Techniques de multiplication végétative des arbres fruitiers : Guide complet pour une reproduction conforme

La multiplication végétative représente une approche essentielle en arboriculture fruitière, permettant de produire des individus génétiquement identiques au plant-mère. Toutes les techniques de multiplication végétative utilisées pour les fruitiers consistent à prélever des fragments d’un végétal, telles que des tiges porteuses de bourgeons ou racines, et à faire en sorte qu’ils deviennent des plantes autonomes conformes au plant-mère. Il est primordial de souligner qu'il est important de partir de plants-mères sains, indemnes de viroses qui seraient inévitablement transmises à la descendance.

Schéma illustrant les différentes méthodes de multiplication végétative (bouturage, marcottage, greffage) sur un arbre fruitier

Fondements biologiques et avantages de la multiplication végétative

La multiplication végétative, ou reproduction asexuée, s’affranchit du processus de fécondation. Elle permet de conserver le génome de la plante-mère quelle que soit sa structure génétique, c’est-à-dire son degré d’homo/hétérozygotie. La variété obtenue est un clone. Contrairement aux semis, qui produisent des individus hétérogènes, cette méthode assure la stabilité des caractères. Pour la recherche et pour l’amélioration rapide des espèces non domestiquées, la multiplication végétative offre de multiples avantages, permettant de capturer la variation génétique exprimée qui risquerait autrement de se perdre ou de s’affaiblir dans le cas d’une reproduction sexuée.

La séparation de drageons

La séparation de drageons est une méthode qui consiste à prélever des portions de racines porteuses de tiges. Bien qu'elle soit peu utilisée en pratique, on lui reproche de produire des plants qui auront une tendance encore plus accentuée à drageonner. Elle consiste, pendant toute la période d’arrêt de la végétation, à prélever à la bêche une portion de racine superficielle qui a émis un ou plusieurs rejets que l’on transplante en pépinière pour former de nouveaux plants ou des sujets porte-greffe.

Ces rejets proviennent du développement spontané de bourgeons adventifs présents sur les racines. Il est évident que les drageons prélevés au pied d’un arbre greffé donneront en réalité des plants identiques au sujet porte-greffe. La formation de drageons est fréquente chez les cognassiers porte-greffe de poiriers, chez les porte-greffes de pruniers, chez les pruniers non greffés et chez les noisetiers. Chez les framboisiers, les drageons sont formés non sur des racines, mais sur des rhizomes, tiges souterraines que l’on fractionnera de la même manière.

Le bouturage de racines et de rameaux

Le bouturage est une technique de multiplication végétative qui implique la création de nouvelles plantes à partir de parties d’une plante mère saine. Chez des espèces comme certains pruniers qui ont une propension naturelle à produire des drageons, il est possible de procéder à un bouturage de tronçons de racines. Le prélèvement de tronçons de 5 à 10 cm de long se fait en fin de période hivernale. Ils sont placés dans du terreau humide, dans une serre chauffée. Des racines, puis les bourgeons adventifs vont se développer et évoluer en pousses feuillées.

Pour le bouturage de rameaux, plusieurs variantes existent :

  • Boutures à talon de rameaux : portion de bois d’un an de 20-30 cm de long prélevés par arrachage avec un fragment de bois de deux ans appelé « talon ».
  • Boutures à crossette de rameaux : portion de bois d’un an portant à sa base un tronçon de bois de 2 ans de 2 à 3 cm de long.
  • Boutures d’œil : tronçon de bois d’un an de 3 à 4 cm de long portant un seul œil.

Après la chute automnale des feuilles, les boutures de rameaux sont prélevées puis mises en jauge dans un mélange de sable et tourbe dans une cave fraîche. Un traitement de la base des boutures par une hormone d’enracinement peut améliorer le taux de réussite chez les espèces moins enclines à s’enraciner. En mars, les boutures sont plantées en lignes, enterrées de moitié ou aux deux-tiers.

Diagramme des étapes de préparation d'une bouture à talon

Les différentes méthodes de marcottage

Le marcottage consiste à encourager la croissance de nouvelles racines sur une branche de la plante mère tout en restant attachée à cette dernière. Plusieurs méthodes peuvent être utilisées selon le cas :

  • Marcottage simple : sur des plantes qui présentent des rameaux longs et souples, en fin d’hiver, on ouvre une tranchée de 15-20 cm de profondeur. On y amène un rameau dont l’écorce aura été incisée pour favoriser la formation d’un cal.
  • Marcottage annuel en cépée : les pied-mères sont rabattus très court en fin d’hiver. Au fur et à mesure de leur croissance, on procède à plusieurs buttages successifs. En automne, on démonte la butte et on sectionne les pousses enracinées. Cette méthode est la plus commune pour la multiplication des groseilliers épineux et des sujets porte-greffe clonaux de pommiers et pruniers.
  • Marcottage bisannuel en cépée : les pied-mères sont rabattus très court en fin d’hiver et on laisse se développer les pousses sans les butter la première année. Le buttage n’intervient qu’au début de l’année suivante.
  • Marcottage en cépée par étranglement : variante utilisée pour des espèces qui s’enracinent plus difficilement, comme les noisetiers et les châtaigniers, où l’on place une petite ligature métallique à la base des rejets.
  • Marcottage annuel à long bois : les pied-mères sont plantés en oblique. En début d’année, les tiges de l’année précédente sont couchées dans une rigole et maintenues par des crochets.

Qu'est-ce que le greffage et le bouturage ? - C'est Pas Sorcier

La greffe : l'art de l'assemblage

La greffe consiste à implanter un fragment de végétal, le greffon, sur un autre végétal, le porte-greffe plus résistant. Le greffon se développe sur le porte-greffe en donnant des rameaux, des feuilles, des fleurs, puis des fruits. La greffe est surtout utilisée pour les arbres fruitiers et pour la vigne.

L’une des techniques les plus simples à mettre en place est la greffe en fente. Dans cette méthode, le porte greffe doit être coupé à la hauteur souhaitée avec un diamètre entre 1 et 5 cm. Fendez ensuite sa tête en son milieu. Le greffon sélectionné doit avoir au moins un an, avoir un diamètre inférieur à celui du porte greffe et avoir 2 ou 3 yeux. Coupez la base du greffon en biais sur chaque face. Agrandissez la fente du porte greffe et insérez le greffon bien droit en veillant à ce que les cambiums (seconde écorce) entrent en contact.

Gestion sanitaire et pérennité des plants

L’une des limites de la multiplication végétative demeure la propagation de maladies, en particulier des virus. Des schémas de sélection sanitaire sont mis en place, aux niveaux français et européen, pour éviter la contamination des jeunes plants et garantir des plants sains chez la plupart des espèces économiquement importantes. Il est vital de rappeler que les pépiniéristes privilégient souvent le bouturage de bois sec en raison de sa simplicité et du peu de moyens qu’il demande à mettre en œuvre.

Dans le contexte des jardins d'amateurs, il est conseillé de surveiller attentivement l’humidité du substrat dans les premières semaines suivant la plantation. L’apparition des premières racines intervient généralement après quelques semaines pour les boutures estivales et plusieurs mois pour celles réalisées en hiver. La transplantation des boutures racinées s’effectue idéalement au printemps suivant. Un paillage autour des jeunes plants permet d’économiser l’eau d’arrosage et dynamise l’activité biologique du sol, assurant ainsi une meilleure reprise des sujets multipliés.

Infographie sur les précautions sanitaires lors du prélèvement des greffons

tags: #multiplication #vegetative #des #arbres #fruitiers