Le lierre terrestre est une plante rampante et aromatique. Tapi dans les sous-bois, ou colonisant les jardins, le lierre terrestre se fait remarquer grâce à son port et ses jolies fleurs. Plante très commune, vous allez vite apprendre à la repérer dans les sous-bois et les jardins ombragés. Son nom latin est Glechoma hederacea : Glechoma est formé du grec Glêkhôn qui désignait la menthe pouliot, et Hederacea de Hedera « Lierre grimpant ». Néanmoins, la seule similitude que l’on peut observer entre ces deux « lierres » est leur attitude rampante. Bien que portant le nom de lierre, il n’a rien à voir avec le lierre grimpant ou rampant Hedera helix qui fait partie de la famille des Araliacées. Ces derniers sont toxiques.

Une morphologie singulière dans la famille des Lamiacées
Le lierre terrestre appartient à la grande famille des Lamiacées, anciennement appelée Labiées, qui regroupe de nombreuses aromatiques que nous utilisons habituellement en cuisine : romarin, thym, sarriette, sauge, etc. Le lierre terrestre (Glechoma hederacea) est une plante dont les tiges carrées sont couchées au sol. Elles forment des radicelles aux intersections des feuilles dès qu’elles touchent la terre et hop… s’enracinent pour s’étaler en tapis. C’est cela qui lui a donné le nom de lierre terrestre car il court au sol comme le lierre grimpe aux arbres.
Le lierre terrestre possède des stolons : du latin stolo qui signifie rejeton. Cette étymologie exprime clairement le rôle de cette tige rampante capable de parcourir le sol jusqu’à donner un nouvel individu. Les stolons permettent ainsi la multiplication du lierre terrestre. Au printemps, notre lierre terrestre développe, en partant des tiges couchées au sol, des tiges florifères qui se dressent jusqu’à 20 - 30 cm de hauteur sans se ramifier. Elles sont légèrement velues.
Les feuilles sont opposées, réniformes ou cordiformes, crénelées et souvent luisantes. En botanique, cette forme de feuilles est appelée cordée. Cela signifie qu’elles ressemblent à un cœur. Les feuilles basales sont plus rondes que celles qui poussent sur les tiges florales. Feuilles : face supérieure vert foncé, face inférieure vert plus clair. Les fleurs se développent, groupées par 2 ou 3, à l’aisselle des feuilles et « regardent » toutes du même côté. Elles sont de couleur bleu violet, tachetées de pourpre.
Écologie et habitat : un indicateur de la vie forestière
Cette espèce végétale apprécie particulièrement les sols riches en azote. A l’instar de la ronce, il annonce une évolution vers la forêt. Elle indique aussi la présence de matière organique végétale et archaïque non décomposée. Elle est aussi bio-indicatrice d’une carence en matière organique d’origine animale ou en azote. Elle vit bien dans les sols neutres à riches jusqu’à 1600 m d’altitude.
Pour ce qui est de son biotope primaire, le lierre terrestre pousse en lisières et clairières forestières, des forêts alluviales, en plaine ou en montagne. On le trouve dans les sous-bois humides, les haies, les endroits cultivés, et même dans les jardins. Dès le mois d’avril jusque fin mai, on la rencontre dans les bois et les buissons. Cette plante est répandue en Europe, en Asie tempérée et en Amérique du Nord.

Propriétés organoleptiques et composés actifs
Lorsque l’on récolte le lierre terrestre, le froissement de la plante dégage une odeur aromatique assez forte, légèrement mentholée. C’est simple, c’est un parfum que l’on apprécie ou pas. En effet, il peut être désagréable en grande quantité. Une fois que vous aurez senti une feuille de lierre terrestre, vous vous en rappellerez, j’en suis sûre ! Alors froissez bien une feuille entre vos doigts et sentez son parfum : il sera boisé, mentholé et citronné à la fois.
Le lierre terrestre contient du tanin, une huile essentielle, et un taux élevé de vitamine C. Il comporte des flavonoïdes et 0,03 à 0,06 % d’huile essentielle contenant notamment des monoterpènes, en majorité des cétones de type menthone et pulégone. Des principes amers comme le gléchome et la marrubiine. On trouve aussi 7 % de tanins, des saponines, des acides aminés, du potassium et de la choline. La marrubiine, un diterpène, est au cœur de nombreuses recherches pour ses propriétés antinociceptives, antispasmodiques et son potentiel cardioprotecteur.
Usages traditionnels et ethnobotanique
Culpeper nous indique que le lierre (Ground ivy) est une herbe de Vénus qui guérit donc les maladies qu’elle provoque par sympathie, et celles de Mars par antipathie. Les anciens lui ont donc donné le nom de Glechoma ce qui veut dire maître à tout, c’est-à-dire qu’elle est bonne pour tout. De par sa proximité, nos ancêtres le considéraient comme gardien des maisons, bon esprit de la ferme et lutin protecteur qui venait en aide en cas de besoin.
Il était utilisé pour conjurer des mauvais sorts à l’aide d’incantations lors desquelles on le manipulait. Avec un bouquet de lierre terrestre on bénissait des personnes, des lieux et on éloignait les maladies. Par exemple, pour protéger les vaches et s’assurer une lactation abondante, on versait le lait à travers une couronne de lierre terrestre. Une tradition était qu’à la Saint-Jean, les personnes se paraient la tête de couronnes de lierre terrestre.
Le lierre terrestre, délicieuse plante aromatique
Applications en phytothérapie et santé respiratoire
Le lierre terrestre est utilisé en herboristerie pour ses nombreuses propriétés. Les différents principes actifs de cette plante (marrubiine, flavonoïdes, acides phénols, etc.) contribuent à apporter des bienfaits à l’organisme. Ses composés apportent des effets essentiellement orientés vers le système respiratoire. Il a à peu près les mêmes effets que l’hysope.
Pour les toux qui durent, l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi conseille de consommer une infusion de lierre terrestre accompagnée d’autres plantes médicinales, telles que l’hysope, la réglisse, le coquelicot ou encore le polypode pour une meilleure efficacité. La nature du lierre terrestre est d’être chaud et sec. La plante entière fleurie est antibiotique, antiscorbutique, antispasmodique, béchique, diurétique, tonique et vulnéraire. Elle est utilisée pour résoudre les infections : angines, cystites, rhumes, bronchites chroniques et asthme.
Il faut noter cependant que le lierre terrestre ne convient pas aux personnes souffrant de pathologies rénales ou hépatiques. Bien que certains actifs de cette plante soient diurétiques et hépatoprotecteurs, un fort dosage des alcaloïdes peut devenir toxique pour le foie et les reins. De plus, des interactions médicamenteuses peuvent se produire avec les traitements. Un surdosage peut provoquer des diarrhées ou des irritations des bronches.
Le lierre terrestre dans la cuisine sauvage
Le lierre terrestre est comestible et il est très intéressant en cuisine par son côté aromatique. Il est utilisé comme condiment, et apporte un parfum proche d’un mélange entre la menthe et le citron, avec une très légère amertume. Les fleurs peuvent agrémenter vos salades, vos fromages frais, vos assiettes pour la décoration. Les feuilles ont un goût puissant : elles peuvent parfumer des desserts, crèmes, sauces…
Fraîches et ciselées, elles peuvent être ajoutées à de nombreux plats, parcimonieusement, à la manière du persil par exemple. Bon à savoir : la cuisson fait perdre la majeure partie de l’arôme du lierre terrestre, il faut donc le manipuler d’une certaine façon pour en retirer tout l’arôme sans l’abîmer. Jusqu’au XVIIe siècle, le lierre terrestre était utilisé pour donner de l’amertume aux bières. Au Moyen Âge, le lierre terrestre a servi à aromatiser la bière tout en l’aidant à mieux se conserver.

Conseils de récolte et conservation
Le lierre terrestre se récolte de mars-avril pour les jeunes feuilles et jusqu’en novembre. Le moment optimal est au printemps, lorsque ses feuilles dégagent leur plus bel arôme. Faire sécher dans une pièce sombre et aérée. Si vous arrachez par mégarde les racines, il est possible de le semer ou repiquer au printemps.
En prenant le temps d’observer les plantes qui vous entourent, vous allez pouvoir apprendre à les cuisiner ou à les utiliser pour vos soins. Pour cela, il est essentiel de suivre également des formations autour des soins avec les plantes sauvages et de se renseigner auprès des professionnel.le.es. Comme toujours, lorsque l’on utilise des plantes médicinales, il est essentiel de se renseigner auprès d’herboristes afin d’employer ces espèces végétales en toute sécurité.
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