La myrtille, véritable joyau des sommets, incarne à la fois un patrimoine gastronomique, un enjeu écologique majeur et un défi économique pour les territoires de moyenne montagne. Des Monts du Forez au Massif central, en passant par les Alpes et les Vosges, ce fruit sauvage suscite un intérêt croissant qui nécessite aujourd'hui une gestion raisonnée et une connaissance approfondie de son écosystème.

Écologie et biodiversité des landes à myrtilles
Constitutives de la biodiversité des territoires concernés, les landes à myrtilles sont pour partie classées habitats d’intérêt communautaire. Leur présence est directement liée au maintien de milieux ouverts et à la présence de l’élevage, ainsi qu’à l’existence de couverts boisés spécifiques.
Le myrtillier (Vaccinium myrtillus) est un arbuste très rustique d'environ 1,5 mètre de haut, bien que les individus sauvages formant des fourrés denses ne dépassent guère 45 cm. C’est une plante de terre de bruyère qui exige une acidité particulière du sol pour prospérer. On le trouve naturellement en moyenne montagne, généralement entre 1 000 et 2 000 mètres d'altitude, dans le Massif central, le Jura, les Vosges, les Pyrénées et les Alpes.
Sur ces territoires, le constat d’une évolution marquée de la dynamique des landes à myrtille est partagé. Plusieurs facteurs de stress pèsent sur ces milieux :
- Changement climatique : L’absence de neige, les gels précoces ou tardifs et les sécheresses répétées déstabilisent le cycle végétatif.
- Nouveaux ravageurs : L'apparition de menaces inédites, notamment la Drosophila suzukii, soumet les landes à de nouvelles contraintes sanitaires.
- Pratiques pastorales : L’évolution des modes de pâturage, qu’il s’agisse de déprise pastorale ou de surpâturage, entraîne des transformations massives de la composition floristique, favorisant la colonisation par les fougères et les arbustes ou, à l'inverse, un appauvrissement global.
- Modification du couvert : Le changement brutal de couvert imposé lors de plantations, notamment de résineux, perturbe gravement le cycle de développement du myrtillier.
La myrtille sauvage : un fruit aux multiples facettes
La myrtille est une petite baie de couleur bleue à violet foncé, pouvant tirer vers le noir. Elle possède un goût très délicat, légèrement sucré à acidulé. Sur le plan nutritionnel, les myrtilles sont très bénéfiques pour la santé : elles sont riches en fibres, en vitamine K et en vitamine C, tout en contenant du potassium, du magnésium et du phosphore. Elles participent également à la lutte contre le surpoids, car elles augmentent la sensation de satiété.
Il est essentiel de ne pas confondre la véritable myrtille sauvage avec l'airelle des marais (Vaccinium uliginosum). Chez la myrtille sauvage (Vaccinium myrtillus), les feuilles sont dentelées et la chair est bleue. Chez l'airelle des marais, les feuilles sont rondes et la chair est blanche ; bien qu'elle soit comestible, elle est nettement plus fade et doit se consommer avec modération.

Enjeux économiques et structuration de la filière
Sur l’ensemble des territoires du Massif central, la myrtille sauvage a connu sa période la plus faste dans les années 1960 à 1980. Fruit sauvage à la cueillette aléatoire, il n'offre pas de revenus réguliers, ce qui a rendu difficile la structuration des acteurs économiques autour d'un outil de valorisation. En parallèle, la concurrence des pays d'Europe de l'Est, proposant des volumes importants à des prix attractifs, a freiné le renforcement des organisations locales.
Cependant, au sein des Parcs naturels régionaux (Millevaches en Limousin, Monts d’Ardèche, Pilat et Livradois-Forez), des initiatives émergent. L’association « Collectif myrtille sauvage du Forez », née en 2023, regroupe des cueilleurs engagés dans la préservation de la ressource. Ils contribuent aux suivis annuels des parcelles expérimentales et portent l’organisation de la fête de la myrtille du 15 août au Col du Béal, un moment clé pour sensibiliser le grand public.
La cueillette de la myrtille du Pilat (Loire)
Réglementation et bonnes pratiques de cueillette
La récolte des myrtilles sauvages a lieu de juillet à octobre selon le climat et la situation en montagne. Attention, la coloration des baies n’est pas un gage de maturité : goûtez-les pour vérifier leur teneur en sucre.
Cadre légal
Toutes les terres de France ont un propriétaire, qu’il soit public ou privé. D’après les Codes civil et forestier, l’accord du propriétaire du terrain est requis. Si l’endroit n’est pas clôturé ou n’a pas de signalisation, l’accord est tacite, sauf en cas de réserves naturelles ou de secteurs frappés d’un arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB).
Quantités et outils
La réglementation varie selon les départements :
- Limites : La cueillette est souvent limitée à 5 litres par personne et par jour. Jusqu’à 10 litres, vous risquez une amende de 135 euros. Au-delà, l’acte relève du délit, passible de 45 000 euros d’amende et de 3 ans de prison. En Isère, la limite est abaissée à 1 kg.
- Peigne à myrtilles : Son utilisation est réglementée, voire interdite, car il peut fragiliser l'arbuste. Il est souvent proscrit avant une date charnière (généralement le 15 août) pour laisser aux baies le temps de mûrir et à la plante de se régénérer.
Conseils de récolte
Recherchez les baies mûres en repérant leur couleur bleu-violet près du pédoncule et sélectionnez uniquement celles qui ne présentent pas de meurtrissures. Évitez de cueillir les baies proches du sol, car elles peuvent être contaminées par les déjections animales. La cueillette manuelle, en passant les doigts, est moins agressive pour l’arbuste que l’utilisation du peigne.

Entretien du myrtillier et culture au jardin
Si vous possédez des myrtilliers, quelques gestes simples permettent d'optimiser la récolte. Taillez votre myrtillier en février-mars. Les branches produisent des fruits 3 ou 4 années de suite, pas plus ; vous devez donc supprimer les branches les plus fragiles et celles de plus de 3 ans. L'apport d'engrais au printemps est également recommandé pour stimuler la production.
Bien que rustique, le myrtillier peut souffrir de la rouille, la pourriture grise et l’anthracnose. La culture de la variété V. corymbosum (myrtille arbustive) est plus adaptée à la plaine, dans un sol sableux ou humifère acide, sous une ombre partielle. Enfin, rappelez-vous que la myrtille est un fruit peu fragile : elle se conserve jusqu’à une semaine dans le bac du réfrigérateur, prête à être utilisée dans une tarte, un gâteau, un sorbet ou un crumble.