Guide Complet pour la Mise en Place du Fumier au Potager

Le fumier, bien que n'étant pas le sujet le plus poétique avec ses urines et déjections animales, est un allié formidable au potager. Il est un véritable berceau de richesse pour notre sol et, à terme, un apport de nutriments essentiels pour nos cultures. Comprendre sa constitution, ses formes d'utilisation et ses spécificités est crucial pour une fertilisation réussie et respectueuse de l'environnement.

Comprendre la Composition du Fumier

Le fumier est un mélange de plusieurs matières organiques. On y retrouve d’une part les urines et les déjections ou fèces des animaux (crottins, bouses, fientes, crottes…). Vient ensuite la litière qui absorbe les urines, que ce soit foin, paille, broyat ou encore sciure. Au final, le fumier est un mélange de matières très sèches, très carbonées, très ligneuses, couplées à des matières très humides. La valeur agronomique du fumier repose en grande partie sur sa composition chimique, notamment sa teneur en azote (N), phosphore (P) et potassium (K), communément appelés NPK. Ces macroéléments essentiels constituent le socle de la nutrition des plantes. L’azote, moteur de la croissance végétative, se trouve sous diverses formes dans le fumier, allant de l’ammonium rapidement assimilable aux composés organiques à minéralisation lente. Au-delà du trio NPK, le fumier recèle une panoplie d’oligoéléments tout aussi importants pour l’équilibre nutritionnel des cultures.

Origine et Qualité du Fumier

La composition exacte du fumier peut varier considérablement selon son origine. Chaque espèce animale produit des déjections aux caractéristiques spécifiques. Par exemple, le fumier de volaille est généralement plus concentré en azote et en phosphore que celui des bovins. Les ruminants, par exemple, génèrent un fumier riche en fibres et relativement équilibré en nutriments. Les volailles, quant à elles, produisent des fientes très concentrées en azote et en phosphore. Une ration riche en protéines augmentera la teneur en azote des déjections, tandis qu’une alimentation à base de fourrages grossiers favorisera un fumier plus fibreux. Les compléments minéraux donnés aux animaux se retrouvent également dans le fumier, influençant sa teneur en oligoéléments.

Schéma de la composition du fumier avec les différents éléments (urine, fèces, litière)

Fumier Frais ou Fumier Composté : Un Choix Stratégique

La question se pose de savoir si un fumier s’utilise frais ou s’il est nécessaire de le composter durant quelques semaines ou quelques mois. Les deux hypothèses sont envisageables, mais l’apport d’un fumier composté au potager est la pratique la plus répandue. Elle est même obligatoire en maraîchage professionnel.

Avantages du Fumier Composté

Le premier avantage à composter un fumier est de l’assainir, se prémunir plus encore de quelconques risques sanitaires. Parfois, on traite les animaux, les urines gardent quelques résidus médicamenteux. Autre avantage à composter un fumier en tas : il se valorisera de lui-même. Comme si vous mettiez les ingrédients d’une recette de cuisine dans un saladier pour bien lier l’ensemble plutôt que de tout jeter au sol. La litière imprégnée d’urine et les déjections vont se bonifier l’une et l’autre dans un équilibre d’humidité, d’oxygénation. Vous obtiendrez ainsi un très beau compost. En le répandant frais et non composté au sol, parfois la litière se retrouve d’un côté, les déjections d’un autre. La température monte moins haut (le fumier doit chauffer pour bien se décomposer) et la plus-value n’est pas la même.

Comment faire du compost de 18 jours en utilisant la méthode de compostage à chaud de Berkeley

De nombreux autres avantages viennent s’ajouter à l’utilisation d’un fumier composté. Il prend deux fois moins de place qu’un fumier frais. La paille notamment qui se décompose, s’émiette. Il demande donc deux fois moins de logistique de transport. Il est parfaitement homogène, stable, libère très lentement des minéraux et on peut, de ce fait, l’utiliser toute l’année. Enfin, grâce à la phase de compostage à chaud, vous aurez moins de graines d’adventices dans votre amendement. Ce fumier composté grossièrement va aller directement au potager nourrir les petites bêtes du sol !

Au potager d’Olivier : J’utilise le fumier en très grande partie, une fois composté. Je le mets en tas dans un coin ombragé pour qu’il garde une bonne humidité et je brasse ce tas tous les quinze jours.

Utilisation du Fumier Frais : Précautions et Périodes Idéales

Ces avantages étant dits, vous pourrez aussi amener du fumier frais à votre potager. Les macro-organismes vont se régaler de matières grossières à décomposer et vont se démultiplier. Mais ce fumier sera bien moins stable et homogène, alors il est fortement conseillé de l’épandre en dehors des périodes de culture. Le meilleur moment, c’est en automne. Le sol est encore bien chaud et actif, il engloutira tout cela durant l’hiver. De nombreuses études montrent une déperdition d’azote jusqu’à 50% par volatilisation, mais dans le même temps, le fumier a besoin d’oxygène pour se décomposer. Alors il est conseillé de l’enfouir tout en le laissant dans un milieu aérobie, aéré, sur les 10 premiers centimètres de sol maximum.

Le fumier frais contient une bonne partie d’azote très vite disponible via les urines fraîches et les déjections fraîches. Cependant, il ne doit jamais être enfoui frais. Sous terre, sa fermentation dégage des substances toxiques pour les racines des plantes. Disposé en petits tas irréguliers, le fumier frais se décompose mal et subit des pertes élevées en azote, le rendant inefficace. Pour éviter la contamination de nos récoltes, on recommande d’attendre au moins 90 jours après une application de fumier frais avant de récolter des légumes et 120 jours pour ceux qui ont été en contact avec le sol, comme les légumes feuilles ou les légumes racines. Le fumier animal pourrait contenir des bactéries comme l’E. coli.

Au potager d’Olivier : Parfois il m’arrive d’apporter quelques pelletées de fumier frais en surface du sol pendant l’automne, pour démultiplier la vie biologique.

Richesse et Libération des Nutriments du Fumier

Le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux. On dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%. On est à mille lieues des engrais de l’industrie qui contiennent parfois plus de 30% d’azote ou encore des engrais naturels comme le sang séché qui comprend 14% d’azote. Cette faible concentration en minéraux et cette richesse en carbone vont avoir un double impact. Déjà, il faudra du temps pour que la vie du sol décompose les molécules complexes du fumier, et il faudrait l’emmener en quantité.

Minéralisation Lente de l'Azote

Pour l’azote, il faudra plusieurs semaines, plusieurs mois et même plusieurs années pour qu’il se rende disponible pour nos cultures. Eh oui, cet azote est très complexe, relié au carbone (on parle d’azote organique). La vie du sol aura du pain sur la planche pour le déchiqueter, le casser en morceau, qu’il soit absorbable pour nos cultures potagères. On parle de minéralisation de l’azote. Pour le phosphore, le potassium, même s’ils sont plus rapides à être disponibles, il faudra tout de même là aussi quelques semaines, quelques mois pour que le fumier libère sa richesse nutritive.

Infographie sur le cycle de l'azote dans le sol

Au potager d’Olivier : J’amène du fumier au potager une fois par an à l’automne. Sachant que c’est un apport très stable, très lent à libérer ses minéraux. Je n’hésite pas à amener de fortes quantités, surtout pour les parcelles qui accueilleront des cultures gourmandes comme la plupart des cultures estivales, tomates, aubergines, poivrons, courgettes… Une bonne brouette pour 10m², voire même deux parfois si j’ai la ressource nécessaire.

Diversité des Fumiers et leurs Spécificités

On peut retenir que plus l’animal est petit et plus le fumier est riche ! On parle aussi souvent de fumier froid, fumier chaud, mais faites avant tout avec le fumier pour lequel vous aurez l’accès le plus facile. Si vous avez un centre équestre proche, un agriculteur, des voisins qui ont des animaux, une micro ferme, etc., faites avec les ressources locales. Et bien sûr, si vous manquez de logistique, de remorque, de moyens de transport, vous trouverez du fumier composté en sac facilement transportable, en jardinerie.

Tableau comparatif des différents types de fumier

Fumier de Volaille et de Lapin

Les fumiers de lapin et de poules sont (au moins) deux fois plus concentrés en minéraux qu’un fumier de vache ou de cheval. Il faut en tenir compte pour apporter les bonnes quantités. Inutile de raisonner en brouette. Tout juste 1 kilo au m² sera déjà une belle dose. Cela correspond à une bonne pelletée. Le fumier de poule est très chaud et particulièrement riche en azote (il doit ainsi être utilisé avec précautions : risques de brûlures des plantes) et en potasse. Pauvre en humus, il est plutôt considéré comme un engrais qui pourra être utilisé pour booster les plantes à croissance rapide. Mais, de préférence, on l’intégrera au compost.

Le fumier de lapin est également très riche, surtout en potasse. Cela en fait d’ailleurs sa particularité. Idéal pour répondre aux besoins exigeants des cultures les plus gourmandes, tomates, pommes de terre, betteraves par exemple. Il est souvent assez pailleux lorsque les crottes sont récupérées avec la litière. Il sera bien plus efficace en l’utilisant composté et évitera tout risque de brûlure des cultures. Pour un bon compostage, il faudra compter bien 90 jours de stockage en maintenant une bonne humidité et en prenant soin de casser les mottes compactes et sèches que peuvent parfois faire les crottes. Il fait partie des fumiers chauds, idéal pour alléger des sols lourds. Il améliore les sols légers. Vous pouvez l’utiliser au moment du bêchage de votre terrain. S’il est parfaitement décomposé, épandez le fumier de lapin en fine couche sur la terre, ce qui ne pourra que l’améliorer.

Fumier de Cheval et de Bovin

Le fumier de cheval est celui le plus répandu et le plus utilisé dans nos potagers. Il monte vite en chaleur et est d’ailleurs parfois utilisé pour confectionner des « couches chaudes », alternance de fumier frais et paille ou foin pour chauffer un espace à semis par exemple. C’est un matériau chaud et léger, idéal pour les terres lourdes, argileuses, qu’il allégera et réchauffera.

Le fumier de bovin, un fumier lui aussi très utilisé au potager, également en agriculture du fait des quantités disponibles assez considérables. Il est plutôt conseillé pour les sols légers tellement ce fumier est lourd et froid. Les bouses complétées d’une litière de paille mettent du temps à se décomposer sans trop de montées en température. Mais une fois composté, il pourra être utilisé pour tout type de sol. Sa richesse nutritive est assez similaire au fumier de cheval, un peu plus riche tout de même, notamment en potassium. Le fumier de vache est un matériau froid, lourd, humide et compact, qui donnera plus de corps aux terres légères et leur conférera une certaine fraîcheur (intéressante pour les chaleurs estivales).

Autres Fumiers : Mouton, Chèvre, Porc

Les fumiers ovins (mouton, chèvre) sont secs, chauds et particulièrement riches en potasse (ils sont donc notamment profitables pour les légumes-fruits). En cas d’apport au printemps, ils doivent impérativement être compostés, car ils risquent de brûler les racines.

Le fumier de porc n’est en général pas recommandé, car il est extrêmement froid. Toutefois, un apport automnal de fumier porcin composté (seul ou mélangé à d’autres fumiers et/ou à divers déchets végétaux), apportera au sol une grande fertilité, parfaite pour les courges ou les concombres par exemple.

Méthodes d'Incorporation du Fumier au Sol

C’est une question qui revient très souvent dans les débats sur les bonnes pratiques au potager. Nombreux sont les jardiniers qui souhaitent bousculer le moins possible leur sol pour favoriser la vie biologique.

Fumier Frais : Incorporation Superficielle

Concernant l’utilisation du fumier frais au potager, celui-ci contient une bonne partie d’azote très vite disponible via les urines fraîches et les déjections fraîches. De nombreuses études montrent une déperdition d’azote jusqu’à 50% par volatilisation, mais dans le même temps, le fumier a besoin d’oxygène pour se décomposer. Alors il est conseillé de l’enfouir tout en le laissant dans un milieu aérobie, aéré, sur les 10 premiers centimètres de sol maximum.

Fumier Composté : Un Amendement Stable

Concernant le fumier composté, celui-ci est beaucoup plus stable. L’azote est lié au carbone, les molécules sont complexes. On pourra le laisser en surface sur un sol gorgé de vie biologique. C’est elle, cette vie, qui va travailler mieux que quelconque engin mécanique et incorporer le compost de fumier aux premiers centimètres de sol. Au contraire, sur un sol peu propice au potager, manquant de vie, manquant d’aération ou encore d’humidité, il est conseillé d’enfouir mécaniquement le compost de fumier sur les premiers centimètres. Comme un enfant à ses premiers âges à qui il faut de l’aide pour manger, se développer.

Au potager d’Olivier : J’incorpore toujours mes apports sur les 10 premiers centimètres de sol. On est à mille lieues des contraintes d’un labour et la vie du sol n’en est très peu, voire quasiment pas dérangée. J’utilise la grelinette ou parfois un simple croc.

Acheter du Fumier : Options et Précautions

Vous pouvez tout à fait acheter le fumier pour votre potager en jardinerie. C’est souvent celui de cheval que l’on trouve. Mais le principe sera presque le même : vous améliorerez légèrement votre sol, et surtout vous nourrirez vos futures cultures. Si vous n’avez pas accès à du fumier frais pour votre potager, et que dans votre contexte vous sentez qu’il serait important d’en amener, n’hésitez pas à le faire. L’avantage est qu’il est desséché, donc plus léger et plus facile à transporter ! À noter que le fumier de jardinerie est souvent enrichi avec des algues marines ou autres apports organiques. Vous devinez pourquoi ? Simplement parce que, comme nous l’avons vu, le fumier est assez pauvre et peu concentré en minéraux essentiels, alors on préfère le vendre additionné d’engrais naturels tels que les algues pour enrichir une plus grande surface du potager avec un seul sac.

Doses Recommandées

Quelle dose de ce fumier apporter au potager ? Les doses de fumier varient, mais on est généralement sur un apport de 500 grammes de fumier desséché par mètre carré cultivé. Idéalement, il faut 1 à 2 litres de fumier par m², 3 litres au maximum. Le fumier de bovin, de cheval et de volaille contient généralement un peu d’azote et beaucoup de phosphore et de potassium. Vous ne devez donc pas dépasser la quantité indiquée ci-dessus, sinon le sol recevra une surdose de nutriments.

Alternatives au Fumier

Le jardinier a de nombreuses cartes en main pour enrichir son sol, l’améliorer, nourrir ses cultures. Si l’accès au fumier vous repousse ou vous est compliqué, vous avez ainsi bien d’autres solutions. Pensez au compost ménager, au compost végétal, aux paillages diversifiés (broyat, foin, paille, tontes, feuilles…) qui mois après mois amèneront de la richesse. Pensez aussi à la multitude d’engrais naturels qui vont enrichir votre sol.

Impacts Agronomiques et Environnementaux du Fumier

L’utilisation du fumier comme fertilisant a des impacts multiples, tant sur le plan agronomique qu’environnemental. L’apport régulier de fumier a un effet bénéfique marqué sur la structure du sol. Ces améliorations physiques s’accompagnent d’un boost pour la vie microbienne du sol. Le fumier apporte non seulement des nutriments mais aussi une diversité de micro-organismes bénéfiques. La minéralisation de l’azote organique contenu dans le fumier est un processus complexe qui s’étale dans le temps. La vitesse de minéralisation dépend de nombreux facteurs comme la température, l’humidité du sol, et le rapport C/N du fumier. L’utilisation régulière de fumier contribue positivement au bilan humique du sol. Le potentiel de stockage varie selon le type de fumier et les pratiques culturales.

Diagramme des bénéfices du fumier sur la structure et la vie du sol

Réglementation et Bonnes Pratiques

Malgré ses nombreux avantages, l’utilisation du fumier n’est pas exempte de risques environnementaux. L’utilisation du fumier comme fertilisant est encadrée par une réglementation stricte visant à protéger l’environnement et la santé publique. La Directive Nitrates, mise en place par l’Union Européenne, est l’un des piliers de la réglementation sur l’utilisation des effluents d’élevage. Elle vise à réduire la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole. Ces mesures visent à optimiser l’utilisation de l’azote et à minimiser les risques de lessivage vers les nappes phréatiques.

Les périodes d’épandage sont strictement encadrées pour éviter les apports en dehors des périodes de croissance active des cultures. Ces calendriers varient selon le type de fumier (fumier compact pailleux, fumier de volailles…), le type de culture et la localisation géographique. Des distances minimales d’épandage doivent être respectées par rapport aux cours d’eau, aux habitations et aux zones de captage d’eau potable. Ces distances peuvent aller de 10 à 500 mètres selon la sensibilité du milieu et le type d’effluent. Au-delà des limitations spécifiques aux zones vulnérables, des plafonds d’apport en azote et en phosphore s’appliquent sur l’ensemble du territoire. Ces limites visent à éviter la surfertilisation et les risques associés de pollution des eaux et de l’air. Le respect de ces plafonds nécessite une gestion fine des apports, en combinant fumier et autres sources de fertilisation (engrais minéraux, autres effluents organiques). Au Québec, l’usage de fumier est réglementé en agriculture. En temps normal, son usage est permis entre le 1er avril et le 1er octobre et interdit sur un sol gelé ou enneigé.

Techniques d'Épandage

L’épandage du fumier est une opération cruciale qui conditionne l’efficacité de la fertilisation et son impact environnemental. L’efficacité de l’épandage repose en grande partie sur le choix du matériel adapté. Les épandeurs à hérissons verticaux se sont imposés comme une référence pour l’épandage du fumier. Ces épandeurs sont équipés de rotors verticaux munis de dents ou de pales qui désagrègent le fumier et le projettent de manière uniforme. L’incorporation rapide du fumier après l’épandage est une pratique essentielle pour maximiser ses bénéfices agronomiques et minimiser les pertes. Les techniques d’incorporation varient selon le type de sol et de culture. Un labour léger ou un passage de déchaumeur sont souvent suffisants. Le choix de la période d’épandage est crucial pour optimiser l’utilisation des nutriments par les cultures. Pour les grandes cultures, l’épandage est souvent réalisé avant le semis ou en fin d’hiver pour les céréales d’automne. Pour les prairies, un épandage au printemps ou après chaque coupe peut être bénéfique.

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