La gestion des ressources génétiques et les techniques de culture représentent les deux piliers fondamentaux de la réponse aux mutations actuelles et à venir du monde agricole. Alors que la population mondiale s'accroît, l'objectif de nourrir 9 milliards d'humains d'ici 2050 impose une réflexion profonde sur la création variétale et les pratiques de conservation des sols.

La propriété intellectuelle au service de l'innovation variétale
La France est à l’origine du premier G20 agricole qui s’est déroulé à Paris en juin 2011. Son but est, dans un contexte d’accroissement de la population mondiale, de promouvoir la production agricole afin de réussir à nourrir 9 milliards d’humains d’ici à 2050. La création variétale et la production des semences et plants de plantes cultivées représentent un élément fondamental de la réponse aux mutations actuelles et à venir du monde agricole.
En France, cela se traduit par une forte augmentation des rendements - depuis plus de 50 ans dans les productions végétales nationales, notamment +1,27 q/ha/an en blé tendre - mais aussi du nombre de variétés disponibles, passant dans le cas du colza entre 1986 et 2010 de 8 à 285 variétés. Ces réussites sont largement dues au système original et efficace de protection de la propriété intellectuelle du certificat d’obtention végétale (COV).
Le COV donne un droit exclusif sur l’exploitation commerciale des variétés végétales créées, pendant une durée déterminée. La rémunération perçue sur les concessions ou licences octroyées permet de rentabiliser les recherches menées et de financer les suivantes. L’exception du sélectionneur constitue cependant l’originalité du COV, par rapport à l’autre grand modèle de protection, le brevet. Le COV permet d’utiliser librement, sans contrepartie, les variétés existantes, mêmes protégées, pour en créer de nouvelles.
Le cadre normatif : entre UPOV et enjeux nationaux
La France est à l’origine de la création de l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV). Cependant, la non-ratification de la convention de 1991 fragilise la position nationale face à la montée en puissance des brevets sur le vivant. Le retard dans la ratification affecte la position de la France comme défenseur du système COV sur la scène internationale.
Il existe un risque que la brevetabilité des plantes ne s’impose par la voie des techniques de reproduction. La primauté du COV face au brevet a été affirmée au travers de la notion de « variété essentiellement dérivée ». Or, la France ne s'est toujours pas dotée de dispositions permettant d'éviter que l'introducteur d'un gène breveté dans une variété végétale puisse avoir un droit de propriété total sur la nouvelle variété obtenue.
Les semences de ferme restent interdites en France quand elles sont issues de semences protégées par un COV national. Cette situation est paradoxale car, dans la pratique, les semences fermières sont largement pratiquées, concernant par exemple environ 40 % des semences de céréales. Le débat sur ce sujet est complexe et comporte des dimensions pratiques liées à des considérations environnementales, certains syndicats agricoles mettant en avant le fait que les semences de ferme contiendraient moins de pesticides.
L'agriculture de conservation des sols : une transition nécessaire
Au-delà du cadre juridique, l'agronomie moderne se tourne vers l'Agriculture de Conservation des Sols (ACS). Sarah Singla, agricultrice et formatrice, souligne que l'ACS constitue une réponse face au changement climatique et à l'érosion. « Notre métier ne consiste pas à fertiliser les cultures, mais plutôt à nourrir le sol pour nourrir les cultures et par la suite, nourrir les animaux et les hommes ».
L'ACS repose sur trois piliers : la couverture des sols, la diversité des cultures et la perturbation minimale des sols. Le couvert végétal peut être vu comme une contrainte, mais c'est avant tout une opportunité. Il s'adresse à tout le monde : en agriculture biologique ou non, avec ou sans travail du sol. Il représente un véritable « couteau suisse » qui va jouer dans la gestion des adventices, la lutte contre la battance, le piégeage des nitrates et la structuration des sols.

La technique du semis direct et ses applications concrètes
Les ingénieurs du groupe italien Bonifiche Ferraresi, par exemple, ont emblavé 2 000 hectares de blé dur sans labour à Timimoun, en Algérie. Le semis direct fait une percée remarquable. Vincent Tomis, agriculteur, indique que l'épandage centrifuge à la volée, bien que moins précis qu'un semoir classique, permet de gagner du temps et de semer plus tôt le couvert pour produire davantage de biomasse.
Le choix du matériel est crucial. Si vous disposez d’un combiné herse rotative-semoir à disques, il vous est possible de réduire ponctuellement l’intensité du travail du sol. Il est important d'adapter la hauteur de fauche en fonction du semoir : si semoir à dents, fauche basse, si semoir à disques, fauche haute pour éviter les pailles dans le sillon.
L'art et la technique d'un bon semis
L'intégration des couverts végétaux comme levier de performance
Le couvert végétal ne doit pas être considéré comme un coût, mais plutôt comme un investiment. Pour ceux qui s'intéressent à cette technique, il est conseillé de commencer simplement, avec les couverts végétaux d'hiver et le colza associé. Il est important aussi de se former et d'échanger avec d'autres agriculteurs déjà engagés.
Il est recommandé de laisser la part belle aux légumineuses et de veiller à ce que le mélange comporte au moins 5 espèces. Concernant la météo, si entre juillet et septembre, on cumule au moins 75 mm, ça vaut la peine de semer un couvert d’été. Il faut garder à l'esprit qu'un jour en août équivaut à trois jours en octobre en termes de somme de température. Le transfert du budget engrais vers le budget semences de légumineuses constitue une stratégie économique pertinente pour les exploitations en transition.
Vers une agronomie de précision et durable
La filière semences est un atout pour la France, qui est le deuxième exportateur mondial. La qualité et la diversité des semences garantissent la sécurité alimentaire. Cependant, le progrès génétique doit s'orienter vers des variétés adaptées à des conduites culturales diversifiées. Comme le souligne le rapport « Semences et agriculture durable », la politique génétique doit désormais intégrer des critères comme la réduction progressive des intrants de synthèse et le maintien de la biodiversité domestique.
L'agriculture évolue et ses outils changent. Que ce soit par le biais de la création variétale protégée par les COV ou par l'adoption de pratiques culturales comme le semis direct, le monde agricole cherche à concilier rentabilité économique et respect des écosystèmes. La gestion fine des parcelles, le choix des variétés et la maîtrise des techniques de semis direct forment un ensemble cohérent pour répondre aux défis climatiques et démographiques du siècle.

En conclusion de cette approche globale, il apparaît que la synergie entre la recherche fondamentale sur les gènes et la recherche appliquée sur le sol est la clé de voûte de l'agronomie de demain. L'agriculteur n'est plus un simple producteur, mais un gestionnaire d'un patrimoine vivant, dont la réussite dépend de sa capacité à combiner les outils technologiques de pointe avec une compréhension intime des cycles biologiques de ses parcelles.