Cultiver l'abricotier dans le Nord de la France : Un défi fruité accessible

L'abricotier, cet arbre fruitier qui porte de très nombreux fruits dorés et juteux, extrêmement savoureux, est traditionnellement associé aux climats chauds et ensoleillés de nos régions méridionales. Pourtant, disposer d’un abricotier dans son jardin lie l’utile à l’agréable, offrant de jolies fleurs et de bons fruits, même dans les régions plus septentrionales de la France. En effet, il est tout à fait possible de récolter de délicieux abricots « maison » au nord de la Loire, à condition de bien choisir sa variété et de lui offrir les conditions optimales. L'abricotier est un arbre fruitier qui dispose d’une forte résistance à la sécheresse et demeure facile à entretenir.

Abricotier en fleur dans un jardin

Aux origines de l'abricotier : Un voyage d'Asie Centrale à nos jardins

L’abricotier est originaire d’Asie Centrale. Il y a 2000 ans, sa culture se diffuse dans le Moyen-Orient puis le Proche-Orient. Enfin, il arrive en France au début du XVIe siècle. Contrairement à ce que son nom latin Prunus armeniaca pourrait le faire penser, l’abricotier ne vient pas d’Arménie, mais d’Asie Mineure, un territoire au climat territorial affirmé. Avant d’arriver en France, on trouvait les abricotiers sous des climats plutôt chauds. Toutefois, cet arbre fruitier peut résister à des températures très basses en hiver, jusqu'à -25°C, voire -30°C pour certaines variétés. Cette rusticité hivernale est un atout majeur pour sa culture dans les régions plus froides.

Choisir la bonne variété : La clé du succès au nord de la Loire

Le secret pour réussir la culture d'un abricotier en dehors de la zone méditerranéenne réside dans le choix de spécimens à floraison tardive. En effet, l'abricotier produit ses premières fleurs entre février et avril, et cette floraison précoce le rend particulièrement sensible aux gelées printanières. Une fois sa floraison printanière gelée, il n’y a plus d’abricots à espérer en été. D’où l’intérêt d’opter pour des variétés tardives pour les régions septentrionales.

Plusieurs variétés sont particulièrement adaptées aux régions plus fraîches :

  • Abricotier 'Bergeron' : La référence absolue pour le Nord. La floraison semi-tardive de cet abricotier lui permet d’être installé dans des régions à hivers relativement froids. Variété autofertile, sa floraison tardive lui permet d'échapper aux gelées tardives. Il offre une bonne production de fruits oblongs assez gros à chair ferme et goûteuse.

  • Abricotier 'Polonais' : Également appelé « abricot polonais » ou « abricot orangé de Provence », ce cultivar est incroyablement rustique (jusqu'à -30°C). Sa floraison est plus tardive, rendant ses fleurs moins sujettes aux gelées hivernales. Ce cultivar produit des fruits fondants et sucrés fin juillet, ce qui en fait une variété parfaite pour les jardins au nord de Bordeaux. Il est auto-fertile, peu sensible au gel en raison de sa floraison tardive.

  • Abricotier 'De Nancy' : Cet arbre fruitier propose des fruits d’une belle couleur jaune pâle marbrée de carmin sur ses faces exposées au soleil. En bouche, il présente une saveur sucrée et particulièrement parfumée, et se déguste frais ou en tarte. Cette variété est relativement résistante au froid avec un port semi-érigé et une floraison plus tardive.

  • Abricotier 'Luizet' : Une variété ancienne très vigoureuse, dont la floraison tardive pourra être productive au Nord de la Loire.

  • Abricotier 'Précoce de Saumur' : Une autre variété à floraison tardive, adaptée pour être productive au Nord de la Loire.

  • Abricotier 'Goldrich' : Variété ancienne, à chair ferme et parfumée, bien acidulée.

Pour ceux qui disposent d’un espace limité, l’abricotier nain ‘Garden Aprigold’ (pas plus d’1 mètre adulte) a été mis au point pour s’épanouir en pot. Cet arbre fruitier nain n’est petit que par sa taille : les abricots qu’il propose sont de taille standard ! Réservez-lui une situation abritée et un pot de grande dimension. Cette variété naine est idéale pour une culture en pot.

Comment bien choisir son abricot?

L'emplacement idéal : Soleil, abri et mur protecteur

L'emplacement est le facteur numéro un de réussite. Comme pour la plupart des fruitiers, l’abricotier a besoin d’une exposition ensoleillée. Un impératif : l’abricotier demande du soleil et de la chaleur ! Réservez-lui un emplacement en pleine lumière, abrité des coups de vent. Si vous habitez une région où les hivers sont plutôt froids, placez-le à l'abri du vent, par exemple contre un mur orienté au Sud. Un mur exposé au sud reste l'allié idéal. Si vous craignez des rafales intempestives, pensez aux abricotiers en palmette à adosser le long d’un mur : l’arbre fruitier profitera ainsi de la chaleur accumulée dans les pierres et sera protégé. Pour optimiser la chaleur, optez pour une conduite en espalier contre un mur exposé au sud. L'ensoleillement est vital pour la maturation des sucres et la protection contre les vents froids dessèche les fleurs.

Sa silhouette étalée, assez basse, lui permet d’être installé en isolé au milieu d’une pelouse qui sera illuminée au début du printemps par la délicate floraison rosée de l’abricotier. Un couvre-sol fleuri habillera ses pieds et accompagnera sa floraison. Il peut également être palissé contre un mur pour le garnir, qui le protégera du vent et du froid en retour s’il est correctement orienté. Le verger est évidemment un endroit de choix pour un abricotier, vous l’y séparerez des autres fruitiers d’environ 6 m. Vous pouvez aussi installer votre abricotier en solo pour vous régaler de sa silhouette joliment arrondie et de sa floraison printanière. Quelques bulbes (jacinthes, scilles) au pied, et le tour est joué !

Schéma de l'emplacement idéal d'un abricotier contre un mur

Le sol : Drainage et richesse sont de mise

L'abricotier préfère un sol bien drainé, à forte teneur en humus, se réchauffant vite, au PH compris entre 6 et 7. Il apprécie les sols bien drainés, riches et légers. Il a horreur des "pieds dans l'eau". Pour le sol, le principal critère est le drainage : l'abricotier ne supporte pas les excès d'humidité et se plaît dans un substrat bien drainé. Les sols ordinaires, neutres ou calcaires, lui conviennent, avec une nette préférence pour les sols légers et sablonneux (pas de sols lourds). Les abricotiers sont moins exigeants en ce qui concerne la terre, excepté les terres compactes et argileuses qui retiennent trop l’humidité. Ils apprécient les terres sablonneuses et légères, tolèrent bien les sols calcaires.

N’hésitez pas à enrichir votre terre d’un peu de sang desséché ou de fumier. Un apport de compost ou de fumier bien décomposés sera également bienvenu. Si votre sol est trop argileux ou collant, allégez-le avec du sable.

La plantation : Quand et comment installer votre abricotier

La meilleure période pour planter un abricotier en pleine terre est l'automne, de fin octobre à décembre, pour permettre aux racines de s'installer avant le printemps. La période idéale pour planter les arbres fruitiers en racines nues ou en conteneur se situe entre octobre et avril hors période de gel, les 2 premiers mois étant les plus conseillés pour un enracinement avant l’hiver. Privilégiez l’automne si vous souhaitez que votre abricotier s’enracine tranquillement pendant la saison froide. Vous pourrez installer un abricotier à floraison tardive jusqu’en avril (ce sont les variétés qui seront les plus adaptées aux régions fraîches) pour une récolte sur fin juillet-août. Attention, en hiver, ne plantez que si le gel ne s’annonce pas dans les prochaines semaines.

Pour la plantation :

  1. Préparation du trou : Réalisez un trou large, l’abricotier ayant un système racinaire assez développé en largeur, mais aussi profond pour pouvoir bien ameublir la terre, environ 80 cm en tous sens. Un apport de compost ou de fumier bien décomposés sera également bienvenu.

  2. Mise en place du tuteur : Profitez-en pour installer le tuteur, face aux vents dominants, un peu décalé du centre.

  3. Préparation de l'arbre : Pour un abricotier à racines nues, recouper légèrement les racines et le praliner (un pralin est un mélange terre + eau + fumier). Pour un abricotier en motte, l’immerger dans de l’eau. Planter votre arbre dès qu’il est en votre possession, pour éviter que le système racinaire ne sèche. Si cela n’est pas possible, à cause du temps par exemple, installez votre abricotier en jauge, à l’ombre.

  4. Plantation : Disposez l’abricotier bien droit et n’enterrez pas le bourrelet de greffe, qu’on appelle le collet. Si vous plantez l’abricotier le long d’un mur, penchez-le vers celui-ci. Comblez en remuant doucement entre les pelletées pour laisser glisser la terre entre les racines. Tassez et réalisez une cuvette pour les arrosages. Apportez un seau de 10 litres d'eau.

Si vous souhaitez planter plusieurs abricotiers (ou autres arbres fruitiers) côte à côte, prévoyez un espacement d'au moins 1,5 mètre entre deux plants, idéalement 6 mètres.

Étapes de plantation d'un abricotier

La multiplication : Greffe ou semis ?

La plupart des abricotiers sont reproduits par greffe (de type écusson à oeil dormant), en été, sur un porte-greffe qui peut être un prunier, un abricotier franc, un pêcher franc ou encore un amandier franc, ou encore par greffe en incrustation. Le choix du porte-greffe est particulièrement important, car il permet d'adapter l'abricotier (greffon) à la nature du sol, au climat (précocité), ou à la forme que l'on souhaite pour l'arbre (formes basses, ou formes plus hautes, sur haute tige ou demi-tige).

Cependant, quelques variétés anciennes peuvent être reproduites par semis de noyau (au printemps, à 20°C) : c'est notamment le cas pour les variétés 'Alberge' ou 'De Hollande'. La stratification (passage du noyau par le froid) est obligatoire : après avoir dégusté votre abricot, récupérez le noyau. Laissez-le sécher quelques jours, puis placez-le dehors, dans un pot rempli de sable ou de billes d’argile. Il sera ainsi exposé au froid pendant toute la saison hivernale. Ne reste plus qu’à attendre le printemps et voir quels noyaux ont germé. Rempotez les jeunes pousses et laissez-les tranquillement se développer. Placez votre abricotier en terre à son emplacement définitif quand il aura atteint une quinzaine de cm.

L'entretien de l'abricotier : Pour une récolte abondante

L'abricotier a une végétation vigoureuse et atteint une haute taille. Sa durée de vie est en général de 40 à 45 ans, et on peut espérer récolter des abricots 3 ou 4 années après la plantation. Pour optimiser la récolte, un entretien régulier est nécessaire.

Fertilisation et arrosage

Si l’abricotier manque d’éléments nutritifs, les feuilles ont un aspect pâle et décoloré dans le courant de l’été : vous le verrez facilement. Chaque année, enfouissez une poignée d’engrais complet, soit en granulés, soit sous forme liquide, à l’aplomb de la couronne de l’arbre, là où se situent les racines. Un apport de compost bien décomposé ou de fumier en automne suffit généralement. Pour optimiser la fructification, au début du printemps, griffez le sol au pied de l'arbre et répandez du compost ou du fumier décomposé. Vous pouvez renouveler l'opération à l'automne.

Au niveau de l'arrosage, un abricotier planté depuis plusieurs années n'a normalement pas besoin d'être arrosé, sauf période de sécheresse particulièrement prolongée. Néanmoins, les deux premières années suivant la plantation, un arrosage régulier est important, surtout si le temps est chaud. L’abricotier apprécie un apport régulier de compost ou de sang desséché et un bon paillage au pied. Paillez votre abricotier et protégez-le du froid avec un voile d’hivernage.

La taille : Une étape délicate mais nécessaire

L'abricotier fructifie sur le bois au cours de l'hiver qui suit la récolte. L'abricotier est généralement assez vigoureux pour être cultivé en tige "de plein vent", c'est-à-dire non palissé. La taille n'est pas obligatoire : elle est simplement conseillée pour obtenir de beaux et nombreux fruits. La fructification peut ainsi être améliorée par une taille en palmette ou en espalier : dans ce cas, l'arbre sera palissé contre un mur (notamment sous les climats froids) ou une clôture. Dans tous les cas, l'abricotier supporte mal les tailles sévères, comme la plupart des fruitiers à noyaux. Attention, l’abricotier n’apprécie pas la taille, et produit de la gomme. Mastiquez les plaies avec un mastic à cicatriser.

  • Taille de formation : Lors des premières années de l'arbre, pratiquez une taille (modérée) de formation, destinée à bien charpenter l'arbre. Si vous avez opté pour un jeune abricotier (un scion), sélectionnez trois ou quatre branches principales au moment de la taille d’hiver : cette taille de formation vous permettra d’obtenir un arbre équilibré.

  • Taille de fructification : Lorsque l'abricotier est bien formé, opérez chaque année, en février, une taille de fructification : éliminez le bois mort, raccourcissez les branches les plus longues en conservant la silhouette de l'arbre (laissez au moins 3 yeux et coupez au-dessus d'un bourgeon tourné vers l'extérieur), supprimez les branches qui s'entrecroisent ou celles qui poussent vers le centre de l'arbre (éclaircissage favorisant la pénétration du soleil et la fructification). Si l'arbre est déjà formé, la taille consistera à ôter les branches malades ou mal orientées. Palissez les jeunes pousses sur l’espalier. Les tailles suivantes consistent à ôter le bois mort et, lorsqu’on peut le cultiver en tige, à aérer la couronne en supprimant le bois en excès.

  • Éclaircissage des fruits : Une fois que les jeunes fruits apparaissent, supprimez-en une partie si ceux-ci sont nombreux (l'arbre peinera à amener à maturité des fruits trop abondants, mieux vaut en sacrifier quelques-uns dès leur formation au bénéfice des autres, qui seront plus gros et plus beaux). Vous pouvez aussi éclaircir les fruits en surnombre pour ne pas épuiser l’arbre.

  • Taille d'été : Une deuxième taille peut aussi s'effectuer en automne, après la chute des feuilles et hors période de gel : réduisez légèrement les branches ayant donné des fruits et supprimez les branches abîmées ou cassées. Pour garantir une fructification maximale au nord de la Loire, ne négligez pas la taille en vert en été. Contrairement à la taille d'hiver, elle limite la vigueur excessive de l'arbre et favorise la transformation des bourgeons à bois en boutons floraux pour l'année suivante.

Taillez toujours avec un sécateur bien aiguisé (pour obtenir une coupe nette), et soigneusement nettoyé (pour éviter la propagation de maladies). Après chaque taille, prenez la précaution de protéger les plaies de taille (pour les plus grosses branches) avec un mastic de cicatrisation, car l'abricotier est sensible aux blessures.

Comment bien choisir son abricot?

Protection contre le froid et les intempéries

En hiver et au début du printemps, surveillez la météo. Un voile d'hivernage posé sur la couronne lors des nuits de gel printanier peut sauver votre récolte. Après la floraison, l’abricotier commence sa fructification dès lors que les fleurs sont pollinisées à partir de mai. L'abricotier est autofertile : il se pollinise seul. Cependant, pour certaines variétés, la présence d'un autre arbre compatible, et fleurissant en même temps, est favorable à une bonne pollinisation, et donc à une bonne récolte.

Désherbage

Une fois votre abricotier planté, désherbez régulièrement autour du tronc (les mauvaises herbes rentrent en concurrence avec le jeune arbre).

Maladies et ravageurs : Prévention et traitement

Moniliose, oïdium ou cloque, les maladies n’épargnent pas l’abricotier. L’abricotier est sujet aux mêmes ravageurs et maladies que ceux qui affectent le pêcher, notamment la cloque du pêcher.

  • Moniliose (pourriture brune) : Le champignon monilia est responsable de la pourriture brune, ou moniliose, qui atteint d’abord les fleurs puis occasionne un pourrissement prématuré des fruits. Pour traiter la moniliose de l'abricotier, supprimez et brûlez les fruits momifiés restés sur l'arbre. L'abricotier peut être touché par la Moniliose (pourriture des fruits) ou la Cloque. Les maladies cryptogamiques (oïdium, moniliose) peuvent être prévenues grâce à un traitement à la bouillie bordelaise, au printemps. Si malgré tout, votre arbre est touché, éliminez les parties atteintes au plus vite.

  • Oïdium : L’oïdium blanchit quant à lui les abricots et le feuillage. Pour toutes ces pathologies, nous vous recommandons un traitement préventif à la bouillie bordelaise et au soufre en sortie d’hiver.

  • Cloque du pêcher : La cloque du pêcher tord feuilles et rameaux. Pour toutes ces pathologies, nous vous recommandons un traitement préventif à la bouillie bordelaise et au soufre en sortie d’hiver.

  • Chancre bactérien et Sharka : À surveiller également : le chancre bactérien, la sharka (causée par un virus), la mouche des fruits.

  • Cochenilles et pucerons : Au cours de la saison, des attaques de cochenilles ou de pucerons peuvent survenir : vous les remarquerez aisément le long des tiges. Pour éliminer ces insectes, commencez par un bon coup d’arrosage, puis insistez en pulvérisant un insecticide à base d’huile de colza qui étouffe ces prédateurs.

  • Gommose : Autre problème fréquent sur l'abricotier : les écoulements de gomme. C'est souvent une réaction à un stress (taille brutale, blessure, sol trop humide).

Associations végétales bénéfiques

L’abricotier apprécie la présence du basilic, des capucines et de la tanaisie à sa proximité. Ces plantes peuvent aider à repousser certains ravageurs et à favoriser la biodiversité autour de l'arbre.

Plantes compagnes bénéfiques pour l'abricotier

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