Dans le langage courant comme dans la tradition spirituelle, l’expression « nous aurons les fruits de notre récolte » dépasse la simple métaphore agricole pour devenir un miroir de notre existence. Elle souligne une vérité fondamentale : ce que nous cultivons dans notre « champ mental » ou dans nos actions quotidiennes finit par se manifester dans la réalité. Cette réflexion nous invite à une introspection sur la nature de nos engagements, la fidélité à nos missions et la place que nous accordons à la gratitude dans un monde souvent tourné vers la consommation immédiate.

La vigne du Royaume : une responsabilité partagée
Dans l’Évangile, Jésus nous interpelle à travers la parabole des vignerons homicides (Mt 21, 33-46). Dieu nous confie la vigne de son Royaume, mais sommes-nous fidèles à sa mission ? Comme les chefs religieux du temps de Jésus, nous risquons de nous approprier les dons de Dieu sans lui en rendre les fruits. Mettons-nous vraiment notre foi en action ? À travers cette parabole, Jésus résume l’histoire du salut : Dieu envoie ses prophètes, mais ils sont rejetés. Nous comprenons aisément le message : il arrive un moment où Dieu attend de nous des fruits.
Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Tout au long de la Bible, la récolte est une image du jugement de Dieu. Nous sommes aujourd’hui les nouveaux locataires de la vigne. Dieu attend de nous que nous fassions fructifier les dons qu’il nous a confiés. Quels sont les dons que Dieu m’a confiés ? Seigneur, Tu nous as confié la vigne de ton Royaume. Aide-nous à être des ouvriers fidèles, à faire fructifier ta Parole et à porter du fruit en abondance.
De la semence à l'épi : la patience du labeur dévoué
Quand ils instituèrent le Jour d'Actions de Grâces, les Pères Pèlerins, reconnaissants envers Dieu de les avoir fait sortir d'une année qui avait paru pleine de dangers, exprimèrent leur gratitude pour la récolte du blé, aussi bien que pour la présence divine, qu'ils savaient être parmi eux. Il avait fallu beaucoup de labeur patient et dévoué pour défricher les terres, pour construire et protéger leurs humbles foyers, semer les graines et soigner les jeunes plantes avant que ne parût « le grain tout formé dans l'épi. »
Environ deux siècles plus tard, une femme courageuse, portée vers les choses de l'Esprit, Mary Baker Eddy, ayant une profonde reconnaissance envers Dieu pour l'avoir tirée de « la vallée de l'ombre de la mort, » consacrait non seulement un jour par an, mais tous les jours, aux actions de grâces envers Dieu. Elle passa bien des années à travailler avec patience et désintéressement, pour débarrasser la conscience humaine de l'amas de ronces et de chaume que sont les connaissances erronées et « la sagesse de ce monde, » qui « est une folie devant Dieu. » Non seulement il lui fallut enlever beaucoup de débris, mais il était non moins nécessaire de bâtir, de planter et de soigner, avant que ne commençât enfin à paraître « le grain tout formé dans l'épi », fruit de son labeur incessant et dévoué, qui se manifesta dans la vie régénérée de milliers d'hommes.
Terres nourricières Techniques agricoles ancestrales
Le champ mental : cultiver les fruits de l'Esprit
Tout Scientiste Chrétien apprend que lui aussi doit enlever de sa conscience beaucoup d'ivraie ; que lui aussi doit ensemencer et soigner son champ mental, s'il veut récolter le fruit de son labeur : « l'amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance, » que saint Paul définit comme « le fruit de l'Esprit. » Ainsi il remercie Dieu sans cesse des semences de la Vérité que fournit la Science Chrétienne, et il sème et soigne, afin de pouvoir ramasser sa belle récolte spirituelle, qui a pour lui plus de valeur que toutes les richesses matérielles du monde.
À la page 298 de son livre de texte, Science et Santé avec la Clef des Écritures, notre Leader écrit : « Le sens spirituel qui est en contradiction avec les sens matériels, implique l'intuition, l'espérance, la foi, la compréhension, la démonstration, la réalité. » À mesure que nous nous efforçons de vaincre les fausses croyances du sens matériel, et à chaque pas que nous faisons, il se fait un développement ordonné du bien. Commençant avec l'intuition qui nous dit qu'il y a un pouvoir suprême qui gouverne tous les hommes, celui qui étudie la Science Chrétienne éprouve bientôt l'assurance qu'il y a un moyen de sortir de ce qui avait semblé un labyrinthe de l'expérience humaine ; son espérance grandit et se change en foi ; il acquiert la conviction que lui aussi pourra prouver la toute-présence de Dieu. Alors vient la compréhension que Dieu est Amour, et que Sa bonté infinie est présente dès ici-bas et dès maintenant avec une abondance illimitée.
La gratitude comme seconde création
Dire merci pour une récolte, c’est reconnaître que nous ne sommes pas nous-mêmes à l’origine de la vie, quels que soient notre application et le soin apporté à la tâche. La vie est en effet un cadeau. La graine mise en terre pousse, et les fruits produisent des graines. Il en va ainsi, et c’est bien ainsi. Fulbert Steffensky voit dans la reconnaissance une seconde création. « Les choses ne sont pas simplement là - la lumière, la nuit, les arbres et leurs fruits, la nourriture des humains et des corbeaux. Remercier, c’est les percevoir vraiment et célébrer la bonté dont ils proviennent. »
Qui remercie se défait de l’illusion d’être maître ou maîtresse chez soi. Les choses ne nous sont pas simplement dues, elles ne sont pas à nous. La conviction qui fait dire aux rédacteurs de la Bible que la terre appartient à Dieu ne leur permet pas simplement d’affirmer que nous sommes « des étrangers et des hôtes » (Lévitique 25,23) sur la terre. Elle a une conséquence très concrète, car le droit foncier et le droit de l’endettement en tiennent compte. Si le sol, l’eau et l’air nous sont donnés, nous ne pouvons pas les utiliser n’importe comment. Nous restons en permanence des gardiens et gardiennes de la Création. La reconnaissance interdit d’en disposer sans ménagement. Impossible d’être à la fois reconnaissant et violent.

Les sarments et la vigne : l'unité dans la diversité
Dans l’Évangile selon Jean, Jésus énonce sept « Je suis » : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments. » Moi, un sarment ? Attaché, rivé à la vigne ? Soumis au caprice de celui qui va venir couper, ou ramasser la grappe ? Sans liberté ni autonomie ? Condamné à n’être que celui qui porte le fruit, sans aucune décision ? Inacceptable. Sans compter que Jésus ajoute : tout sarment qui ne porte pas de fruit, on l’enlève. Et celui qui en porte, on l’émonde pour qu’il en porte davantage encore.
Pourtant, la liberté n’est pas nécessairement antinomique de l’attachement. Il y a lien et lien, lien d’amour et liens prisons, lien d’attachement qui porte du fruit, et lien de contrainte qui est stérile. Le lien auquel le Christ nous invite, est un lien de vie qui ne nous prive aucunement de notre liberté. Être lié mais libre. Voilà une réalité difficile à comprendre. Car elle est à vivre plus qu’à comprendre, à vivre ensemble, les uns avec les autres.
Le processus de croissance spirituelle
Ai-je semé une « graine » de foi, et me suis-je demandé quand je récolterais la « moisson » promise par Dieu dans sa Parole ? Dans ce cas, la Bible répond : « Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui jette de la semence en terre ; qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment. La terre produit d’elle-même, premièrement l’herbe, puis l’épi, enfin le blé bien formé dans l’épi ; et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là » (v.26-29).
Avant de récolter la moisson de bénédictions promise par Dieu, il y aura certaines étapes à franchir. Pour commencer, celle de l’inconnu. La semence est enfouie dans le sol, et la croissance jusqu’à la récolte dépend entièrement de Dieu. Mais il faut croire malgré tout qu’elle aura lieu. Vient ensuite le stade du brin d’herbe. C’est tout ce qui sort de terre pour l’instant, ballotté par la brise, mais c’est suffisant pour encourager, rappeler que le reste va suivre. Arrive alors le temps de l’épi. La graine est devenue une grande plante, et paraît être une réponse à la prière. C’est alors qu’il faut l’arroser par davantage de prières, la fertiliser par la Parole de Dieu, et la protéger de tout ce qui pourrait la déraciner, comme le doute et l’incrédulité. Enfin, c’est la phase du plein grain, lorsque celui-ci est assez mûr pour la moisson. Quelle que soit l’étape à laquelle je me trouve aujourd’hui, je dois tenir bon et continuer à faire confiance à Dieu.