La mélisse : entre plante médicinale d’exception et réputation de mauvaise herbe

La mélisse (Melissa officinalis), parfois appelée mélisse officinale, est une plante aromatique vivace qui occupe une place particulière dans nos jardins et nos pharmacopées. Souvent perçue à tort comme une simple "mauvaise herbe" en raison de sa vigueur et de sa capacité à se ressemer, elle est pourtant l'une des plantes médicinales les plus simples et les plus utiles. Originaire de la partie nord-orientale du bassin méditerranéen et membre éminent de la famille des Lamiacées, elle a été introduite relativement tôt dans les jardins de médicinales des prieurés, monastères ou abbayes, ce qui explique pourquoi vous la trouverez souvent autour des vieilles habitations.

Illustration botanique de la Melissa officinalis montrant ses feuilles opposées et ses fleurs en verticilles

Identification et caractéristiques botaniques

La mélisse est une plante vivace herbacée, très résistante au jardin ou en pot. Elle possède des racines cylindriques, fibreuses et dures lui permettant de rester en place très longtemps, formant une touffe drageonnante qui rappelle la menthe (Mentha spicata), ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'elles sont de la même famille. Ses tiges sont ramifiées, glabres, et portent des feuilles opposées, pétiolées, bien dentées et relativement poilues lorsqu’on les observe de près. Ces feuilles, de 6-7 cm de long, ovales, vert clair, présentent des veines très marquées et dégagent une odeur citronnée caractéristique par froissement.

D'un point de vue biochimique, il est intéressant de noter que, pour une lamiacée, la mélisse contient une toute petite quantité d’huiles essentielles, environ 0,03% de sa masse totale sèche, à comparer avec environ 0,3% pour la menthe. Ces huiles volatiles comprennent notamment le géranial, le néral et le citronellal. Les fleurs, qui apparaissent de juin à septembre, sont bilabiées, pâles, irrégulières, groupées en verticilles unilatéraux à l’aisselle des feuilles. Elles sont de couleur jaune ou blanches lorsqu’elles sont en bouton ou récemment ouvertes, puis tournent au blanc parfois légèrement rosé lorsqu’elles se fanent et sèchent.

La mélisse est-elle une « mauvaise herbe » ?

La question de savoir si la mélisse est une mauvaise herbe dépend largement de la perspective du jardinier. D'un côté, sa rusticité est impressionnante : elle supporte des températures allant jusqu'à -15°C et ne demande pas de protection hivernale. Elle se ressème abondamment si on laisse ses fleurs monter à graines, ce qui peut conduire à une prolifération rapide dans un massif. Toutefois, contrairement aux espèces invasives indésirables, la mélisse est une plante aromatique noble, cultivée pour ses propriétés thérapeutiques et gustatives depuis des siècles.

Si elle est bien établie, elle vous fournira une grande densité de feuilles. Pour limiter son expansion, il suffit d'adopter une stratégie de taille appropriée. La récolte de la mélisse avant floraison constitue une taille qui évite aux tiges de s’allonger démesurément et de faire des graines. Vous pouvez compléter par une taille de nettoyage en rabattant la touffe au ras du sol en automne ou en fin d’hiver. Plutôt qu'une mauvaise herbe, considérez-la comme une compagne fidèle et généreuse du jardinier.

Propriétés énergétiques et approche psychologique

La mélisse est une plante dont les classifications varient selon les époques et les traditions. La plupart des écrits la classifient comme refroidissante, une notion qui, dans une vue holistique, permet de calmer une suractivité ou une « chaleur » de la sphère cérébrale. Comme toutes les plantes acides et légèrement amères, la mélisse est rafraîchissante pour les conditions nerveuses d’excitation. Il existe cependant une note de discordance chez Cazin, médecin des années 1850, qui la classifie comme chaude.

Sur le plan psychologique, elle est particulièrement indiquée lorsque l’anxiété est accompagnée de symptômes cardiaques, comme des palpitations ou de l’hypertension, et/ou digestifs. Culpeper, dans les années 1650, affirmait déjà qu'elle "rend le cœur et l’esprit joyeux, combat les évanouissements et syncopes, et chasse toutes les pensées négatives hors de l’esprit". Michael Moore l’utilise comme anxiolytique, soulignant qu'elle convient à tout type de personnalité, et non uniquement aux personnes délicates.

Comment utiliser la mélisse ? Phytothérapie

Mécanismes d'action scientifique et système nerveux

Les études modernes confirment l'intérêt de la mélisse pour le système nerveux. Une étude a examiné son impact sur le cycle de l’acide γ-aminobutyrique (GABA), le principal neurotransmetteur qui inhibe notre système nerveux. La mélisse inhibe l’enzyme GABA transaminase, responsable de la destruction du GABA. En permettant de garder plus de GABA dans l’environnement cérébral, la plante favorise un effet anxiolytique.

De plus, des recherches ont montré que la mélisse réduit les symptômes de l’anxiété d’un pourcentage significatif, entre 15% et 18%, chez des patients souffrant de troubles du sommeil. Il convient toutefois de noter une interaction potentielle : certaines études ont reporté une potentialisation des effets hypnotiques des médicaments anxiolytiques de la classe des barbituriques. En raison de ses propriétés sédatives, la mélisse peut amplifier les effets des médicaments psychotropes, tels que les somnifères, les antidépresseurs ou les dérivés d'opiacés.

Applications thérapeutiques : système digestif et thyroïde

Les indications digestives de la mélisse sont les plus populaires historiquement. Sa légère amertume tonifie la relâche des sucs gastriques, tandis que ses huiles essentielles antibactériennes éliminent les bactéries responsables de la fermentation et de la création de gaz. Ses propriétés antispasmodiques la rendent efficace contre les crampes d’estomac, notamment lorsqu’elles sont accompagnées de flatulence.

Il est intéressant de mentionner l’importance du système nerveux entérique, souvent appelé le "2ème cerveau", qui régit la digestion et travaille étroitement avec le système nerveux central. La mélisse, grâce à son goût agréable et citronné, est le remède idéal pour les états nauséeux, y compris chez la femme enceinte ou chez l’enfant traversant une gastroentérite. Par ailleurs, des études in-vitro ont démontré que la mélisse interfère avec le verrouillage de la TSH sur ses récepteurs et inhibe l’enzyme iodothyronine deionidase, ce qui suggère un potentiel pour baisser l’activité d’une thyroïde hyperactive.

Usages antiviraux et protection cellulaire

Une indication scientifique majeure concerne les propriétés antivirales de la mélisse, particulièrement contre le virus de l’herpès. Appliquer la mélisse en externe est souvent la méthode la plus efficace. Il est recommandé d'utiliser une huile essentielle de mélisse diluée dans une huile végétale, à raison d'un volume d’huile essentielle pour 5 volumes d’huile végétale.

En complément, la mélisse exerce un effet protecteur marqué contre le stress oxydatif, protégeant nos cellules contre le vieillissement prématuré dû aux radicaux libres. Comme toutes les menthes, la mélisse est également diaphorétique : elle ouvre les pores de la peau pour favoriser l’échange de chaleur à la surface, contribuant ainsi à l’abaissement de la fièvre.

Schéma montrant les différentes formes de préparation de la mélisse : infusion, teinture mère et huile essentielle diluée

Conseils de culture et de récolte

Pour ceux qui souhaitent cultiver cette plante, sachez que la mélisse est une plante aromatique rhizomateuse assez rustique. Elle se plaira au potager ainsi qu'en massif, où elle fera un bel effet avec ses feuilles ovales très odorantes. Elle a besoin de beaucoup de soleil pour bien se développer, à l'abri du vent, bien que la mi-ombre lui convienne également.

La récolte des feuilles se fait idéalement avant la floraison, car celle-ci dénature le parfum. Si vous cueillez vous-même votre mélisse, privilégiez le matin, lorsque la rosée s’est dissipée. Pour le séchage, coupez les branches et disposez-les délicatement sur des clayettes de séchage sans les retourner. Gardez-les ensuite dans un endroit sec. Une mélisse bien séchée doit conserver sa belle couleur verte ; si elle devient marron ou grise, c'est le signe qu'elle a perdu sa vitalité. Pour la mélisse en pot, une fertilisation est conseillée une à deux fois par mois d’avril à fin août pour encourager la formation d’un beau feuillage, et un rempotage est recommandé tous les 2 à 3 ans.

Préparations traditionnelles et précautions

La polyvalence de la mélisse se reflète dans ses nombreuses préparations. L'infusion se prépare avec 1,5 à 4,5 grammes de feuilles pour 150 ml d’eau bouillante, en laissant infuser 10 minutes. La teinture mère peut être préparée au taux de 1:2 (100 g de plante pour 200 ml d’alcool) dans de l’alcool à 95°. Historiquement, l’“Eau de mélisse des Carmes”, fabriquée dès 1611, reste une référence en la matière.

Malgré ses nombreux bienfaits, la prudence reste de mise. La mélisse peut affecter l'attention et la vigilance, ce qui peut être dangereux pour les personnes qui doivent conduire ou opérer des machines. Bien qu'aucun effet secondaire notable ou significatif n’ait été rapporté à ce jour, il est toujours recommandé de consulter un professionnel de santé avant d'entamer une cure, surtout si vous suivez déjà un traitement médicamenteux. La mélisse est une plante aux multiples facettes, qui, loin d'être une simple mauvaise herbe, mérite pleinement sa place dans le jardin de tout amateur de phytothérapie.

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