Recherche de terrain agricole pour permaculture : Guide complet pour concrétiser votre projet résilient

L'idée de s'installer à la campagne pour y créer un projet de vie résiliente, une ferme en permaculture, ou une communauté humaine durable, séduit de plus en plus. Chaque projet, par nature, aura ses spécificités et des besoins divers en termes de type de terrain. Cependant, des points cruciaux sont à vérifier pour faciliter un choix éclairé, et la préparation approfondie (le "design" du projet) de ce que l'on souhaite y faire est absolument fondamentale.

La taille du terrain : prudence et optimisation

Beaucoup de personnes, après avoir passé de nombreuses années dans des environnements urbains contraints, sont souvent à la recherche de terrains de très grande taille, voire immenses. Il convient d'être prudent face à cette tentation. Pour assurer une majeure partie de l'autosuffisance d'une famille de quatre personnes, les besoins en espace sont beaucoup moins importants qu'on ne l'imagine.

Il est tout à fait possible de loger un potager, un verger, et quelques petits animaux sur un terrain de quelques centaines de mètres carrés. L'étude menée par l'Inra à la ferme en permaculture du Bec Hellouin est d'ailleurs en train de prouver qu'un maraîcher peut créer son emploi et vivre correctement sur seulement 1000m². De ce fait, un hectare (10 000 m²) de terrain est souvent considéré comme une bonne surface pour une famille qui vise l'autosuffisance. Le terrain peut être cultivé même en friches, car avec les bonnes techniques et les plantes adaptées, tous les terrains peuvent être transformés en espaces de permaculture. Qu'il soit trop aride (résolu avec des buttes de culture et un bon paillage) ou trop humide (géré avec une mare et des bacs de culture surélevés), des solutions existent.

Taille idéale d'un terrain en permaculture

L'emplacement : un choix entre nature et commodités

Posez-vous les bonnes questions et soyez honnête avec vous-même. Malgré votre désir de retour à la nature et de cohérence, évitez de vous retrouver dans un endroit complètement isolé si vous appréciez un minimum les activités liées à la ville, car vous pourriez trouver le temps long. Le choix de votre zone est donc crucial : péri-urbaine, urbaine, rurale, côtière, forestière, montagnarde, ou autre.

Tout dépend de votre sensibilité et de vos besoins. Avez-vous fréquemment besoin de services médicaux, sociaux, culturels, spirituels, sportifs, éducatifs ou de transport (ce dernier étant particulièrement important à la campagne) ? La question où s'installer pour vivre en autonomie est une question d'envies personnelles et de budget. Certains, originaires de régions comme l'Alsace, aiment beaucoup leur région, mais les prix de l'immobilier peuvent rendre un tel projet irréalisable sans un budget conséquent. S'orienter vers des régions moins chères peut être une solution pertinente.

Après réflexion, se retrouver en pleine nature, bien que cela puisse sembler le premier choix pour certains citadins, peut s'avérer trop utopique si l'on est habitué à une certaine proximité. Un petit hameau isolé au milieu de la campagne qui domine la vallée de la Garonne, par exemple, peut offrir un compromis intéressant, avec des villes accessibles en une dizaine de minutes.

La communauté : un facteur social prépondérant

L'environnement social est un élément prépondérant. Certaines régions françaises sont plus enclines à l'accueil de nouveaux arrivants et plus favorables à l'innovation en termes d'alternatives, tandis que d'autres le sont beaucoup moins. Ces dernières sont souvent, comme par hasard, des endroits où la pression touristique et démographique est déjà importante. Un projet de vie alternative n'est pas accueilli de la même manière dans le Limousin qu'à Vitrolles.

Dans certaines régions, la population est déjà active et créatrice d'alternatives, ce qui est un avantage considérable pour les nouveaux arrivants. Cependant, il est tout à fait envisageable de vouloir faire bouger les régions plus réticentes, mais sachez que cela exigera une mentalité particulièrement résiliente et déterminée.

Le climat : une influence majeure sur le quotidien

Ah, le climat ! C'est aussi une des causes principales de déménagement pour certaines familles, ce qui est compréhensible. Il est essentiel de se poser les bonnes questions : de quoi ai-je besoin pour assurer mon présent et mon futur ? Aurais-je sur ce terrain assez de soleil, de vent à capter, mais aussi de précipitations (l'eau est la vie !) ? Qu'en est-il des températures ? Des gels ?

Les canicules, avec leurs dégâts variables selon les régions, et les restrictions d'eau de plus en plus fréquentes, sont des facteurs à prendre en compte. Pour certains, miser sur une région comme la Haute-Vienne peut être un choix judicieux. Des outils en ligne permettent de consulter la météo des mois précédents pour une ville donnée, avec des informations complètes sur l'ensoleillement, la pluviométrie et la rose des vents mois par mois et jour par jour.

Carte climatique de la France

La topographie : optimiser l'aménagement du site

Quelle est la topographie du site envisagé ? Comment les pentes sont-elles orientées ? Quelle est l'altitude du terrain (à noter qu'il faut compter -1°C tous les 100 mètres gravis) ? Y a-t-il des vallées ou mini-vallées pour capter l'eau de ruissellement ? Peut-on utiliser au mieux la gravité pour l'irrigation ou d'autres aménagements ? L'orientation du terrain est un facteur à considérer, bien que certains estiment qu'il est moins important que l'accès à l'eau.

La géologie et les sols : fondations de la permaculture

La géologie du terrain est bien sûr à prendre en considération : argiles gonflantes, zones sismiques, etc. Mais il est également primordial d'étudier la composition de votre sol et de votre sous-sol. Le sous-sol peut renfermer des ressources très utiles, comme de l'argile pour la construction ou des pierres. Le type de sol, quant à lui, est fondamental : limoneux, sableux, argileux, drainant, dégradé, rocheux, acide, calcaire, ou une zone humide. Correspond-il avec ce que vous voulez en faire ?

Les sols peuvent être hétérogènes. Par exemple, certains sols peuvent se répartir en trois grands types : alluvio-limoneux profonds, boulbènes partiellement lessivés, et une dernière partie argilo-limoneuse de type Terrefort. Il est possible de trouver des terrains non exploités depuis de nombreuses années (comme 9 ans) mais entretenus, ou des fermes biologiques déjà établies, comme celles dans les coteaux du Quercy blanc, créées en 2020, avec des hectares de raisins de table et de cerisiers en production, et une irrigation présente. Des terrains idéaux pour la permaculture peuvent exister, ayant abrité un élevage de vers de compost, avec plusieurs buttes installées et amendés depuis 10 ans, présentant une très belle terre organique, de nature limono-sableuse et non cultivée depuis treize ans, avec des parcelles agricoles attenantes en jachère et un accès facile.

TOUT SAVOIR POUR BIEN DÉBUTER EN PERMACULTURE

L'hydrologie : l'eau, source de vie

Qu'en est-il de l'eau sur le terrain de vos rêves ? Est-elle accessible ? L'accès à l'eau est primordial. Peu importe le terrain, sans eau, il sera compliqué de viser l'autonomie ou l'autosuffisance. Que ce soit une source, une rivière, un ruisseau, un puits, une mare, ou un étang, il faut de l'eau libre d'accès et gratuite. Les restrictions d'eau étant de plus en plus fréquentes, il est essentiel d'anticiper cet aspect.

Les pollutions : une vigilance essentielle

Il est impératif de se renseigner sur les pollutions environnementales présentes dans le secteur. Traitements agricoles intensifs, présence d'une centrale nucléaire à proximité, ou industries locales sont autant de facteurs à prendre en considération et à évaluer attentivement avant tout engagement.

Louer ou acheter son terrain : un choix stratégique

Le choix entre l'achat et la location d'un terrain dépend de chaque projet, des compétences personnelles et des opportunités. L'achat est un choix plus engageant et plus coûteux à court terme. Cependant, si l'objectif est de créer un lieu d'abondance avec un écosystème résilient qui prendra plusieurs années, voire des dizaines d'années, pour arriver à maturité, l'investissement peut être préférable à la location.

Il est également possible de ne pas avoir de terrain et de chercher des arrangements. Parler autour de soi, écrire des mots dans les commerces, les boîtes aux lettres ou les cages d'escaliers peut révéler des opportunités. Beaucoup de voisins ou de proches peuvent avoir un bout de terrain non utilisé : une personne âgée, quelqu'un qui n'a pas le temps ou n'aime pas jardiner, ou une résidence secondaire. Cet arrangement est souvent gagnant-gagnant : en échange de la mise à disposition du terrain, le propriétaire reçoit quelques légumes.

Lorsque l'on propose un tel projet, il est important d'expliquer son projet en détail, car un potager en permaculture peut parfois effrayer, surtout les personnes âgées habituées aux potagers très ordonnés, sans "mauvaise herbe". Pour la première année, il est conseillé de commencer par un petit potager, d'attendre la deuxième année pour que le lien de confiance soit solide avant de voir plus grand. Si l'arrangement se fait dans un jardin au rez-de-chaussée d'un immeuble, il est important de prendre le temps de prévenir tous les voisins qui habitent au-dessus.

La recherche du terrain idéal : persévérance et outils

La recherche d'un terrain peut prendre du temps, parfois plus d'un an. Une phase de discussion et d'étude du projet en couple, pour qu'il convienne aux envies de chacun, est essentielle. Pour la recherche en ligne, des sites comme Seloger et FNAIM sont souvent conseillés car ils permettent d'indiquer la surface de terrain souhaitée, ce qui n'est pas toujours le cas sur d'autres plateformes. Il est possible, après une dizaine de visites, de trouver un coup de cœur pour un terrain sans habitation mais constructible en partie, avec une surface de 1,2 hectare, par exemple, qui était auparavant utilisée en pâturage. Pour des raisons financières et pratiques, il peut être judicieux de ne pas habiter tout de suite sur le terrain et de vivre à proximité pendant un certain temps.

Permaculture et environnement conventionnel : une réflexion nécessaire

L'éternelle question est de savoir si cela vaut la peine de faire de la permaculture ou du bio quand le voisin travaille en conventionnel et que cela influe indirectement sur votre parcelle. Encore une fois, la réponse dépend de votre propre sensibilité et de vos convictions.

Schéma des interactions entre une ferme en permaculture et son environnement

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