Le fumier n’est pas le sujet le plus poétique qu’il soit. Urines, déjections animales, voilà de quoi repousser bien des âmes sensibles. Et pourtant, le fumier peut s’avérer être un formidable allier au potager. Il est un berceau de richesse pour notre sol et à terme un apport de nutriments pour nos cultures. En automne, lors d'une simple balade à la campagne, les narines sont souvent titillées par des relents du fumier. Dans les prés et les champs agricoles, les paysans épandent souvent un fumier encore fumant. Dans le potager, le jardinier amateur peut aussi adopter cet amendement pour enrichir et structurer le sol.

Constitution et nature du fumier
Le fumier est le mélange de plusieurs matières organiques. On y retrouve d’une part les urines et les déjections ou fèces des animaux (crottins, bouses, fientes, crottes…). Vient ensuite la litière qui absorbe les urines, que ce soit foin, paille, broyat ou encore sciure. Le fumier est un mélange d’urine, d’excrément, et de matière carbonée : appétissant ! Au final, le fumier est un mélange de matières très sèches, très carbonées, très ligneuses, couplées à des matières très humides.
En tant que matière organique, au potager, le fumier va apporter de l'humus qui, à son tour, va décompacter le sol, participer à la rétention d'eau et apporter des micro-organismes indispensables à la fertilité du sol. Autant dire que c'est tout bénef de mettre du fumier au jardin, au même titre que le compost !
Typologie des fumiers : lequel choisir ?
Il est important de distinguer les différents types de fumiers, car leurs propriétés varient selon l'animal d'origine :
- Le fumier de bovins (vaches) : c'est certainement le fumier le plus facile à trouver mais le moins concentré en matières fertilisantes. C'est un fumier froid qui mérite souvent une longue période de compostage. Il est plutôt conseillé pour les sols légers tellement ce fumier est lourd et froid.
- Le fumier de cheval (ou d’âne) : il est bien équilibré, grâce à sa teneur en paille, et est particulièrement apprécié pour les terres lourdes, argileuses, qu’il contribue réellement à améliorer. Il est particulièrement riche en potasse et en azote. C'est un fumier chaud, idéal pour alléger des sols lourds.
- Le fumier de mouton (ou de chèvre) : c'est le plus riche de tous les fumiers en matières organiques. C'est un fumier chaud qui se dégrade très lentement.
- Le fumier de lapin : c'est un fumier chaud qui apporte de la matière aux sols légers. Après celui de volaille, c'est le fumier le plus riche en potasse. Cela en fait d’ailleurs sa particularité.
- Le fumier de volailles (poules pondeuses et poulets à viande) : c'est un fumier à utiliser avec modération car il est très riche en azote et en potasse. Le fumier de volailles ne doit jamais être utilisé pur au jardin. Il est donc indispensable de faire sécher les fientes de poule ou de les incorporer au compost.
- Le fumier de cochon : c'est un fumier très liquide, froid, qui s'utilise rarement au jardin.

Fumier frais ou composté : deux approches pour le jardinier
La question se pose de savoir si un fumier s’utilise frais ou s’il est nécessaire de le composter durant quelques semaines, quelques mois. Les deux hypothèses sont envisageables, mais l’apport d’un fumier composté au potager est la pratique la plus répandue. Elle est même obligatoire en maraîchage professionnel.
L'intérêt du compostage
Le premier avantage à composter un fumier est de l’assainir, se prémunir plus encore de quelconques risques sanitaires. Autre avantage à composter un fumier en tas : il se valorisera de lui-même. Comme si vous mettiez les ingrédients d’une recette de cuisine dans un saladier pour bien lier l’ensemble plutôt que de tout jeter au sol. En le répandant frais et non composté au sol, parfois la litière se retrouve d’un côté, les déjections d’un autre. La température monte moins haut (le fumier doit chauffer pour bien se décomposer) et la plus-value n’est pas la même.
Les avantages du fumier composté sont nombreux :
- Il prend deux fois moins de place qu’un fumier frais.
- Il est parfaitement homogène et stable.
- Il libère très lentement des minéraux.
- Grâce à la phase de compostage à chaud, vous aurez moins de graines d’adventices.
L'usage du fumier frais
Vous pourrez aussi amener du fumier frais à votre potager. Les macros organismes vont se régaler de matières grossières à décomposer et vont se démultiplier. Mais ce fumier sera bien moins stable et homogène alors il est fortement conseillé de l’épandre en dehors des périodes de culture, idéalement en automne. Le sol est encore bien chaud et actif, il engloutira tout cela durant l’hiver.
Techniques d'application au potager
Le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux. On dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%.
Préparation du sol en février
En février, l’essentiel des travaux consiste à préparer le jardin pour l’année à venir. Cela implique de travailler la terre en y incorporant de la matière organique. Il est temps de finaliser les labours d’hiver. Retournez la terre en profondeur pour l’aérer et éliminer les mauvaises herbes qui ont résisté au froid. Cette action permet également de décompacter le sol et de faciliter le drainage. Appliquez aussi dès maintenant des engrais organiques, tels que du fumier bien décomposé, du compost mûr ou des granulés de poulet, à votre sol.
Méthodes d'incorporation
- Enfouissement léger : Concernant le fumier frais, il est conseillé de l’enfouir tout en le laissant dans un milieu aérobie, sur les 10 premiers centimètres de sol maximum.
- Épandage en surface : Concernant le fumier composté, celui-ci est beaucoup plus stable. On pourra le laisser en surface sur un sol gorgé de vie biologique. C’est elle, cette vie, qui va travailler mieux que quelconque engin mécanique et incorporer le compost de fumier aux premiers centimètres de sol.
- Couche chaude : Le fumier de cheval est tout à fait approprié à la confection de ces couches chaudes, car il monte rapidement en température. Faites une couche de 30 à 40 cm de fumier de cheval et arrosez copieusement.
Réaliser une couche chaude sous un tunnel avec de la paille
Conseils pratiques et dosages
Plus l’animal est petit et plus le fumier est riche ! Les fumiers de lapin et de poules sont au moins deux fois plus concentrés en minéraux qu’un fumier de vache ou de cheval. Il faut en tenir compte pour apporter les bonnes quantités.
- Doses conseillées : Pour les fumiers riches, tout juste 1 kilo au m² sera déjà une belle dose. Pour le fumier de cheval décomposé, la première année, 3 kg par m² est une bonne dose, puis 1 kg par m² la deuxième année.
- Fumier du commerce : Si vous n’avez pas accès à du fumier frais, vous trouverez du fumier composté en sac facilement transportable en jardinerie. À noter que le fumier de jardinerie est souvent enrichi avec des algues marines ou autres apports organiques. La dose est généralement de 500 grammes de fumier desséché par mètre carré cultivé.
- Précautions : Évitez de planter des alliacées comme les oignons, l’ail, l’échalote, à des endroits que vous avez enrichi avec du fumier, elles ont horreur de ça !

Vigilances au mois de février
Le mois de février est souvent capricieux, parfois plus rude que décembre ou janvier. Le jardinier se trouve alors face à un choix cornélien : faut-il se lancer dans les semis et plantations pour récolter plus tôt, au risque de voir les graines pourrir à cause du froid et de l’humidité ?
- Protection : Les prévisions météorologiques doivent être surveillées de près. Protégez vos jeunes plants des gelées les plus intenses en les recouvrant d’un voile de protection.
- Parasites : En cette période de l’année où la nourriture se fait rare, les pigeons peuvent être tentés de picorer vos choux frisés, choux-fleurs et brocolis. La fonte des semis peut également anéantir vos jeunes plants, veillez à désinfecter vos terrines et outils après chaque utilisation.
- Entretien : Février est une période idéale pour l’entretien des massifs de vivaces. Le sol étant encore relativement nu, vous aurez un accès facile aux plantes sans risquer de les endommager. Profitez de cette occasion pour enlever toutes les mauvaises herbes envahissantes.
Le jardinier a de nombreuses cartes en main pour enrichir son sol, l’améliorer, nourrir ses cultures. Si l’accès au fumier vous repousse ou vous est compliqué, vous avez ainsi bien d’autres solutions. Pensez au compost ménager, au compost végétal, aux paillages diversifiés (broyat, foin, paille, tontes, feuilles…) qui mois après mois amèneront de la richesse. Pensez aussi à la multitude d’engrais naturels qui vont enrichir votre sol. N’attendez plus pour démarrer votre propre potager.