jardins de Traverseine à Flogny-la-Chapelle : Dix Ans de Maraîchage Biologique Face aux Défis Climatiques

Maraîchage biologique en Yonne

Au cœur de l'Yonne, à Flogny-la-Chapelle, Lucie Rageot et Julien Thiney incarnent l'esprit du maraîchage biologique depuis leur installation en septembre 2014. Ce couple de quarante ans a fondé les Jardins de Traverseine après des études de géographie à l'université, démontrant une reconversion réussie et un engagement profond envers une agriculture respectueuse de l'environnement et du consommateur. Leur parcours, marqué par des choix audacieux et un dévouement constant, illustre les réalités et les défis de l'agriculture biologique en vente directe.

Une Décennie d'Engagement Biologique et de Diversité Culturale

Depuis leur installation, Lucie et Julien ont su créer un jardin florissant et un circuit de commercialisation en vente directe qui leur permet de nourrir environ 250 familles tout au long de l'année. Leur approche est basée sur une production diversifiée, cultivant environ 30 espèces et 100 variétés différentes de légumes biologiques. Cette diversité est un pilier de leur modèle agricole, offrant à leur clientèle un accès à des produits sains et de saison, tout en participant au développement de leur territoire.

Leur gamme de légumes est large et variée, allant des classiques comme le petit pois, le haricot vert, la tomate, l'aubergine, le poivron, le concombre, la courgette, aux aromatiques, choux, salades, radis, navets, épinards, carottes, céleris raves, betteraves, courges, épices et pommes de terre. Cette abondance garantit des étals garnis de produits frais et locaux, disponibles directement à la ferme et sur les marchés.

Tomates anciennes des Jardins de Traverseine

Les tomates, par exemple, sont une spécialité très appréciée des Jardins de Traverseine. Lucie Rageot souligne l'importance des variétés anciennes comme la Cœur de bœuf orange ou la Noire de Crimée, réputées pour leurs qualités gustatives exceptionnelles, même si elles sont plus fragiles que les variétés courantes. Ces tomates icaunaises arrivent en pleine saison, offrant aux consommateurs des saveurs authentiques et une connexion directe avec le terroir.

Des Infrastructures Cruciales Mises à Rude Épreuve

Leur exploitation s'étend sur 4,5 hectares, dont 2500m² de surfaces couvertes par des tunnels non chauffés avec bâches plastiques. Ces structures, montées progressivement entre 2016 et 2020, sont essentielles pour la protection des cultures, la maîtrise des conditions de croissance et l'allongement des saisons de production. Elles permettent notamment d'arriver plus tôt sur le marché au printemps avec des légumes primeurs tels que les oignons frais, les carottes et les choux.

Cependant, le maraîchage biologique, malgré ses avantages environnementaux, n'est pas exempt de défis. Au-delà des canicules et de la faune gourmande, les événements climatiques extrêmes représentent une menace croissante. Une tempête survenue fin juillet a causé des dégâts considérables à leurs tunnels de production. L'équivalent d'un tunnel complet de 38 mètres a été détruit, avec les arceaux pliés sur la moitié basse de deux de leurs tunnels, les rendant inutilisables. De plus, les bâches ont été arrachées ou partiellement endommagées sur cinq de leurs huit tunnels.

Ces destructions représentent un coup dur pour Julien et Lucie, menaçant la pérennité de leur production biologique. La capacité de se relever d'un tel événement sans avoir à recourir à l'emprunt est une préoccupation majeure pour le couple.

Les Impacts des Dégâts et les Besoins de Financement

La réparation des infrastructures endommagées est impérative pour maintenir la capacité de production des Jardins de Traverseine. Avec 4 000 €, il serait possible d'acheter les arceaux et les barres de culture nécessaires pour remplacer les éléments détruits. Ces fonds sont cruciaux pour remettre en état les tunnels endommagés et assurer la continuité de la production.

Aller au-delà de ce montant, avec 10 000 € et plus, permettrait un investissement encore plus significatif : l'acquisition d'un neuvième tunnel. Cet ajout augmenterait non seulement la surface de production sous abri, mais offrirait également la possibilité d'anticiper davantage l'arrivée des légumes primeurs sur le marché au printemps, renforçant ainsi la viabilité économique de l'exploitation. Cet investissement additionnel témoigne de leur désir de non seulement se remettre sur pied, mais aussi de développer et d'améliorer leur activité.

CULTIVER HORS SAISON SANS SERRE, à l'aide des TUNNELS : Test de 2 Matériels différents

Histoire et Philosophie des Jardins de Traverseine

L'histoire de Julien et Lucie est celle d'un engagement progressif et réfléchi. Leur rencontre à l'université de Dijon en 2008, lors de leurs études de géographie, a été le point de départ d'une aventure commune. En 2012, ils s'installent en Bretagne, à Hillion, pour une année de salariat en maraîchage biologique, une expérience fondatrice qui les prépare à leur propre installation deux ans plus tard.

Depuis leur installation en 2014, le couple a surmonté les défis inhérents à l'agriculture biologique, entre les caprices de la météo et la gestion de la faune gourmande, tout en accueillant un enfant. Ils ont également travaillé comme animateurs au sein du réseau CIVAM, qui promeut le partage et l'agriculture durable, une expérience qui a sans doute façonné leur approche collaborative et leur vision de l'agriculture. Comme le dit Lucie Rageot, "C'est très prenant, mais ce sont des choix qu'on ne regrette pas."

Leur mode de production est guidé par le respect de l'environnement, tant naturel qu'humain. Ils offrent à leur clientèle l'accès à des produits sains et de saison, tout en contribuant au développement économique et social de leur territoire. Cette philosophie s'inscrit dans une démarche globale de développement durable et de consommation responsable.

La Récolte et la Lutte Contre les Ravageurs

Le travail quotidien aux Jardins de Traverseine est rythmé par les saisons et les tâches spécifiques à chaque culture. En début d'automne, par exemple, la récolte des carottes, poireaux, courges, pommes de terre et choux bat son plein. Une équipe composée de Lucie, Julien, deux salariés et deux stagiaires s'attelle à la récolte des carottes sur une parcelle de 1500 m².

Le processus de récolte des carottes est minutieux. Le sol est d'abord ameubli par une lame souleveuse, une technique qui permet d'éviter l'utilisation de la fourche-bêche. Ensuite, il faut tirer sur les fanes, les arracher et frotter les carottes pour retirer l'excédent de terre. Ces légumes sont ensuite stockés dans une chambre froide, garantissant leur fraîcheur pour la vente tout au long de l'hiver.

La lutte contre les ravageurs est une préoccupation constante en agriculture biologique. Les piérides et les noctuelles, par exemple, sont des insectes qui viennent pondre dans les choux. Les chenilles qui en résultent peuvent souiller les légumes et grignoter les feuilles, impactant fortement leur développement, surtout durant les premières semaines de vie du chou. Pour limiter ces dégâts, un filet est placé au-dessus du champ de choux dès la première quinzaine de mai, une méthode préventive qui témoigne de l'ingéniosité des maraîchers biologiques. Malgré ces défis, la récolte de choux de cette année a été fructueuse, avec "certaines pommes de choux pesant près d'un kilo", selon Lucie.

Récolte de carottes en agriculture biologique

Le Paysage du Maraîchage Biologique dans l'Yonne

Les Jardins de Traverseine ne sont pas isolés dans l'Yonne. Le département est un terreau fertile pour l'agriculture biologique, avec d'autres initiatives similaires qui contribuent à un écosystème dynamique de producteurs locaux.

Par exemple, à Marsangy, Eric Gradaive réalise son "rêve d'enfant" au Jardin du Marais depuis 2009, vendant ses légumes biologiques chaque samedi directement sur son exploitation. À Ligny-le-Châtel, Loïc Vandenhende et Marie Piccioli sont installés depuis cinq ans à la Ferme Grèn Semé, après s'être rencontrés sur l'île de la Réunion. Ces exemples soulignent la diversité des parcours et des motivations qui animent le secteur.

Le Jardin des Thorains à Lavau, en Puisaye, propose également toute l'année de bons légumes et a récemment rouvert après une saison hivernale dédiée à la préparation. Ces initiatives montrent une vitalité et une résilience remarquables de la part des acteurs du maraîchage biologique dans la région.

Carte des exploitations maraîchères biologiques en Yonne

Un Écosystème Local de Soutien et d'Innovation

Au-delà des maraîchers, l'Yonne abrite un réseau d'associations et d'initiatives qui œuvrent pour la promotion de l'environnement, de l'agriculture durable et du développement local. Ces entités, bien que diverses dans leurs missions, partagent souvent une vision commune de respect de la nature et de valorisation des savoir-faire locaux.

Parmi elles, on trouve des associations qui développent l'agriculture biologique en Bourgogne avec les Groupements d'Agrobiologistes départementaux (GAB), ainsi que des structures dédiées à l'information, la sensibilisation et l'éducation aux enjeux du développement durable. Des associations se consacrent à la sauvegarde des variétés fruitières régionales en voie de disparition, à la protection de la biodiversité à travers des chantiers de plantation ou de valorisation de haies, ou encore à la promotion des toilettes sèches pour une approche plus écologique.

D'autres initiatives locales se concentrent sur des domaines variés, allant de l'apiculture à la savonnerie, en passant par la rénovation et l'extension de maisons passives, ou encore la réparation de machines à coudre. Cet écosystème dynamique témoigne d'une prise de conscience collective et d'une volonté d'agir pour un avenir plus durable et résilient. Ces réseaux de soutien sont essentiels pour des exploitations comme les Jardins de Traverseine, qui bénéficient d'une solidarité locale face aux défis.

Vers une Résilience Accrue

Les péripéties climatiques subies par les Jardins de Traverseine à Flogny-la-Chapelle rappellent la vulnérabilité de l'agriculture face aux changements environnementaux. Elles soulignent l'importance de la solidarité et du soutien communautaire pour permettre aux producteurs biologiques de se relever et de continuer leur mission essentielle : nourrir la population avec des produits sains et locaux.

L'investissement dans des infrastructures résilientes et la diversification des cultures sont des stratégies clés pour faire face à ces défis. En permettant à Julien et Lucie de réparer leurs tunnels et, idéalement, d'en ajouter un nouveau, la communauté participe directement à la pérennité d'une agriculture qui respecte notre environnement, naturel et humain, et qui offre à ses clients l'accès à des produits sains et de saison. C'est un engagement envers un modèle agricole qui va au-delà de la simple production, en participant activement au développement et à la résilience du territoire.

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