La notion de « mauvaise herbe » est une construction humaine, née il y a une dizaine de milliers d’années avec les débuts de l’agriculture. Avant de cultiver des plantes pour se nourrir, les humains consommaient des plantes sauvages ; à cette époque, le terme n’avait aucun sens. Concrètement, une personne appellera « mauvaise herbe » les plantes qu’elle n’utilise pas, que ce soit pour manger, pour décorer, etc. Il veut la désherber car il pense qu’elle nuit aux plantes qu’il a semées. Pourtant, il n’existe pas de définition stricte de ce qu’est une mauvaise herbe et beaucoup de plantes que nous qualifions de mauvaises herbes ou plantes adventices, sont des plantes sauvages intéressantes ou des plantes bio-indicatrices dans d’autres contextes.

Pour les jardiniers amateurs, le terme « mauvaises herbes » décrit les plantes indésirables qui poussent dans le jardin ou sur la pelouse. Il s’agit de plantes sauvages qui sont généralement extrêmement résistantes et se propagent rapidement. La très grande majorité des mauvaises herbes provient de graines stockées dans le sol et qui attendent les conditions favorables pour germer : un terrain humide, bien éclairé et de préférence nu, sans concurrence d’autres plantes. Les mauvaises herbes poussent de deux façons en se propageant soit par leurs racines, soit par leurs graines.
Les mécanismes de propagation et de survie
Les racines rustiques de ces mauvaises herbes peuvent se répandre dans le massif ou sous le gazon. Lors de l’identification des mauvaises herbes, il est important d’établir quels types se propagent par les racines pour les combattre de manière appropriée. Déchiqueter ou tondre ces mauvaises herbes en petits morceaux ne les détruit en rien, et il est fort probable que ces actions aggravent le problème en multipliant le point de départ de croissance de ces plantes. Les mauvaises herbes propagées par les racines peuvent se répandre sur une vaste zone grâce aux rhizomes de leur système racinaire : une plante entière peut se développer à partir de petits fragments de racines.
La seule façon de se débarrasser de ces mauvaises herbes est de les arracher soigneusement de la terre avec leurs racines, idéalement d’un coup et en totalité. Ce type de mauvaises herbes produit de grandes quantités de graines, ce qui signifie qu’elles peuvent se reproduire rapidement et à grande échelle. La plupart du temps, ces plantes annuelles peuvent se reproduire sur de grandes distances, et le matériel génétique peut survivre pendant des années, voire des décennies dans le sol, avant de germer à nouveau lorsque le sol est bêché.
Biologie végétale - Comprendre les plantes -
Certaines plantes possèdent des stratégies de survie impressionnantes :
- Plante mimante : pas ou peu différenciable de la culture, surtout au stade jeune.
- Dormance prolongée : les graines de Striga hermonthica peuvent rester viables 20 ans dans le sol.
- Fécondation auto-compatible : Commelina benghalensis possède des fleurs aériennes auto ou allogames et des fleurs souterraines cleistogames.
Analyse des espèces communes dans les jardins français
La majorité des mauvaises herbes se propage rapidement au jardin et pousse vite. Si toutes ne sont pas forcées d’être supprimées, certaines peuvent devenir envahissantes et étouffer les végétaux ou la pelouse.
Le Chiendent et les graminées invasivesLe chiendent est une graminée vivace qui pousse très rapidement et repart dès qu’un rhizome est coupé. Elle se faufile partout : dans les allées, entre les dalles, sur la pelouse. Ses rhizomes peuvent atteindre une profondeur souterraine de 10 centimètres. Pour l’éliminer, il est recommandé de bêcher le sol à l’aide d’une fourche-bêche afin de retirer les rhizomes en entier. Il existe différentes façons de s’attaquer au chiendent en fonction de sa localisation. Vous pouvez recouvrir les zones envahies de morceaux de carton pour priver de lumière les rhizomes qui en sont avides.
Le Pissenlit et les plantes à graines volantesTrès résistant, le pissenlit peut rapidement envahir votre terrain. Il possède une grande rosette basale avec de longues feuilles dentelées qui poussent à partir de la base. Les fleurs jaunes arrivent à maturité pour former l’aigrette familière du pissenlit. Il se propage extrêmement rapidement et loin grâce aux graines disséminées par le vent. Heureusement, il n’est pas si difficile de l’éradiquer puisqu’il est même comestible.
Les plantes rampantes et stolonifèresL’oxalis est une rampante ressemblant au trèfle. Elle peut devenir assez envahissante car elle produit ce qu’on appelle des bulbilles (des bourgeons), qui participent à la dissémination de la plante. Ne binez et ne bêchez surtout pas le sol ! La renoncule rampante, également appelée pied-de-poule, prospère dans les prairies humides et les zones au bord de l’eau. La plus grande dissémination se fait par des tiges traçantes souterraines.

La gestion des sols et l'interprétation écologique
Le nombre d’espèces de mauvaises herbes que l’on peut avoir dans un jardin dépendra souvent de la gestion des sols de la parcelle. À chaque type de gestion, certaines mauvaises herbes particulières vont pousser.
- Rumex à larges feuilles (Rumex obtusifolius) : pousse dans des sols où l’acidité est bonne pour les plantes cultivées mais où l’excès de fertilisants et de tassement nuisent au bon développement des organismes du sol.
- Chénopode blanc (Chenopodium album) : pousse dans des sols qui peuvent être légèrement acides, où il n’y a pas assez de matières végétales en décomposition.
- Lierre terrestre (Glechoma hederacea) : se trouve dans des jardins où il y a un peu trop de matières végétales en décomposition par rapport à ce que les organismes vivants du sol parviennent à manger.
Pour les écosystèmes, les mauvaises herbes ont généralement un rôle de « remplissage des trous » laissés par les humains. Lorsqu’un coquelicot s’installe dans un champ, c’est qu’il a la place de s’installer mais aussi que le sol est suffisamment nutritif pour lui. Cela évitera l’érosion et que le sol se retrouve en coulées de boue dans les rivières et les fleuves.
Stratégies de contrôle et prévention
Il existe plusieurs moyens pour se débarrasser des plantes indésirables. L’un d’eux consiste à désherber à la main. Il faut les arracher avec toutes leurs racines, car le moindre petit morceau qui reste leur permet de revenir très vite. La meilleure approche à long terme pour se débarrasser de ces mauvaises herbes est de les affaiblir par un binage et une taille régulière. La clé est de les attaquer avant qu’elles ne fleurissent, ou du moins avant que les fleurs n’arrivent à maturité, car elles seront alors incapables de se reproduire.
Le paillage est une autre solution très efficace : il suffit de déposer des déchets du jardin (tonte de gazon, feuilles mortes, pelures de cuisine, copeaux de bois, paille) sur le sol et de les répartir uniformément. Ceci permet de cacher du soleil les semences des mauvaises herbes qui ne pourront donc pas germer.

Concernant le compostage, il doit toujours être réalisé avec prudence. Vous pouvez jeter les racines dans une poubelle de jardin destinée au compostage industriel. Pour les autres mauvaises herbes, assurez-vous que les racines sont déchiquetées avant le