Mildiou de la vigne et sodium : Comprendre, prévenir et traiter

Le mildiou de la vigne, ou Plasmopara viticola, est une maladie cryptogamique originaire d’Amérique du Nord, importée en Europe au 19ème siècle et identifiée pour la première fois en France en 1878. Causant des ravages dans les vignobles, cette maladie à laquelle est confronté le viticulteur, affecte la qualité des raisins et impacte directement les rendements et la production de vin. Le mildiou est un oomycète qui adore l’eau. Au printemps, au début de la floraison, lorsque le sol est réchauffé, il se développe principalement en période de pluies et lorsque les températures sont favorables (entre 11°C et 30°C), ce qui en fait une menace particulièrement redoutable dans les régions viticoles.

Schéma illustrant le cycle biologique du mildiou de la vigne (Plasmopara viticola) et les conditions climatiques favorables à sa propagation

Identification et symptômes du mildiou

Le mildiou de la vigne, dont les spores sont propagées par le vent ou lors d’épisodes pluvieux importants, peut endommager les feuilles et les grappes de raisin. Dès lors que le parasite affecte le vignoble, on observe plusieurs symptômes caractéristiques. La présence de taches d’huile, observées sur les feuilles de vigne, présente un aspect huileux jaunâtre décoloré. Présentées sous forme circulaire et majoritairement observées en début/milieu de saison, ces taches provoquent à terme une nécrose des tissus.

Le mildiou en mosaïque apparait généralement en fin de cycle végétatif. Elle se reconnait par le développement de taches jaunes/rouges limitées par les nervures de la feuille. Leur présence face inférieure de la feuille forme un duvet blanc, caractéristique du mildiou. Dans d’autres cas, plus rares, mais aussi plus dangereux, le mildiou attaque les inflorescences (on parle alors de rot gris) et aussi les baies formées (on parle alors de rot brun). Ces cas de figure causent davantage de dommages puisqu’ils peuvent rapidement conduire à une destruction partielle à totale de la récolte.

Conditions de développement et causes

D’où provient cette maladie qui ravage les vignes ? Les contaminations primaires de mildiou ne sont possibles qu’en présence d’eau sous forme liquide. Le développement épidémique du mildiou au vignoble est essentiellement rythmé par les pluies et les humectations, par températures favorables. Ainsi, les vignobles soumis à des pluviométries importantes sont rarement épargnés par le mildiou. Une température douce représente le deuxième facteur le plus contaminant. Une température minimum estimée entre 10° et 11°C favorise la contamination du mildiou.

Les oospores, qui permettent au mildiou de survivre pendant l’hiver dans les feuilles en décomposition, germent dès que les conditions d’humidité sont favorables et que la température atteint 11°C. Cette germination donne naissance à des macroconidies qui émettent elles-mêmes de nombreuses spores. Les zoospores, quant à elles, sont munies de deux flagelles qui leur permettent de se mouvoir dans l’eau présente à la surface des feuilles.

Une épidémie de mildiou ravage les vignes dans le Bordelais

Stratégies de prévention et prophylaxie

Pour protéger un vignoble contre l’apparition du mildiou, plusieurs mesures de protection peuvent être mises en place. À la plantation, il est conseillé de limiter les facteurs favorisant le développement de la maladie, comme les sols conservant l’humidité, les mouillères, ou une fertilisation excessive. Sur vigne en place, au printemps, veiller à épamprer les vignes et éviter les interventions au vignoble sur végétation humectée pour limiter l’apparition des premières contaminations. Afin d’éviter les entassements de feuillage et ainsi favoriser l’application de fongicides, il est nécessaire de mettre en place une taille adaptée, un relevage de la vigne avant traitement, et un effeuillage pour aérer les zones fructifères.

La mise en place de Viti-Tunnel permet une protection des cépages contre la maladie sans utilisation de pesticides ni aucun passage de pulvérisateur. Viti-Tunnel est un dispositif de mise à l’abri automatique des rangs de vigne pendant les pluies, périodes lors desquelles le développement du mildiou est la plus forte. Il autorise une réduction du recours aux produits phytosanitaires de plus de 90 % et procure une grande fiabilité de la gestion de la protection.

Traitements et rôle du sodium

Une fois installé, il est très difficile, voire impossible, de se débarrasser du mildiou. Ainsi, il est primordial d’agir en préventif et de commencer à traiter avant les pluies. L’utilisation de fongicides, qu'ils soient de contact ou systémiques, reste une pratique courante, bien que de plus en plus réglementée. Le bicarbonate de soude (2 à 3 grammes par litre d’eau) à vaporiser sur les feuilles, aurait un effet fongicide pouvant se révéler efficace sur un début de mildiou.

L’eau de mer, ou plus précisément le chlorure de sodium, pourrait être utilisée en viticulture dans le cadre de la lutte contre les ravageurs. Le chlorure de sodium est en effet classé comme substance de base autorisée contre l’oïdium, le mildiou et même contre eudémis. Dans la pratique, les viticulteurs l’emploient essentiellement en solution de dernier recours. « Car pour qu’il soit efficace, il faut que le temps soit sec derrière », informe Pierre-Étienne Petitot, conseiller viticole. Il faut toutefois faire attention à ne pas dépasser les 2 % de sel dans la bouillie afin de ne pas entraîner de phytotoxicité, et il vaut mieux éviter de traiter durant les heures chaudes afin de ne pas brûler le feuillage.

Réglementation et enjeux environnementaux

Dans une dynamique de protection des résidents et des environnements, les arrêtés du 25 janvier 2022 et du 14 février 2023 fixent désormais des distances de sécurité pour l’épandage de pesticides au voisinage de zones d’habitations ou d’activités. On parle de Zones de non-Traitement (ZNT) par rapport aux points d’eau, et de distance de sécurité pour les personnes présentes au moment du traitement. Face à cette réglementation toujours plus stricte, le viticulteur dispose de peu de solutions plus durables pour s’affranchir de l’application des produits phytosanitaires.

Les solutions pour lutter contre le mildiou en viticulture biologique sont limitées au cuivre et à certains biocontrôles homologués, et sont strictement préventives. Depuis 2002, la réglementation européenne limite l’usage du cuivre à 6 kg/ha/an avec un lissage possible sur 5 ans. Il existe de nouvelles familles de molécules anti-mildiou, mais beaucoup sont affectées par des résistances. Il est donc important d’avoir de nouvelles familles pour diversifier le portefeuille des produits anti-mildious de la vigne. L’avenir pourrait passer par de nouveaux cépages résistants au mildiou (regent, prior et bronner) qui vont être mis sur le marché, bien que le mildiou soit capable de s’adapter en quelques années à ces cépages, diminuant ainsi l’efficacité de leurs résistances.

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