Gestion Optimale du Fumier et des Amendements Organiques : Stratégies et Innovations

illustration d'une ferme maraîchère biologique

Introduction : L'Importance Cruciale du Fumier dans l'Agriculture Moderne

Dans le contexte de l'agriculture biologique et diversifiée, la gestion du fumier, des lisiers et des composts est un pilier essentiel pour assurer la fertilité des sols et la pérennité environnementale. Ces amendements organiques sont une source inestimable de nutriments pour les cultures, mais leur utilisation requiert une approche stratégique et respectueuse des réglementations. L'objectif est de maximiser leur valeur fertilisante tout en prévenant la pollution. Les fermes de légumes diversifiés, en particulier, regroupent souvent les légumes de même famille ayant des exigences similaires pour simplifier les calculs de fertilisation. Une fertilisation de fond, à base de compost ou de fumier, est appliquée sur des parcelles spécifiques, généralement celles cultivées avec des légumes exigeants. Le choix d'amender chaque parcelle s'inscrit donc directement dans le plan de rotation des cultures et doit impérativement respecter le cadre réglementaire pour éviter toute forme de pollution.

La Complexité des Connexions Numériques : Le Défi du "Manure Storage Bug" dans FS25

Même dans le monde virtuel des jeux de simulation agricole comme FS25, la gestion du fumier peut présenter des défis inattendus. Un bug du jeu de base dans FS25, par exemple, entraîne la perte de connexion entre les tas de fumier et les fosses avec les enclos des animaux après le rechargement d'une sauvegarde. Sans avertissement ni signe, le fumier disparaît, créant une situation frustrante pour les joueurs. C'est là que des solutions comme le mod ReconnectManureStorage deviennent indispensables pour restaurer l'ordre. Ce mod permet à tous de se remettre sur pied. Une fois que tous les objets plaçables sont entièrement chargés et finalisés (Mission00 : onStartMission), le mod analyse à nouveau chaque tas de fumier pour rechercher les enclos pour animaux à proximité en utilisant getExtendableUnloadingStationsInRange et getExtendableLoadingStationsInRange. L'analyse est idempotente : les tas déjà connectés sont ignorés, garantissant une résolution efficace et non redondante du problème.

Choix des Amendements et Synchronisation avec les Besoins des Cultures

La sélection de l'amendement organique approprié est une décision critique. Si la quantité d’azote disponible dans l’amendement utilisé est élevée, il est important de cultiver un légume exigeant à la suite de l’application. On peut citer en exemple les grosses brassicacées, le maïs sucré, les solanacées et les cucurbitacées. Certaines espèces végétales ont besoin d’azote tôt en saison et en quantité importante, comme le brocoli, l’épinard et le maïs sucré. D'autres, en revanche, nécessitent une minéralisation graduelle tout au long de la saison, comme les solanacées, les cucurbitacées, les choux d’hiver et les choux de Bruxelles. Dans le premier cas, un fumier ou un compost à faible rapport Carbone/Azote (C/N), appliqué en fin d’été avant un engrais vert, peut s'avérer très intéressant. Dans le second cas, un compost qui minéralise de façon régulière durant tout l’été peut être plus approprié et peut être appliqué au printemps ou selon la même méthode que le précédent.

diagramme montrant l'impact du rapport C/N sur la libération d'azote

Réglementation et Périodes d'Application : Respecter l'Environnement et les Normes

Lors du choix des parcelles à amender, il est impératif de respecter les distances des puits et des cours d’eau prescrites dans le Règlement sur les exploitations agricoles (REA). Quant à la période d’application, il faut principalement chercher à synchroniser les besoins des plantes et la libération de l’azote des engrais. Les applications peuvent être faites durant la saison de croissance (printemps, été) ou en post-récolte, avant de semer un engrais vert, pour les cultures de l’année suivante. L’épandage doit toujours être réalisé sur un sol non gelé et non enneigé. De plus, il n’est permis d’épandre des matières fertilisantes qu’entre le 1er avril et le 1er octobre, conformément à l'article 31 du REA. Cependant, l’épandage après le 1er octobre est parfois possible sous certaines restrictions spécifiques.

Pour des raisons sanitaires, les normes en agriculture biologique stipulent que les fumiers et lisiers doivent être appliqués au moins 90 jours avant la récolte des cultures qui ne sont pas en contact avec le sol (par exemple : tomates, choux, haricots) et au moins 120 jours avant récolte pour celles qui le sont (par exemple : carottes, betteraves, céleri-rave). Par conséquent, ces amendements doivent presque toujours être appliqués l’année précédente, sauf pour les légumes ayant une longue saison de croissance, tels que les choux de Bruxelles, les pommes de terre tardives ou les courges d’hiver. Il n’y a pas de telles restrictions pour les composts conformes aux normes biologiques.

L'Influence du Rapport Carbone/Azote (C/N) sur la Période d'Application

Sur le plan agronomique, la période d’application optimale est fonction du type d’amendement et de son rapport C/N. Plus le rapport C/N d’un amendement est élevé, plus il faut de temps pour qu’il se décompose et libère l’azote qu’il contient. Par conséquent, plus l’application doit se faire longtemps avant l’établissement de la culture prévue. Lorsque le rapport C/N est supérieur à 20, et parfois même 15, le processus de décomposition du fumier ou du compost dans le sol peut immobiliser l’azote. Dans ce cas, l’amendement absorbe de l’azote du sol pour abaisser son rapport C/N. À l'inverse, plus le rapport C/N est faible, plus l’azote est rapidement disponible. Bien que cette règle fonctionne la plupart du temps, il peut y avoir des exceptions, en particulier avec les composts.

Tout comprendre sur le rapport Carbone/Azote... et sur la FAIM d'Azote ! Compost #3

Il est important de noter certains risques :

  • Risque de compaction : Au printemps, la surface du sol s’assèche en premier mais le sous-sol peut rester humide plus longtemps. Les risques de compaction sous la couche travaillée, dus à la circulation de la machinerie lourde, sont très élevés.
  • Texture du sol : Le lessivage peut être plus important en sol sableux. L’incorporation en surface doit être faite le plus rapidement possible dans le cas des fumiers, lisiers et composts jeunes.

Pour les applications effectuées tard à l’automne ou au printemps, il est souvent nécessaire de rajouter une source d’azote disponible rapidement au printemps. Les composts à rapport C/N très élevés, au-dessus de 25-30, devraient être évités car ils peuvent causer une "faim d’azote", bloquant l’azote nécessaire à la nutrition des cultures. À l’automne, l'application de petites doses est recommandée en raison d'un risque de pertes d’azote et, par conséquent, un risque environnemental. Ce risque est toutefois plus faible qu’avec le fumier. L'application au printemps est préférable pour les cultures implantées tardivement. Un exemple concret est l'épandage de fumier de volaille, qui a lieu fin août et est suivi d’un semis d’engrais vert d’avoine et de vesce commune.

Épandage Post-Récolte et Recommandations Agronomiques

Dans certaines conditions, un épandage après le 1er octobre peut être préférable, à la fois sur le plan agronomique et sur le plan environnemental. Lorsque l’exploitation est astreinte à un Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF), une recommandation d’un agronome est alors nécessaire, comme stipulé par l'article 28 du REA, et doit être inscrite dans le PAEF. L’agronome devra suivre la ligne directrice sur les épandages post-récoltes des déjections animales afin de formuler sa recommandation. De façon générale, cette ligne directrice offre une explication claire des enjeux à considérer lors d’applications après le 1er octobre.

En se basant sur la théorie des épandages en post-récolte, il apparaît qu’un engrais organique à C/N ≤ 15, dont l’azote devient disponible rapidement, devrait être épandu en octobre afin de bénéficier du ralentissement de la nitrification qui cause la libération de nitrates. À l’inverse, un fumier pailleux aura avantage à être épandu plus tôt à l’automne afin d’initier la phase d’immobilisation nette de l’azote, causée par un rapport C/N plus élevé, qui risque d’interférer avec l’établissement de la culture le printemps suivant. Il est important de limiter les pertes d’éléments fertilisants (nitrates, phosphore, potassium) par lessivage ou ruissellement.

Calibration des Épandeurs : Précision et Efficacité

graphique illustrant la distribution du fumier par un épandeur

La calibration d'un épandeur est une étape fondamentale pour garantir l'efficacité de la fertilisation. Cela implique de déterminer la distance à parcourir avec un chargement donné afin d'atteindre la dose de fertilisant ciblée (en t/ha ou kg/m²). La calibration peut se faire à l'aide de mesures et de calculs simples. Si une analyse de densité n’est pas disponible, une méthode simple consiste à peser quelques échantillons d’un même volume. Pour déterminer le volume d'un contenant, on peut le remplir d'un liquide dont on connaît la masse volumique puis le peser. Le plus pratique est d'utiliser l'eau, laquelle possède une densité d'un kilogramme par litre (1 kg/l). Il ne reste plus qu'à ajuster la vitesse d'avancement du tracteur pour parcourir une distance calculée avec un chargement. Alternativement, on peut modifier la quantité de fumier ou compost chargée dans un épandeur pour faire arriver la dose visée sur une surface donnée. Il est crucial de prendre en note les divers paramètres pour pouvoir répliquer les opérations par la suite et assurer la constance de l'épandage.

Équipements d'Épandage : Du Traditionnel à l'Innovant

Dans le cas des épandeurs à fumier, il est courant que les maraîcher·ères utilisent de petits équipements usagés, datant du temps où les fermes d’élevage étaient plus petites qu’aujourd’hui. Les épandeurs sont généralement équipés de divers systèmes d’épandage ; il s’agit en général de batteurs qui distribuent le fumier vers l’arrière ainsi que des émotteurs. Un modèle courant distribue environ 50 % du fumier ou du compost directement derrière l’épandeur, tandis qu’environ 25 % sont lancés de chaque côté sur une distance d’à peu près 1,50 m. On se retrouve ainsi communément avec une dose de compost vis-à-vis de l’épandeur et une demi-dose de chaque côté. Il n'est pas nécessaire de s'inquiéter du compost épandu à pleine largeur. On pourrait croire que le compost placé ailleurs que sur les planches est gaspillé. Or, l’azote est mobile dans le sol et les systèmes racinaires s’étendent communément sur un mètre ou deux de largeur ; on retrouve des racines sous les allées et même dans les planches voisines.

Le plus simple et le plus efficace pour appliquer une quantité déterminée de fumier ou de compost dans un système peu mécanisé est de calculer le volume requis par planche ou par unité de longueur de planche (par exemple : mètre-planche). Le volume, en litre (l), de chacun des équipements d’épandage est à prendre en compte. Attention, même si le fumier ou compost est concentré sur la surface utile de la planche, le volume à épandre est calculé sur l’ensemble de la surface (surface utile + allées), c'est-à-dire la largeur totale ou distance centre-à-centre des planches.

image d'un agriculteur épandant du compost avec une brouette

Les brouettes et les seaux sont fréquemment utilisés sur les fermes de petite taille pour mesurer et épandre les amendements plus volumineux comme le compost. Cette stratégie est tout à fait fonctionnelle. L’efficacité de l’opération de transport est augmentée si la réserve de compost est à proximité de l’endroit où on l’emmène et si on a suffisamment d’équipements. Selon la nature du compost et le type de contenants choisis, une pelle ronde ou une pelle à neige en plastique ou en aluminium conviendront pour les remplir. Pour l'épandage, on peut déverser le compost des chaudières directement sur la planche, utiliser des pelles pour vider les brouettes, ou basculer celles-ci. Il est important d'éviter de fertiliser dans les allées. L’étape la plus éreintante de cette technique est sans aucun doute le chargement initial des brouettes. Il est possible de réduire l’effort nécessaire et d’accélérer le travail en plaçant des brouettes côte-à-côte et en y déversant le compost avec un chargeur frontal de tracteur. Pendant que des ouvrier·ères vont porter le compost sur les planches, l’opérateur du tracteur va recharger.

Pour une échelle un peu plus grande, il peut devenir intéressant de mécaniser davantage l’opération. Certaines fermes se sont équipées de boîtes en bois ou d’une remorque pour déplacer et épandre le compost à l'aide d'un petit tracteur ou d'un véhicule tout terrain. Il devient possible dans ce cas d’utiliser un chargeur frontal sur tracteur, voire même une petite pelle mécanique, pour les remplir rapidement. La location de ces équipements pour une ou quelques journées pour effectuer la majeure partie de la fertilisation en compost en un seul chantier est aussi une option viable. Il faut bien entendu connaître le volume de ces équipements afin de s’assurer de respecter le plan de fertilisation.

Il existe un petit épandeur adapté aux planches de 30 pouces et pouvant être tracté par un tracteur à deux roues ou autre unité motrice. Le mécanisme est entraîné par les roues d’avancement de l’outil, ce qui évite d'avoir recours à une prise de force. Cet outil permet de gagner en rapidité, de moins forcer quand on a plusieurs planches à amender et il ne requiert qu'une seule personne. De plus, la couverture en compost est généralement plus uniforme qu'avec une brouette ou des seaux. À noter qu'un compost commercial tamisé, plus léger et de texture plus fine, passera mieux dans l’épandeur. Enfin, il est difficile de régler le dosage avec précision puisque l'ouverture arrière se fait par incréments d’un demi-pouce. Certains agriculteurs reconnaissent la plupart des avantages cités plus haut, mais constatent que, bien que l’outil soit disponible sur leurs lieux de travail, il demeure peu utilisé. Cependant, le mini-épandeur constitue un véritable coup de cœur pour d'autres. Il permet de sauver beaucoup d’énergie et un temps précieux. En effet, le temps nécessaire à l’épandage de compost est, calcul à l'appui, réduit de moitié si on compare à la méthode avec la brouette.

Incorporation des Amendements : Maximiser la Valeur Fertilisante et Minimiser les Pertes

L’incorporation des fumiers, lisiers et composts permet de maximiser leur valeur fertilisante en diminuant les pertes d’azote par volatilisation. Les fumiers doivent être incorporés immédiatement après l’épandage, sinon la fraction ammoniacale de l’azote est perdue. Ces pertes peuvent atteindre 30 % ou plus dans le cas des fumiers. En ce qui concerne le compost, il y a peu ou pas de pertes. En effet, l’azote ammoniacal aura été soit perdu lors du compostage de matériaux ayant un faible rapport C/N, soit transformé en azote organique lors du compostage. Certains composts (comme le compost de fumier de poulet assez jeune) conservent toutefois un taux non négligeable de NH4+. L’incorporation au sol des composts est tout de même recommandée pour limiter les pertes par ruissellement et par conséquent la pollution par le phosphore.

Lorsque les sols sont compactés, ce qui arrive souvent lorsqu’ils sont mal drainés, les conditions sont anaérobiques. Dans ces circonstances, les fumiers et les composts se décomposent mal, fournissent peu d’azote aux plantes et peuvent même être toxiques. En général, les fumiers, lisiers et composts peuvent être incorporés superficiellement, à une profondeur d’environ 5-15 cm, par des outils à dents ou à disques, tels qu'un vibroculteur, une déchaumeuse, une herse ou des équipements de planches permanentes. Ils peuvent être incorporés plus en profondeur par un labour, à condition que ce dernier soit dressé, ce qui permet de répartir la matière fertilisante dans toute la couche de labour. Un labour à plat n’est pas idéal car le fumier se retrouve à la base du labour où il va mal se décomposer. Dans un tel système, l’utilisation de la houe sur roue est probablement la solution la plus efficace. On peut arriver à un résultat satisfaisant en travaillant à reculons dans un axe en diagonale avec la planche, à une profondeur d’environ 10 cm.

Le compost épandu à l’automne en vue des cultures du printemps suivant peut être recouvert durant l’hiver par une toile de plastique imperméable (par exemple : toile d'ensilage). L’incorporation peut alors se faire au printemps lors de la préparation de planche avant l’implantation des cultures. Dans un système comportant un tracteur à deux roues, les deux outils pour l'incorporation sont le rotoculteur et la herse rotative. L’outil utilisé le plus souvent est la herse rotative car il permet un travail en surface sans inversion des couches de sol. On s'assure qu'elle travaille assez profondément, soit à environ 10 cm, pour préparer un lit de semence adéquat pour le passage du semoir ou faciliter le travail de transplantation. Il est possible d'utiliser un rouleau pour contrôler la profondeur de travail du rotoculteur et plomber le sol derrière. Ainsi, il devient un outil de travail final de préparation de planche.

Références et Contributions

Cet article s'appuie sur des travaux originaux de A. Weill et J. Duval (2009), "Guide de gestion globale de la ferme maraîchère biologique et diversifiée", avec des révisions par A. Weill, G. Legault, E. Bergeron, A. Méthé, D. La France, R. St-Arnaud, J. Roy, R. Khanna et G. Gagné. Pour contribuer à l'amélioration de ce contenu, les lecteurs sont invités à commenter en bas de page ou à démarrer une discussion sur le sujet via le bouton « … » en haut à droite. Pour modifier le contenu, veuillez contacter les auteur·rices ou écrire à l’équipe du WM.

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