Le Maraîchage sur Sol Vivant et les Planches Permanentes : Guide de l'Agroécologie Régénérative

Le maraîchage contemporain traverse une mutation profonde. Loin des modèles conventionnels basés sur le labour systématique et l'usage intensif d'intrants de synthèse, une nouvelle approche émerge : le Maraîchage Sol Vivant (MSV). Ce mouvement, porté notamment en Normandie par des structures comme l'association MSV Normandie, redéfinit la fertilité en s'appuyant sur les cycles naturels et la biologie des sols.

Schéma illustrant le cycle de la matière organique dans un système de maraîchage sur sol vivant

Les Fondements du Maraîchage Sol Vivant

Le Maraîchage Sol Vivant est un mouvement agricole né en 2012 avec pour but de baser la fertilité des cultures sur la vie et la santé du sol. Il se définit par une bonne activité biologique des sols, une bonne porosité et un bon flux de nutriments dans le sol. En plus de créer un sol fertile et riche en nutriments, le MSV permet de conserver du carbone dans les sols, en limitant son relargage et en augmentant le stock interne du sol.

L'agronomie des sols vivants n'est pas celle de l'agriculture classique. Face à chaque problématique, il est nécessaire de replacer les bons ordres de grandeurs, définir sa place dans le cycle biologique et comprendre sa fonction. C’est le seul moyen de comprendre les problèmes et les résoudre.

La gestion de la fertilité par l'agro-recyclerie

Au cœur du maraîchage sur sol vivant, un concept-clé s’impose : le recyclage. Dans une logique permaculturelle qui s’inspire des cycles de la nature, les itinéraires s’attachent à maintenir et même à enrichir la fertilité. On apporte régulièrement sur le sol une couche de broyat de bois, nourriture de choix pour les champignons, puis les bactéries du sol qui vont attirer tout un tas de prédateurs, dont les précieux vers de terre. Ceux-ci aèrent et structurent le sol grâce à leurs galeries. Ils sécrètent aussi un mucus très riche en azote. Les processus de décomposition du bois broyé par tous ces micro et macro organismes de la vie du sol créent ainsi un humus qui enrichit la terre et la rend fertile pour plusieurs années.

La Structure Technique : La Planche Permanente

Pour optimiser ce travail du vivant, la standardisation de l'espace de culture est primordiale. La méthode des planches permanentes, recommandée par Jean-Martin Fortier dans son livre Le Jardinier-Maraîcher, est utilisée en maraîchage biologique pour obtenir de meilleurs rendements. Les cultures sont implantées uniquement sur l’espace formé par la planche permanente.

Les avantages de la standardisation

L’intérêt d’un tel système standardisé est avant tout son côté pratique. Comme l’aménagement est permanent, le recours au tracteur pour façonner le sol avant chaque semis devient non-nécessaire.

  1. Drainage optimisé : Le fait qu’elles soient surélevées engendre un écoulement de l’eau plus rapide hors de la surface cultivée. Dans les climats tempérés, où les précipitations peuvent être importantes, il s’agit d’un avantage considérable.
  2. Réduction de la compaction : Les allées sont prévues pour que les fermier·ères ne marchent jamais sur la surface cultivée. La planche devient alors l’unité de mesure du jardin-maraîcher (plutôt que l’hectare) pour tout ce qui concerne le calcul des doses d’amendement et la planification des cultures.

Vue d'ensemble d'une microferme organisée en planches permanentes avec allées enherbées

Les 7 Clés Fondamentales pour un Projet Maraîcher

Réussir son installation nécessite de réunir dès le début d’un projet maraîcher sept clés fondamentales, à entretenir tout au long de sa carrière.

1. La motivation et l'alignement personnel

La motivation est fondamentale pour garder l’énergie nécessaire dans ce métier qui est difficile physiquement et facilement chronophage. Il faudra conserver sa motivation face aux pertes de cultures, aux aléas climatiques ou aux déboires commerciaux. Il est fondamental de prendre un moment pour aligner ses rêves, son projet personnel, son projet professionnel et ses capacités physiques. Beaucoup de porteurs de projets démarrent remplis d’idéaux et surestiment leurs capacités à tout abattre de front.

2. L'organisation et la gestion du temps

Le maraîchage étant une activité extrêmement chronophage, il faut vérifier la cohérence entre le chiffre d’affaires visé, le type de vente envisagée et la charge de travail réellement effectuée. La clef principale est l’anticipation : une bonne planification, des quantités pré-calculées pour les commandes de plants, des dates de séries préétablies. Il est aussi intéressant de prendre en note ce qui est réalisé au long de l’année : rendement, décalage de séries, problèmes d’enherbement, restes ou manques en quantités lors des ventes.

3. La gestion de l'imprévu

Il est important de réagir correctement lorsqu’un événement inattendu pourrait avoir un impact important sur les cultures. Par exemple une invasion de limaces sur une série de plantation, l’annonce d’un gel exceptionnel, des récoltes trop abondantes, ou un chantier d’implantation plus long que prévu. Savoir estimer les ordres de grandeur du maraîchage permet de mieux se projeter sur l’ampleur des tâches à venir.

4. Le réseau et l'entraide

Le maraîchage est une activité attrayante pour de nombreux curieux, vous pouvez aisément vous entourer de personnes impliquées, et profiter de nombreux échanges de bons procédés : coup de mains familiaux ou amicaux contre légumes, wwoofing contre découverte de l’agriculture, stagiaire contre apprentissage, chantiers participatifs avec moments conviviaux. Créer ces dynamiques renforcera aussi votre entreprise dans les temps difficiles.

5. La prise de décision éclairée

Ne prendre que les meilleurs choix n’est bien sûr pas possible mais acter les décisions en prenant à la fois le temps de bien s’informer auprès de connaisseurs et ne pas trop tarder à prendre la décision est une attitude indispensable pour tout entrepreneur. Un exemple typique de mauvaise décision est de choisir de remettre à plus tard le bâchage d’une parcelle, ce qui engendre une cascade d’opérations supplémentaires à réaliser.

6. L'irrigation comme levier de performance

C’est un manque à gagner énorme que de se passer de système d’irrigation en MSV car la réussite des semis et plantations est conditionnée à une bonne hygrométrie du sol et de l’air. De plus, les périodes sèches seront mieux traversées grâce à l’irrigation. Enfin, l’irrigation permet de décupler les rendements et donc tout le travail déjà réalisé sur la culture. En bref, l’irrigation c’est ce qui vous permet de passer d’un revenu qui remboursera vos charges, à un revenu qui vous paiera un salaire.

7. La compréhension agronomique

Les sols maraîchers sont souvent des “anthroposols”, construits par la main de l’homme. Le MSV peut facilement reconstruire biologiquement les sols grâce aux outils que sont les apports de matières organiques, les plantes (couverts végétaux, enherbement spontané et prairie) et l’irrigation. Avec une bonne nutrition (et donc une bonne activité biologique) et une irrigation adaptée, la plupart des légumes poussent dans n’importe quels sols.

Maraichage bio: Légumes plein champs sans irrigation sur sol vivant et sur bâche.

L'accompagnement vers le changement

L’association Maraîchage Sol Vivant Normandie porte la démarche MSV d’agriculture régénérative sur le territoire normand. Elle a pour rôle de créer une dynamique de paysans-chercheurs et a mis en place un dispositif d’accompagnement pair-à-pair pour les maraîcher.ère.s installé.e.s et les porteur.se.s de projets.

Le rôle des experts e# Le Maraîchage sur Sol Vivant et les Planches Surélevées : Une Approche Régénérative pour une Agriculture Durable

Introduction au Maraîchage sur Sol Vivant (MSV)

Le Maraîchage sur Sol Vivant (MSV) est un mouvement agricole né en 2012, dont le principe fondateur est de baser la fertilité des cultures sur la vie et la santé du sol. Cette approche, également connue sous le nom d'agriculture régénérative en maraîchage, se caractérise par une activité biologique intense des sols, une porosité accrue et un flux optimal de nutriments. Le MSV ne se contente pas de créer un sol fertile et riche en nutriments ; il joue également un rôle crucial dans la conservation du carbone en limitant son relargage et en augmentant le stock interne du sol. L'agroécologie, portée en France par les agriculteurs eux-mêmes qui se regroupent et développent les bonnes pratiques agricoles à partir de savoirs librement échangés, trouve dans le MSV un exemple concret de mise en œuvre.

Schéma illustrant la vie du sol dans un système MSV

Les Fondements du Maraîchage sur Sol Vivant

Le MSV se distingue par plusieurs principes clés qui visent à imiter et à amplifier les processus naturels de fertilité du sol :

Ne Pas Travailler le Sol

Le travail du sol, qu'il s'agisse du labour avec des outils manuels ou motorisés, est une pratique qui détruit la vie microbienne et macrobienne essentielle du sol, notamment les champignons et les vers de terre. En MSV, l'approche est de laisser ces organismes œuvrer en paix. Ils travaillent inlassablement pour créer une terre riche et fertile, parfaitement adaptée à la croissance des plantes. Sur la Ferme de Cagnolle, par exemple, des techniques de maraîchage ont été développées sur plus de 10 ans, éradiquant tout travail du sol pour favoriser le développement de la vie souterraine et d'un écosystème favorable aux cultures. Il est un fait avéré que certains maraîchers vont jusqu'à ne pas retirer un rumex à la bêche car cela "travaille le sol". Toutefois, il convient de noter que dans des cas particuliers où le sol est extrêmement compact et sans porosité biologique, un travail du sol peut s'imposer pour assurer la réussite des cultures. Le réseau MSV préconise généralement de ne pas travailler le sol, sauf pour une phase de remise en vie avec des intrants massifs. Si les semis sont trop souvent ratés à cause d'un mauvais contact sol-graine, il faudra peut-être privilégier un itinéraire avec un léger travail au rotavator sur quelques centimètres, suivi d'un ou plusieurs binages.

Ne Jamais Laisser le Sol Nu

Un sol nu s'assèche, se tasse et expose la vie bactérienne, la faune et la flore aux intempéries. Un sol protégé est un sol couvert. Toutes les plantes qui y poussent créent une biomasse qui peut ensuite être coupée et réintégrée dans le sol pour alimenter le cycle vertueux de l'agro-recyclerie. Le MSV peut facilement reconstruire biologiquement les sols grâce aux apports de matières organiques, aux plantes (couverts végétaux, enherbement spontané et prairie) et à l'irrigation.

Maraichage bio: Légumes plein champs sans irrigation sur sol vivant et sur bâche.

Apporter de la Matière Organique Fraîche pour Nourrir le Sol

Chaque année, il est crucial d'apporter de la matière organique sur le sol pour nourrir l'ensemble des organismes qui y résident. Selon ce qui est disponible, le broyat de bois, le fumier pailleux, les copeaux ou sciures de bois, le charbon, ou le compost sont autant de matières utiles au jardin qui ne devraient pas être jetées, mais recyclées. Sur la Ferme de Cagnolle, le broyat de bois, procuré auprès des déchèteries locales ou des élagueurs et paysagistes, est régulièrement apporté. Ce broyat est une nourriture de choix pour les champignons, puis les bactéries du sol, qui attirent à leur tour des prédateurs comme les vers de terre. Ces derniers aèrent et structurent le sol grâce à leurs galeries, le rendant poreux et propice à l'enracinement des plantes. Ils sécrètent également un mucus riche en azote. Les processus de décomposition du bois broyé par tous ces micro et macro-organismes de la vie du sol créent un humus qui enrichit la terre et la rend fertile pour plusieurs années, grâce à un taux élevé de matière organique. Cette approche est appelée l'agro-recyclerie. Lors de l'installation sur un site, sans travail du sol préalable, un mulch de 15 cm de compost de déchets verts peut être apporté à la surface des planches de culture, représentant un apport de 300 t/ha.

Le Recyclage comme Clé de la Fertilité

Dans une logique permaculturelle inspirée des cycles naturels, les itinéraires développés en MSV visent à maintenir et enrichir la fertilité des sols. Le concept-clé est le recyclage de la matière organique, principalement des déchets verts riches en carbone. Le parallèle entre l'aquaponie et le sol vivant est frappant : ce qui rapproche ces deux méthodes est le respect d'un équilibre naturel complexe, permis par la compréhension des mécanismes qui l'animent. En aquaponie, les déchets des poissons sont minéralisés par des bactéries pour nourrir les plantes. En MSV, il s'agit de s'intéresser à l'alimentation des vers de terre, au rôle des champignons et à leur symbiose avec les racines (les mycorhizes), ainsi qu'aux équilibres chimiques du sol (pH, rapport C/N, forme chimique de la nutrition des plantes).

Les Planches Surélevées en Maraîchage Bio-Intensif

Les planches surélevées, souvent utilisées dans le maraîchage bio-intensif, sont une méthode de travail du sol recommandée par des experts comme Jean-Martin Fortier. Elles permettent d'obtenir de meilleurs rendements et de structurer l'espace de culture de manière efficace.

Aménagement des Planches Permanentes

Les cultures sont implantées uniquement sur l'espace formé par la planche permanente. La surface cultivée sur une ferme bio-intensive est divisée en blocs, chaque bloc étant composé d'une dizaine de planches permanentes. La longueur des planches peut varier, mais il est recommandé qu'elles soient toutes de la même dimension (par exemple, une largeur de 75 centimètres et une longueur choisie entre 15 et 30 mètres) pour uniformiser les équipements (bâches, lignes d'irrigation, filets anti-insectes, etc.). L'espace entre chaque planche est occupé par une allée large de 45 centimètres, ce qui permet aux maraîchers d'enjamber facilement une planche sans la piétiner, minimisant ainsi le compactage du sol. La planche devient alors l'unité de mesure du jardin-maraîcher pour le calcul des doses d'amendement, la planification des cultures, etc.

Plan de jardin maraîcher avec des planches permanentes

Si le sol est prêt, l'aménagement de nouvelles planches permanentes peut se faire assez facilement. Pour réaliser les buttes surélevées, une pelle peut être utilisée, ou un motoculteur équipé d'une charrue rotative pour de plus grandes surfaces. Ces outils permettent de prélever la terre nécessaire à la surélévation de la zone de culture à partir de l'allée ou passe-pied. Les passe-pieds, larges de 55 cm, peuvent être enherbés en permanence.

Avantages des Planches Permanentes

  1. Drainage Amélioré : Les planches permanentes permettent au sol de se drainer plus rapidement grâce à leur surélévation, ce qui est un avantage considérable dans les climats tempérés où les précipitations peuvent être importantes.
  2. Réduction de la Compaction du Sol : Les allées sont spécifiquement conçues pour que les maraîchers ne marchent jamais sur la surface cultivée, évitant ainsi la compaction du sol. Un sol non compacté, enrichi de compost et d'engrais verts, améliore sa qualité au fil des saisons.
  3. Permanence et Optimisation : Comme leur nom l'indique, les planches sont permanentes. Cette rigueur permet de concentrer les efforts sur l'amélioration continue de la qualité du sol.
  4. Adaptation aux Outils Manuels : Dans le cadre du maraîchage de petite surface, les outils manuels (grelinette, râteau maraîcher, marqueur de rang, semoir, etc.) sont peu coûteux et parfaitement adaptés aux planches permanentes, rendant l'utilisation de tracteurs non nécessaire.

La Dynamique du Sol Vivant et sa Fertilité

Le Maraîchage Sol Vivant vise à créer des "anthroposols", c'est-à-dire des sols construits par la main de l'homme, année après année, mais en respectant et en stimulant les processus biologiques.

Analyse de la Matière Organique et de l'Activité Biologique

Des suivis de la population de vers de terre ont montré une augmentation constante, notamment grâce à des prélèvements effectués selon le protocole « test bêche ». Des diagnostics agronomiques ont révélé des augmentations significatives de la teneur en matière organique (MO) totale. Par exemple, une teneur en MO totale de 3,6 % (soit 87,2 t/ha sur 20 cm de profondeur) en 2018 a pu passer à 15,6 % en 2019, avec une augmentation notable de la MO libre (passant de 0,55 % à 6,8 %). Cette augmentation de la MO libre signifie davantage de nourriture à court terme pour les micro-organismes, et par conséquent, pour les légumes.

Graphique comparant la teneur en matière organique en 2018 et 2019

L'évaluation de la quantité de carbone et d'azote minéralisée par l'activité microbienne montre également des résultats probants. Le carbone organique, source d'énergie pour la croissance et le développement des micro-organismes, est minéralisé très rapidement. L'azote minéralisé représente la quantité d'azote minéral potentiellement disponible pour les plantes. L'activité biologique du sol peut générer des unités d'azote par hectare, mais il faut être prudent avec les apports d'azote annoncés par les analyses, car cet azote est surtout disponible au printemps et à l'automne, et beaucoup moins en été.

Gestion des Adventices et de l'Irrigation

En MSV, les plantes vivaces prolifèrent davantage par leur capacité à résister aux paillages en établissant leurs rhizomes. Il n'est pas nécessaire d'être vigilant pour les cultures bâchées ou fortement paillées. Cependant, les semis avec peu de compost (< 5 cm) nécessitent plus de vigilance, il est préférable d'éviter la montaison des adventices les deux années précédant le semis. Il est important de savoir qu'aucune situation n'est irrattrapable en cas de production de graines massives d'adventices, en utilisant des cultures bâchées, de grosses épaisseurs de paillages ou des couverts végétaux très puissants. Le développement de stratégies de cultures en couverts permanents pourrait transformer notre perception des adventices, voire nous amener à travailler directement avec les couverts spontanés.

Un système d'irrigation en MSV est crucial. C'est un manque à gagner énorme de s'en passer, car la réussite des semis et plantations est conditionnée à une bonne hygrométrie du sol et de l'air. L'irrigation permet de mieux traverser les périodes sèches et de décupler les rendements, ce qui transforme un revenu qui rembourse les charges en un revenu qui rémunère un salaire. Cependant, il est absurde de faire souffrir les plantes ou de les gaver d'eau et d'engrais. Chaque plante a des conditions optimales de croissance. Limiter l'irrigation peut permettre d'augmenter le taux de sucre et de faire baisser la température des serres pour ralentir la croissance des légumes comme les radis ou la salade qui poussent trop vite et se conservent mal. Mais de manière générale, les stress hydriques peuvent entraîner des baisses de rendements, des montaisons et une sensibilité accrue aux ravageurs.

Système d'irrigation goutte-à-goutte dans une planche surélevée

Le pH du Sol et la Biologie

La mesure du pH en laboratoire représente une moyenne de la nature du sol, de la rhizosphère et de l'humus. Au champ, les mesures donnent une information sur le pH de l'eau libre de la parcelle, ce qui explique leur grande variabilité. Il est intéressant de noter que les rhizodépositions et la biologie du sol tendent vers un pH de 6,5 - 7, qui est précisément le pH de confort du végétal. La nutrition du sol et l'activité biologique sont les principaux facteurs de fertilité, bien plus que la nature du sol (sableux ou argileux) ou la présence de cailloux. Avec une bonne nutrition et une irrigation adaptée, la plupart des légumes peuvent pousser dans n'importe quel sol.

Les Acteurs et le Réseau MSV

L'association Maraîchage Sol Vivant Normandie (MSV Normandie), créée en 2016, porte la démarche MSV d’agriculture régénérative en maraîchage sur le territoire normand. Elle vise à créer une dynamique de paysans-chercheurs et a mis en place un dispositif d’accompagnement pair-à-pair pour les maraîcher.ère.s et porteur.se.s de projets.

Figures Clés et Engagements

Vincent, président de MSV Normandie et directeur de Ver de Terre Production, est un fervent défenseur de l'agroécologie. Il est également co-gérant du Centre National d’Agroécologie. Sa philosophie, "Cela se fera ensemble ou ne se fera pas !", souligne l'importance de la collaboration. Anne-Lise, maraîchère expérimentée, est secrétaire de l'association, responsable et coordinatrice du GIEE “La place de l’arbre au sein des systèmes maraîchers”. Elle anime des formations, visites de ferme et ateliers. Jérémy, doctorant en biologie et physiologie des organismes, a repris la coordination de deux GIEE, l'un sur la rentabilité des itinéraires techniques et l'autre sur les couverts végétaux. Lou, ébéniste et stratège en communication, est une adepte de l'agroécologie et contribue à la diffusion des savoirs. Pascal, ancien photographe professionnel, met son talent au service de l'association.

Partenaires et Dispositifs de Soutien

La Région Normandie est un partenaire majeur de MSV Normandie, qui fait partie du dispositif CAS2E, offrant des accompagnements sur le Sol Vivant à prix réduits. Le Campus Métiers Nature Coutances est un centre de formation agricole engagé dans l'agroécologie. Le Centre National d’Agroécologie, créé en 2021, est porté par des acteurs reconnus de l'agroécologie. Triple Performance est une plateforme open source, à l'image d'un Wikipédia de l'agroécologie. La Ferme Blue Soil sensibilise le grand public aux enjeux cruciaux liés aux sols. Ver de Terre Production, entreprise dirigée par Vincent, diffuse librement les savoirs agro-écologiques.

Les 7 Clés Fondamentales pour un Projet Maraîcher en MSV

Pour réussir un projet maraîcher en MSV, il est essentiel de réunir et d'entretenir sept clés fondamentales tout au long de sa carrière :

  1. Motivation : Essentielle pour maintenir l'énergie nécessaire dans un métier exigeant physiquement et chronophage. Il faut savoir rebondir face aux pertes de cultures, aux aléas climatiques ou aux déboires commerciaux. Il est crucial d'aligner ses rêves, son projet personnel, son projet professionnel et ses capacités physiques. Il est recommandé de s'informer auprès de projets existants pour prendre conscience des réalités d'un calendrier type et des délais de réalisation. Il s'agit d'adapter la réalisation des rêves à ses capacités et au respect de son temps personnel.
  2. Alignement du Projet : L'alignement entre le projet personnel (vie de famille, temps libre) et le projet professionnel (salaire juste, production de qualité, réalisation par le travail) est primordial.
  3. Réactivité face à l'Imprévu : Il est important de réagir correctement lorsqu'un événement inattendu (invasion de limaces, gel, récoltes abondantes, chantier prolongé) peut avoir un impact important sur les cultures. Ne pas réagir en conséquence peut avoir des répercussions sur la réussite de la culture.
  4. Estimation des Ordres de Grandeur : Savoir estimer les ordres de grandeur du maraîchage permet de mieux se projeter sur l'ampleur des tâches et de mieux s'organiser (ex : temps d'arrosage, rentabilité horaire).
  5. Entourage et Réseau : Le maraîchage étant une activité chronophage, s'entourer de personnes impliquées et profiter des échanges (coup de main, wwoofing, stagiaires, chantiers participatifs, échange de matériel) est bénéfique. Créer ces dynamiques renforce l'entreprise dans les moments difficiles (problèmes de santé, casse matérielle, surcharge temporaire). Un lien fort avec les clients ou AMAPiens est un pilier pour traverser les turbulences.
  6. Prise de Décision : Il n'est pas toujours possible de ne prendre que les meilleurs choix, mais il est indispensable d'acquérir l'attitude consistant à bien s'informer auprès de connaisseurs et à ne pas trop tarder à prendre la décision. Une mauvaise décision, comme le report du bâchage d'une parcelle ou le fait de ne pas réparer un tracteur, peut entraîner une cascade de problèmes.
  7. Gestion de la Charge de Travail et de l'Organisation : Le surmenage en agriculture peut être lié à la surcharge de travail et à une mauvaise organisation du temps. Pour gérer la charge de travail, il faut vérifier la cohérence entre le chiffre d'affaires visé, le type de vente envisagée et la charge de travail réelle. Il est utile de comparer avec les modèles d'autres exploitations, de créer des prévisionnels de culture, et de prioriser les tâches. L'anticipation est la clé principale pour améliorer l'organisation et la vision du travail (bonne planification, quantités pré-calculées, dates de séries préétablies). Prendre des notes sur les réalisations de l'année (rendements, décalages, problèmes d'enherbement/ravageurs, manques/restes de quantités) fournit une base utile pour la prise de décision et l'amélioration de la planification future. Au niveau de la production, il est important de noter tout ce qui a été réalisé, dans quelles conditions et surtout le ressenti.

Commercialisation et Rentabilité en MSV

La commercialisation peut être extrêmement chronophage pour le maraîcher, surtout au début. Il est beaucoup plus efficace de regrouper les ventes en une ou deux fois plutôt que de multiplier les marchés pour de faibles revenus. Il est donc nécessaire de dimensionner son AMAP, son marché ou son autre système de vente en fonction de cet objectif et de se donner les moyens de l'atteindre.

Maraichage bio: Légumes plein champs sans irrigation sur sol vivant et sur bâche.

Des estimations de rentabilité peuvent être réalisées, par exemple : 2 kg de haricots récoltés en 1 heure vendus 8€/kg équivalent à 16€/h. Ces calculs aident à se projeter et à mieux organiser la production et la vente.

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